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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 15:30

La construction de la cathédrale de Brazzaville a débuté en 1892. Ce serait ainsi la plus ancienne cathédrale d'Afrique Centrale. Elle est indissociable de l'implantation de la religion catholique au Congo et de son zélé serviteur, le père Augouard.

Ce religieux français originaire du Poitou fit preuve dès son plus jeune âge de caractère, car il participa comme volontaire à la Guerre de 1870, à seulement 18 ans.

Après un bref passage au Gabon, il part à la mission de Landana (actuel Cabinda) où il côtoie en 1879-1880 le Père Carrie (fondateur de la mission de Loango, cf Loango : la mission catholique ). Il rencontre aussi Savorgnan de Brazza, et arrive dans la région du "Stanley Pool" en 1881.

 

Augouard-jeune-congo 

Le père Augouard lors de ses retours de missions au Congo (1884-1890)

 

Il fonde peu après la mission de Linzolo (30 km au sud de Brazzaville) en 1883. Il rentre très fatigué en France en 1884.

Avec l'aide de Charles de Chavannes (cf Au pied de l'arbre : Brazza et ses compagnons ), il implante sur son site actuel, la mission catholique en 1887.

 

cathedrale-brazzaville-1893-augouard

Cathédrale de Brazzaville en construction (© CAOM 1892)    

 

Le très actif Prosper Augouard est nommé évêque en 1890 et le siège du diocèse est bien sûr Brazzaville. Pour symboliser cet ancrage, il faut une cathédrale. On devine la difficulté pour trouver les financements, les matériaux et les bras pour mener à bien le chantier. En 1892, Brazzaville est une cité vieille de 12 ans seulement, avec très peu de bâtiments en dur !

Il parait qu'Augouard lui-même participa aux travaux, notamment pour la charpente. On l'identifie au centre de la photo ci-dessus, habillé en soutane, aux côtés de deux congolais portant un madrier.


cathedrale-brazza-chantier-1892 augouard

Augouard supervisant le chantier (détail, © CAOM 1892)

 

A cette époque, aucune possibilité d'acheminement depuis la côte d'une grande quantité de matériaux. Il n'y a pour le transport de marchandises que les "caravanes" qui parcourent plus de 500 km à pied. De l'autre côté du fleuve, la voie ferrée belge ne sera mise en service qu'en 1898.

Les milliers de briques nécessaires sont donc fabriquées un peu plus bas dans la plaine et acheminées par porteurs au sommet de la colline.

 

cathedrale-brazza-bois-alima

Abattage et équarrissage des madriers pour la Cathédrale, dans une forêt de l'Alima (col Leroy)

 

D'après cette carte postale, on va chercher le bois de construction dans les forêts de l'Alima (rivière située à environ 300 km au nord de Brazzaville). Les poutres sont fabriquées sur place et descendent vraisemblablement par bateau la rivière Alima, puis le fleuve Congo jusqu'à la capitale.


cathedrale-brazzaville 1894

La cathédrale du Sacré Coeur vers 1900 (carte postale)

 

En 1894, un premier édifice est achevé et permet d'accueillir les fidèles. Il est très simple avec une unique nef, un petit clocher et une sobre abside.

 

cathedrale-brazza-abside-1900

Cathédrale de Brazzaville, vue de l'abside vers 1900 (carte postale)

 

Mais, après cette première étape, la construction s'est poursuivie au cours des décennies suivantes. La modeste bâtisse va peu à peu s'agrandir...

 

Sources : 

Hommes et Destins : Dictionnaire biographique d'Outre-Mer, tome 2, volume 1 (1977) Ed. Académie des Sciences d'Outre-Mer.

Monseigneur Augouard, un Explorateur et un Apôtre du Congo Français, Archevêque de Cassiopée. Witte. J. (Auteur) 1924. Ed. Emile Paol.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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commentaires

Monom 19/07/2011 18:09



Vous avez raison Fabrice, il faut toujours faire la part des choses, il y a eu des salauds mais aussi quelques bonnes âmes (remarquez l'emploi du "quelques"...) seulement une chose sur laquelle
je ne suis pas d'accord, c'est quand vous évoquez les écoles qu'ils ont construites. En fait ce dont il faut se rendre compte c'est que ces écoles (celles crées par les religieux comme les
autres) souvent n'étaient créees que pour former des parfaits petits citoyens aux ordres de l'autorité en place et de ses desseins. Ce qui signifie que dans bien cas on limitait le niveau de
formation des gens. Il fallait former, formater les élèves pour qu'ils deviennent les meilleurs défenseurs de l'oeuvre coloniale. Des membres de ma famille qui sont passés par ces écoles tenues
par des religieux parlent et témoignent de cet état de fait.


Evidemment là aussi il y a eu des exceptions, on a eu la chance d'avoir des étudiants qui une fois qu'ils ont pu acquérir le minimum accordé par les autorités en place ont pu échapper à un destin
dans l'armée coloniale, dans la petite administration ou dans l'église catholique pour aller poursuivre leurs études en Europe et revenir ensuite lutter pour leur indépendance... On pourrait
parler des heures de cette histoire.


 



Fabrice 19/07/2011 19:15



Je pense que les personnes qui ont eu la chance d'aller à l'école religieuse, au début du 20ème, ont pu apprendre à lire, écrire et compter. Ce qui n'était pas le cas d'une grande majorité de
leurs compatriotes ! C'est tout de même un début d'émancipation et d'ouverture sur le monde.


Après, je ne doute pas que l'enseignement délivré devait être très formaté. Merci pour votre témoignage sur ce point.


