L'une des caravanes célèbre qui traversa le Congo en 1896 est celle de la "mission Marchand". La mission alla bien au delà de cette contrée pour atteindre Fachoda en 1898 (dans le sud Soudan), source de conflit territorial avec les britanniques. L'expédition dura en tout presque trois ans (juillet 1896-mai 1899) !
Porteur Loango
La mission appelée aussi "Congo-Nil" marqua l'époque, dans un contexte de nationalisme exacerbé, en dépit de l'échec face aux Anglais pour la conquête de ce site stratégique sur le Nil. La Conférence de Berlin, 15 ans plus tôt, n'avait pas réglé tous les conflits et les pays européens se "partagent" encore l'Afrique.
L'un des membres de l'expédition, le Capitaine Albert Baratier, raconta plus tard ses souvenirs. Les illustrations de son ouvrage montrent les porteurs Loango convoyant des caisses. La similitude est forte avec la statuette.
Les illustrations cachent cependant pudiquement l'anatomie des porteurs (par un tissu ou un flou artistique), ce qui n'est pas le cas de la statuette.
Le Capitaine Baratier, après quelques considérations aux relents racistes (faible intelligence, alcoolisme, race dégénérée, très peureuse), dresse un portrait un peu plus flatteur (quoi que...) des porteurs :
" Le Loango est remarquable en un seul point, mais sur ce point il éclipse tous les autres noirs, il est un porteur merveilleux, c'est grâce à lui que la colonie du Congo a pu exister et se maintenir jusqu'à ces dernières années. Les Loangos sont nés porteurs, ils sont certainement venus au monde avec une charge sur la tête. A voir ces hommes dont la plupart sont d'apparence malingre, on croirait que ces corps amaigris, au torse efflanqué, aux côtes saillantes, aux muscles atrophiés, aux jambes décharnées, aux pieds dévorés par les chiques, doivent être incapables du moindre effort. Et pourtant, dès qu'ils ont 30 kilos sur la tête, quelques-uns 60, — ceux-ci sont payés double — ils partent légèrement de leur pas glissant, et par étapes, en vingt jours en moyenne, ils vont jusqu'à Brazzaville, à 500 kilomètres de la côte."
Illustration des porteurs de "La mission Marchand au milieu de la forêt vierge" (© Selva/ Leemage)
Il faut préciser que ce sont les Européens qui ont introduit l'alcool "industriel" (tafia ou alcool de Hambourg) en grande quantité à Loango. C'est un moyen de paiement des porteurs ! Des marchandises diverses (tissus, vêtements, couteaux, glaces, faïences...) et plus rarement de l'argent, complètent le salaire.
"Le Loango dépose sa moutête"
Un mode de transport traditionnel utilisé dans les caravanes est le "moutête", sorte de long panier savamment tressé. Il est constitué de feuilles de palmier à huile. La charge est amarrée dans le panier, qui sert aussi à transporter les effets personnels du porteur (par exemple un pot de terre ou de fer pour faire la cuisine).
Sources : "Au Congo , souvenirs de la mission Marchand de Loango à Brazzaville" publié en 1914 par Albert Ernest Augustin Baratier, Modern-bibliothèque, A. Fayard (Paris).
"La route du Tchad. Du Loango au Chari" de Dybowski Jean- 1893 -Firmin-Didot (Paris)
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