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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 09:15

En France, tout le monde (ou presque) a entendu parler du 18 juin 1940 évoqué par la première fresque. Par contre, les évènements qui lient le général de Gaulle à Brazzaville (et au delà à l'Histoire de France) ont été oubliés. Sans entrer dans tous les détails, j'évoque ici les trois principaux épisodes liant les deux, en les restituant dans leur contexte historique.

 

Le premier "épisode" est lié aux conséquences de la tragique défaite de la France en juin 1940. Réfugié à Londres et reconnu chef des "Français Libres" par les anglais le 28 juin 1940, le général de Gaulle s'attache rapidement à tenter de rallier les territoires français d'Afrique pour continuer le combat. Comme il l'avait annoncé dans son discours du 18 juin : "Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle."

Il lui faut pour cela trouver un lieu pour installer le siège d'un gouvernement, pour poursuivre la lutte en « terre française ». Deux mois après, c'est le ralliement d'une partie des territoires de "l'Empire", en particulier l'Afrique équatoriale française, qui lui donne une première satisfaction : le gouverneur Félix Éboué, proclame le ralliement du Tchad le 26 août 1940, suivent le Cameroun le 27 août avec le général Leclerc, le Moyen-Congo le 28 août 1940 et l'Oubangui-Chari le 30 août. Ces colonies offrent à de Gaulle l’opportunité d’exercer son autorité sur un vaste territoire et ouvre la perspective de lever une armée. Sa légitimité se voit alors renforcée auprès des Anglais, très méfiants devant ce militaire quasi-inconnu.

Ainsi au Congo, dès ce mois d'août 1940, le Colonel Edgar de Larminat et le Lieutenant-Colonel Jean Colonna d'Ornano choisissent le camp du général. Le premier fut alors condamné à mort par contumace par le Régime de Vichy... mais sous l'autorité gaulliste devient rapidement Haut-Commandant en AEF. Le second fut tué peu après son ralliement, en janvier 1941 à Mourzouk, en Libye, en combattant contre les italiens (alors alliés des Nazis pour ceux qui l'auraient oublié). En hommage, une rue du centre ville de Brazzaville porte son nom.

La tâche n'est pas simple par contre en AOF... L'opération militaire franco-anglaise au large de Dakar en septembre 1940 est un échec cuisant. Le général de Gaulle essuie de violents tirs de canons. Des français tirent sur des français... Le débarquement échoue et le Sénégal restera dans le camp du Maréchal Pétain jusqu'à la fin 1942. Gros coup sur la tête pour l'homme du 18 juin, qui selon les témoignages de ses proches, marquera l'un de ses rares moments d'accablement. 

 

gaulle brazzaville-capitale-1940

Arrivée du général de Gaulle le 24 octobre 1940 à Brazzaville (carte postale)

 

Un mois après l'échec de Dakar, de Gaulle arrive à Brazzaville, ironie de l'Histoire, le jour où Pétain serre la main d'Hitler à Montoire. A l'issue de ces journées qui voient la fondation d'un "conseil de défense de l'Empire" par le "manifeste de Brazzaville", c'est la capitale du Congo qui devient officiellement la capitale de la France Libre le 27 octobre 1940. Le général dispose désormais d'une assise territoriale et d'un réservoir d'hommes pour continuer la lutte. Le message est clair :

"J'appelle à la guerre, c'est-à-dire au combat ou au sacrifice, tous les hommes et toutes les femmes des terres françaises qui sont ralliées à moi. En union étroite avec nos Alliés, qui proclament leur volonté de contribuer à restaurer l'indépendance et la grandeur de la France, il s'agit de défendre contre l'ennemi ou contre ses auxiliaires la partie du patrimoine national que nous détenons, d'attaquer l'ennemi partout où cela sera possible, et de mettre en œuvre toutes nos ressources militaires, économiques, morales, de maintenir l'ordre public et de faire régner la justice (27 octobre 1940)."


Mais dans la région, le Gabon fait exception. Il reste fidèle au Régime de Vichy. Il faudra de violents combats (y compris des combats aériens) et des morts pour contraindre le ralliement de cette colonie de l'AEF. Des offensives simultanées sont menées par Leclerc et Koenig contre Libreville et Port-Gentil. Les troupes gaullistes rencontrent une vive résistance et leur progression est lente et difficile. Le Gabon est finalement "conquis" en novembre 1940.

