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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 10:15

Après la défaite de juin 1940, l'Empire français se divisera en Afrique entre ceux qui restent fidèles au Régime de Vichy (Afrique du Nord et territoires de l'AOF) et ceux qui se rallient progressivement au général de Gaulle (territoires de l'AEF). Brazzaville devient alors la capitale de la France Libre en octobre 1940 (cf Brazzaville : le square de Gaulle  ; Brazzaville et ses liens avec le général de Gaulle  ;  Brazzaville : la "case de Gaulle" ).

 

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Revue du bataillon de tirailleurs du Moyen-Congo lors des cérémonies du 11 novembre 1942 au stade Marchand de Brazzaville (Germaine Krull © CAOM)

 

Une deuxième phase commence alors en 1941-1942, les adversaires de Vichy mobilisent les militaires restés sur place et on effectue de nouveaux recrutements en AEF. Pas le choix, les tirailleurs mobilisés en 1939-1940 étant prisonniers ou stationnés en Afrique du Nord et en AOF, alors hostiles à de Gaulle.

 

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Carte des combats en Afrique entre 1940 et 1943 (© RFI)

 

Les différents Bataillons de Marche ainsi constitués en AEF vont participer à de nombreux combats en 1941-1943 : 

- ceux de Lybie et de Tunisie alors aux mains des forces de l'Axe (Italie - Allemagne)

- ceux d'Erythrée, d'Egypte et de Syrie, afin de contrôler l'accès stratégique au canal de Suez.

  

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Camp des tirailleurs à Brazzaville en 1943 (Ellebé © CAOM)

 

Ainsi, le BM2 est formé à Bangui le 1er novembre 1940, sous les ordres du commandant Robert de Roux. Sa première opération a consisté à rejoindre le Moyen-Orient pour entrer dans la composition des Forces Françaises Libres chargées de mettre un terme au contrôle du gouvernement de Vichy sur les états du Levant. Le 4 janvier 1941, le bataillon de marche n°2 quitte Bangui et descend le fleuve Oubangui jusqu’à Brazzaville. Après avoir rejoint Pointe-Noire, le BM2 embarque sur le “Touareg” et atteint Freetown le 3 mars. Les troupes sont alors transbordées sur le “Thysville” et débarquent à Suez le 23 avril 1941.


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Le Bataillon de marche n°2 embarque à Pointe-Noire sur le "Touareg" en janvier 1941 (Général Henri Amiel - ECPAD ©)

 

Parmi ces combattants, le soldat Béri Gabriel (né à Mondou, dans le Pool près de Madingou, en 1920) appartenant au 1er Bataillon de Marche du Tchad (BMT), est "tué à l'ennemi" en Syrie (Djebel Kelb, près de Kissoué) le 15 juin 1941. De même, le soldat Bassinga David du BMT (né à Sakaneno, dans le Pool, en 1911) est mort au Liban (hôpital Maurice Roltier de Beyrouth) le 30 août 1942.

 

Le port de Pointe-Noire en eaux profondes est un site stratégique, qui permet d'accueillir des bateaux militaires. La corvette "Commandant Détroyat" est affectée aux Forces Françaises Navales Libres en 1942, après avoir participé à la bataille de l'Atlantique. En Afrique, le bâtiment effectue des missions d'escorte entre Freetown (Liberia) et Cape Town (Afrique du Sud).

A son bord, on trouve le matelot Tchivanga Jean (né à Pointe-Noire en 1923). Avec le Commandant Drogou et le Commandant d'Estienne d'Orves, il rejoint Glasgow. La corvette restera en réparations en Ecosse du 23 mars au 3 mai 1943. Mais le matelot congolais ne reverra pas son pays, car il meurt de maladie le 7 février 1943 à l'hôpital auxilliaire de Cove (Ecosse). Il est reconnu comme "Mort pour la France".

