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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 20:00

Le procès de Gaud et Toqué s'ouvre à Brazzaville le 21 août 1905. Il débute dans des conditions particulières, le principal accusateur qui avait fait "fuité" les informations dans la presse début 1905, est mort. Il s'agit du Dr Le Maout dédédé de "fièvre bilieuse hématurique" seulement trois jours avant l'ouverture des débats.

 

D'autre part, les autorités de l'époque n'accordent aucun crédit aux témoignages des Noirs, selon des croyances alors fermement établies: " Enfin, il faut critiquer de très près tous les témoignages de Noirs. C'est un fait universellement reconnu que le Noir, surtout le Noir primitif du Congo, n'a aucun sentiment de la vérité: il se rappelle mal; il imagine facilement et se laisse prendre lui-même à ses propres fictions, il ment avec une extrême facilité, non seulement par intérêt, par vanité, par vengeance, mais même sans motif, sans intention; suggestionné par celui qui l'interroge, il lui répond spontanément ce qu'il pense que celui-ci aura plaisir à entendre. Dans ses belles études sur la psychologie des races nègres, le docteur Cureau écrit « Le témoignage du nègre en justice n'offre absolument aucune garantie. » (Revue générale des sciences, 30 juillet 1904)". C'est bien connu, le Blanc n'est lui pas capable de mensonge et de manipulation !

 

Le seul représentant de la presse, Félicien Challaye, membre de la mission Brazza, dresse le portrait des deux accusés :

"Toqué est un très jeune homme, tout petit, maigre, brun, nerveux. Visage mobile, agité de légers tics. Moustache brune, un peu tombante.[...] Il parle très facilement, d'ordinaire avec précision, toujours avec un entrain juvénile. Pressé de s'expliquer, il a peine à laisser l'interlocuteur finir sa phrase, il interrompt souvent « Je proteste, je proteste énergiquement. » Parfois il accompagne ses paroles de gestes agiles, parfois il parle les bras croisés, comme un petit élève bien sage qui passerait un examen."

" Gaud est de taille moyenne, gros, chevelu et barbu, très noir. Le visage est déplaisant et bestial; il justifie le surnom que donnent à Gaud les indigènes du Haut-Chari la "bête de brousse", la "bête sauvage". Gaud parle moins et moins bien que Toqué, bien qu'il y mette plus de prétention. Il hésite plus souvent avant de répondre. Il est d'ailleurs très fatigué en ce moment, a le teint plombé, tousse, garde son mouchoir sur la bouche. Parfois, il allègue son état de maladie pour ne pas répondre : « Je ne suis pas en état de discuter » répète t-il".

 

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Impôt payé en ivoire et caoutchouc, Fort-Crampel, 1904 (photos Gaud, L'Illustration Février 1905)

 

Le journaliste reconnaît : "Voilà des administrateurs dont le métier est d'arracher à de malheureuses populations des impôts, et surtout des porteurs, leur devoir professionnel les oblige à exercer sur les indigènes la plus dure contrainte, la plus grande partie de leur temps se passe à exiger des porteurs par la force, à réprimer par la force des soulèvements".

[...] Les crimes et délits poursuivis ont été commis en 1903 à Fort-Crampel, ils sont longtemps restés ignorés de la justice. Aucune autorité ne les dénonce. Mais des passagers descendus du Haut-Chari les rapportent dans des conversations particulières". 

[...] Toqué résume d'un mot la situation du Haut-Chari jusqu'en 1903: « Ç'a été le massacre général, pour faire marcher le service. »

 

Toqué est inculpé à titre individuel de complicité d'homicide volontaire avec préméditation, commis par des gardes régionaux, agissant par ordre et donc non poursuivis, sur la personne d'un dénommé Pikamandji. Exécution dont sa hiérarchie préférait ne pas avoir officiellement connaissance (Lecture : "Les massacres du Congo" de Toqué ).

 

Toqué ne nie pas le fait qui lui est reproché : "On était alors en état de guerre. Pikamandji avait déserté, il prêchait la révolte. Son exécution était indispensable pour empêcher les autres gardes régionaux de déserter et pour éviter la révolte de tout le pays". Il avait alors le droit d'exercer la peine de mort, en tant que Commandant de cercle...

