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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:00

Au fur et à mesure de notre progression vers Sibiti, les habitations en briques du Niari cèdent peu à peu la place aux habitations en bois de la Lékoumou. Nous avons changé de région !

 

A la sortie d'un village, Manu me dit soudain "Il y a des Pygmées ici...". Je n'ai absolument rien vu. Je lui propose donc de s'arrêter et il passe la marche arrière pour reculer de quelques dizaines de mètres.

Au moment où nous descendons de notre véhicule, un chant sonore et harmonieux monte soudain du côté opposé de la chaussée. Manu me dit "Tu as entendu !". J'interprète ce chant polyphonique surprenant comme une sorte de signal d'alerte, du style "Attention, il y a quelqu'un qui arrive !". C'est la première fois que je suis confronté à ce type d'accueil au Congo.

 

Derrière un rideau de hautes herbes, je découvre dans une clairière un minuscule village constitué de trois habitations.

Je suis tout d'abord attiré par une maison qu'un homme est en train de construire. Sur une ossature en bois, il pose une couverture végétale, composée de grandes feuilles. Elles ressemblent à celles de la canne à sucre. Notre constructeur porte un pantalon usé, largement déchiré au niveau des genoux. Quelques poules grattouillent la terre à proximité de la future case.

 

pygmées-bihoua-lekoumou-case

Homme devant sa hutte en construction

 

Manu échange quelques mots avec lui en langue locale. L'homme s'avance vers nous et mon traducteur m'indique qu'il demande si nous avons des pointes ! Je m'enquiers d'une présence éventuelle de cette fourniture dans notre véhicule... Mais nous n'en avons pas. Je lui donne alors un petit billet pour qu'il puisse s'en acheter. Sans doute en trouve t-on à Sibiti. Je demande si je peux faire une photo et notre "charpentier" se prête volontiers à l'exercice.

 

 

 

pygmées-bihoua-lekoumou-maison

Homme et enfant devant une case

 

Je salue juste à côté un homme et son enfant, lequel s'accroche à lui. Difficile de communiquer... Je l'invite à faire une photo et il accepte sans problème. Sous l'auvent de la case recouverte de feuilles séchées, deux hommes sont assis, dont l'un tient un jeune chien, au beau pelage fauve et noir.

Nous sommes intimidés et je pense que nos interlocuteurs le sont tout autant. Sans doute ne sont-ils pas allés à l'école et ainsi ont-ils une très faible maîtrise de la langue française.

Sur le toit sont posés une gamelle et un typique panier tressé "mponzi" utilisé pour le transport des charges, par les femmes le plus souvent.

 

pygmées-bihoua-lekoumou-chien

Homme avec un chien

 

Ensuite se présente à nous un individu dont Manu m'indique qu'il est le chef du village. Je me retourne et découvre un homme un peu plus robuste d'apparence que les deux précédents, plus âgé aussi, si j'en crois sa barbe blanchissante. Le pauvre porte un T-shirt publicitaire sale et déchiré.

Je regretterai ensuite de ne pas avoir pris quelques vêtements, des fripes achetées à Pointe-Noire, qui auraient été fort utiles à ces personnes. Mais la rencontre est complètement fortuite !

 

pygmées-chef-bihoua-lekoumou

Chef du village

 

Je demande au chef si ce sont bien des Pygmées. Manu lui parle aussi des Bantous. La réponse n'est pas bien claire... Sont-ce des Pygmées sédentarisés ? Des individus issus d'un métissage entre Bantous et Pygmées ? Mystère. Peut-être ai-je eu tort d'employer le mot pygmée (j'apprendrai plus tard que certains le considèrent comme insultant), ce qui expliquerait la non réponse du chef du village.

En tout cas, notre interlocuteur se prénomme Michel et en dépit du problème de communication, s'avère très gentil. Derrière lui, on trouve une autre case, avec un jeune homme aux vêtements trop grands, et deux femmes portant chacune un bébé. Elles sourient. L'une d'elle a écorcé des brins d'osier, sans doute pour fabriquer un objet (un panier ?). Sur le toit de feuilles, sèchent des vêtements.

Je leur montre la photo du chef sur l'écran du numérique. Les femmes sont surprises et amusées.

 

pygmées-bihoua-femmes-enfants

Femmes et enfants devant une case    

 

Je demande alors à Christ, qui est resté silencieux, d'aller chercher des bonbons dans la voiture. Je commence à faire la distribution au peu d'enfants présents. Mais un adulte a fait un signe à l'un d'eux et peu après, une douzaine d'enfants arrive en courant ! Ils sont trempés et à peine habillés, ils doivent sortir d'un ruisseau où ils se lavaient ou s'amusaient. Il ne faut pas rater les bonbons ! Je remarque malheureusement lors de la distribution que plusieurs d'entre-eux ont les cheveux décolorés, signe de malnutrition. Une jeune fille, impatiente, dodeline de la tête en attendant son bonbon... Face à elle, je l'imite, provoquant l'hilarité générale. La marmaille est bien excitée et je le comprends, car cela doit être assez exceptionnel pour eux.

