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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 22:50

Le pouvoir est représenté au sein du village par un chef. Il en était ainsi dans les villages entourant Loango, dépassant  rarement vers 1900 la centaine d'individus (par exemple Diosso ne comportait alors qu'une quarantaine de cases).

En fonction de leur importance, un nombre de femmes et une cour plus ou moins nombreuse les accompagnaient.

 

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Un chef du Loango et sa cour vers 1910 (carte postale © R.P. Patron)

 

Les chefs de village pour se donner de l'importance revêtaient souvent des attributs vestimentaires occidentaux. Ainsi un chapeau ou un casque, une veste ou un manteau permettaient de se différencier du commun des villageois.

Le commerce de tissu, de vaisselle et de bibelots avec les européens existaient déjà depuis plusieurs siècles sur les côtes congolaises, notamment en lien avec l'esclavage (cf Loango : lieu de mémoire de l'esclavage  ;  Expédition à Diosso : le musée Mâ Loango ).

 

 

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Vieux chef (Piller Praia) aux environs de Loango (vers 1900 © NYPL) 

 

Ainsi, ce vieux chef des environs de Loango porte un bicorne et une veste qui semblent tout droit sortis de l'époque napoléonienne ! Il revêt en dessous un pagne plus traditionnel, aux motifs fleuris. Nommé sur ce cliché "Piller Praia" (du nom du village, Piter Praya, sans doute d'origine portugaise, Praia signifiant "plage"), il s'était opposé dans les années 1880 à la colonisation française. Considéré comme "turbulent" par les premiers administrateurs coloniaux, il rentrera dans le rang lorsque l'occupation "armée" de la région du Kouilou se fit plus marquée.

 

 

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Masques, fétiches de la région de Loango (carte postale vers 1910 © Marichelle)

 

L'autre source de pouvoir est bien sûr le spirituel, par les tenants des traditions et de la communication avec les esprits et les dieux. Les féticheurs N'Ganda jouaient les intercesseurs avec ce monde invisible, mais très présent.

 

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Féticheur Bavili - Loango (carte postale)

 

Une croyance forte, relatée par les premiers explorateurs, était que les maladies et la mort ne sont pas d'origine naturelle. Il faut alors chercher une autre raison, un sort jeté, un esprit malveillant. Pour lutter contre cela, il fallait donc faire appel au féticheur. 


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Dieux du pays congolais "fétiches" (carte postale vers 1910 © Marichelle)


Comme vecteur, les féticheurs utilisent diverses statuettes dont les célèbres "fétiches à clous", statue protectrice de type "nkisi nkondi". Le chien notamment est un important médium spirituel (cf Fétiche N'kisi : chien bicéphale ). Contrairement à l'image colportée, le clou enfoncé ne sert pas à nuire à quelqu'un, il est la trace de la résolution du problème.

 

Ci-dessous, on voit un féticheur qui tient dans sa main une statuette, d'autres sont disposées à ses pieds (elles me rappellent de petits "fétiches" trouvés à Pointe-Noire, cf Fétiche Kongo à corde). A ses côtés, deux hommes jouent du tambour.

 

Par diverses manœuvres et remèdes, ils peuvent jouer les guérisseurs, les "médecins". L'administrateur des colonies Albert Veistroffer (proche de Dolisie, de Chavannes et de Savorgnan de Brazza dans les années 1880), relate dans ses mémoires comment il a été contraint de faire appel à un féticheur de la région de Loango en 1884.


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Féticheur Loango - Congo français (carte postale vers 1900 © Audema)

 

Blessé par balles au genou, suite à un différend avec un chef de village de l'intérieur des terres, ayant fui (à pied bien sûr) la zone de conflit, épuisé, il est alors pris en charge par un vieux féticheur. 

"Parmi des objets plus ou moins hétéroclites réunis dans un sac, il choisit trois ou quatre callebasses de tailles différentes et trouées à leurs deux extrémités ; il m'expliqua qu'en appliquant une des ouvertures sur la blessure et en aspirant l'air par l'autre, les corps étrangers en étaient extraits [...]. Je lui fis seulement laver d'abord ses instruments à l'eau chaude ; j'avais grande hâte de le voir commencer, car je souffrais... j'avais compté sans les démonstrations préalables indipensables pour se rendre favorables les fétiches...[...] Après avoir touché des idoles de bois et des amulettes et leur avoir parlé, il se mit en devoir de m'opérer [...] il se mit à mâcher une noix de kola [...] puis après avoir consciemment mâché sa noix, il en souffla les débris autour de lui ; il voulait même en envoyer sur mes plaies, afin, disait-il d'en chasser les esprits ; je parvins, non sans peine, à l'en dissuader...".


 

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Médecin fiote à Loango vers 1900 (carte postale © P.A.)

 

Trois fois, il renouvela ses incantations ; enfin, sortant du milieu enchanté, il vint à moi, prit l'une des callebasses et la plaçant sur une blessure, il commença d'aspirer fortement ; il fit de même sur l'autre ; et après une heure de patients efforts, je vis avec une surprise mêlée de joie réelle, que chaque fois qu'il soulevait le fruit vide, s'échappaient des caillots de sang, des débris d'étoffe, et, finalement, deux morceaux de plomb qui, rapprochés, reconstituaient une balle coupée en deux ; cette extraction ne m'avait occasionné aucune souffrance !".


L'étal de remèdes de ce "médecin" fiote de Loango (ci-dessus) me rappelle celui vu au marché de Dolisie en 2012 (cf  Dolisie : faux-départ... ). 

 

 

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Femmes fiotes aux environs de Loango (carte postale © P.A.)

 

Cette représentation du pouvoir exclusivement masculine semble laisser peu de place aux femmes... Mais si elles ne sont pas mises au premier plan, elles jouaient un rôle important dans les familles, influant sur les décisions prises par les hommes, et jouant un rôle essentiel dans l'éducation des enfants et la transmission des coutumes (selon la tradition matrilinéaire des Vili). L'homme prend soin de sa soeur et de sa progéniture. La transmission d'héritage s'effectuant d'oncle à neveu.

 

Vous avez noté que les noms donnés par les occidentaux aux habitants de la région de Loango sont divers : Vili, Bavili (ethnonyme faisant référence à la langue parlée), Fiote ou Bafiote (du mot "fiote", désignant la couleur noire ou l'homme Noir, puis par extension la langue véhiculaire Kikongo des régions côtières) ou tout simplement... des Loangos.

 

 

Source : Vingt ans dans la brousse africaine - Albert Veistroffer - Ed. Mercure de Flandre - 1931

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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commentaires

Lefavrais 26/01/2014 15:26


Un petit clin d'oeil au sujet de la première photo avec le chef de village et sa cour : là aussi, et à cette époque, pas de première dame !!!


Merci à nouveau pour cet article extrêmement bien illustré (quelles photos vivantes !) et vos articles précis !


Je projette d'aller à Pointe-Noire cette année, retrouver mes amis (vous savez, j'y suis née et j'ai vécu à Pointe-Noire jsuqu'en 1998... la guerre civile à cette époque m'a fait fuir le danger
de la guerre civile).


Bien à vous

Fabrice 26/01/2014 16:30



Oh, il y avait bien une première épouse, qui s'entendait plus ou moins bien avec les suivantes ! Mais là au moins, c'était clair dès le départ...


Bon séjour à Pointe-Noire, si votre projet abouti, 16 ans après votre départ forcé.



Kitiane 26/01/2014 08:23


Quel plaisir de vous lire!

Fabrice 26/01/2014 10:14



Merci à vous, de votre fidélité !



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