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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 22:15

Un autre témoignage de la maison du Ma Loango à Diosso, avant sa construction "en dur", est celui du Père Constant Tastevin, un spiritain, venu rendre visite à ses "collègues africains" de la mission catholique de Loango.

 

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La maison du Ma Loango à Diosso (Constant Tastevin © Musée du Quai Branly)

 

On retrouve la grande maison sur pilotis, avec ses panneaux de bois et ses volets, et avec son escalier d'accès. Une petite table semble attendre qui veut bien passer boire un verre...

Le drapeau français flotte sur la bâtisse. L'hôte des lieux est rentré dans le rang, pas comme son prédécesseur qui était un peu plus rétif à l'autorité coloniale (cf Loango : le pouvoir du Roi).

 

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Le Ma Loango et sa cour en 1933-34 (Constant Tastevin © Musée du Quai Branly) 

 

Le Ma Loango porte une toque et un étrange manteau bordé de fourrure, au col et aux manches. Waouh, j'espère que c'est pendant un jour bien frais de la saison sèche, car sinon il doit crever de chaud !!

Les photos étant datées de 1933-34, pas de doute cette fois sur l'identité du roi, il s'agit de Moe Poaty III (élu en 1931). Dommage que le cliché soit flou...

Sa "cour", habillée à l'européenne, porte plus sagement le chapeau ou le casque colonial.

 

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Détail de la façade du Ma Loango (Constant Tastevin © Musée du Quai Branly)    

 

Un détail intriguant de la maison du roi est cette étrange figurine disposée sur la façade. Assis sur un pneu, on découvre un personnage portant une cotte, semble t-il une écharpe, des lunettes sur le front, qui a les jambres croisées et... des talons hauts !!

On dirait une aviatrice ! Est-ce un panneau publicitaire détourné de son utilisation ? Est-ce un hommage à l'aviatrice Hélène Boucher (décédée dans un accident d'avion en 1934) ? Mystère !

 

Ce qui attira l'attention du Père Tastevin, ce sont également les singulières tombes de la région de Loango.

 

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Tombeau Bavili de la région de Loango (Constant Tastevin © Musée du Quai Branly)

 

La stèle funéraire comporte l'inscription : "Ici repose N'Sangou Mavoungou décédé à Loango le 31.12.1930 à 8 heures matin". Détail amusant, une petite pendule surmonte le tout avec les aiguilles positionnées sur l'heure fatidique !

 

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Tombeaux de chefs à Diosso (carte postale vers 1930)

 

On retrouve cette même tombe blanche décorée de fleurs sur une carte postale, aux côtés d'un tombeau de chef encore plus impressionnant.

Pas de croix catholique, ces deux chefs n'avaient pas, semble t-il, adhéré à la religion du "colonisateur".

 

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Tombeau Ba Vili (Constant Tastevin © Musée du Quai Branly)

 

Un autre monument funéraire, installé sous un abri de branches, a été photographié par le religieux. Il est encore plus richement décoré. La tombe centrale comporte un animal et un personnage africain, et au dessus une partie vitrée (un petit clin d'œil au "miroir" des fétiches Nkisi ?). Cette fois, des croix surplombent les tombes.

L'Afrique n'était pas la spécialité du Père Tastevin, il avait principalement exercé ses talents d'ethnologue en Amazonie.

 

Un peu d'histoire...

Le Père Constant Tastevin est un breton­ né à Lorient, en février 1880. Sa vocation le conduit chez les spiritains de Chevilly, puis au Séminaire Français de Rome, pour y poursuivre de brillantes études cléricales.

Après son ordination sacerdotale en 1904, il est envoyé à l'Ecole Biblique de Jérusalem. Puis le jeune P. Tastevin, à son grand regret, est rappelé en France au bout de quelques mois, et, expédié au fin fond du Brésil, en Amazonie ! C'est tout de même avec entrain qu'il exerca sa tâche dans cette lointaine mission, nouvellement confiée à la Congrégation du Saint-Esprit. Son ministère était itinérant, le long des rives des affluents du Haut-Amazone. Il s'adressa aux Blancs et aux Métis, mais entra aussi en contact avec les Indiens, apprenant leurs langues, et vivant avec eux.

La guerre de 1914 provoque son retour en France. Il est tour à tour, brigadier, infirmier-brancardier, puis interprète du contingent portugais. Il s'en tira sans blessure, et avec la Croix de Guerre avec citations.