 

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Départ du Bataillon Militaire 10. Le général Marchand passe les troupes en revue à Brazzaville le 22 juin 1943 (© CAOM Germaine Krull)

 

Le général Marchand prend la direction d'une partie des troupes en AEF, en remplacement du général Leclerc. En novembre 1942, le débarquement anglo-américain en Algérie et au Maroc ouvre la voie vers la reconquête de l'Europe, les territoires du Maghreb basculant alors dans le camp des Alliés.

En 1943-1944, à partir de la Tunisie, les Alliés débarquent en Sicile et délivrent peu à peu la péninsule italienne.

Là encore, des soldats congolais y laissent la vie. Le militaire Mouinde (né à Diki, près d'Owando en 1915) appartenant au 5ème Bataillon de Marche est "tué au combat" en Tunisie le 11 mai 1943. Deux jours avant la fin de la campagne de Tunisie et la reddition des forces de l'Axe.

Son compatriote, Okombi Koumou (né en 1918, à Ongoyo, près d'Owando) du même bataillon, est "tué par éclat d'obus" le 11 juin 1944 en Italie à Montefiascone (route Viterbe-Sienne). Ces combats font suite aux terribles affrontements de Monte Cassino (janvier-mai 1944), verrou de la route vers Rome (déclarée "ville ouverte" le 5 juin 1944).

 

 

Reste une troisième phase, délivrer la France de l'Occupation allemande...
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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 21:30

A l'occasion de la célébration annuelle de la capitulation allemande du 8 mai 1945, j'ai souhaité rappeler l'implication des soldats africains au cours de la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de la France. Plus particulièrement, en l'évoquant à travers quelques exemples de militaires d'origine congolaise ou de l'AEF, morts au cours du conflit. Mon objectif n'est pas de détailler les multiples et complexes étapes militaires de cette période, les nombreuses restructurations des troupes, mais de brièvement restituer dans leur contexte le décès de ces soldats.

 

Bref rappel historique, comme au cours de la Première Guerre Mondiale, la France fit appel entre 1939 et 1945 aux ressources de ses colonies. Le Colonel Mangin avait théorisé en 1910 dans son ouvrage "La Force Noire" l'emploi dans l'armée des soldats africains, pour remédier au déficit démographique français, vis à vis de l'ennemi allemand. Il vantait les qualités combatives des soldats Noirs, quitte à verser dans les clichés raciaux, très communs à cette époque.

 

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Décembre 1939 : glorification de l'Armée de l'Empire français

 

Des régiments de tirailleurs sénégalais participèrent à la dure bataille de France en mai-juin 1940. Le terme de "sénégalais" était générique, car ces régiments incorporaient des hommes venus de toute l'Afrique Noire.

Ainsi, le soldat Goma Louis (né à Brazzaville en 1906) appartenant au 12ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais est mort en France en juin 1940 (lieu précis indéterminé).

Les 12e et 14e RTS combattent à cette période dans les Ardennes et sur la Meuse, verrou stratégique. Ce soldat faisait-il parti des soldats massacrés près de Brillon-en-Barrois (Meuse) ? En tout cas, dans la nuit du 15 au 16 juin 1940, des soldats allemands (appartenant probablement à la 6e Panzerdivision allemande) massacrèrent dans la forêt de Brillon une cinquantaine de tirailleurs, prisonniers, dont de nombreux blessés, appartenant au 12e Régiment de Tirailleurs Sénégalais.

 

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Portrait d'un tirailleur sénégalais de la 2e armée en 1940 (© ECPAD)

 

De même, le fantassin Tchikaya Félix Lucien (né au Congo à "Viangui terre de Loubou" le 15 mars 1900) appartenant au 14ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, est tué au combat le 15 juin 1940 dans la même zone, à Bazincourt-sur-Saulx (Meuse). Une semaine seulement avant la signature de l'Armistice... Une stèle a été par ailleurs érigée dans ce village en hommage "Aux 44 vaillants sous-officiers et soldats du 14e Régiment de Tirailleurs tombés lors des combats du 15 juin 1940 et inhumés dans ce lieu de 1940 à 1961".

