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29 mai 2014 4 29 /05 /mai /2014 14:00

Deux cartes postales me permettent de sortir de l'oubli l'histoire d'un tchadien séjournant au Congo au tout début du XXe siècle.

Les clichés pris à Loango présentent un mystérieux sultan, "déporté" dans la petite ville côtière du Congo français.

 

Sultan-Niébé- famille-loango-congo

Le sultan Niébé et sa famille à Loango vers 1905 (carte postale © Marichelle)

 

Il s'agit du Sultan Niébé (et non pas Niémé comme indiqué sur les cartes postales). Il est accompagné de ses 3 femmes, de ses 4 enfants et de quelques serviteurs.

Il a fière allure, drapé dans ses beaux vêtements, canne à la main et portant une sorte de turban comme couvre-chef.

 

Sultan-Niébé-déporté- Loango

Le sultan Niébé à Loango vers 1905 (carte postale © Marichelle)

 

L'époque n'est plus à l'exploration pacifique, chère à Savorgnan de Brazza. La conquête militaire prend le pas, dans le contexte d'une concurrence effrénée avec les Anglais pour le contrôle des derniers territoires de l'Afrique Centrale demeurés libres de l'influence européenne.

Les fils du Sultan Rabah du Tchad en font l'amère expérience. L'ainé Fadlallah est tué le 3 août 1901 à Gujba (Nigeria), et le cadet, Niébé, se rend.

 

victoire-fils-sultan-rabah-1901

Victoire contre les fils de Rabah en 1901 (gravure Le Pélerin N° 1273 - 1901)

 

L'année précédente, c'est le redouté père, sultan de Bornou, seigneur de guerre et esclavagiste originaire du "Soudan égyptien" (sa zone d'influence couvre la région du Darfour), qui a été tué à la bataille de Kousseri (située à l'extrême nord du Cameroun), le 22 avril 1900. Du moins, c'est le portrait peu flatteur qu'en ont dressé les colonisateurs...

Le commandant Lamy perd la vie dans cette même bataille (Emile Gentil donnera pour lui rendre hommage son nom à "Fort-Lamy", future capitale du Tchad, aujourd'hui N'djaména).

La presse d'alors n'hésite pas à mettre en Une la tête du sultan tenue au bout d'une pique (dessin issu d'une photographie de la mission Gentil)...  Il parait que l'on avait offert une prime à qui tuerai le sultan, ce qui explique cette macabre scène. Pour prouver que Rabah était bien mort, un tirailleur ramena la tête et une main ! Joyeuse époque.


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La tête de Rabah au bout d'une pique (L'Illustration n°3028 - 9 mars 1901 - © Jules Lavée)

 

Il s'agit aussi d'une sorte de vengeance. En effet, Rabah avait fait pendre l'explorateur français Ferdinand de Béhagle quelque temps auparavant, en septembre 1899 à Dikoa (Oubangui-Chari). Ce dernier avait tenté de négocier dès 1897 avec le Sultan la reddition de ses territoires. En vain... 

 

Son fils cadet Niébé fut d'abord emprisonné à Fort-Sibut en 1901 (à l'origine appelé Krébédjé, petite ville de la colonie d'Oubangui-Chari).

L'administrateur colonial Georges Toqué en dresse alors le portrait suivant : " Il nous vint, chevauchant, abrité sous un vaste parasol multicolore, suivi de ses femmes, enfants, domestiques et lourd bagage. Une gandourah bleu roi atténuait, de sa couleur alanguie, la teinte trop noire de son visage ; de fines bottes de fiali crissaient en une musique de cuir neuf ; sous le turban virginal, deux yeux jeunes riaient. Traînant sa jambe blessée au dernier combat, il s'empressa, fit ses salamaleks fort gracieusement.

Mais la bonne impression dura moins que les bottes neuves. Les petits yeux rieurs étaient féroces à leurs heures ; les lèvres, où couraient quelques poils follets proféraient de terribles menaces contre les chiens, les fils de chiens de chrétiens ! Exigeant, vaniteux, intraitable avec les siens ; bref, l'étoffe d'un bon Arabe, d'un excellent Sultan. Ses antécédents connus l'affirmaient : sous le règne de son père, il exigeait qu'à sa vue ses sujets se jetassent le front dans la poussière. Passe encore ; mais à Dikoa, d'une terrasse de la place du Marché, il déchargeait son mousqueton sur le peuple. Ce "fils à papa", abandonné d'Allah sur les marches d'un trône, acceptait assez mal son exil ".


On peut imaginer sans peine l'humeur du jeune Sultan fait prisonnier, et ses légitimes ressentiments à l'encontre du colonisateur, après la mort de son père et de son frère aîné...


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Niébé, fils de Rabah, vers 1900 (carte postale © Adolphe Trinchant)

 

Par la suite, Niébé est transféré à Brazzaville. Selon Toqué, "ce pauvre Niébé" avait trouvé un moyen de se faire un peu d'argent : "suppléant à son maigre budget par un tripot ouvert toute la nuit, rendez-vous de la racaille de boys et de miliciens, qui jouaient et qui perdaient tout ce qui leur appartenait... et même plus."