 

Par contre, il nie farouchement son implication dans la mort de Moussa Kandji (chef indigène exécuté à coups de baïonnette par des gardes régionaux) et de l'indigène Ndagara, pris en flagrant délit de vol de cartouches sur la route de portage, mort noyé dans les chutes de la Ouana (rivière Nana), dans des conditions troubles (accident ou exécution ?). Toqué soupçonne dans ses mémoires le milicien Yambissi d'avoir poussé à l'eau N'Dagara...

Sur le registre de Fort-Crampel, il est noté : "Le chef Ndagara, «décédé en prison le 23 novembre». Or, il est mort aux chutes le 22. Toqué répond qu'ayant écrit cette note longtemps après, il s'est trompé de date. Et on avait l'habitude, toutes les fois que les prisonniers mouraient, même en cours de route, d'ajouter la mention « Mort en prison» ". Voilà un moyen simple de ne pas s'encombrer de détails inutiles...

 

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Sabangas à Fort-Crampel, Haut-Chari, Congo français (carte postale vers 1900 © Georges Bruel)

 

C'est au tour de Gaud d'être mis en accusation à titre individuel pour divers crimes et délits : 

- d'avoir jeté une femme Mandjia inconnue dans la rivière Gribingui, échappant de justesse à la noyade.

- d'avoir porté des coups sur la magasinier Zinguéré.

d'avoir porté des coups sur le clairon Coroné, lui brisant des dents, parce qu'il jouait faux.

- d'avoit attaché le menuisier John William à la barre de justice, sans motif avéré.

- d'avoir fait évanouir un boy inconnu, en lui déchargeant son révolver près de l'oreille.

- d'avoir fait boire du bouillon de tête de mort au boy Soumba, cause, on l'imagine sans peine, "d'émotion violente" (cf L'affaire dramatique "Gaud et Toqué" ).

Les faits sont rapportés par son collègue M. Chamarande et par des gardes régionaux. Fernand Gaud semblait beaucoup "s'amuser" avec les indigènes, abusant avec violence de son autorité...

 

L'accusé se défend : "Gaud reconnaît avoir donné des gifles, mais nie avoir exercé aucune violence grave. [...] Gaud raconte qu'il lui est arrivé souvent de préparer des têtes de nègres pour collections, ainsi il a préparé la tête du chef Doumba, que M. Chamarande avait fait couper dans son tombeau" (sic). [...] Gaud n'ayant pas de potasse, plongeait les têtes de mort dans un bain d'eau et de cendres. Jamais un boy n'aurait pu croire que ce mélange d'eau et de cendres était du bouillon. Le fait est donc invraisemblable. D'ailleurs, si plusieurs témoins ont entendu raconter le fait, personne ne prétend l'avoir vu".

Faute de témoin direct, en dehors du boy Soumba (témoignage d'indigène décrédibilisé d'office...), l'épouvantable épisode du "bouillon de tête de mort", relaté par la presse début 1905, ne peut pas être prouvé. Les pratiques morbides de Gaud sont tout de même effarantes et dénuées de respect pour les populations locales, très attachées au respect des morts ("Un des hommes de Doumba, écrit M. Chamarande, pleurait à chaudes larmes pendant la profanation du corps de son maître").

 

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Itinéraire des caravanes de Fort-Sibut à Fort-Crampel (© Pierre Mollion)

 

 

Sont abordées ensuite les accusations concernant les deux hommes : 

- Exécution du chef Yorouba Djéouendi, qui s'opposait aux chefs Mandjias, favorables à une "pacification" avec les colonisateurs. Après une condamnation à mort par les chefs Mandjias, il est fusillé par des gardes régionaux.

- Enfermement d'indigènes dans un silo (où on faisait pousser auparavant du mil). Gaud est accusé de violences et voies de fait, et Toqué de complicité. Ils nient avoir privé d'eau et de nourriture les indigènes. Gaud nie avoir frappé un indigène qui se cramponnait au couvercle pour ne pas entrer dans le silo. Il nie aussi avoir uriné sur les prisonniers... Toqué affirme avoir mis fin à cet enfermement, dès que le Dr Le Maout lui a signifié le danger que représentait le silo pour la santé des prisonniers. L'accusation n'a pas retenu le fait que plusieurs indigènes seraient morts dans le silo.

