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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 21:30

A l'occasion de la célébration annuelle de la capitulation allemande du 8 mai 1945, j'ai souhaité rappeler l'implication des soldats africains au cours de la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de la France. Plus particulièrement, en l'évoquant à travers quelques exemples de militaires d'origine congolaise ou de l'AEF, morts au cours du conflit. Mon objectif n'est pas de détailler les multiples et complexes étapes militaires de cette période, les nombreuses restructurations des troupes, mais de brièvement restituer dans leur contexte le décès de ces soldats.

 

Bref rappel historique, comme au cours de la Première Guerre Mondiale, la France fit appel entre 1939 et 1945 aux ressources de ses colonies. Le Colonel Mangin avait théorisé en 1910 dans son ouvrage "La Force Noire" l'emploi dans l'armée des soldats africains, pour remédier au déficit démographique français, vis à vis de l'ennemi allemand. Il vantait les qualités combatives des soldats Noirs, quitte à verser dans les clichés raciaux, très communs à cette époque.

 

01-documents guerre empire-1939

Décembre 1939 : glorification de l'Armée de l'Empire français

 

Des régiments de tirailleurs sénégalais participèrent à la dure bataille de France en mai-juin 1940. Le terme de "sénégalais" était générique, car ces régiments incorporaient des hommes venus de toute l'Afrique Noire.

Ainsi, le soldat Goma Louis (né à Brazzaville en 1906) appartenant au 12ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais est mort en France en juin 1940 (lieu précis indéterminé).

Les 12e et 14e RTS combattent à cette période dans les Ardennes et sur la Meuse, verrou stratégique. Ce soldat faisait-il parti des soldats massacrés près de Brillon-en-Barrois (Meuse) ? En tout cas, dans la nuit du 15 au 16 juin 1940, des soldats allemands (appartenant probablement à la 6e Panzerdivision allemande) massacrèrent dans la forêt de Brillon une cinquantaine de tirailleurs, prisonniers, dont de nombreux blessés, appartenant au 12e Régiment de Tirailleurs Sénégalais.

 

02 tirailleur-sénégalais-2e-armée-1940

Portrait d'un tirailleur sénégalais de la 2e armée en 1940 (© ECPAD)

 

De même, le fantassin Tchikaya Félix Lucien (né au Congo à "Viangui terre de Loubou" le 15 mars 1900) appartenant au 14ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, est tué au combat le 15 juin 1940 dans la même zone, à Bazincourt-sur-Saulx (Meuse). Une semaine seulement avant la signature de l'Armistice... Une stèle a été par ailleurs érigée dans ce village en hommage "Aux 44 vaillants sous-officiers et soldats du 14e Régiment de Tirailleurs tombés lors des combats du 15 juin 1940 et inhumés dans ce lieu de 1940 à 1961".

 

Sinistre comptabilité, environ 17 500 Tirailleurs furent tués pendant la bataille de France et sur 15 000 hommes capturés par les Allemands, la moitié mourut dans les camps de prisonniers de guerre. Les conditions d'internement sont rudes, notamment l'hiver, et beaucoup tombent malades. Ils sont pour certains libérés et remis aux autorités françaises qui les prennent en charge. Parmi les Tirailleurs faits prisonniers, certains parviennent aussi à s'évader pour rejoindre les rangs de la Résistance.

 

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Soldat africain fait prisonnier de guerre par les Allemands en 1940 (Deutsches Bundesarchiv.)

 

Des tirailleurs africains "libérés" sont envoyés en Afrique du Nord, dans l'attente de retrouver leur pays respectif. Beaucoup trouvent ainsi la mort en Algérie ou au Maroc. Ainsi, le soldat Bouzengui Gabriel (né à Brazzaville en 1919) rattaché au CRTS d'Oran, meurt de maladie ("bacillose") le 1er mars 1941 à Oujda (Maroc). De même, le soldat Moukoko (né à Kinkona en 1914), appartenant au 6ème RTS, meurt de maladie à Fès (Maroc) le 9 septembre 1941. Le militaire Gombe Jean Marie (né à Loango en 1912) décède de maladie le 14 mars 1943 à Casablanca (Maroc).

 

Je me dois aussi d'évoquer le destin tragique d'un autre ressortissant de l'AEF, celui d'un officier français d'origine gabonaise, le Capitaine N'Tchoréré Charles froidement exécuté par les Allemands. A travers lui, on découvre des faits méconnus de la bataille de France en 1940.

