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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 22:15

Après avoir évoqué le pouvoir des chefs de village et des féticheurs, il fallait bien sûr faire état de celui de leur prestigieux voisin, le Ma Loango. 

 

Il résidait un peu en retrait de la côte, à Diosso, anciennement dénommé Bouali (Bwali). Le plus ancien cliché que j'ai trouvé est en bien mauvais état (ci-dessous). Il doit dater d'un peu avant 1900. On voit le Ma Loango assis aux côtés d'un colon français (l'image originale très jaunie a été mise en noir et blanc). Est-ce Jean Audema (cf Loango : ville coloniale disparue  ) qui fit de nombreuses photos à cette époque ? Mystère... 

On croit deviner que le roi porte une barbe, un petit chapeau et un tissu brodé sur les épaules.

 

Ma-loango congo 1900

Roi de Loango (assis à gauche), un garde d'honneur, un colon et le 1er ministre (© NYPL)

 

D'après les historiens, le roi de Loango occupait ce même emplacement depuis le XVIIème siècle. Il a une forte légitimité car il est élu ! Le pouvoir sur ses sujets en est renforcé. Le royaume est très structuré, avec un "gouvernement" et une assemblée de sages, représentants les 27 clans primordiaux Vili. La tâche temporelle et spirituelle était ardue et il ne portait véritablement le titre de Ma Loango qu'après 7 ans d'exercice du pouvoir. Il pouvait être destitué par le clan Kondi, dont il était le plus souvent issu.

 

Albert Veistroffer conte qu'à cette époque le roi de Loango ne s'approchait jamais de la côte : "Conformément à une coutume qui remonte au temps de la Traite, alors que les négriers opéraient des descentes à terre, à main armée, et des enlèvements en masse, le roi ne doit jamais approcher en personne de la mer". Sage attitude en effet ! 


La carte postale (ci-dessous) montre le "roi N'Cusse des Bavili" appuyé sur un bâton. Le cliché est flou, la mise au point s'étant faite sur l'arrière plan...

L'homme porte une barbe grise, un petit chapeau, et une singulière superposition de vêtements. Par contre, il est pieds nus.

 

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Roi N'Cusse des Bavili vers 1900 (carte postale © Visser)

 

Je n'ai pas trouvé de roi portant ce nom de "N'Cusse". La chronologie du début du XXème siècle étant assez floue, il est difficile de savoir précisément de qui il s'agit !

Un roi était dénommé Mwe Loemba (ou Loembe) dit "Nkasu Manthatta". Nkasu aurait-il donné par déformation de prononciation par les français, N'Cusse ??

 

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Roi de Loango et ses ministres vers 1900 (carte postale © P.A.)

 

On croit retrouver le même homme sur cette autre carte postale. Cette fois, il est en habit de grand apparat ! Il porte un superbe casque à cocarde et étoile, et une belle étoffe brodée sur les épaules. Il est toujours pieds nus.

La pose est plus sûre, le regard franc, et la photo semble nettement moins improvisée que la précédente. Il est entouré de ses "ministres" selon la légende du cliché.

 

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Portrait du roi de Loango vers 1900 (détail carte postale © P.A.)

 

Ce portrait est parfois utilisé pour représenter Moe Poaty II. Mais pour moi, cela ne colle pas du tout... Cette photo date d'avant 1904 (le verso de la carte postale originale n'est pas divisé) et Moe Poaty II régna à compter de 1923. Au moins vingt ans d'écart entre les deux ! 

 

 

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Palissade et porte d'accès à la résidence (détail carte postale © P.A.)

 

Ce qui est intriguant, c'est cette longue et haute palissade en arrière plan. On peut supposer qu'elle entoure la résidence royale. On identifie une porte d'accès, et on voit le faîte d'un toit qui dépasse légèrement de la clôture. 

 

 

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Diosso - Résidence du Ma Loango, vers 1920 (Ed. Mission Catholique)

 

Un autre cliché plus récent montre la résidence de Diosso (vers 1920). C'est une grande case sur pilotis, au confort supérieur au standard de l'époque pour les "indigènes".

Le roi est entouré d'une vingtaine de personnes. Mais plus de palissades ! L'époque est sans doute plus sûre et on ne craint plus les attaques des ethnies voisines ?

  

 

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Résidence de Ma Loango, vers 1920 (Détail - Ed. Mission Catholique) 

 

Les serviteurs (habillés de pagne) sont à l'écart à gauche, les proches, habillés à l'européenne, entourent le roi. D'autres individus ont pris place sur le perron de la résidence. 