Comme illustre élève d'une mission catholique (dès les années 1915-1920 que j'évoquais pour Mgr Augouard), nous avons eu Léopold Sédar Senghor, agrégé de Grammaire en France en 1935, futur
Président du Sénégal. Ce n'était cependant pas un simple fils de paysan, mais un garçon issu d'une famille d'aristocrate Serer.


Comme vous le soulignez, nombre d'acteurs des indépendances africaines ont fait des études en France, parfois la guerre aux côtés des Français, puis sont devenus des leaders politiques dans leur
pays d'origine.



Mfina Macosso freddy 18/07/2011 22:35



OUI Fabrice il s'agit du même royaume celui colonisé par les portuguais qui s'etend jusqu' loango. La capitale et les six provinces était crétiennes et le frère du roi lui prétre à lisbonne au
portugal , il transcrira la bible en kikongo et chaque citoyen devait connaitre la parole de Dieu, pendant une courte periode le pays va s'appeler" Kongo dia ngougo"( pays des clôchés) car ils
entendaient la clôche sonné chaque matin et le soir. 1665 la guerre d'Ambouila qui à causer l'exode de la population vers l'ouest dans le territoire batéké du Congo brazza et de la R D C. Vous
avez raison c'est un peu plus compliqué, curieusement en retrouve dans nos croyances animistes des similtude de même dieu catholique et son fils jesus, mais je pense que cette croyance ne ce
limitait pas qu'à l'élite! 



Fabrice 18/07/2011 23:09



L'histoire des royaumes Kongo et des mouvements de population est complexe et je ne compte pas faire une thèse sur le sujet... J'emploie volontairement le pluriel car par exemple le royaume de
Loango devient vers 1600 indépendant du Ma Kongo de San Salvador. J'ai lu aussi que les croyances ancestrales évoquaient en effet un Dieu unique, d'où le parallèle avec le catholicisme.


Mais je soulignerai, avec un peu d'ironie, pourquoi a t-on entrepris dans les années 1880 d'évangéliser les peuples du Congo, s'ils étaient déjà tous chrétiens ??



Monnom 18/07/2011 20:18



Qu'ils aient été catholiques ou pas, là n'est pas la question, on retiendra juste que l'introduction du catholicisme (je dis bien le catholicisme, et pas le christianisme car le catholicisme se
réclame du christianisme mais dans les faits en est très éloigné. C'est plus une idéologie politique de conquête et d'asservissement mental.) a occasionné des dégâts extrêmements regrettables
dans les contrées. Les yeux anciens se souviennent avoir vu des prêtres se balader dans des sièges portés par des pauvres bougres, pratiquer une discrimination contre les indigènes totalement en
désaccord avec le message qu'ils étaient censés lire dans la bible, détruire avec grand zèle des éléments culturels divers tels que ceux que vous achetez cher narrateur. Quelle période lugubre...
Brrrrrrr.... Voir aujourd'hui de nombreux édifices catholiques tomber en ruines ne m'étonne pas du tout. 



Fabrice 18/07/2011 21:11



Certains religieux avaient une démarche humaniste, d'autres étaient aveuglés par la propagande coloniale et la volonté de "civiliser les sauvages"... J'essaie de faire la part des choses.
Les religieux ont aussi apporté des écoles et des services de soins. Bien entendu, la conversion religieuse s'accompagnait de la volonté de faire disparaître les anciennes croyances, et donc
impliquait la destruction d'éléments culturels, que l'on jugerait aujourd'hui d'une grande valeur. On peut le regretter.


J'avais publié un article où l'on voit justement le même Mgr Augouard en "pousse-pousse" (http://voyage-congo.over-blog.com/article-vie-quotidienne-le-blanc-ne-sait-pas-marcher-62459829.html)
tirés par "des pauvres bougres" pour reprendre votre expression. Certains avaient alors trouvé mon article "orienté"... en défaveur des Blancs bien sûr.



Mfina Macosso freddy 18/07/2011 01:33



FABRICE le Congo est chrétient catholique (jésuites) dépuis l'année de baptème du roi Nzinga Nkuwu (son nom de baptème Alfonso 1er) en 1490 à Sao salvador nom de baptème de la ville , qui fut
j'adis Mbanza Congo. Le père Augouard lorsqu'il arrive les sujets congolais sont déjà crétient. c'est à dire j'aurai tendance à penser qu'il vient à la demande du gouvernement français en mission
civilisatrice, curieusement il est déjà au congo avant l'arrivé de Pietro di Brazza sur le teritoire louango, il s'installe à mfoa dans la région du pool également à la demande du gouvernement
français par Savorgnan di Brazza. juste un repair historique. J'aime ce que vous faite


 



Fabrice 18/07/2011 19:34



C'est un peu plus compliqué... Seule une petite élite des royaumes côtiers a été convertie très tôt à la religion catholique. Et encore, parfois seulement à des fins politiques et commerciales,
afin d'entretenir de bonnes relations avec le colonisateur. La conversion était peut-être un peu plus marquée en Angola, où les Portugais étaient plus présents. San Salvador est une exception !


Les tentatives d'évangélisation des populations au cours des siècles passés ont été un échec. Ce fût le cas des missionnaires nantais qui échouèrent à évangéliser la région de Loango dans les
années 1766-1777. C'est bien la fin du 19ème siècle qui marque un tournant dans la diffusion de la religion catholique. Je ne crois pas du tout que l'immense majorité des habitants du Congo
Brazzaville étaient chrétiens quand les missions s'implantèrent dans le pays. Les religions traditionnelles animistes prédominaient. 



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