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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 16:15

Je redescends l'avenue de Gaulle et bifurque à gauche en prenant une petite rue. Je croise quelques hommes qui discutent à l'ombre d'un mur peint en rouge. Je salue un marchand qui tient sa petite boutique de marchandises hétéroclites.
Mon but est de voir un bâtiment de l'époque coloniale, que j'avais repéré en passant en voiture. Je demande à un garde de la SCAB, de faction devant une habitation, si je peux prendre une photo. Il me dit qu'il n'y a aucun souci.

Il s'agit de l'école Jean-Félix Tchicaya. Une haute bâtisse de style colonial trône au sommet de la cour d'école. La façade symétrique est rythmée par 5 arcades et est agrémentée d'un perron. L'étage comporte des balcons ajourés, dont une partie a été remplacée par des parpaings. Tout cela semble un peu fatigué... comme le toit de tôles rouillées.


 P ecole tchicaya

Quelques papayers poussent près du bâtiment. Il abrite aujourd'hui des logements comme le montre le linge qui sèche aux balcons et les antennes de télévision.

 

Mais globalement le bâtiment a gardé son allure initiale, quand il était l'école principale de Pointe-Noire dans les années 1930-1950. Seule une petite construction supplémentaire est venue masquer les ouvertures rectangulaires du rez-de-chaussée.

 

ecole-pointe-noire-aef

Ecole principale de Pointe-Noire - Afrique Equatoriale Française (carte postale © L. Dudé)



Juste à côté, un peu en retrait, on trouve aujourd'hui des salles de classe. La construction semble plus récente et permet d'accueillir trois classes (CE2, CM1 et CM2). Quelques pieds de maïs poussent devant la classe de CM2...

P classe-ecole tchicaya

Salles de classe


D'autres salles se situent en bas de la cour d'école, avec les locaux administratifs. 


Un peu d'histoire...

D'où vient le nom de cette école, que l'on retrouve à plusieurs endroits de la ville ? "Jean-Félix" Tchicaya
 est né en 1903 à Libreville au Gabon. Son vrai nom est en fait Jean "Félix-Tchicaya". Fils d'un tailleur, orphelin très jeune, il fut accueilli par son grand-père maternel, Louis Portella, à Loango. Après une scolarité à l'école primaire de Loango, il obtient une bourse pour une école secondaire à Libreville. Major de sa promotion en 1918, il intègre l'Ecole Normale d'instituteurs de Dakar, et devient finalement comptable à Pointe-Noire.


Jean-Felix Tchicaya

Jean-Félix Tchicaya


Il est mobilisé en 1939, lorsque la France fait appel aux forces de son empire colonial. Il s'engage en 1943 dans les Forces Françaises Libres, le Congo s'étant rallié dès 1940 au Général de Gaulle.
Mais Jean-Félix Tchicaya est surtout un homme politique de la IVe République. Afin de tenir compte de l'engagement de ses colonies au cours de la Seconde Guerre Mondiale, la France organise des élections et les pays africains envoient des représentants à l'Assemblée Nationale constituante en 1945. Jean-Félix Tchicaya sera ensuite élu député, représentant le Gabon et le Moyen-Congo de 1946 à 1958.
Le député s'engagera contre le double collège électoral (un pour les Européens, l'autre pour les indigènes), système jugé "injuste et dangereux". Il oeuvrera pour l'amélioration des conditions de travail des congolais (fin du travail forcé, mise en place du Code du Travail et des conventions collectives, respect de la liberté syndicale). Impliqué dans le développement économique, il agira pour faciliter entre autre la navigation entre la France et l'Afrique et le commerce maritime.
L'homme politique est le père de 4 enfants, dont l'écrivain Tchicaya U'Tamsi. Il aura également la charge des 6 enfants de son frère décédé.
Réélu en mai 1958, il vote en juin 1958 la confiance au Général de Gaulle. Ceci donnera naissance à la Ve République. Il meurt à Pointe-Noire, peu après l'indépendance du Congo, en janvier 1961.