- Exécution à la dynamite de l'ancien guide Pakpa. Gaud est accusé d'homicide volontaire et Toqué de complicité, pour avoir donné l'ordre d'exécution (cf L'affaire dramatique "Gaud et Toqué" ).

 

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"Education : Tas de brutes ! On ne peut rien vous faire entrer dans la tête" (©L'Assiette au Beurre)

 

Gaud reconnait sans sourciller l'exécution à la dynamite (utilisée d'ordinaire pour pêcher le poisson) et "fait le récit de son crime avec un calme stupéfiant". La version de la cartouche de dynamite attachée autour du cou est retenue (et pas celle de l'explosif enfoncé dans l'anus...). Toqué nie farouchement toute complicité, il a simplement donné l'ordre de fusiller le traitre Pakpa (à l'origine d'un guet-apens occasionnant plusieurs morts et blessés), dès le 9 mai 1903, et désapprouve le procéde employé le 14 juillet 1903 par son subordonné, alors qu'il était en état de faiblesse. Il n'a pas participé à l'exécution, ne tenant même pas debout.

Gaud explique alors qu'il a fait constaté autour de lui la singularité de cette mort mystérieuse : "Ni trace de coup de fusil, ni trace de coup de sagaie : c’est par une sorte de miracle qu’est mort celui qui n’avait pas voulu faire amitié avec les Blancs."

D'après Gaud, il n'y aurait eu qu'un seul témoin à l'exécution, le garde régional Matifara. Toqué évoque dans ses mémoires la présence d'un certain Kermarec.

Toujours d'après Toqué, c'est le Dr Le Maout qui aurait soudoyé Matifara pour colporter tout un tas d'histoires malveillantes : "Ah, il en eut pour son argent, grâce aux soins de Matifara qu'on trouvait partout où il y avait cent sous à gagner. Voilà comment naquirent les fables de femmes noyées, grillées, du silo-tombeau, de vingt autres histoires percées à jour depuis". 

La source d'information du Docteur est aussi révélée : "Le Maout avait brouillé Gaud avec Kermarec et obtenu de celui-ci tous les détails de l'affaire Pakpa".

 

Les deux hommes sont condamnés à cinq ans de réclusion. Ils quittent la prison de Brazzaville (où Toqué a cotoyé le Sultan Niébé ; cf Loango colonial : un sultan contraint à l'exil... ) et prennent le bateau pour Bordeaux, où ils arrivent le 22 octobre 1905, et sont emprisonnés provisoirement au fort du Hâ.

Le 16 novembre 1905, les deux hommes sont transférés à la prison centrale de Thouars (Deux-Sèvres) pour purger leur peine. Le régime carcéral est alors très dur et Toqué demande secours au Ministre des Colonies. Il est transféré à la maison centrale de Melun le 15 août 1906.

 

Cette condamnation soulève l'indignation dans le milieu colonial. Les colons considèrent qu'ils sont eux aussi victimes d'exactions de la part des indigènes, restés impunis (cf Le contexte du procès de l'affaire "Gaud et Toqué" ). Il est vrai que le cercle infernal des révoltes, notamment contre l'impôt et le portage, ou tout simplement contre la colonisation, et des répressions militaires qui s'en suivent est enclenché depuis plusieurs années.

C'est dans ce contexte de révélations et de scandales que le Gouvernement est contraint de faire appel à Savorgnan de Brazza pour mener l'enquête au Congo français, l'affaire Gaud-Toqué n'étant pas la seule à émerger à cette période.

 

La peine des deux administrateurs coloniaux est ensuite ramenée à deux ans d'emprisonnement par une commission de révision. C'est peu après sa libération que Georges Toqué publie son livre (cf Lecture : "Les massacres du Congo" de Toqué), pour donner sa version des faits et se dédouaner. Le sujet étant passé de mode en cette fin 1907, son livre n'a pas beaucoup d'écho et sombra dans l'oubli. Il constitue pourtant un intéressant témoignage de cette sinistre époque, avec un narrateur non dénué de talent.

 

 

 

Sources :

"Les massacres du Congo" - Georges Toqué - La Librairie Mondiale 1907 - Réédition L'Harmattan 1996.

Magazine L'illustration n°3235 du 25 février 1905.

