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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 19:00

En décembre 1902, Toqué est rejoint par un nouveau fonctionnaire, un certain Gaud, Commis aux affaires indigènes. Il le décrit ainsi :

"Un fils de la Provence, trapu et massif. Une forte chevelure couvrait son large front, une barbe de fleuve se jouait sur sa poitrine. Gaud n'a pas, à proprement parler, le tempérament méridional, et s'il l'a, c'est moins par l'exagération propre à ses compatriotes que par le ton et les façons de s'exprimer. [...] Gaud me produisit bonne impression : il comprenait vite et faisait bien. La comparaison avec Chamarande était à son avantage. Aussi ne tardai-je pas à lui donner ma confiance. 

Violent, il l'était ; mais d'une violence de méridional, qui s'en allait toute en jurons, en éclat de voix, en menaces, en mouvement. Quand il se fâchait contre un maladroit ou un paresseux, tout le poste l'entendait. Quelque fois une gifle sonore, ou - rarement- un coup de poing, et la tempête passait. Il avait des injures à lui [...] "fils de singe, bête de brousse". Puis, comme pour excuser son geste de vivacité, il gratifiait le patient d'un menu cadeau avec des mots cocasses : "Tu sais bien que tu es mon fils !".

 

Fernand Gaud fut ainsi surnommé par les Africains "Niama Gounda", autrement dit "La bête féroce".

 

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Fernand Gaud (au centre) aux côtés de deux coloniaux (L'Illustration février 1905)

 

Alors que les morts d'Européens et de miliciens (de maladie ou d'accident) entourent ces hommes, que les soldes ne sont pas forcément versées, ils prennent leur poste à Fort-Crampel. Seulement 4 hommes "Blancs" dans tout le "cercle", où Toqué considère qu'il en faudrait au moins dix.

Pujol donne l'ordre de mettre au pas un chef Mandjia de la région, récalcitrant à la colonisation, un certain Doumba, sorcier couvert de gris-gris. L'émissaire choisi, Pakpa, conduit en fait Toqué dans un traquenard. Le traître fuit dans la montagne. Doumba finit par être tué au fond d'une caverne par un milicien, et Pakpa est capturé quelques semaines plus tard.

Au retour d'une nouvelle  tournée, Toqué tombe malade, fin juin 1903 : "des frissons me secouèrent, la fièvre monta, rapide, brûlante ; l'urine se teinta de sang noir : c'était la bilieuse hématurique". Après plusieurs jours de lutte dans un état comateux, Toqué se dit "sauvé, mais faible, exsangue, las au moindre mouvement" à la date du 10 juillet. Le docteur Le Maout était arrivé à son chevet le 8 juillet.

De fait, c'est Gaud qui gère le poste de Fort-Crampel et le 14 juillet arrive. Il était de coutume de gracier les prisonniers pour la Fête Nationale. Deux sont libérés, mais se pose le problème du fameux Pakpa. Gaud s'oppose à sa libération, le jugeant trop dangereux et enclin à la récidive, pouvant inciter à la révolte les tribus voisines.

 

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Georges Toqué en 1904 à Gribingui, alias Fort-Crampel (L'Illustration mars 1905)

 

En état de faiblesse, presque indifférent, Toqué écoute les arguments de Gaud. Las de la discussion, il finit par lui concéder son pouvoir de décision et relate ainsi les faits : "Après tout, je suis malade, c'est vous qui faites marcher la boîte, faites ce que vous voudrez !". [...]

Quelques heures après, Gaud venait m'annoncer qu'il avait fait justice de Pakpa : je n'approuvai ni ne désapprouvai, pensant que Pakpa n'avait pu être que fusillé. C'est seulement plus tard que je connus les détails de cette exécution, ainsi que la présence de Kermarec. Gaud avait voulu décapiter Pakpa sans que celui-ci s'en doutât et frapper un grand coup sur l'esprit des tribus révoltées. Il s'était servi d'une cartouche de dynamite attachée sur le cou du traître".


