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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 18:45

Dans le cadre des "Détours de Babel", festival des musiques du monde contemporain se déroulant en Isère, j'ai pu voir, début avril 2012, le spectacle d'un artiste congolais.

Le chorégraphe originaire de RDC, Faustin Linyekula, a élaboré une mise en scène originale et détonante, avec son compatriote Flamme Kapaya, auteur de la musique.

 

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Flamme Kapya à la guitare (© Agathe Poupeney)

 

Le spectacle commence sans crier gare. Très doucement, avec une musique sourde, alors que tout le monde est en place dans la pénombre. Trois musiciens (un batteur et deux guitaristes) et deux chanteurs au profil différent (un grand dans un costume jaune à paillettes et un plus râblais en pantalon moderne aux coloris africains) sont en scène.

 

Puis trois danseurs entrent progressivement et enfilent tour à tour, une sorte de cocon coloré. Ils effectuent des mouvements lents, avec grâce et souplesse.

 

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Les danseurs dans leurs "cocons" (© Agathe Poupeney)

 

Le spectacle est composé de plusieurs tableaux évocateurs de la vie au Congo Kinshasa, mélange d'énergie et de violence, de fête et de désespoir. On commence sur du Ndombolo (musique pop congolaise, très dansante) et on dérive en délire punk !

Les danseurs se dépouillent alors de leur "cocon" et entrent presque en transe, occupant l'avant de la scène à tour de rôle et tombant au sol comme des êtres épuisés. Les guitares se font plus fortes, s'électrisent, et les deux conteurs-chanteurs s'égosillent et entrent eux aussi par moment dans la danse.

 

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Les danseurs, au premier plan Faustin Linyekula (© Pierre Borasci 2010) 

 

Il s'agit d'évoquer les folles nuits de Kinsasha, la capitale torturée de la "République Démocratique du Congo" où la misère est omniprésente. On fait la fête car "Demain, on ne sait pas...". La chorégraphie devient un mélange de danse et de rixe entre noctambules alcoolisés.

Élément important pour la compréhension des différents tableaux par le spectateur, le texte énoncé par le conteur-chanteur principal défile sur un écran. On critique par exemple ceux qui ne font que "faroter" (frimer dans les bars), inspirés par les séries américaines, une vie fantasmée avec grosse cylindrée et filles faciles...

 

A la fin, tout redevient calme. C'est alors l'un des plus beaux moments du spectacle (pour moi). Dans la pénombre monte un chant a capela. Tous les "acteurs" laissent en quelque sorte tomber leur rôle, forment un cercle (autour d'un feu de bois "fictif") et entonnent des mélopées traditionnelles.

Le spectacle se termine sur une note d'espoir, en dépit de l'histoire politique chaotique du pays (les visages de dirigeants congolais défilent sur l'écran...), c'est aujourd'hui que "tout commence".

 

En résumé, un spectacle décoiffant, par moment déconcertant, où on retrouve ce mélange d'énergie et de désespoir que j'ai pu percevoir lors de mes voyages en Afrique. Spectacle intelligent aussi qui mine de rien fait passer des messages. 

Ce n'est pas le "No future" des punks des années 1970, mais bien une aspiration profonde du peuple congolais à avoir "More more more... future", dans un pays où tout (ou presque) reste à faire ! 


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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