L'Assiette au Beurre N°206 - Mars 1905.

Journal "Le Temps" du 23 septembre 1905 - L'Affaire Gaud-Toqué (De notre correspondant auprès de la mission Brazza) - Félicien Challaye. 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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6 juillet 2014 7 06 /07 /juillet /2014 19:00

En décembre 1902, Toqué est rejoint par un nouveau fonctionnaire, un certain Gaud, Commis aux affaires indigènes. Il le décrit ainsi :

"Un fils de la Provence, trapu et massif. Une forte chevelure couvrait son large front, une barbe de fleuve se jouait sur sa poitrine. Gaud n'a pas, à proprement parler, le tempérament méridional, et s'il l'a, c'est moins par l'exagération propre à ses compatriotes que par le ton et les façons de s'exprimer. [...] Gaud me produisit bonne impression : il comprenait vite et faisait bien. La comparaison avec Chamarande était à son avantage. Aussi ne tardai-je pas à lui donner ma confiance. 

Violent, il l'était ; mais d'une violence de méridional, qui s'en allait toute en jurons, en éclat de voix, en menaces, en mouvement. Quand il se fâchait contre un maladroit ou un paresseux, tout le poste l'entendait. Quelque fois une gifle sonore, ou - rarement- un coup de poing, et la tempête passait. Il avait des injures à lui [...] "fils de singe, bête de brousse". Puis, comme pour excuser son geste de vivacité, il gratifiait le patient d'un menu cadeau avec des mots cocasses : "Tu sais bien que tu es mon fils !".

 

Fernand Gaud fut ainsi surnommé par les Africains "Niama Gounda", autrement dit "La bête féroce".

 

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Fernand Gaud (au centre) aux côtés de deux coloniaux (L'Illustration février 1905)

 

Alors que les morts d'Européens et de miliciens (de maladie ou d'accident) entourent ces hommes, que les soldes ne sont pas forcément versées, ils prennent leur poste à Fort-Crampel. Seulement 4 hommes "Blancs" dans tout le "cercle", où Toqué considère qu'il en faudrait au moins dix.

Pujol donne l'ordre de mettre au pas un chef Mandjia de la région, récalcitrant à la colonisation, un certain Doumba, sorcier couvert de gris-gris. L'émissaire choisi, Pakpa, conduit en fait Toqué dans un traquenard. Le traître fuit dans la montagne. Doumba finit par être tué au fond d'une caverne par un milicien, et Pakpa est capturé quelques semaines plus tard.

Au retour d'une nouvelle  tournée, Toqué tombe malade, fin juin 1903 : "des frissons me secouèrent, la fièvre monta, rapide, brûlante ; l'urine se teinta de sang noir : c'était la bilieuse hématurique". Après plusieurs jours de lutte dans un état comateux, Toqué se dit "sauvé, mais faible, exsangue, las au moindre mouvement" à la date du 10 juillet. Le docteur Le Maout était arrivé à son chevet le 8 juillet.

De fait, c'est Gaud qui gère le poste de Fort-Crampel et le 14 juillet arrive. Il était de coutume de gracier les prisonniers pour la Fête Nationale. Deux sont libérés, mais se pose le problème du fameux Pakpa. Gaud s'oppose à sa libération, le jugeant trop dangereux et enclin à la récidive, pouvant inciter à la révolte les tribus voisines.

 

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Georges Toqué en 1904 à Gribingui, alias Fort-Crampel (L'Illustration mars 1905)

 

En état de faiblesse, presque indifférent, Toqué écoute les arguments de Gaud. Las de la discussion, il finit par lui concéder son pouvoir de décision et relate ainsi les faits : "Après tout, je suis malade, c'est vous qui faites marcher la boîte, faites ce que vous voudrez !". [...]

Quelques heures après, Gaud venait m'annoncer qu'il avait fait justice de Pakpa : je n'approuvai ni ne désapprouvai, pensant que Pakpa n'avait pu être que fusillé. C'est seulement plus tard que je connus les détails de cette exécution, ainsi que la présence de Kermarec. Gaud avait voulu décapiter Pakpa sans que celui-ci s'en doutât et frapper un grand coup sur l'esprit des tribus révoltées. Il s'était servi d'une cartouche de dynamite attachée sur le cou du traître".