Aucune conséquence immédiate... Gaud tombe à son tour gravement malade le 8 août. L'œuvre de "pacification" se poursuit dans les mois suivants et Toqué, remis sur pieds, tisse des liens avec les chefs locaux.

 

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Chefs Mandjias et Mgaos à Fort Crampel, Congo, Haut-Chari, vers 1900 (© Georges Bruel)

 

Georges Toqué fait part d'une autre exaction, celle commise au poste des M'Brous par le Dr Le Maout, devenu à moitié fou, qui dans un excès de colère "avait attaché un indigène au mât de pavillon, l'avait fait frapper à coup de chicottes, sur le ventre, jusqu'à la mort".

 

Le scandale de l'horrible exécution du 14 juillet 1903 éclate en métropole seulement au début de 1905, elle est évoquée pour la première fois dans le Petit Parisien du 15 février 1905.

 

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Explosion du bâton de dynamite le 14 juillet (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

La presse à sensation et les revues humoristiques s'en donnent à coeur joie pour dénoncer les exactions de ceux censés appportés "LA" civilisation, et le terrible crime de Fernand Gaud ("La fête du 14 juillet à Brazzaville - C' qu'on rigole aux colonies ! Vive la République !).

Cet autre dessin humoristique fait d'ailleurs alllusion à une autre version de l'exécution, en évoquant le passé d'étudiant en pharmacie de Gaud : "Comme potard, j'ai inventé le suppositoire à la dynamite ! ".

 

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Dessin satyrique - Gaud ancien pharmacien (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

En effet, la presse la plus sérieuse donne écho à une autre version que celle de Toqué (bâton de dynamite placé autour du cou).

Ainsi le journal "Le Matin", dans un article au titre accrocheur "Les bourreaux des Noirs", relate les "raffinements de cruauté" supposés avoir été pratiqués : "Un nègre étant étendu à terre et maintenu par de solides liens, il s'agissait de faire détonner une cartouche du formidable explosif, qu'on lui aurait, au préalable, adaptée sur le dos [...] Un de ces misérables était allé chercher la cartouche. On la fixait entre les omoplates du patient, quand un nouveau raffinement de cruauté germa dans le cerveau des bourreaux. Ils estimèrent que l'expérience serait infiniment plus probante si le tube de cuivre faisait office de canule... Le nègre hurla. Une détonation retentit, des débris sanglants, des membres, des intestins, furent projetés à une très grande distance".

 

 

affaire gaud tête-bouillie

Gaud servant une tête de nègre bouillie (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

La presse évoque une autre horrible accusation à l'encontre des deux coloniaux : "Quelques jours plus tard, ils auraient décapité un autre indigène, fait bouillir sa tête et servi le bouillon à ses parents et amis, non prévenus, afin de se procurer le spectacle de leur stupeur quand cette tête leur serait exhibée après le repas" (L'Illustration du 25 février 1905).

La légende du dessin satyrique "Le bouillon de tête" prête ces propos à Gaud : "Vous aimeriez peut-être mieux du veau ? ... Mais c'est bien assez bon pour des cochons comme vous !".

C'est le comble, alors que les indigènes de cette région du Congo français étaient accusés de cannibalisme, c'est un colonial qui les aurait inciter à cette pratique !

 

Suite à ces fracassantes révélations sur ces terribles méfaits, ou supposés tels, Fernand Gaud est arrêté au Congo et Georges Toqué à Paris, où il était rentré en mai 1904 pour profiter d'un congé régulier (suite à une blessure).

La presse relate : "Les actes de cruauté imputés à ces fonctionnaires coloniaux sont tellement abominables qu'on hésite à les tenir pour exacts, malgré le caractère affirmatif de divers témoignages(L'Illustration du 25 février 1905).

Un procès se tient alors à Brazzaville pour tenter de faire la lumière sur cette affaire (cf Le procès de l'affaire "Gaud et Toqué"). 