Sources : archives de l'Assemblée Nationale française / Société des historiens du Congo / Congopage.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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commentaires

charles 08/11/2012 12:31


Le petit immeuble que l'on aperçoit à peine à gauche de la photo du Mayombe me semble être l'ancien local en rez-de-chaussée du centre culturel Français. Je l'ai " Dirigé " de 1964 à 1966.
J'avais comme seul employé: Marcel, qui avait la fonction de secrétaire, planton, technicien de surface et éminense grise du Consulat. Nous avions une bibliothèque, une cinémathèque, une
salle de lecture. Nous organisions des expositions de peintres Africains. Et parfois des personnages célèbres venaient faire des conférences, ou des troupes théatrales se déplaçaient au cours
d'une tournée en Afrique. Pour ces manifestations, nous nous déplacions, alors, au cinéma VOX, dans l'avenue du port à coté du bar de Jacky Durieu. J'ai connu, aussi le magnifique centre
culturel de Brazza. pour y avoir fait des stages de bibliothécaire. Il venait d'être terminé et son directeur était Mr de Lavenne de La Montoise. C'était encore l'époque où la particule avait du
panache !


Bien à vous

Fabrice 08/11/2012 19:59



La photo du Mayombe ? L'ancien hôtel de l'avenue de Gaulle ? Vous n'êtes pas sur le bon article !! Il parle de l'école Tchicaya.


Mais merci quand même pour ces souvenirs des activités culturelles de l'époque.



MARQUET Gilles 07/10/2012 09:22


C'était une voie étroite et elle semblait entretenue vers le port mais plus du tout à partir du warff.

Fabrice 07/10/2012 10:49



Effectivement, c'était une voie étroite pour le transport de matériel (une Decauville fait 40 à 60 cm de large). Il est probable qu'à votre époque seule une petite partie subsistait encore, près
de 40 ans après la mise en place.


On voit cette voie sur des clichés anciens du phare : 


http://voyage-congo.over-blog.com/article-terre-ebene-mystere-phare-pointe-noire-47781335.html


Le bâtiment de la marine à côté du phare est visible ici : 


http://voyage-congo.over-blog.com/article-35506422.html


 


 


 



MARQUET Gilles 06/10/2012 20:50


Juste à côté du phare,il y avait la résidence du commandant de la marine puis derrière, d'anciens bâtiments de la marine occupés par l'armée,à droite il y avait le warff et la mer, en face de ces
bâtiments, se trouvait les locaux de l'annexe de l'intendance où travaillait mon père et à côté les cuves à mazout du port.  Parmi nos terrains de jeux, la voie ferrée qui partait du port
jusqu'au phare et sur laquelle nous faisions rouler des (supports à roulettes) qui devait servir au transport des rails et que nous trouvions dans les herbes le long de la voie. Un autre terrain
de jeu était le warff , le tablier était en mauvais état, plein de trous,surtout à l'extrémité mais c'était un endroit idéal pour la pèche et en dessous au niveau des piliers, à marée basse, les
pêcheurs attrapaient des seiches avec des fer à béton qu'ils utilisaient comme des harpons ou pêchaient à l'épervier. Et bien sur la baignade quotidienne ou presque dans la baie. A gauche du
warff, nous allions à l'aventure en plongeant sur 2 épaves de bateaux rouillés et de temps en temps nous allions grimper sur les grumes de bois stockées sur le côté du port avant d'être chargées
sur les bateaux. Bon j'arrête là les souvenirs, c'était une des plus belles périodes de mon enfance et je me rappelle toujours du 26 décembre 61 où nous avons embarqué sur le Brazza pour
Bordeaux, en quittant le port, j'ai regardé jusqu'à disparition à l'horizon cette magnifique baie de Pointe Noire, mais son souvenir est toujours là.

Fabrice 06/10/2012 22:46



La résidence du commandant existe toujours, les autres bâtiments je ne sais pas. Le wharf de la côte mondaine a complètement disparu.


La voie ferrée que vous évoquez est sans doute la première, mise en place en 1926-27, le sentier de fer, de type Decauville.



