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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:30

Il s'agit d'un livre autobiographique d'Alain Mabanckou, né à Pointe-Noire, évoquant le retour dans sa ville natale, après 23 ans d'absence. Parti pour faire des études en France, en 1989, il n'avait pas remis les pieds au Congo. Entre temps, sa vie a été marquée par le décès de sa mère Pauline en 1995 et de son père Roger en 2005. Sans qu'il ne les revoit, ni ne soit présent aux funérailles.

 

C'est donc le récit très personnel du délicat et émouvant retour d'un homme sur les traces de son enfance. Le livre évoque au fil des rencontres différents souvenirs et anecdotes du passé qui s'entrechoquent avec le présent.

En 2012, le Pointe-Noire de son enfance a bien sûr changé. La modeste case en planches de sa mère a été tronquée, suite à l'empiètement d'un voisin sur la parcelle. Le cinéma Rex, où il voyait des films d'action ou des comédies françaises, est devenu la salle de prière d'une église dite "de Réveil".

L'hôtel Victory Palace où travaillait son père est par contre toujours là (cf  Pointe-Noire : balade et... "Victory Palace").

 

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Portrait d'Alain Mabanckou dans l'ex cinéma Rex (© Caroline Blache)    

 

L'homme est d'ici, mais plus tout à fait, après une aussi longue absence et une vie aujourd'hui bien différente de celle de ses jeunes années. L'écrivain, titulaire du Prix Renaudot en 2006, est professeur de littérature francophone à l'Université de Californie- Los Angeles.

Sans misérabilisme, à travers un récit non formaté, on découvre le Pointe-Noire d'hier et d'aujourd'hui. Les portraits des membres de sa famille sont finement tracés sous la plume efficace du conteur. Ces retrouvailles sont bien souvent poignantes. Certaines prennent aussi un tour surréaliste, comme celles avec son oncle Matété évoquant son double animal ou l'angoissante chambre n°1 de l'hôpital Sicé, ou bien encore l'épisode de la vague scélérate sur les rochers du port.

 

L'autre versant moins agréable de ce retour aux sources, mais inévitable, ce sont les personnes qui tentent de profiter de lui, comme sa demi-soeur, accompagnée de son demi-frère éméché, ou un étrange conteur de guerre civile au restaurant "Chez Gaspard", dans le quartier du Grand Marché. Le congolais "riche" revenant au pays peut attirer les convoitises (tout comme le mundele tout frais débarqué au Congo...).

 

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Quartier des Trois-Cents à Pointe-Noire (© Caroline Blache)

 

Alain Mabanckou évoque par ailleurs le lycée Victor Augagneur où il commença ses études. Et là, ce sera le seul petit reproche que je ferai à l'écrivain. Evoquant le tragique et meurtrier épisode de la construction du CFCO, il en attribue la responsabilité au Gouverneur Général de l'Afrique Equatoriale Française, dont le nom fut attribué à son lycée en 1954. L'écrivain cite le chiffre de 20 000 morts.

Mais Victor Augagneur, gouverneur de l'AEF de 1920 à 1924, a seulement initié le chantier du CFCO à partir de 1921. Les trois premières années du chantier de la ligne ferroviaire, effectué d'abord du côté de Brazzaville, puis du côté de Pointe-Noire à compter de 1923, ont été peu meurtrières. Il s'agissait des premières dizaines de kilomètres en terrain plat.

C'est en fait sous la gouvernance de son successeur, Raphaël Antonetti, que la tragédie prendra forme avec l'hécatombe reconnue aujourd'hui par tout le monde. Dommage qu'il n'est pas creusé un peu plus la question pour éviter cette erreur historique, et attribuer ainsi ses reproches au "bon" gouverneur.

 

Je vous recommande la lecture de cet ouvrage riche, donnant un éclairage sensible sur le Congo contemporain et le parcours d'un homme. Nombre de congolais s'y reconnaîtront sans doute. J'y ai moi aussi retrouvé les différents visages de Pointe-Noire et de sa population, qui en font l'attrait et dans une moindre mesure parfois l'aversion. Le livre est illustré de quelques photos issues des archives familiales de l'auteur et de celles de Caroline Blache (photographe documentariste).