 

Sources : "Les massacres du Congo" - Georges Toqué - La Librairie Mondiale 1907 - Réédition L'Harmattan 1996.

Magazine L'illustration n°3235 du 25 février 1905 et n°3237 du 11 mars 1905.

L'Assiette au beurre N°206 - Mars 1905.

Journal "Le Matin" n° 7662 du 16 février 1905

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 14:30

L'ancien administrateur adjoint des colonies Georges Toqué (1879-1920) publia en 1907, à sa sortie de prison, un livre de mémoires "Les massacres du Congo", avec en sous-titre "La terre qui ment, la terre qui tue".

Tout comme le titre, la couverture sanglante du livre ne fait pas dans la dentelle, à l'image des journaux à sensation de l'époque.

Le livre a pour objectif de le réhabiliter, en dénonçant le système dans lequel il était prisonnier, et de relater les exactions commises, qu'il a pu observer de près sur le terrain.

Le jeune homme (il n'a alors que 20 ans) part "pour les colonies" plein d'enthousiasme et de rêves, ceux d'un avenir plus brillant et d'une promotion sociale plus rapide qu'en métropole. Mais il déchantera assez rapidement.

 

affaire gaud toqué-congo-massacres

Couverture du livre de Georges Toqué (Edition La Librairie Mondiale - 1907)

 

Il commence par un poste d'administrateur stagiaire au Dahomey (Bénin), fin 1899. Il découvre la vie coloniale à Porto Novo : "Oh ! la bonne petite ville de province que Porto Novo !". Causeries, ragots, surtout sur les absents, sont de rigueur "aux colonies bien plus qu'ailleurs".

Il y côtoie un certain Antonetti, et partage même sa case avec lui. De sept ans son ainé, ce dernier deviendra Gouverneur du Dahomey dix ans plus tard, puis Gouverneur général de l'AEF de 1924 à 1934.

Toqué est rapidement malade, "jaune, maigre et courbatu". C'est lors du voyage retour vers la métropole, dès février 1900, qu'il croise une autre forte personnalité, Emile Gentil, à bord du Maceïo.

C'est Gentil qui l'incite quelques semaines plus tard à partir pour le Congo Français, plus précisèment au "Chari", tout juste conquis. De nouvelles aventures possibles, le jeune homme veut découvrir la brousse. Après un très long voyage (Landana, Kinshasa, Brazzaville, Loukoléla, Bangui, Fort-de-Possel), il rejoint son poste de Fort-Sibut (à l'origine appelé Krébedjé)

C'est un poste stratégique situé sur la "route du portage". Indispensable pour ravitailler les troupes en cours de conquête militaire de l'Oubangui-Chari et du Tchad. C'est là que Toqué croisera pour la première fois le Sultan Niémé (cf Loango colonial : un sultan contraint à l'exil...).

 

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Le jeune Toqué (L'Illustration du 25 février 1905 - Photo Rives)

 

Toqué rejoint ensuite en 1901 Fort-Crampel (Kaga-Bandoro) situé encore plus au nord, pour devenir l'adjoint du commandant de la Région Civile, M. de Roll. Il dresse le tableau en quelques mots : "Au pied du rocher sombre, le poste menace de ses canons, la plaine immense et déserte".

Gentil laisse à cette époque le commandement de la région à un militaire, le lieutenant-colonel Georges Destenave. Afin d'assurer le portage coûte que coûte, il met en place une série de mesures très sévères à l'encontre de la population locale, connues sous le nom de "code Destenave".

