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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 16:45

Nous reprenons notre taxi et remontons l'avenue de la Paix, dans le quartier de Poto-Poto. C'est un quartier populaire et animé, où l'on trouve notamment de nombreuses boutiques de ouest-africains. Constructions inachevées, fils électriques qui pendent, vendeurs au coin des rues, poussière et détritus, affiches placardées sur les palissades en tôle, agitation constituent le décor du lieu.

Le nom du quartier provient de la terre argileuse qui servait à construire les habitations traditionnelles, les "cases" (cf  Lac Kayo : architecture du village).

 

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Boutique du quartier Poto-Poto

 

Ici la conduite au klaxon est la règle ! Brice n'en fait pas usage, et je comprends que c'est lié à ma présence. Il râle cependant à cause du comportement de certains conducteurs... Chacun veut passer devant l'autre, forcer le passage et on s'interpelle d'un véhicule à l'autre à travers les vitres ouvertes. Je lui demande la traduction de ce qui est, vu le ton employé, une insulte proférée à l'encontre de l'un de ses collègues taxi. C'est simplement l'équivalent de "connard" !

Nous tournons à droite, juste avant le rond-point de Moungali, passons un portail et entrons dans un petit parc ombragé. Quelques grands arbres forment un cadre charmant et inattendu, le calme des lieux contrastant avec l'agitation environnante.

 

poto-poto-arbre-brazza

Arbre du jardin de Poto-Poto

 

Nous cheminons vers un bâtiment recouvert de tôles vertes, dont le toit descend presque que juste au sol. Il semble inspiré des "cases" de type "maison commune" que l'on trouvait dans les villages (m'bongui).

 

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"Case" de l'école de peinture de Poto-Poto

 

Passé un petit patio où on nous informe que les photos sont interdites à l'intérieur, nous pénétrons dans le hall d'exposition, divisé en deux salles de taille inégale. 

Différents styles de peinture se côtoient, très réalistes ou plus abstraits, colorés ou plus sombres. Nous reconnaissons des scènes issues de l'histoire coloniale (le portrait du sergent Malamine par exemple), des scènes de vie traditionnelle (marché, pêche, danse...), des paysages notamment la forêt (lieu stimulant l'imaginaire et source éternelle d'inspiration), des portraits de femme, des animaux (bien sûr le mythique éléphant)...

Le prix des œuvres varie évidemment en fonction de la taille de la toile et de la renommée de l'artiste, certains tableaux atteignent plusieurs centaines de milliers de francs CFA, voire 1 million (1 500 Euros). Un jeune homme européen discute avec un responsable et semble prêt à acheter un tableau. Des peintures avec des traits verticaux ponctuant les représentations retiennent l'attention.

J'ai quand même trouvé une photo de l'intérieur qui donne une idée du lieu. Tous les murs sont couverts de toiles !

 

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Ecole de Poto-Poto (source : blog Star du Congo 2009)


A l'extérieur, abrités sur les côtés du bâtiment, les artistes peuvent s'installer et poser leur chevalet pour exprimer leur talent. C'est l'école de Poto-Poto qui a par exemple créé les fresques du mémorial de Brazza (cf Brazzaville : mausolée Savorgnan de Brazza (suite) ).

 

 

Petite histoire de l'école de Poto-Poto

 

Il ne s'agit pas vraiment d'une "école" de peinture car il n'y pas de style bien défini. Les peintres de Brazzaville se sont réunis sous cette dénomination au début des années 1950, autour du fondateur Pierre Lods. Ne voulant pas brimer la spontanéité de la création artistique locale, il s'est contenter de donner des conseils techniques à ses "élèves". La légende veut que Lods surprit l'un de ses employés peignant avec son matériel pendant son absence. Ce sera son premier "élève"! La beauté et la naïveté des créations séduiront le maître.

L'école est fondée en ce lieu en 1951. La renommée arrive avec une exposition effectuée à Paris en 1952, puis à New-York à la MOMA en 1955-56. Le fondateur français part pour le Sénégal en 1961. Mais l'école est lancée et les générations d'artistes de succéderont au cours des décennies suivantes, avec les difficultés liées au contexte politique du pays.

L'activité de l'école des peintres de Poto-Poto a ainsi été plombée par les troubles des années 1990. Aujourd'hui, c'est une sorte de coopérative où un pourcentage des ventes est reversée dans un pot commun, permettant de faire vivre le lieu et de procurer du matériel aux artistes (matériel coûteux et pour l'essentiel importé). Reste à trouver les acheteurs, ceux-ci étant essentiellement étrangers.

Ceci n'empêche pas les artistes indépendants de faire étalage de leur talent, après souvent un séjour plus ou moins long dans l'école. D'autres artistes peintres s'activent à Pointe-Noire.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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Ya Sanza 09/08/2011 10:40



Dans l'excllent coffret Couleur Congo de Hassim Tall Boukambou (en principe trouvable dans les FNAC mais ça reste à vérifier), un membre de l'école de Poto -poto est interviewé. Il explique
l'origine des petits personnages filiformes caractéristique d'une certaine forme de l'école en disant qu'on les appelle des petits miqués, ce qui en lingala voudrait dire petit bonhomme. (Quel
plagiaire ce Walt Disney).



Fabrice 09/08/2011 19:22



Effectivement, il parait que "miké" (pluriel de "moke") veut dire "petits" en lingala. Mais d'autres considèrent que ce sont les peintres congolais qui se sont inspirés des bandes dessinées, le
mot de Mickey étant alors un terme générique pour les désigner. Le personnage de Disney a été créé en 1928, bien avant l'ouverture de l'école de Poto-Poto. Sans doute la coïncidence des deux mots
a t-elle permis de créer un lien entre les deux cultures artistiques.


PS : le coffret présentant une vision un peu trop idyllique du Congo n'est pas trouvable... Le DVD du même auteur sur Pointe-Noire présente trop favorablement, en évitant les problèmes du
quotidien, la vie à Ponton.



Mfina Macosso freddy 09/08/2011 02:04



Fabrice, le taxi claxon est un taxi ramasse tout, vous vous etiez dans un taxi cours!


 



Fabrice 09/08/2011 19:09



Oui, mon chauffeur m'a expliqué que les autres véhicules qui klaxonnent très souvent sont à la recherche d'autres clients. Mais Brice m'a aussi confirmé qu'il ne klaxonnait pas pour la
circulation générale, car j'étais à bord.



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