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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 19:00

C'est la fin de notre petite escale à l'école de Poto-Poto. Manu est pris de quelques problèmes intestinaux et envoie son frère chercher un remède dans le quartier. Je lui propose le secours de la thérapeutique occidentale, mais il refuse mes médicaments.

Pendant ce temps, je discute avec Brice. Le jeune homme se plaint quant à lui de douleurs articulaires liées au paludisme. Coïncidence, je me fais piquer pour la première fois (à Brazzaville) par un moustique ! C'est l'heure propice et la végétation du jardin constitue un bon refuge pour les antipathiques insectes.

Brice prend la pose devant son taxi, le pouce levé, alors que le jour décline. Il me griffonne son adresse sur une enveloppe marron et je lui promets de lui faire parvenir le cliché (ce que j'ai fait quelques semaines plus tard, de retour en France).

 

poto-brice-taxi-brazza

Brice le taximan

 

Nous reprenons la route par le rond-point de Moungali où Manu me fait remarquer une église moderne. La circulation est toujours dense et agitée. Nous empruntons de grands boulevards, celui des Armées où ont lieu les défilés officiels, dénommé aujourd'hui "Boulevard Alfred Raoul" (cf  Post-Scriptum : cinquantenaire de l'Indépendance du Congo).

Brice me dépose à l'hôtel vers 18h15 et chacun va se reposer. Je paye une partie de mon dû au chauffeur. La journée de location n'est pas finie ! Je prends plus ample connaissance de ma chambre. Pour la lumière, c'est assez épique. Pas de plafonnier, seule une applique fonctionne à côté du lit et il faut tourner un singulier petit bouton pour que la lumière soit. Dans la salle de bains, avec WC (sans couvercle...), l'ampoule est grillée.

 

auberge-jeunesse-hotel-brazza

Chambre à l'auberge de la jeunesse

 

L'ensemble est vieillot mais propre. La climatisation est perchée au plafond (assez haut) et heureusement l'interrupteur fonctionne.

 

Comme convenu vers 19h30, nous partons pour dîner. Mais Frédéric n'est pas là. Manu me dit qu'il a préféré se reposer. Il fait nuit. Brice sur les conseils de Manu nous conduit pas très loin, sur une petite place où se situent plusieurs commerces, dont un hôtel et deux restaurants. Nous choisissons un établissement de "moyenne gamme" et dînons à l'intérieur pour éviter les moustiques. La décoration du restaurant, dont j'ai oublié le nom, est kitch et d'inspiration orientale... Après avoir pris connaissance de la carte, je demande à Manu d'aller chercher Brice qui nous attend dans son taxi. Autant qu'il mange avec nous ! Le chauffeur est très content et surpris de l'invitation.

Nous commandons du poisson et Brice du poulet. La serveuse rigole devant ma prononciation hasardeuse du nom des plats locaux. J'ai pris un liboké ya ngolo.

En attendant, nous prenons une bière. La mienne a un goût bizarre... Je vérifie la date de péremption et je constate qu'elle est échue depuis avril 2011 ! Cela fait seulement deux mois, mais vu les médiocres conditions locales de conservation, l'effet est là. Un serveur vérifie le stock dans le frigo et les autres Heineken sont également périmées... La découverte ne fait visiblement pas plaisir. Que va dire le patron ? Bon, eh bien en tout cas, je change de marque de bière.

La télévision diffuse le concert du Stade de France à Paris, "La nuit africaine". Les artistes défilent et l'un d'eux provoque la joie de la serveuse. Brice me demande s'il y a beaucoup de Noirs en France. Que répondre... Je lui explique déjà que de nombreux français sont Noirs car issus des DOM-TOM ou bien originaire d'Afrique, nés en France de parents africains ou parfois adoptés. Par contre, à Paris on croise indéniablement plus de Noirs que dans les autres régions, français ou pas ! 

Au moment de servir les plats, Manu appelle la jeune serveuse, "ma soeur". Elle est troublée et en fait tomber un couvert. Un photographe ambulant rentre dans le restaurant. Brice me propose de faire une photo avec lui. No problem. Cela lui fait visiblement très plaisir, c'est lui qui paye le cliché. Manu lui fait remarquer que ce n'est pas du tout fréquent d'être invité par un client !

Mais Brice a un petit appétit et à la fin du repas, il reste beaucoup de nourriture dans l'assiette... Il faut dire que la dose de riz servie est importante. Manu insiste pour qu'il emporte le reste. Il a bien raison. Sus au gaspillage ! Le serveur met la nourriture dans une assiette en carton et l'enveloppe.

Mais au moment de l'addition, c'est moins sympa. On me facture la bière périmée !! Je fais remarquer au serveur que je ne l'ai pas bu... Manu proteste également. Peine perdue, nos interlocuteurs ne veulent rien entendre. Je ne compte pas faire un scandale pour un montant si modeste et je règle la note. Cependant cela ne donne pas envie de revenir ici !