 

Les "conventions" du 1er avril 1901 donnaient ainsi les possibilités de répressions suivantes aux administrateurs coloniaux : 

1° - Les agents inférieurs peuvent, vis-à-vis des indigènes, appliquer les peines suivantes : 

a) La chicotte

b) L'amende

c) La barre de justice

d) La prison

2° - Le commandant de cercle se réserve d'appliquer : 

e) La déportation

f) La mort

 

Les administrateurs avaient donc un pouvoir de police et de justice, porte ouverte à tous les abus, surtout quand il s'agit d'une justice d'exception. La détention d'otages était officiellement prohibée dans toute la colonie du Congo Français, par un arrêté local du Lieutenant-Gouverneur du Gabon datant de 1887, pourtant le texte stipulait : 

"Les femmes détenues au camp y recevront une ration de mil qu'elles auront à broyer et à cuire elles-mêmes. La femme et, s'il y a lieu, les enfants, seront rendus à l'homme quand celui-ci aura fourni la corvée qui lui est demandée (portage, impôt, etc)."

 Si ce n'est pas de la prise d'otages, cela y ressemble fort !!


Le recrutement de porteurs primait donc sur toute autre considération. Les armes, les munitions, les marchandises devaient absolument atteindre leur but. Les colons français étant très peu nombreux, ce furent les auxiliaires et autres miliciens (issus le plus souvent d'Afrique de l'Ouest) qui constituèrent le bras armé de la répression.

Toqué raconte : "Les rebellions commencèrent dès la première heure. Les villages étaient réprimés... par les miliciens noirs : la tuerie, le viol, l'incendie, le pillage. Et les otages- la honte ! Atroce procédé pris aux sauvages eux-mêmes. Les hommes, rares, venaient amarrés : la corde coupait les chairs et faisait de mauvaises blessures. Les femmes lentes à fuir, les vieilles et les nourrices, qui portaient l'enfant à cheval sur la hanche , venaient en troupeau. [...] Les yeux baissés, avec des mines de pauvres bêtes effarés, elles mettaient la main sur la bouche des enfants effrayés par les blancs et tout prêts à pleurer. Et tous ces otages restaient dans la hutte sordide - le camp - jusqu'à ce que leur chef vint les réclamer, la corvée faite ".

 

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Miliciens armés s'embarquant à Brazzaville (vers 1905 - carte postale © Vialle)

 

Georges Toqué note : "Il était encore de bon ton d'affecter un souverain mépris du "sale nègre" ; une exécution sommaire s'acceptait facilement, qui s'appuyait sur un semblant de raison politique et de besoin de la domination. Cette idée de race ne finira qu'avec le monde. La justice n'existait pas et la presse s'immiscait fort peu dans la gestion d'un domaine vaste et décousu. Les abus persistaient."

 

La vie en Oubangui-Chari était alors fort rude, les conditions matérielles médiocres, l'isolement, la peur, la maladie conduisaient à ce que certains qualifiaient "d'effondrement" (on peut lire sur ce même sujet "Un avant poste du progrès" de Joseph Conrad, cf Lecture : "Au coeur des ténèbres" ). Des administrateurs sombraient parfois dans une folie meurtrière... frappés de "soudanite" ou "d'africanite" comme on se plaisait à le nommer à l'époque.

Il relate le cas d'un commis aux affaires indigènes, un certain "H", nommé chef du poste de Nana (du nom d'une rivière, poste situé à plus de 100 km au nord de Fort-Sibut). Le dénommé "H" est transporté mourant à Fort-Sibut et Toqué part faire l'intérim à Nana. Il découvre alors une situation terrible.

" Des choses navrantes ici : des prisonniers enchaînés de court, alignés à terre, comme des gens que la faim mord. A trois pas dans la brousse, un coup de feu. J'y cours : un auxilliaire déguenillé vient de tirer à bout portant une pauvre vieille grand-mère. Elle râle encore faiblement, la poitrine trouée au-dessous de son pauvre sein fané ; la bouche ouverte laisse échapper, au rythme du souffle mourant, un glougloutement de sang noir et de mousse.

Une dizaine d'autre femmes maigres, étiolées, se tiennent là, tenant des enfants sur leurs bras impassibles, regardant la pauvre vieille qui s'en va. Elles doivent être là depuis de longs jours, couchées dans la grise poussière du sol, car, ce sont des squelettes blanchis, de lugubres pierrots tout blancs, avec deux grandes taches humides : les yeux et la bouche. [...] Je découvrais ainsi qu'H... était l'auteur d'un code draconien dont l'unique peine était la mort."

