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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 15:15

Le monument au centre du rond-point dit du Tribunal ou du Consulat (de France) est enfin dévoilé ! La commémoration des 50 ans de l'Indépendance a permis de le sortir de son carcan de tôles (cf Rond-Point insolite ).

 

Avant de prendre une photo, Gauthier me conseille de demander l'aval aux militaires postés devant l'agence de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique Centrale). C'est l'organisme qui gère le "Franc CFA" (Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale) et qui fédère les six pays membres de la CEMAC. Il est vrai que le bâtiment "sensible" est situé juste dans ma ligne de mire, derrière le buste. Je traverse donc la place pour rejoindre trois hommes en tenue de camouflage (très utile en ville...) assis à l'ombre, de l'autre côté de la rue. Je les salue et leur tend une main qu'ils ne refusent pas. Ils sont par contre très peu diserts. Ils me répondent à peine, mais ne voient pas d'inconvénient à la prise du cliché. Miracle, ils ne me demandent même pas un petit billet ! Cela aurait été le comble devant la banque. 

 

rond-point-tribunal-buste-

Centre du rond-point

 

Le monument est un buste posé sur un piédestal à plusieurs degrés, recouvert de marbre (?) gris-blanc. Le buste représente un homme jeune, presque souriant, habillé d'un costume et d'une cravate barrée de trois bandes. Le buste semble peint et pas en bronze massif. Il a été fait par des Coréens.


buste-joseph-pouabou

Buste de Joseph Pouabou

 

En dessous, la pose d'une plaque a légèrement fendu la pierre. On peut y lire "Joseph Pouabou Premier Président de la Cour Suprême 12 Mai 1919 / 15 février 1965".

Les informations que l'ont m'avaient données en décembre 2009 étaient donc presque justes. Afin d'honorer la mémoire du brillant magistrat, le rond-point porte désormais son nom. La stèle a été dévoilée début août 2010 en marge des commémorations du Cinquantenaire par M. Alexandre Honoré Paka (Préfet de Pointe-Noire) et le maire actuel, M. Roland Bouiti-Viaudo.


Un peu d'histoire...

 

Ce haut magistrat a donc été le premier à occuper ce poste de Président de la Cour Suprême lors de l'Indépendance du Congo en 1960. Il a été victime d'un assassinat politique en février 1965, sous la présidence de Massamba-Débat. C'est l'époque où le parti unique vient d'être instauré et où on chemine vers le "socialisme scientifique". Les positions de Joseph Pouabou ne sont pas alors du goût du pouvoir. Il est enlevé de nuit à Brazzaville et exécuté.

Si cet acte n'est pas attribuable directement au Président de la République de l'époque, le procès de 1969 attribuera cet assassinat (tout comme celui de deux autres hauts fonctionnaires) à des proches. Le contexte politique révolutionnaire était alors très tendu. Ainsi la JMNR (Jeunesse du Mouvement National de la Révolution) était chargée dès 1964 d'encadrer la jeunesse congolaise et de l'éduquer à une doctrine d'inspiration marxiste. La milice du parti unique, la "Défense Civile", sèmera ensuite la terreur.

La famille Pouabou est semble t-il originaire de la région de Pointe-Noire. Un de ses membres a été maire de la ville. Elle a donc attendu 45 ans avant que l'on réhabilite Joseph Pouabou. Son épouse Sophie Mavoungou, la "veuve Pouabou", est décédée en mai 2009 à Monaco à l'âge de 90 ans. Elle n'aura pas vu l'hommage rendu à son mari.

 

Sources : http://historiensducongo.unblog.fr/

Les Dépêches de Brazzaville n° 1055 - 19 août 2010

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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commentaires

émma 11/11/2010 09:34



merci pour cette brève pause historique.



Fabrice 11/11/2010 21:19



Je fais soft car la politique et l'histoire récente sont sensibles au Congo...



Monnom 06/11/2010 14:40



Malheureusement les assassinats des Matsocota, Massouémé, et Pouabou ont été les premiers d'une longue série d'actes abjects des hommes politiques dans ce pays. Cependant si nous devions rendre à
Cesar ce qui est à Cesar, on devrait dire que certaines personnes pensent que Massambat Debat a été le président le plus "sérieux" que notre jeune Congo ait connu. Bien sûr il a été mis
dehors, mais on ne peut nier que le pays a connu un début d'industrialisation avec Massamba Debat, et surtout le discours qu'il tenait, pragmatiques et cohérents étaient à des années lumière dess
élucubrations et murmures ridicules des dirigeants "bâtisseurs" que le Congo connait aujourd'hui. Suivez mon regard.



Fabrice 06/11/2010 21:35



Massambat Debat a été à son tour assassiné par la suite...



Ya Sanza 03/11/2010 10:34



L'assassinat de Joseph Pouabou est indissociable de celui de Lazare Matsocota, visé au premier chef, et de Anselme Matsouémé.


Ref Wikipédia :


Lin Lazare Matsocota naît en 1931. Après ses études secondaires à Brazzaville, il étudie le droit en France. Militant de la FEANF, il occupe le poste de
Président de l'Association des étudiants congolais en France (AEC).
Titulaire d'une maîtrise de droit, il rentre au Congo et est nommé Procureur de la république au début des années soixante.


Après la chute du Président Youlou, son cousin, en 1963, il décline le poste de Ministre de la Justice que lui propose le Chef du gouvernement provisoire Alphonse Massamba-Débat.


Théophile Obenga qui l'a très bien connu (à Mfoa et à Bordeaux) en a toujours dit le plus grand bien,
le présentant comme un aîné bienveillant. Il aurait été, d'après Obenga toujours, un tribun exceptionnel, charismatique.


L'ouvrage de l'universitaire et ancien ministre Mambou Aimée Gnali, le présentera paradoxalement comme un homme prisonnier de son entourage.


Magistrat brillant et orateur exceptionnel, il est rapidement perçu par les partisans de l'ancien président Youlou, comme l'alternative au régime de Massamba-Débat. Lui-même cultive cette
position. L'hostilité du régime à son encontre est exacerbée par des rivalités amoureuses.


Dans la nuit du 14 au 15 février 1965, sur ordre du Groupe de Mpila, il est enlevé à son domicile par une
escouade de la milice politique et assassiné en même temps que Joseph Pouabou et Anselme Massoueme, sur le prétexte d'une
conspiration visant à renverser le régime.


En novembre 1969, Marien Ngouabi, qui s'est emparé du pouvoir un an plus tôt, organise le procès du triple assassinat. Aux termes des
débats, les principaux accusés Massamba-Débat, Pascal Lissouba, Ambroise Noumazalaye et Claude-Ernest Ndalla sont acquittés.
Les seuls condamnés sont 3 accusés en fuite.



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