En 1919, il repart pour le Brésil et reprend son ministère, mais y ajoute des travaux cartographiques, linguistiques et ethnographiques, encadrés par le Musée de l'Homme. Il fait paraître une grammaire et un dictionnaire de la langue tupy, ce qui lui vaut l'estime de ses pairs, et les Palmes Académiques. La fatigue et la maladie le forcent à revenir en France en 1926.

Mais ses 17 ans de séjour dans " l'enfer vert ", la forêt vierge et ses immenses cours d'eau, aux confins du Brésil, du Pérou et de la Colombie, lui confèrent un savoir et une documentation extraordinaires. Il le met à profit dans de nombreuses conférences et publications scientifiques. Il se fait ainsi une place de premier plan parmi les "Américanistes".

 

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Le Père Constant Tastevin et son informateur Bakongo (© Musée du Quai Branly)


Il réside définitivement à Paris, et ses contacts avec ses confrères spiritains affectés en Afrique Noire l'amènent à s'intéresser à ce continent. Hélas, ses informations ne sont pour la plupart pas de première main, contrairement à celles qu'il avait acquises "in situ" en Amazonie. Ses connaissances sont plus livresques, que récoltées sur le terrain. On garde quand même la trace d'un séjour au Congo. Il se fait photographier à Mindouli avec son guide congolais (ci-dessus).

Ses écrits furent alors l'objet de critiques sévères. Son livre "Petite Clef des Langues Africaines " publié en 1946 a été très contesté par les spécialistes. Il émet l'hypothèse, jugée iconoclaste, que toutes les langues africaines sont issues d'une langue-mère commune, elle-même originaire du continent.

Pour ses activités scientifiques dans différentes institutions, il continua toutefois à recevoir de nombreuses distinctions honorifiques. Il exerca durablement en parallèle son ministère religieux à Paris.
Encore alerte, il célébra en 1954 ses 50 ans de sacerdoce. Il décède assez brutalement en septembre 1962 à l'âge de 82 ans.

 

Sources : http://spiritains.forums.free.fr/defunts/tastevinc.htm ; Musée du Quai Branly.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 22:15

Après avoir évoqué le pouvoir des chefs de village et des féticheurs, il fallait bien sûr faire état de celui de leur prestigieux voisin, le Ma Loango. 

 

Il résidait un peu en retrait de la côte, à Diosso, anciennement dénommé Bouali (Bwali). Le plus ancien cliché que j'ai trouvé est en bien mauvais état (ci-dessous). Il doit dater d'un peu avant 1900. On voit le Ma Loango assis aux côtés d'un colon français (l'image originale très jaunie a été mise en noir et blanc). Est-ce Jean Audema (cf Loango : ville coloniale disparue  ) qui fit de nombreuses photos à cette époque ? Mystère... 

On croit deviner que le roi porte une barbe, un petit chapeau et un tissu brodé sur les épaules.

 

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Roi de Loango (assis à gauche), un garde d'honneur, un colon et le 1er ministre (© NYPL)

 

D'après les historiens, le roi de Loango occupait ce même emplacement depuis le XVIIème siècle. Il a une forte légitimité car il est élu ! Le pouvoir sur ses sujets en est renforcé. Le royaume est très structuré, avec un "gouvernement" et une assemblée de sages, représentants les 27 clans primordiaux Vili. La tâche temporelle et spirituelle était ardue et il ne portait véritablement le titre de Ma Loango qu'après 7 ans d'exercice du pouvoir. Il pouvait être destitué par le clan Kondi, dont il était le plus souvent issu.

 

Albert Veistroffer conte qu'à cette époque le roi de Loango ne s'approchait jamais de la côte : "Conformément à une coutume qui remonte au temps de la Traite, alors que les négriers opéraient des descentes à terre, à main armée, et des enlèvements en masse, le roi ne doit jamais approcher en personne de la mer". Sage attitude en effet ! 


La carte postale (ci-dessous) montre le "roi N'Cusse des Bavili" appuyé sur un bâton. Le cliché est flou, la mise au point s'étant faite sur l'arrière plan...

L'homme porte une barbe grise, un petit chapeau, et une singulière superposition de vêtements. Par contre, il est pieds nus.

 

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Roi N'Cusse des Bavili vers 1900 (carte postale © Visser)

 

Je n'ai pas trouvé de roi portant ce nom de "N'Cusse". La chronologie du début du XXème siècle étant assez floue, il est difficile de savoir précisément de qui il s'agit !

