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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 17:00

En ce mardi, de retour à Pointe-Noire, je reprends le travail au centre de formation du Km4. Je reçois un appel matinal. On s'enquiert de mon sort et de mes activités du week-end... mais non, je ne suis pas porté disparu ! Juste parti un peu loin de Pointe-Noire.

J'ai un seul élève aujourd'hui, j'ai donc le temps de passer voir Olivier au CMS en fin de journée.

 

Les vendeurs d'antiquité, qui font le siège de la résidence du Derrick, m'attendent également avec impatience. Je les entrevois à midi. Ils pensent pour certains que j'ai passé 4 jours en mer, suite à mon expédition de vendredi (cf Episode maritime : en route vers la plate-forme... ). Ceci expliquerait mon absence du week-end...

 

Je retrouve les vendeurs le soir, mais je refuse de les voir tous à la fois. Le contexte d'ailleurs n'est guère agréable. Le flicage des allées et venues par le garde de la résidence, s'accompagne de négociations obligatoires et de déballage des objets, à l'extérieur de la résidence, sur le parking poussiéreux. 

J'achète auprès de Martin un reliquaire Kota, qu'il surnomme "tête de cobra", de part sa forme particulière, similaire à celle du serpent. Ce type d'objet manquait à ma palette d'expression artistique d'Afrique Centrale. Le travail du cuivre est remarquable.

Il y a aussi le célèbre Arsène, le pauvre manchot ("bandit manchot" pour certains...). Il me ment toujours sur l'ouverture de sa petite boutique (cf Vie quotidienne : Arsène et sa boutique ). Il me réclame de l'argent pour faire le marché, pour sa famille. Je lui demande si ce ne serait pas plutôt pour boire une bière... Ma remarque ne lui plaît pas, mais je lui fais comprendre que j'ai bien constaté qu'il ne buvait pas que de l'eau, et que son argent pourrait être mieux employé. Ce soir, il ne sent toutefois pas l'alcool. Je lui file tout de même 1 500 FCFA et il part en lançant une provocation : "Merci, c'est pour la bière !!".

 

Après que les autres vendeurs soient partis, je retrouve Gauthier, celui que je connais le mieux. Ce dernier a décidé de me faire une surprise ! Nous prenons donc ensemble un taxi, sans que je sache où il veut me conduire. Le trajet n'est pas long. Nous nous arrêtons en bas de l'avenue de Gaulle. Et par un accès que je ne connaissais pas, je me retrouve devant la piscine de l'Atlantic Palace Hôtel

Il était prévu de dîner et je lui demande si les prix sont raisonnables... C'est en effet l'un des hôtels les plus chics de Pointe-Noire. Il m'assure que oui, que ce n'est pas plus cher qu'au Palm Beach. Bon, eh bien, installons nous ! 

 

atlantic-hotel-piscine

Piscine de l'hôtel (© Josblykers Travelpod 2011)

 

Nous prenons place sur une petite table au bord de la piscine. L'atmosphère est un peu surréaliste, face à nous, se dresse la grande façade ornée de balcons, tout autour les lumières scintillant dans la nuit et la richesse étalée. Tout ceci est bien loin de l'univers quotidien de Gauthier, qui vit dans une baraque en planches à la cité (cf Samedi après-midi : chez Gauthier ). Mais sans doute rêve t-il quelques instants en venant ici, tout en cherchant ce soir à m'épater.

 

Comme il m'a pris au dépourvu et que je ne savais pas où j'allais, je n'ai même pas mon appareil photo ! Je commande une bière et Gauthier prend un soda. Il me dit qu'il ne boit plus du tout d'alcool, depuis son triste épisode d'excès de boisson, qui l'avait rempli de honte.

Le vendeur me parle de sa petite fille, née il y a 4 mois. Il ne sait pas comment la prénommer, et cherche le féminin de... Fabrice. Comme il n'y en a pas, il pense à Farida et Fanny ! Je lui dis que Farida est plutôt un prénom de tradition musulmane. Gauthier opte donc pour Fanny. L'enfant ne doit pas encore être déclarée à l'état civil, car il faut payer... Le papa est heureux d'avoir une fille (il a par ailleurs 3 garçons). L'accès à la contraception n'est pas facile pour lui.

 

Gauthier ne veut pas manger. Je commande donc seul un plat. Les prix sont assez raisonnables, comparables aux restaurants des autres hôtels de la côte. Mais comme cela m'ennuie d'être le seul à me sustenter, je lui donne du pain beurré. Cela faire rire Gauthier qui accepte alors mon offre alimentaire. Il m'explique qu'il m'a emmené ici parce que je suis un "intellectuel".

