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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 11:45

Pour préciser l'importance de cette activité économique pratiquée au bord du fleuve, la pierraille est prélevée soit par des entreprises du bâtiment, soit par les riverains, pour alimenter des travaux de construction. Elle est destinée à la vente sous forme de moellons, de caillasse ou de gravier. L'activité est pratiquée pendant toute l’année, mais connaît un pic pendant la saison sèche, où l'accès est plus facile et les températures plus clémentes. Les moellons et la caillasse alimentent les départements de Brazzaville, du Pool, des Plateaux et une partie de la Cuvette. Les riverains prélèvent également de l'argile dont une partie sert pour la fabrication de briques, destinées souvent à la vente. La brique revient à l'unité environ 300 FCFA. Ceci dit, il n'y a pas de génération spontanée de rochers... donc le site risque d'être fortement dénaturé si l'exploitation continue.

Je salue Alfred et retourne avec Brice au delà de la barrière de rochers noirs. Plus personne n'est assis sur les dalles de rochers... Manu et Fred se sont installés sur la plage, sous un parasol multicolore, un peu délavé.


Il est 12h45 et ils veulent boire une bière ! Ayant un peu les intestins détraqués, je reste à l'eau. Nous mangeons quelques bonbons que j'ai amenés. J'en offre aussi au jeune serveur. Il a bien du mal à faire l'addition de nos quatre boissons et surtout à me rendre la monnaie... Il me dit être étudiant. Pour le charrier un peu, je lui dis "Pas en mathématiques visiblement !?". Mes amis jettent les papiers de bonbons par terre, ce qui a le don de m'agacer... Pour montrer l'exemple, respecter ce site naturel, je mets les miens dans une bouteille vide.

Le soleil est présent sans qu'il fasse trop chaud. La plage n'est pas bondée, quelques enfants jouent sur le rivage. Un mec baraqué frime en se baladant sur les rochers, cherche visiblement à montrer ses muscles. Je lance "Il est costaud celui-là !". Fred me répond "Il fait peur !".

 

djoue-brazza-plage-parasols

Brazzaville plage, sous les parasols...

 

Une dame âgée est installée pas très loin de nous, elle vend je ne sais quoi (des cacahuètes je crois, dans une bassine). Manu considère que sa place n'est pas sur la plage. Il est dérangé par le mélange avec les hommes qui se baignent. Je lui réponds qu'à son âge, elle a déjà dû voir des hommes peu habillés, surtout si elle a eu des enfants ! Mes compagnons semblent un peu choqués par mes propos, personne ne donne suite... J'ai supposé qu'il y avait ainsi des tabous d'ordre culturel ou mystique, quant à la présence des femmes au bord du fleuve. Un lecteur avisé évoque tout simplement la "pudeur".

 

Après cette pause, nous retournons vers le taxi de Brice. Sur le sentier, je croise un jeune qui me dit "Belle vue !". J'aquiesce. Sans doute a t-il constaté que je me retournais pour admirer une dernière fois le site. Manu me demande si nous pouvons aller voir la tombe de son père, située à quelques kilomètres de là, vers le sud. Il souhaite s'y recueillir avec son frère. Nous n'avons pas eu le temps de le faire la veille. Comment refuser ?

Mais au moment où nous montons dans le taxi, un homme assez âgé sort de sa baraque et nous réclame un "droit de parking"... Il est assez virulent, dit qu'en France on paye pour visiter, tient des propos anti-français. Brice pour s'en débarrasser lui donne un billet de 500 FCFA. Mais Manu est agacé par ses paroles agressives et le contredit. Je ne participe pas à la discussion pour ne pas envenimer les choses... La conversation tourne à la politique et je ne sais plus comment, Kadhafi arrive sur le tapis (sans doute à cause de l'intervention militaire française en cours en Lybie). Manu annonce alors que Khadafi est "tombé" ce matin. Le vieux est stupéfait. Ce n'est pas vrai, mais cela lui cloue le bec, et nous quittons les lieux. Manu avait seulement 4 mois d'avance sur la mort du dictateur... populaire dans certains pays d'Afrique Noire car, outre son opposition affichée à l'Occident, il apportait son appui financier.


Ce genre de situation n'est pas agréable, mais je comprends le ressentiment qui peut s'exprimer à mon encontre. Même si à titre individuel, je n'y suis pour rien et n'y peux pas grand-chose !! C'est le résultat du non partage des richesses avec l'immense majorité de la population... Les français sont accusés d'être complices du "pillage" du pays et de tirer politiquement les ficelles par derrière.

 

Nous quittons les abords du fleuve, en traversant de nouveau le petit hameau. J'aperçois un enfant albinos jouant au bord du sentier. C'est la première fois que je vois un albinos au CongoJ'en fais la remarque à mes comparses. Ils me posent alors la question suivante : "Pour toi, il est blanc ou il est noir ?". Pour moi, je dirais plutôt qu'il est noir ! Ils me répondent en coeur : "Pour nous, il est blanc !".

Nous parlons alors de nos différences d'apparence, liées en grande partie à un seul pigment de la peau : la mélanine. Elle est présente en plus ou moins grande quantité, c'est tout. L'albinos bien qu'étant issu de parents "noirs" est dépourvu de ce pigment à cause d'une anomalie génétique. Par ailleurs, en nous regardant, nous avons un échantillon de 4 couleurs... Je suis bien sûr le moins pigmenté, et Manu le plus ! Fred fait la remarque à son frangin que, quand il était plus jeune, il était moins foncé. Manu suppose que c'est le climat de Pointe-Noire (plus ensoleillé qu'à Brazzaville ?) qui l'a fait noircir.