Alain Mabanckou a (re)pris goût au Congo puisqu'il y est revenu en 2013.


Lumières de Pointe-Noire - Alain Mabanckou - Editions du Seuil - Janvier 2013


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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commentaires

Lionel 25/08/2013 19:34


Caroline Blache est la compagne d'Alain Mabanckou auquel elle a déjà donné un fils.

Fabrice 25/08/2013 19:57



Merci pour l'info !



Anne 20/06/2013 09:10


Mboté na ngué,


Je suis d'accord avec les 2 précédents commentaires, "lumières de Pointe Noire" est la suite de "Demain j'aurai 20 ans".


J'ai pu rencontrer et échanger quelques mots avec Alain Mabanckou au Festival des Etonnants Voyageurs à St Malo. IL était venu présenter son livre, ainsi que le collectif musical
composé de grands musiciens de Kinshasa et le CD qu'il a produit, tous deux nommés "Black Bazar", dont les paroles sont inspirées de son livre du même nom aussi. Génial! C'est un
retour à la musique congolaise, la rumba, la bonne musique!    


J'ai apprécié aussi la lecture de "Verre cassé" et "Mémoire de Porc Epic" où dans ce dernier il nous parle encore des "doubles" chez les animaux, en l'occurence donc il s'agit d'un
porc épic que son maître humain commande et envoie en "mission".  J'ai adoré son style dans ces deux romans. Pas de ponctuations, juste des virgules, on est essouflé par le
rythme et emporté sur place par la lecture. Encore génial!


J' ajoute qu' Alain Mabanckou est une personne sympathique et facilement abordable, qui visiblement n'a pas pris la grosse tête malgré son succès. Bravo à lui! 


Anne. 

Fabrice 20/06/2013 16:12



Merci Anne (n°2) pour cette appréciaiton, sur le livre et l'écrivain. Super, si Alain Mabanckou reste une personne accessible.



charles 19/06/2013 18:25


Anne a raison! Il faut lire "Demain j'aurai 20 ans". Un merveilleux petit livre, dont le héros est Michel, alias Alain Mabanckou. Une enfance à la Cité Africaine avec sa Mère: maman
Pauline, son beau-père, ses demi-frères et soeurs, son Amour caroline, son copain Lounès, Mr. Mutombo etc., Un livre rafraîchissant et spontané. Il suffit de voir Mabanckou à la télé. pour
savoir que cet Homme a du génie.


Cela m'a rappelé, aussi, le quartier Tié-Tié et ses Lolos dansants où nous allions nous encanailler au son de la musique lascive et "ambianceuse" du grand "OK JAZZ".


C'était antanlontan, comme on le dit en créole et c'est une autre histoire ...

Fabrice 19/06/2013 19:36



Voilà deux avis positifs qui vont m'inciter à le lire. Il est paru en Poche.


Tant pis si ce n'est pas lu dans le bon ordre !



anne perret 18/06/2013 11:17


je suis toujours très fidèle à votre blog ! avant d'écrire "lumières de Pointe Noire " Alain Mabanckou a publié "demain j'aurai 20 ans " , récit plein de "lumières" sur son enfance à PN ,et qu'il
faut lire en premier  (à mon avis ) car "lumière "en est un peu la suite ,l'aboutissement .. et fait vibrer en nous ,anciens du congo , la même fibre t nostalgique ,mais aussi un peu
désabusée... on ne revient jamais mettre ses pieds sur les traces de notre enfance ,car la vie les a emportées .


merci pour ces récits

Fabrice 18/06/2013 20:33



Merci de votre fidélité !


J'ai raté le précédent livre. Je le mettrais sans doute dans mon programme de lecture.


Il est toujours difficile de revenir sur les pas de son enfance. Les lieux, les autres et nous-même avons changé. La mélancolie est souvent de mise. Mais on retrouve
toujours malgré tout des choses agréables.



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