Enfin, il fut envoyé à Loango en septembre 1905. Toujours selon Toqué, "Niébé était envoyé, avec toute sa smala, à Loango, pour en finir avec son casino interlope". Il était alors fort éloigné de sa zone d'influence. C'était aussi le but de l'opération ! Je ne sais pas s'il a terminé ses jours à Loango, ou si le calme revenu, il a retrouvé sa terre natale. Pas du tout certain, au vu des violents combats qui ont émmaillé la conquête du Tchad à cette période.


Un autre prisonnier de Fort-Sibut et de Brazzaville, le sultan Acyl, plus conciliant avec le colonisateur, retrouva son trône du Ouaddaï (Tchad). Mais ce ne fut qu'en 1911, après de féroces batailles contre son cousin Doudmourrah, vivement opposé à la colonisation militaire, avec des milliers de morts à la clé. Ce fut aussi très bref, Acyl est destitué en 1912 par ses alliés français...


Source : "Les massacres du Congo" - Georges Toqué - 1907 - réédition L'Harmattan 1996.

cf  Lecture : "Les massacres du Congo" de Toqué

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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3 mai 2014 6 03 /05 /mai /2014 22:00

Derrière la fanfare, c'est le drapeau d'un Régiment de Tirailleurs d'Infanterie Coloniale qui ouvre le défilé. C'est clairement écrit sur le drapeau, mais impossible de lire le numéro du régiment, caché sous le pli de l'étendard ! 

 

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Drapeau du Régiment d'Infanterie Coloniale, Pointe-Noire vers 1955 (© Photo-Ciné Loudan)

 

Je présume que les officiers (Blancs) défilent en tête. La troupe africaine porte une large cape, que je suis tenté de voir de couleur rouge (si j'en crois le contraste avec la veste, supposée blanche, et le pantalon, supposé noir).

Je ne suis pas du tout un spécialiste des uniformes militaires...

 

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Garde fédérale, Pointe-Noire vers 1955 (© Photo-Ciné Loudan)

 

Devant le buste d'Antonetti, on a placé les autorités militaires de différentes armes, les autorités civiles, et les médaillés, Noirs et Blancs. S'agit-il d'Anciens Combattants de la Seconde Guerre Mondiale ?

 

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Autorités, place Antonetti, Pointe-Noire (© Photo-Ciné Loudan)

 

Je n'ai pas la date à laquelle ce défilé militaire a eu lieu à Pointe-Noire. A l'époque coloniale, on peut imaginer qu'un défilé aurait pu se dérouler pour le 14 juillet, fête nationale française, pour le 11 Novembre, armistice de 1918 ou bien pour le 8 Mai, capitulation allemande de 1945.

D'après un lecteur, il s'agirait d'un défilé du 14 juillet. Une sorte de réplique locale de celui des Champs Elysées. D'après une autre source photographique, il pourrait s'agir en effet du défilé du 14 juillet 1957.

 

 

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Défilé militaire, avenue de Gaulle, vers 1955 (© Studio Plantier)

 

Un autre cliché montre d'autres soldats remontant l'avenue de Gaulle, avec en toile de fond, le magasin PariSangha (cf Pointe-Noire : place Antonetti... d'hier ), cher aux ponténégrins de l'époque.

Je crois identifier des aviateurs, étant donné le petit insigne en forme de V sur leur calot. La base aérienne 173 tenait alors un rôle très important à Pointe-Noire. Ils sont en short, ce qui contraste avec le large pantalon de leurs camarades des troupes coloniales.

 

 

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Blindés, avenue de Gaulle, vers 1955 (© Studio Plantier)

 

La foule est amassée au pied du magasin pour voir le défilé. On compte aussi quelques personnes au balcon du PariSangha (propriété de la CCSO, comme le rappelle le sigle de la façade).

Ce sont quelques blindés (chars à chenilles, surmontés d'une mitrailleuse) qui suivent les troupes à pied.

 

 

PS : si des lecteurs ont des précisions à apporter sur les photos, n'hésitez pas !    

 

Un lecteur me fait remarquer qu'il doit s'agir de la "garde fédérale" (gendarmerie de l'AEF et du Cameroun) dont son père faisait partie à Brazzaville à cette époque (1956-57). Les hommes de troupe, les "auxiliaires" portaient en effet, une cape rouge (tenue d'apparat) et les sous-officiers et officiers, une cape blanche. On voit cette troupe sur la photo ci-dessous (cliché original recadré sur la troupe).

 

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Défilé de la garde fédérale à Brazzaville en 1956 ou 57 (© Jean-Paul)


Pour ma part, le képi des officiers me faisaient effectivement penser à la gendarmerie !

 

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Défilé militaire à Pointe-Noire vers 1955 (© Photo-Ciné Loudan)   

 

On voit exactement le même uniforme sur la photo (agrandissement du défilé de Pointe-Noire) ci-dessus ! Le couvre-chef est plus haut qu'une chéchia et décoré sur le devant d'un ornement.

Merci à Jean-Paul !


La garde fédérale fut dissoute en 1961. Les éléments congolais furent répartis en deux groupes, ceux qui savaient lire et écrire rejoignirent l'armée nationale et la gendarmerie, et les autres (presque tous analphabètes) se retrouvèrent dans le service de police.

Source : L'expérience congolaise du socialisme de Massamba-Débat à Marien N'Gouabi -Jérôme Ollandet - L'Harmattan.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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