Aucune conséquence immédiate... Gaud tombe à son tour gravement malade le 8 août. L'œuvre de "pacification" se poursuit dans les mois suivants et Toqué, remis sur pieds, tisse des liens avec les chefs locaux.

 

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Chefs Mandjias et Mgaos à Fort Crampel, Congo, Haut-Chari, vers 1900 (© Georges Bruel)

 

Georges Toqué fait part d'une autre exaction, celle commise au poste des M'Brous par le Dr Le Maout, devenu à moitié fou, qui dans un excès de colère "avait attaché un indigène au mât de pavillon, l'avait fait frapper à coup de chicottes, sur le ventre, jusqu'à la mort".

 

Le scandale de l'horrible exécution du 14 juillet 1903 éclate en métropole seulement au début de 1905, elle est évoquée pour la première fois dans le Petit Parisien du 15 février 1905.

 

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Explosion du bâton de dynamite le 14 juillet (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

La presse à sensation et les revues humoristiques s'en donnent à coeur joie pour dénoncer les exactions de ceux censés appportés "LA" civilisation, et le terrible crime de Fernand Gaud ("La fête du 14 juillet à Brazzaville - C' qu'on rigole aux colonies ! Vive la République !).

Cet autre dessin humoristique fait d'ailleurs alllusion à une autre version de l'exécution, en évoquant le passé d'étudiant en pharmacie de Gaud : "Comme potard, j'ai inventé le suppositoire à la dynamite ! ".

 

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Dessin satyrique - Gaud ancien pharmacien (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

En effet, la presse la plus sérieuse donne écho à une autre version que celle de Toqué (bâton de dynamite placé autour du cou).

Ainsi le journal "Le Matin", dans un article au titre accrocheur "Les bourreaux des Noirs", relate les "raffinements de cruauté" supposés avoir été pratiqués : "Un nègre étant étendu à terre et maintenu par de solides liens, il s'agissait de faire détonner une cartouche du formidable explosif, qu'on lui aurait, au préalable, adaptée sur le dos [...] Un de ces misérables était allé chercher la cartouche. On la fixait entre les omoplates du patient, quand un nouveau raffinement de cruauté germa dans le cerveau des bourreaux. Ils estimèrent que l'expérience serait infiniment plus probante si le tube de cuivre faisait office de canule... Le nègre hurla. Une détonation retentit, des débris sanglants, des membres, des intestins, furent projetés à une très grande distance".

 

 

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Gaud servant une tête de nègre bouillie (L'Assiette au beurre - mars 1905)

 

La presse évoque une autre horrible accusation à l'encontre des deux coloniaux : "Quelques jours plus tard, ils auraient décapité un autre indigène, fait bouillir sa tête et servi le bouillon à ses parents et amis, non prévenus, afin de se procurer le spectacle de leur stupeur quand cette tête leur serait exhibée après le repas" (L'Illustration du 25 février 1905).

La légende du dessin satyrique "Le bouillon de tête" prête ces propos à Gaud : "Vous aimeriez peut-être mieux du veau ? ... Mais c'est bien assez bon pour des cochons comme vous !".

C'est le comble, alors que les indigènes de cette région du Congo français étaient accusés de cannibalisme, c'est un colonial qui les aurait inciter à cette pratique !

 

Suite à ces fracassantes révélations sur ces terribles méfaits, ou supposés tels, Fernand Gaud est arrêté au Congo et Georges Toqué à Paris, où il était rentré en mai 1904 pour profiter d'un congé régulier (suite à une blessure).

La presse relate : "Les actes de cruauté imputés à ces fonctionnaires coloniaux sont tellement abominables qu'on hésite à les tenir pour exacts, malgré le caractère affirmatif de divers témoignages(L'Illustration du 25 février 1905).

Un procès se tient alors à Brazzaville pour tenter de faire la lumière sur cette affaire (cf Le procès de l'affaire "Gaud et Toqué"). 

 

Sources : "Les massacres du Congo" - Georges Toqué - La Librairie Mondiale 1907 - Réédition L'Harmattan 1996.

Magazine L'illustration n°3235 du 25 février 1905 et n°3237 du 11 mars 1905.

L'Assiette au beurre N°206 - Mars 1905.

Journal "Le Matin" n° 7662 du 16 février 1905

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