Né en 1896 à Libreville (son prénom de naissance est "Mésany"), il s'était engagé en 1916 dans les Tirailleurs Sénégalais et devient Sergent au cours de la Première Guerre Mondiale. Après une formation militaire à Fréjus, il devient Adjudant. En 1933, N'Tchoréré est promu Capitaine et commande l'École des Enfants de Troupe à Saint-Louis du Sénégal. A cette époque, c'est l'un des rares Africains à être officier dans l'Armée Française.

 

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Capitaine N'Tchoréré, commandant la 7e Cie du 53e RICMS (© Musée des troupes de marine)

 

En 1939, il part pour le front. En juin 1940, il est à la tête d'une compagnie du 53ème régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (53e RICMS), qui affronte courageusement les blindés allemands dans la Somme. 

Fait prisonnier à Airaines le 7 juin 1940, à une trentaine de kilomètres d'Amiens, il demande à être traité en officier. Mais les Nazis l'abattent d'une balle dans la nuque. Son corps aurait ensuite été broyé sous les chenilles d’un char...

Sordide ironie de l'histoire, son fils appartenant au 2ème RIC, le Caporal Jean-Baptiste N'Tchoréré (né en 1917 à Libreville), est tué le même jour sur le front de la Somme (à Remiencourt).


C'est une pratique non isolée en juin 1940 vis à vis des "soldats de couleur". Les prisonniers sont souvent séparés en fonction de leur apparence physique, des consignes sont données pour ne pas soigner les blessés Noirs. Des soldats Allemands appliquent ainsi les théories nazies sur les "sous-hommes" et veulent venger la "honte noire" (terme de propagande désignant l'occupation de la Rhénanie par des troupes coloniales françaises dans les années 1920).

D'autres massacres de prisonniers africains ou antillais ont lieu dans la Côte-d'Or, la Nièvre, le Rhône, la Somme et l'Oise. Ainsi le capitaine Bébel, guadeloupéen, est lui aussi froidement abattu à Erquinvillers (Oise) le 10 juin 1940. Huit officiers français qui protestent contre l'assassinat de leurs tirailleurs (16ème et 24ème RTS) sont à leur tour exécutés par les Allemands. Terrible époque ! Qu'il faut toujours garder dans un coin de sa mémoire... 


Mais ce n'était qu'une première phase dans l'implication de soldats de l'AEF au cours de la Seconde Guerre Mondiale (voir pages suivantes).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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commentaires

Berruezo 31/03/2015 10:24

Bonjour

Je vous informe de l’existence du site nouvellement créé sur le film Le Tata :http://tirailleurs-senegalais.fr.

Ce film est toujours censuré sur les chaines hertziennes françaises depuis 25 ans.C’est le premier document scientifique (1992) à parler de Thiaroye en France

Fabrice Moustic 31/03/2015 20:09

Pour le massacre des Tirailleurs par les Allemands pendant la bataille de France en 1940, le "tata" est le nom du cimetière "africain" dédié à ces victimes. Ce cimetière est situé à Chasselay (69).

Ce film documentaire évoque Thiaroye, qui est un camp situé près de Dakar (Sénégal), où des Tirailleurs démobilisés en 1944, qui réclamaient simplement leur solde, furent victimes d'une répression militaire française (plusieurs dizaines de morts).

michael 16/10/2012 20:07


Merci pour avoir cité mon grand-père dans vos exemples. Touchant.

Fabrice 16/10/2012 23:30



C'est avec plaisir à mon tour que je découvre votre commentaire. C'est la première fois qu'un membre de la famille d'un ancien combattant congolais me contacte.



ReimsAvant 08/05/2012 11:07


Nous avons eu la même idée que vous, honorer les combattants de l'armée noire en ce 8 mai. J'ai mis un lien vers votre article


http://www.reimsavant.com/article-monument-aux-heros-de-l-armee-noire-102592740.html

Fabrice 08/05/2012 12:29



Merci ! De mon côté, j'avais entendu parlé du monument de Reims en hommage "Aux héros de l'Armée Noire", démantelé par les Allemands en 1940. Quel symbole !


Il s'agissait aussi de fondre les statues en bronze pour en récupérer le métal. Les Allemands firent de même, par exemple, avec la statue de Balzac à Tours.



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