MARQUET Gilles 06/10/2012 17:16


Merci pour le rectification de Nathalie Samento concernant l'emplacement de l'école du Losange. Nous habitions derrière le port à côté du premier warff dans l'ancien bâtiment de la marine à 50m
de la plage, tout a l'air détruit aujourd'hui. Les noms des médecins de A Sicé ne m'évoque rien, par contre j'ai souvenir du Docteur Rolland-Piègue lui aussi médecin militaire et de l'hôpital où
est née en 1959 ma petite soeur. Anecdote pour Fabrice, quand nous sommes rentrés en France en 1961, mon Père a vendu sa voiture (une Vendôme) à un chauffeur de taxi, cette voiture était bleue
ciel avec le toit blanc, quand je vois la couleur des taxis actuels de Pointe noire, je trouve çà marrant ! Bravo pour ce blog passionnant.

Fabrice 06/10/2012 18:48



Merci à vous pour ces souvenirs ! Peut-être votre "Vendôme" (une belle Simca) a t-elle lancé la mode des taxis bleu et blanc à Pointe-Noire ??


L'ancien "bâtiment de la Marine" dont vous parlez, c'est juste à côté du phare ?



Stella SARMENTO-PERRET 29/07/2012 02:11


Quel bonheur de revoir la maison qui a bercée notre enfance et qui avait été baptisée à une époque (probablement 1961) Ecole de la croix Rouge.... Que de bons souvenirs !!! J'ai appris à faire du
vélo sur mon premier vélo vert, alors que j'avais 6 ans, dans la cour de ce magnifique bâtiment. Des souvenirs de belles "gamelles" avant de savoir pédaler.......  Waouuuuuu....Beaucoup de
tristesse lorsque je l'ai quittée ! Mme Felicciaggi en était la Directrice Merci pour la photo ! trop génial ! Bisous

Fabrice 29/07/2012 09:33



Avec les racines du manguier, et la pente, sans doute pas facile d'apprendre à faire du vélo ! 


Merci Stella pour vos souvenirs.



Nathalie Sarmento 09/05/2012 09:51


Bonjour: j’ai partagé le lien de votre blog sur mon profile Facebook en attendant
des réactions que je me ferais un plaisir de partager avec vous. Oui, si des lecteurs de votre blog s’intéressent à l’Histoire de Pointe-Noire et pas seulement à leur activités professionnelles
localement, réagissaient, ce serait un plus. Je ne vis plus malheureusement dans cette ville où je suis née qui fut belle. L’Hopital A.
Sicé a une histoire que nul ne saurait ignorer. Il existait bien avant que tous ces médecins de « ville » ouvrent leurs cliniques (« Rabassat » qui devint « Des
Manguiers ») pour les gens « fortunés ».

Fabrice 09/05/2012 12:00



Bonjour,


La plupart des expats pensent surtout au boulot et s'intéressent peu à l'histoire du lieu... Dommage ! OK pour le lien.


L'hôpital Sicé est en effet l'hôpital "historique" de la ville de Pointe-Noire.



Nathalie Sarmento 08/05/2012 20:09


Merci. Dr Coupigny œuvrait à la clinique Océan si je ne m’abuse. Dr Cournil, Dr
Vaillant, ainsi que bien d’autres, étaient des médecins, souvent colonels de l’armée française qui exerçaient à l’hôpital. Je m’inscris à votre newsletter et prendrais le temps de lire votre blog
avec plus d’attention.

Fabrice 08/05/2012 23:10



Oui, c'était à la clinique Océan. Pour les autres médecins de l'hôpital Sicé, peut-être des lecteurs pourront nous apporter des infos ?


Bonne lecture !



Nathalie Sarmento 08/05/2012 16:18


Merci d’avoir publié mon commentaire et d’avoir pris le temps d’y répondre. Nous
sommes d’accord, alors. Cette école, en centre-ville a pris assez récemment le nom d’école primaire Tchicaya après que la plus récente, ancienne « du losange » ait été transformée en
collège Tchicaya.  Dans les alentours du bâtiment présent dans votre article, existaient d’anciennes maisons occupées par des
« fonctionnaires » français, notamment des médecins militaires de l’hôpital A. Sicé. Je me souviens du nom de l’un des médecins-chirurgien, Dr. Cournil dont le fils ainé, Lois, était
mon « petit-ami », imaginez, à 5 ans ! Nous étions dans la même classe, en maternelle àLosange. Qu’est devenue cette
famille ? Croyez-moi, beaucoup de souvenirs sont liés à cet endroit.  Si vous êtes toujours à Pointe-Noire, pourquoi ne pas faire des recherches
au niveau de l’hôpital A. Sicé afin d’en alimenter le blog. Je suis certaine que de belles choses en sortiraient.