Nous ramenons Manu au Noblesse Hôtel et lui donne de quoi payer la nuit. Brice me conduit au mien et je lui règle le reste de mon dû. Je lui dis que nous ferons peut-être appel à ses services lundi.

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 16:45

Nous reprenons notre taxi et remontons l'avenue de la Paix, dans le quartier de Poto-Poto. C'est un quartier populaire et animé, où l'on trouve notamment de nombreuses boutiques de ouest-africains. Constructions inachevées, fils électriques qui pendent, vendeurs au coin des rues, poussière et détritus, affiches placardées sur les palissades en tôle, agitation constituent le décor du lieu.

Le nom du quartier provient de la terre argileuse qui servait à construire les habitations traditionnelles, les "cases" (cf  Lac Kayo : architecture du village).

 

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Boutique du quartier Poto-Poto

 

Ici la conduite au klaxon est la règle ! Brice n'en fait pas usage, et je comprends que c'est lié à ma présence. Il râle cependant à cause du comportement de certains conducteurs... Chacun veut passer devant l'autre, forcer le passage et on s'interpelle d'un véhicule à l'autre à travers les vitres ouvertes. Je lui demande la traduction de ce qui est, vu le ton employé, une insulte proférée à l'encontre de l'un de ses collègues taxi. C'est simplement l'équivalent de "connard" !

Nous tournons à droite, juste avant le rond-point de Moungali, passons un portail et entrons dans un petit parc ombragé. Quelques grands arbres forment un cadre charmant et inattendu, le calme des lieux contrastant avec l'agitation environnante.

 

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Arbre du jardin de Poto-Poto

 

Nous cheminons vers un bâtiment recouvert de tôles vertes, dont le toit descend presque que juste au sol. Il semble inspiré des "cases" de type "maison commune" que l'on trouvait dans les villages (m'bongui).

 

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"Case" de l'école de peinture de Poto-Poto

 

Passé un petit patio où on nous informe que les photos sont interdites à l'intérieur, nous pénétrons dans le hall d'exposition, divisé en deux salles de taille inégale. 

Différents styles de peinture se côtoient, très réalistes ou plus abstraits, colorés ou plus sombres. Nous reconnaissons des scènes issues de l'histoire coloniale (le portrait du sergent Malamine par exemple), des scènes de vie traditionnelle (marché, pêche, danse...), des paysages notamment la forêt (lieu stimulant l'imaginaire et source éternelle d'inspiration), des portraits de femme, des animaux (bien sûr le mythique éléphant)...

Le prix des œuvres varie évidemment en fonction de la taille de la toile et de la renommée de l'artiste, certains tableaux atteignent plusieurs centaines de milliers de francs CFA, voire 1 million (1 500 Euros). Un jeune homme européen discute avec un responsable et semble prêt à acheter un tableau. Des peintures avec des traits verticaux ponctuant les représentations retiennent l'attention.

J'ai quand même trouvé une photo de l'intérieur qui donne une idée du lieu. Tous les murs sont couverts de toiles !

 

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Ecole de Poto-Poto (source : blog Star du Congo 2009)


A l'extérieur, abrités sur les côtés du bâtiment, les artistes peuvent s'installer et poser leur chevalet pour exprimer leur talent. C'est l'école de Poto-Poto qui a par exemple créé les fresques du mémorial de Brazza (cf Brazzaville : mausolée Savorgnan de Brazza (suite) ).

 

 

Petite histoire de l'école de Poto-Poto

 

Il ne s'agit pas vraiment d'une "école" de peinture car il n'y pas de style bien défini. Les peintres de Brazzaville se sont réunis sous cette dénomination au début des années 1950, autour du fondateur Pierre Lods. Ne voulant pas brimer la spontanéité de la création artistique locale, il s'est contenter de donner des conseils techniques à ses "élèves". La légende veut que Lods surprit l'un de ses employés peignant avec son matériel pendant son absence. Ce sera son premier "élève"! La beauté et la naïveté des créations séduiront le maître.

L'école est fondée en ce lieu en 1951. La renommée arrive avec une exposition effectuée à Paris en 1952, puis à New-York à la MOMA en 1955-56. Le fondateur français part pour le Sénégal en 1961. Mais l'école est lancée et les générations d'artistes de succéderont au cours des décennies suivantes, avec les difficultés liées au contexte politique du pays.

L'activité de l'école des peintres de Poto-Poto a ainsi été plombée par les troubles des années 1990. Aujourd'hui, c'est une sorte de coopérative où un pourcentage des ventes est reversée dans un pot commun, permettant de faire vivre le lieu et de procurer du matériel aux artistes (matériel coûteux et pour l'essentiel importé). Reste à trouver les acheteurs, ceux-ci étant essentiellement étrangers.

Ceci n'empêche pas les artistes indépendants de faire étalage de leur talent, après souvent un séjour plus ou moins long dans l'école. D'autres artistes peintres s'activent à Pointe-Noire.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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