Toqué tait le nom de son collègue (pourquoi, alors que d'autres sont cités clairement ?), mais on saura plus tard qu'il s'agissait d'un dénommé Hermès.

 

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Femme du chef de Krébedjé (Fort-Sibut), race banda (carte postale vers 1900 © Audema)

 

Semblant faire preuve d'humaniste, Toqué dénonce la mentalité et les pratiques des "anciens coloniaux", par opposition aux jeunes qui, comme lui, débarquaient à cette époque dans la colonie : "Cette nouvelle cohorte se heurtait partout aux vieux éléments, trop dépréciés peut-être, d'une administration amorphe et peu exigeante. Un sang nouveau s'infusait, des idées nouvelles germaient, la méthode remplaçait l'empirisme, la force faisait place à l'humanité, quoique lentement".

Il relate les sinistres propos de son supérieur hiérarchique M. de Roll, qui lui intime le silence au sujet des exactions commises : "Pour moi, je n'ai que quelques mois à vivre ; je tiens à ne pas les gâter. Quant à vous, avec l'avenir auquel vous pouvez prétendre, votre intérêt est de museler. La pire note que vous puissiez avoir au ministère est celle d'un emmerdeur.

Rappelez-vous ceci : qu'il n'est pas défendu de tuer des nègres, mais bien de le dire, d'être pris ou de laisser des traces ; et qu'il vaut mieux tuer vingt nègres que d'en égratigner un. Les morts ne parlent pas, tandis que l'homme égratigné deviendrait en France un martyr. Vous auriez beau dire et beau faire, vous n'arriviez pas à convaincre que vous n'êtes pas un tortionnaire".


Pourtant, Toqué lui-même tient des propos ouvertement racistes, sous couvert de plaisanterie : "A Dakar, nous embarquâmes M. Cougoul, nommé chef du service judiciaire au Congo pour diriger notre affaire. Vous pourriez entendre sans comprendre que M. Cougoul "descendait des cocotiers". [...] Aussi bien est-ce une image. Dire de quelqu'un qu'il descend des cocotiers, c'est faire entendre qu'il descend du singe, en passant par le nègre..., stade auquel n'a pas songé Darwin". Cette opinion était alors largement partagée par ses contemporains...

 

Après la mort du commandant de Roll, début 1903, Toqué devient le commandant de cercle de Fort-Crampel. Le "cercle" était le plus petit échelon de l'organisation administrative coloniale française.

Il arrive à gagner la confiance de la population, et les Mandjias viennent progressivement installer leurs cases autour du poste. Mais le dénuement dans lequel se trouvent les gardes régionaux conduit à des rebellions. Il se voit contraint de fusiller un déserteur, "un Marouba du nom de Pikamandji". Les textes en vigueur le permettaient, une circulaire du Ministère de la Guerre stipulant que pour 1903 ce territoire était en "campagne de guerre" !

Il écrit à ce sujet un rapport envoyé à son supérieur, M. Pujol. Mais celui-ci est de la "vieille école" et étouffe l'affaire : "Je ne vous réponds pas officiellement au sujet du nommé Pikamandji, il vaut mieux laisser cela tranquille ; je détruis d'ailleurs votre lettre à ce sujet. A l'avenir, agissez ainsi, c'est bien préférable. Ce n'est pas que je vous blâme, loin de là, je trouve que vous avez bien fait ; mais encore une fois il vaut mieux ne pas ébruiter ces choses-là !! Me comprenez-vous ?".

 

Voilà comment pouvait naître un sentiment d'impunité totale et ainsi conduire aux pires exactions. Le point d'orgue en sera l'affaire "Gaud-Toqué" (cf L'affaire dramatique "Gaud et Toqué" ).

 

 

Source : "Les massacres du Congo" - Georges Toqué - La Librairie Mondiale 1907 - Réédition L'Harmattan 1996.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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