Quelle bonne idée que la vôtre que d’écrire ce blog ! Je vous en suis
chaleureusement reconnaissante. Existe-t-il une possibilité de recevoir un message à chaque fois qu’une nouveauté y est apportée ? D’autre part, si vous me le permettez et si vous voulez
bien me donner la marche à suivre, je serais heureuse d’en partager le lien sur mon profil Facebook.


Bonne continuation.

Fabrice 08/05/2012 19:02



Nous sommes d'accord ! Les lieux changent de nom et ce n'est pas toujours simple...


Je n'ai pas entendu parler du Dr Cournil, seulement du Dr Jean Coupigny. J'ai fait un article succinct sur l'hôpital Sicé


http://voyage-congo.over-blog.com/article-pointe-noire-colonial-l-hopital-sice-87874794.html


Pour être informée des articles publiés, il faut simplement écrire votre adresse mail dans la case "Inscription à la newsletter" du blog (dans la colonne de droite).


Pour les liens, il vous suffit de copier l'adresse html du blog ou des articles.



Nathalie Sarmento 08/05/2012 09:57


Je pense qu'il y a confusion. Cette école n'est pas celle qui était l'ecole du Losange (devenue plus tard Jean-Félix Tchicaya que j'ai fréquentée de la primaire jusqu'á la fin du
secondaire avant d'intégrer le Lycée Victor Augagneur. L'école du Losange - Tchicaya se situe dans la zone de la Côte Sauvage, avant un passage á niveau, sur une avenue menant á la gare de PNR
(Avenue Marien N'Gouabi?).


La premiére photo est celle d'une école située en centre ville, une école pour la petite enfance. Ma famille et moi y avions habité, dans les années 1960', mon pére était á l'époque fonctionnaire
des Travaux Publics. Je n'étais alors qu'une petite-fille. La cour était jonchée de manguiers (je me suis cassé le bras en me suspendant á la branche de l'un d'eux!), des lagunes, des caniveaux
que nous traversions pour accéder á l'Avenue du Géneral de Gaulle, la librairie Paillet, l'Eglise Notre Dame....A l'endroit des nombreux bâtiments d'aujourd'hui, que d'eau, de serpents....Je m'en
souviens comme si c'était hier...

Fabrice 08/05/2012 12:51



L'école présentée dans cet article est bien celle du centre-ville (près de l'avenue de Gaulle), appelée alors "école principale", et qui est aujourd'hui l'ECOLE primaire
Tchicaya.


Il existe bien aujourd'hui avenue Marien N'Gouabi, le COLLEGE Tchicaya (pas loin des voies ferrées en effet) qui s'appelait "école du losange". J'en ai parlé dans un autre
article.


http://voyage-congo.over-blog.com/article-batiment-colonial-ancien-tribunal-62399496.html


Il n'y a pas de confusion : l'école Tchicaya est nettement plus ancienne que le "collège".


Merci pour vos souvenirs d'enfance, Pointe-Noire présentait un visage nettement plus "campagnard" que maintenant.



MARQUET Gilles 21/04/2012 12:09


J'étais élève à l'école du Losange en 59/61, je me rappelle de Madame Fellicciagi ,de sa règle sur le bout de mes doigts et de sa somptueuse Chevrolet Impala. Avant le changement de nom de
l'école, nous avions appris la Congolaise et répété pendant plusieurs jours la cérémonie pour l'inauguration de l'école JF Tchicaya par F Youlou, le jour J, nous agitions des petits drapeaux
Congolais et Francais ,puis chant de la Congolaise et enfin nous sommes tous passés saluer l'Abbé assis sur un fauteuil et entouré des officiels. J'ai maintenant 60 ans et j'ai toujours
l'impression que c'était hier. Quelle période !  

Fabrice 21/04/2012 18:25



Merci de partager avec nous ce souvenir d'enfance ! Vous avez croisé un personnage historique, le premier Président Congolais.


Pour les lecteurs non avertis, la Congolaise est l'hymne national, créé lors de l'Indépendance du pays (l'équivalent de la Marseillaise).



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