 

Après ces trop brefs échanges, nous saluons tout le monde. La glace semble être rompue, moins intimidés, les au revoir des villageois sont plus chaleureux.

 

 

Nous ressortons tous les trois émus de cette rencontre, frappés par l'extrême dénuement dans lequel vit cette population, et sa grande gentillesse. Reprenant la route, nous sommes plusieurs minutes dans le véhicule sans dire un mot... Je romps le silence en évoquant la grande misère de ces Pygmées (ou supposés tels). Manu et Christ, qui pourtant ne sont pas bien riches, acquiescent. Christ a remarqué tout comme moi les signes de malnutrition des enfants. Nous évoquons aussi le fait que les Bantous, au cours de l'histoire, ont souvent maltraité les Pygmées. Il faudrait passer plus de temps avec eux pour connaître leur culture et leur mode de vie.

Manu conclut "Maintenant, tu es un Dieu pour eux !". Mes très modestes cadeaux ont-ils conquis le coeur de ces pauvres gens ? 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Lékoumou
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 11:30

Partant de Moubotsi, nous reprenons la petite piste à la terre ocre et les 7 km cahoteux nous paraissent moins longs qu'à l'aller.

Puis, c'est de nouveau la piste rouge bordée de hautes herbes, la Nationale 1 ancienne mouture. Après une trentaine de kilomètres en direction de Brazzaville, nous arrivons à un croisement où ne figure aucune indication. Manu hésite sur le trajet à emprunter... Il prend à droite puis fait demi-tour. Nous sommes près de Loudima et en regardant la carte je lui indique deux alternatives : Nkayi ou Sibiti.

En dépit de mon scepticisme, Manu part à gauche. Nous arrivons rapidement à un pont enjambant un large cours d'eau. Je dis à mon chauffeur que si c'est la rivière Loudima, c'est la bonne route, mais si c'est le fleuve Niari, c'est la mauvaise ! Comme d'habitude aucun panneau indiquant le nom du cours d'eau...

 

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Vue sur le Niari prise du pont

 

Un arrêt s'impose devant la majesté du paysage. Je descends de notre véhicule pour prendre quelques clichés. Une masse d'eau impressionnante s'avance lentement entre des rives verdoyantes. La surface lisse de l'eau aux teintes brunes semble paisible. Le ciel nuageux qui s'y reflète donne l'impression d'un immense glacis chocolaté sur lequel on pourrait patiner.

 

niari-fleuve-arbre-berge

Berges du Niari et un flamboyant à fleurs jaunes

 

Au loin, sur la berge droite des enfants se baignent. Sur la rive gauche, une femme lave du linge. Une pirogue est amarrée près de palissades en bambou. L'endroit est défriché et cultivé, on y trouve des palmiers et des bananiers.

Je remarque un bel arbre aux fleurs d'un jaune vif formant un splendide bouquet géant. Il pourrait s'agir d'un flamboyant à fleurs jaunes (Peltophorum pterocarpum). Des gousses brunes cohabitent avec les fleurs.

A y regarder de plus près, le cours d'eau n'est pas si calme, les rides et tourbillons qui ornent sa surface révèlent la puissance du courant.

 

niari-fleuve-pont-courant

Fleuve Niari près de Loudima

 

Après cette courte halte, c'est reparti. L'un de nos objectifs, en dehors de découvrir la région, et de trouver la route la plus facile pour rejoindre les chutes de la Bouenza. La principale voie d'accès est en effet impraticable suite à l'effondrement du pont situé près de Bouansa, le 24 avril 2012. Ce pont permettait de rejoindre Mouyondzi. Suite à un accident de la circulation impliquant un camion, l'ouvrage d'art vétuste (car non entretenu depuis sa construction en 1965...) a sombré dans les flots. Bilan officiel : 4 morts et 11 blessés. Encore une catastrophe qui endeuille le Congo, sans comparaison toutefois avec la terrible série d'explosions de mars 2012 à Brazzaville (cf Evénement tragique : explosions à Brazzaville le 4 mars 2012 ).

 

sibiti-piste-arbre-jaune

Route de Sibiti    

 

La route que nous empruntons est une bonne piste recouverte d'une couche stabilisée. Elle est par endroit bordée d'arbustes parsemés de fleurs jaunes (encore des flamboyants ?) ou dans des zones plus humides, de bambous géants.

Nous subissons un contrôle routier vers Pika-Songho. On nous demande où nous allons... Manu annonce la destination de Nkayi. Et le policier de nous confirmer ce que je craignais : "Vous êtes sur la route de Sibiti !". Mais pour une fois, nous n'avons pas à glisser un billet pour éviter les embrouilles...

 

sibiti-piste-bambous

Route de Sibiti bordée de bambous

 

Bon tant pis, nous n'allons pas faire demi-tour ! La piste est en bon état, poursuivons jusqu'à Sibiti, nous verrons bien. Je ne sais pas du tout ce qu'il y a à voir dans cette ville.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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