 

Nous poursuivons notre route vers le sud. Cela fait longtemps que Manu n'est pas retourné dans cet endroit. Il demande donc confirmation de l'itinéraire à un villageois au bord de la route. Peu après, nous tournons à droite, entrons dans un village et Brice se gare dans une allée.

 

Nous saluons un homme œuvrant à l'ombre d'un manguier. Nous sommes bien accueillis. Le cimetière "privé" est tout proche des cases du village. Les morts côtoient de très près les vivants... Certaines tombes sont même collées aux maisons.

Mais il faut retrouver la "bonne" tombe dans le cimetière envahi par la végétation ! Les sépultures sont recouvertes d'herbes enchevêtrées, si bien qu'on ne les voit plus. En entrant, singulièrement, c'est une odeur d'essence qui vous assaille. On voit ça et là quelques bidons jaunes...  

 

brazza-village-cimetiere-herbes

Cimetière enfoui sous la végétation...

 

Le cimetière sert en fait de cache pour les trafiquants de carburant que l'on surnomme... les "Kadhafi" !! En référence bien sûr à l'illustre dirigeant d'un autre pays riche en pétrole. Aussi étrange que cela puisse paraître, le Congo est parfois confronté à des pénuries de carburant, ce qui engendre tout un tas de trafics. On revend au prix fort le carburant récupéré auprès des pompistes ou bien celui provenant de l'autre rive du fleuve, ayant traversé la frontière en pirogue depuis la RDC.


Manu et Fred finissent par retrouver la tombe de leur père, décédé en 2003. Ils la dégagent de son cocon de verdure. Comme "maman Pauline", il était né "vers 1928". Je reste un peu en retrait pour les laisser se recueillir tranquillement.

 

brazza-village-tombes-vegetation

Tombes du petit cimetière 

 

Après cette escale mémorielle, nous voilà reparti vers Brazzaville. Sur la route du retour, nous croisons un accident de la route, sans gravité, et un camion en panne. Evoquant les accidents souvent meurtriers au Congo, vu l'état des véhicules et le comportement des conducteurs, Manu raconte que certains laissent divaguer les personnes agées de leur famille qui ont perdu la tête, dans le but de gagner de l'argent !! Renversée par un véhicule ou tuée, la famille pourra prétendre que la personne était saine d'esprit et avec un procès se remplir les poches. On est bien loin de l'image classique de l'Afrique respectueuse de ses anciens... Mais c'est heureusement un comportement infâme très minoritaire.

 

Il est déjà plus de 14 heures ! Manu propose de retourner déjeuner "aux rapides".

 

 

Sources : 

Fiche descriptive sur les zones humides Ramsar - MADOUKA Gilbert - 2008

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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commentaires

Julia Makossombo 08/08/2013 20:00


Pour répondre à M. Bakassi qui dit "ça ne doit pas être facile de se faire interpeller pour vous reprocher d'être français" je ne sais pas si on fait la différence qui est français ou pas. J'ai
vu des étrangers blancs d'autres nationalités subir la même chose. Mais ce sont tout de même des cas isolés. Les congolais sont accueillants et souriants.

Fabrice 08/08/2013 21:13



J'ai été interpellé précisément sous cette "dénomination".



Edmond bakassi 27/09/2011 15:44



[Il y'a apparemment aussi des tabous d'ordre culturel ou mystique, quant à la présence des femmes au bord du fleuve.]


Nuance, il ne s'agit pas de tabou culturel ou mystique, mais de pudeur, de pudeur telle qu'on ne la connait plus sous d'autres cieux depuis des siècles. Et la pudeur est aussi liée au respect.
J'ai quand même bien peur que tout cela disparaisse quand ce petit pays sera définitvement relié au monde entier par le miracle d'Internet, tout le monde connaîtra alors pornographie,
exhibitionnisme et autres joyeusetés, alors que jusque là seul un petit nombre de gens s'adonnait à ce genre de choses.


Par ailleurs, je me mets à votre place, ça ne doit pas être facile de se faire interpeller pour vous reprocher d'être français. Mais malheureusement ce genre de choses risque de continuer tant
qu'une ceratine classe politique française continuera de près ou de loin à semer la zizanie dans ce pays. C'est malheureux mais c'est vrai, l'actuel président a été installé par la France, et il
se trouve qu'il gère très mal ce pays. Alors au dela de cet homme, qui voulez vous que les Congolais blâment pour leur misère ?



Fabrice 27/09/2011 19:19



Dont acte pour la pudeur et le respect ! Cela est déjà en voie de changement, car les jeunes accèdent à la pornographie assez facilement. Avant internet, il y a les lecteurs de DVD. J'ai vu des
gamins de 10 ans vendrent des DVD X dans les rues... C'est pour cela que le contraste avec la "pudeur" que vous évoquez au bord du fleuve est surprenante.


 


Ce n'est pas agréable d'être interpellé de la sorte, mais j'ai suffisamment de recul et de compréhension de la situation géopolitique pour ne pas m'en offusquer outre mesure.



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