Pendant que nous dînons, un chanteur anime les bords de la piscine. Il est assez doué pour les tubes anglo-saxons, par contre il massacre la "maladie d'amour" de Sardou. Il n'y a pas foule et seuls quelques jeunes congolais prennent place derrière nous. Il y a d'autres personnes sur la terrasse (sous les balcons) près du chanteur.

 

A la fin du repas, Gauthier me montre ses antiquités. Eh oui, n'oublions pas le commerce quand même ! Il me présente quelques pièces intéressantes et comme il me prend par les bons sentiments, j'ai l'achat plus facile... Je retiens une "joueuse de sanza" (cf Art congolais, sculptures et quotidien, sanza ). Le vendeur pensait que la statue tenait un livre dans ses mains, mais j'ai reconnu l'instrument de musique. Et puis en fait, c'est un homme. Un insolite gobelet Kongo, décoré de losanges, attire mes faveurs. Un peigne ancien, en bois clair, surmonté d'une statuette de femme, termine la série (cf Art congolais : sculptures et objets du quotidien ). Mon ami Gauthier n'a pas perdu sa soirée !


 

atlantic-hotel-hall

Hall de l'hôtel (© Josblykers Travelpod 2011)

 

Pour partir, Gauthier me fait passer par le hall de l'hôtel, que je ne connais pas. Le choc. Il dégouline de dorures, de lustres et de mobilier pompeux. Quel contraste affreux avec la misère à quelques centaines de mètres de là... Très tape à l'oeil. Pas du tout mon style.

 

Nous décidons de rentrer à pied au Derrick. Il fait frais et notre petite balade nocturne est bien agréable. Nous remontons l'avenue de Gaulle, passons près de l'église Notre-Dame et retrouvons la Côte Mondaine, via l'avenue N'Gouédi. La ville est bien calme, très loin de l'agitation diurne. Je demande à mon interlocuteur, s'il se rappelle le cadeau qu'il m'avait demandé. Gauthier cherche, cherche... mais ne trouve pas. Je joue aux devinettes en lui donnant au fur et à mesure les lettres du mot. Mais ce n'est pas facile pour Gauthier qui ne maitrise pas très bien le français. Ce serait plus aisé pour lui en lingala !! C'est un parfum masculin que je lui ai ramené de France.

 

Arrivé à la résidence, je monte dans ma chambre chercher le petit cadeau et d'autres affaires qui lui seront utiles. En faisant le tri dans mes placards, j'ai trouvé quelques objets dont je n'ai plus l'utilité. Gauthier est heureux, sa femme Béna et ses enfants le seront aussi. Il rentre à la "cité" et moi dans ma résidence... "surveillée".

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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commentaires

Julia Makossombo 09/08/2013 10:23


J'avais un collègue qui s'appelle Fanny. J'ai rencontré une jeune femme agent de DHL qui s'appelle Joachim.  Pie X (prononcé Piex) vous semble normal ? J'ai eu un collègue de ce prénom. Ou
alors Achaevea c'est encore plus pitoresque.


Fabricia serait un prénom tout à fait plausible et serait plus joli que les milliers de prénoms ridicules dont les congolais afflubent leurs enfants.


L'état civil est gratuit. Même s'il faut glisser le petit billet pour avoir les papiers. Vous pouvez vous renseigner directement à la source, à l'Etat Civil.

Fabrice 09/08/2013 19:28



J'ai aussi rencontré un Audrey masculin ! Les prénoms correspondants à des noms de Pape sont lourds à porter.


Je me suis renseigné et c'est gratuit que si l'on nait à l'hôpital, sinon il y a des frais.



Julia Makossombo 08/08/2013 21:43


Fanny est tout autant un prénom masculin. Il y avait bien le féminin de Fabrice : Fabricia.


Par ailleurs, la déclaration d'un enfant à l'état civile est gratuite.

Fabrice 08/08/2013 22:12



En France, Fanny est exclusivement féminin, et Fabricia n'existe pas. Mais au Congo tout est possible en matière de prénoms !


L'état civil est gratuit ? Ce n'est pas ce que j'ai trouvé comme information. Au Centre d'état civil, c'est 500 FCFA la fiche de renseignements, 1 000 FCFA de frais de transcription et 10 000
FCFA de taxes régionales.


Par ailleurs, plusieurs personnes m'ont parlé de quelques billets à remettre discrètement aux fonctionnaires pour avoir les dits papiers...



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