Un roi était dénommé Mwe Loemba (ou Loembe) dit "Nkasu Manthatta". Nkasu aurait-il donné par déformation de prononciation par les français, N'Cusse ??

 

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Roi de Loango et ses ministres vers 1900 (carte postale © P.A.)

 

On croit retrouver le même homme sur cette autre carte postale. Cette fois, il est en habit de grand apparat ! Il porte un superbe casque à cocarde et étoile, et une belle étoffe brodée sur les épaules. Il est toujours pieds nus.

La pose est plus sûre, le regard franc, et la photo semble nettement moins improvisée que la précédente. Il est entouré de ses "ministres" selon la légende du cliché.

 

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Portrait du roi de Loango vers 1900 (détail carte postale © P.A.)

 

Ce portrait est parfois utilisé pour représenter Moe Poaty II. Mais pour moi, cela ne colle pas du tout... Cette photo date d'avant 1904 (le verso de la carte postale originale n'est pas divisé) et Moe Poaty II régna à compter de 1923. Au moins vingt ans d'écart entre les deux ! 

 

 

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Palissade et porte d'accès à la résidence (détail carte postale © P.A.)

 

Ce qui est intriguant, c'est cette longue et haute palissade en arrière plan. On peut supposer qu'elle entoure la résidence royale. On identifie une porte d'accès, et on voit le faîte d'un toit qui dépasse légèrement de la clôture. 

 

 

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Diosso - Résidence du Ma Loango, vers 1920 (Ed. Mission Catholique)

 

Un autre cliché plus récent montre la résidence de Diosso (vers 1920). C'est une grande case sur pilotis, au confort supérieur au standard de l'époque pour les "indigènes".

Le roi est entouré d'une vingtaine de personnes. Mais plus de palissades ! L'époque est sans doute plus sûre et on ne craint plus les attaques des ethnies voisines ?

  

 

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Résidence de Ma Loango, vers 1920 (Détail - Ed. Mission Catholique) 

 

Les serviteurs (habillés de pagne) sont à l'écart à gauche, les proches, habillés à l'européenne, entourent le roi. D'autres individus ont pris place sur le perron de la résidence. 

Que de changement dans les vêtements, les colonisateurs sont passés par là ! On veut afficher une certaine modernité puisqu'une moto et un vélo figurent sur la photo. La tradition est tout de même présente, avec les pigeonniers typiques en arrière plan.


 

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Diosso - Ma Loango et ses conseillers, vers 1920 (Ed. Mission Catholique)

 

Mais qui est le roi me direz-vous ?  Eh bien le second cliché indique que c'est l'homme à la veste foncée ! Assis sur un fauteuil, il est entouré de ses conseillers, deux tiennent un casque colonial à la main, un autre un dossier. 

 

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Diosso - Ma Loango vers 1920 (détail - Ed. Mission Catholique) 

 

Le roi porte une petite moustache, une toque, une cravate, des souliers vernis et même... ce qui semble être une alliance !

N'ayant pas de datation précise des clichés, difficile d'indiquer de quel roi il s'agit... Certains lecteurs pourront peut-être m'aider !


Le roi Moe Pwaty II régna de 1923 à 1926. Puis il fut destitué par l'Administration coloniale pour avoir rétabli la justice coutumière, par l'épreuve du poison (n'kasa). Celui qui était innocent survivait au poison ! Il retrouva cependant son trône sous la pression des notables du royaume. Il est mort en 1929. Est-ce lui sur ces photos ?

 

 

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Moe Poaty III vers la fin de sa vie (© Germain Bikouma)

 

On a gardé un souvenir beaucoup plus précis de son successeur, Moe Poaty III, dont le règne a été marqué par une durée de plus de 40 ans (1931-1975).

Il est à l'origine de la construction "en dur" de la résidence du Ma Loango à Diosso en 1952 (cf Expédition à Diosso : le musée Mâ Loango ). On y voit un autre de ses portraits.

Il est prévu depuis quelques années de restituer la résidence à la famille royale de l'actuel souverain, Makosso IV. En juin 2012, la première pierre d'un nouveau musée "Ma Loango" a été posée. Affaire à suivre !

 

 

Sources :

Vingt ans dans la brousse africaine - Albert Veistroffer - Ed. Mercure de Flandre - 1931

Parlons Vili - Langue et culture de Loango - Gervais Loëmbe - L'Harmattan - 2009

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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