Par la suite, le général de Gaulle revient de nombreuses fois au Congo. Il préside les manifestations officielles à l'occasion des cérémonies du 14 juillet 1941 à Brazzaville, et retourne de nouveau dans la capitale de la France Libre les 26-27-28 août 1941. Il s'agit de fêter alors les « Trois Glorieuses » (26, 27 et 28 août 1940) qui ont vu successivement le Tchad, le Cameroun et le Congo se rallier à la France Libre.

 

 

Le second temps fort prend corps dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Après l'entrée en guerre des Etats-Unis, les Alliés sont en bonne voie pour remporter la victoire. On peut commencer à penser à l'après... C'est l'objet de la deuxième fresque du square de Gaulle : la Conférence de Brazzaville.


 

gaulle-conference-brazzaville-1944

Ouverture de la Conférence de Brazzaville le 30 janvier 1944 (Ecpad ©)

 

Elle se tient du 30 janvier au 8 février 1944 dans la "capitale de la France Libre". La conférence réunissant les gouverneurs des colonies ou leurs représentants est marquée par un discours de l'homme du 18 juin, qui amorce timidement l'émancipation des colonies : 

" Nous croyons que, pour ce qui concerne la vie du monde de demain, l'autarcie ne serait, pour personne, ni souhaitable, ni même possible. Nous croyons, en particulier, qu'au point de vue du développement des ressources et des grandes communications, le continent africain doit constituer, dans une large mesure, un tout. Mais, en Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n'y aurait aucun progrès qui soit un progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et matériellement, s'ils ne pouvaient s'élever peu a peu jusqu'au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C'est le devoir de la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi. Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes. Vous avez, Messieurs les Gouverneurs généraux et Gouverneurs, les pieds assez bien enfoncés dans la terre d'Afrique pour ne jamais perdre le sens de ce qui y est réalisable et, par conséquent, pratique. Au demeurant, il appartient à la nation française et il n'appartient qu'à elle, de procéder, le moment venu, aux réformes impériales de structure qu'elle décidera dans sa souveraineté (30 janvier 1944)." 


A l'issue de la Conférence, le code de l'Indigénat est aboli. Des transformations majeures sur le plan social sont envisagées : ouverture des emplois aux Indigènes (à l'exception des postes de cadres de direction réservés aux citoyens français), égalité de rémunération à compétence égale, développement de l'enseignement pour tous, fin du travail forcé... Il n'est pas encore véritablement question d'émancipation politique. Les colonies deviennent "territoires intégrés", et en 1946, l'Union Française succède alors à l'empire colonial français.

 

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De Gaulle et le Gouverneur Général Félix Eboué, début février 1944 (© Erich Lessing - Magnum)

 

A Brazzaville, on trouve bien sûr aux côtés du général de Gaulle, Félix Eboué, gouverneur général de l'AEF depuis le 12 novembre 1940 (après la "reconquête" du Gabon). La photo ci-dessus fait directement écho à la fresque du square (cf Brazzaville : le square de Gaulle ). Fatigué, Eboué prend un congé en Egypte peu après la fin de la Conférence. Il trouve aussi l'occasion d'œuvrer aux relations diplomatiques entre ce pays proche des Anglais et la France. Mais le 17 mai 1944, il meurt au Caire des suites d'une congestion (pulmonaire ou cérébrale selon les sources...) à l'âge de 59 ans.


Bien entendu, après ce premier pas, le chemin de l'Indépendance des pays africains sera encore long et difficile. De terribles répressions dans les colonies suivront de peu les bonnes intentions de cette Conférence de Brazzaville (massacre de tirailleurs sénégalais du Camp de Thiaroye le 1er décembre 1944 à Dakar, massacres de Sétif en Algérie le 8 mai 1945, sanglante répression à Madagascar en 1947-48... avec à la clé des dizaines de milliers de morts).

 

 

Sources principales :

http://www.charles-de-gaulle.org

http://www.france-libre.net

http://mjp.univ-perp.fr/textes/degaulle30011944.htm

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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