 

Sinistre comptabilité, environ 17 500 Tirailleurs furent tués pendant la bataille de France et sur 15 000 hommes capturés par les Allemands, la moitié mourut dans les camps de prisonniers de guerre. Les conditions d'internement sont rudes, notamment l'hiver, et beaucoup tombent malades. Ils sont pour certains libérés et remis aux autorités françaises qui les prennent en charge. Parmi les Tirailleurs faits prisonniers, certains parviennent aussi à s'évader pour rejoindre les rangs de la Résistance.

 

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Soldat africain fait prisonnier de guerre par les Allemands en 1940 (Deutsches Bundesarchiv.)

 

Des tirailleurs africains "libérés" sont envoyés en Afrique du Nord, dans l'attente de retrouver leur pays respectif. Beaucoup trouvent ainsi la mort en Algérie ou au Maroc. Ainsi, le soldat Bouzengui Gabriel (né à Brazzaville en 1919) rattaché au CRTS d'Oran, meurt de maladie ("bacillose") le 1er mars 1941 à Oujda (Maroc). De même, le soldat Moukoko (né à Kinkona en 1914), appartenant au 6ème RTS, meurt de maladie à Fès (Maroc) le 9 septembre 1941. Le militaire Gombe Jean Marie (né à Loango en 1912) décède de maladie le 14 mars 1943 à Casablanca (Maroc).

 

Je me dois aussi d'évoquer le destin tragique d'un autre ressortissant de l'AEF, celui d'un officier français d'origine gabonaise, le Capitaine N'Tchoréré Charles froidement exécuté par les Allemands. A travers lui, on découvre des faits méconnus de la bataille de France en 1940.

Né en 1896 à Libreville (son prénom de naissance est "Mésany"), il s'était engagé en 1916 dans les Tirailleurs Sénégalais et devient Sergent au cours de la Première Guerre Mondiale. Après une formation militaire à Fréjus, il devient Adjudant. En 1933, N'Tchoréré est promu Capitaine et commande l'École des Enfants de Troupe à Saint-Louis du Sénégal. A cette époque, c'est l'un des rares Africains à être officier dans l'Armée Française.

 

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Capitaine N'Tchoréré, commandant la 7e Cie du 53e RICMS (© Musée des troupes de marine)

 

En 1939, il part pour le front. En juin 1940, il est à la tête d'une compagnie du 53ème régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais (53e RICMS), qui affronte courageusement les blindés allemands dans la Somme. 

Fait prisonnier à Airaines le 7 juin 1940, à une trentaine de kilomètres d'Amiens, il demande à être traité en officier. Mais les Nazis l'abattent d'une balle dans la nuque. Son corps aurait ensuite été broyé sous les chenilles d’un char...

Sordide ironie de l'histoire, son fils appartenant au 2ème RIC, le Caporal Jean-Baptiste N'Tchoréré (né en 1917 à Libreville), est tué le même jour sur le front de la Somme (à Remiencourt).


C'est une pratique non isolée en juin 1940 vis à vis des "soldats de couleur". Les prisonniers sont souvent séparés en fonction de leur apparence physique, des consignes sont données pour ne pas soigner les blessés Noirs. Des soldats Allemands appliquent ainsi les théories nazies sur les "sous-hommes" et veulent venger la "honte noire" (terme de propagande désignant l'occupation de la Rhénanie par des troupes coloniales françaises dans les années 1920).

D'autres massacres de prisonniers africains ou antillais ont lieu dans la Côte-d'Or, la Nièvre, le Rhône, la Somme et l'Oise. Ainsi le capitaine Bébel, guadeloupéen, est lui aussi froidement abattu à Erquinvillers (Oise) le 10 juin 1940. Huit officiers français qui protestent contre l'assassinat de leurs tirailleurs (16ème et 24ème RTS) sont à leur tour exécutés par les Allemands. Terrible époque ! Qu'il faut toujours garder dans un coin de sa mémoire... 


Mais ce n'était qu'une première phase dans l'implication de soldats de l'AEF au cours de la Seconde Guerre Mondiale (voir pages suivantes).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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