Que de changement dans les vêtements, les colonisateurs sont passés par là ! On veut afficher une certaine modernité puisqu'une moto et un vélo figurent sur la photo. La tradition est tout de même présente, avec les pigeonniers typiques en arrière plan.


 

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Diosso - Ma Loango et ses conseillers, vers 1920 (Ed. Mission Catholique)

 

Mais qui est le roi me direz-vous ?  Eh bien le second cliché indique que c'est l'homme à la veste foncée ! Assis sur un fauteuil, il est entouré de ses conseillers, deux tiennent un casque colonial à la main, un autre un dossier. 

 

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Diosso - Ma Loango vers 1920 (détail - Ed. Mission Catholique) 

 

Le roi porte une petite moustache, une toque, une cravate, des souliers vernis et même... ce qui semble être une alliance !

N'ayant pas de datation précise des clichés, difficile d'indiquer de quel roi il s'agit... Certains lecteurs pourront peut-être m'aider !


Le roi Moe Pwaty II régna de 1923 à 1926. Puis il fut destitué par l'Administration coloniale pour avoir rétabli la justice coutumière, par l'épreuve du poison (n'kasa). Celui qui était innocent survivait au poison ! Il retrouva cependant son trône sous la pression des notables du royaume. Il est mort en 1929. Est-ce lui sur ces photos ?

 

 

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Moe Poaty III vers la fin de sa vie (© Germain Bikouma)

 

On a gardé un souvenir beaucoup plus précis de son successeur, Moe Poaty III, dont le règne a été marqué par une durée de plus de 40 ans (1931-1975).

Il est à l'origine de la construction "en dur" de la résidence du Ma Loango à Diosso en 1952 (cf Expédition à Diosso : le musée Mâ Loango ). On y voit un autre de ses portraits.

Il est prévu depuis quelques années de restituer la résidence à la famille royale de l'actuel souverain, Makosso IV. En juin 2012, la première pierre d'un nouveau musée "Ma Loango" a été posée. Affaire à suivre !

 

 

Sources :

Vingt ans dans la brousse africaine - Albert Veistroffer - Ed. Mercure de Flandre - 1931

Parlons Vili - Langue et culture de Loango - Gervais Loëmbe - L'Harmattan - 2009

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 19:00

Un établissement hôtelier a marqué la mémoire des anciens ponténégrins, c'est l'hôtel du Plateau.

Il tire bien entendu son nom du quartier de Pointe-Noire où il est situé, en haut de l'avenue de Gaulle, à droite en montant, environ 800 m avant le "village africain" (de fait, pas très loin de l'évêché). 

 

Pour être exact, il se nommait au tout début "AU plateau" comme on peut le voir sur le cliché ci-dessous. L'entrée est encadrée par les mentions "Bar" et "Hotel", et à gauche on lit "Restaurant".

 

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"Au Plateau", hôtel restaurant de Pointe-Noire vers 1945 (carte photo - Anonyme)

 

Je n'ai pas trouvé de date précise de construction de l'hôtel. Je suppose vers 1940 (cf http://voyage-congo.over-blog.com/2015/03/pointe-noire-hotel-du-plateau-chantier.html). La construction, assez massive, ne fait pas dans les fioritures. Seules quelques courbes viennent rompre la monotonie des ouvertures rectangulaires du rez-de-chaussée. Les moyens étaient limités à l'époque !

La façade affiche aussi "Etablissements Louis Anselmi". La famille Anselmi possédait déjà une "concession" à Pointe-Noire en 1934. Louis Anselmi dirigeait une entreprise générale de Travaux Publics (Anselmi et Cie, devenue ensuite la SAGETRAN).

Cet hôtel accueillait très souvent les primoarrivants au Congo. Ils y passaient quelques jours ou semaines, le temps de trouver et d'aménager un logement.

La famille Anselmi louait également des "cases" avec jardin, ce qui permettait de profiter de quelques fruits tropicaux, directement sous la main.

 

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Colons devant l'hôtel "Au Plateau" vers 1945 (détail carte photo - Anonyme)

 

Au seuil de l'entrée, surmontée d'une marquise en tissu, on identifie une femme blanche (la "patronne" ?). Sur la terrasse, deux hommes sont attablés, chacun de leur côté. A gauche, discrètement, un employé noir pointe le nez à la fenêtre... Un autre individu, tout de blanc vêtu, pose accoudé à la portière de sa belle auto. Quel luxe pour l'époque !

Ce n'est pas en tout cas une photo impromptue. Est-ce la famille Anselmi posant devant sa propriété ?

On remarque aussi que les premiers arbres plantés devant l'hôtel étaient des badamiers, reconnaissables à leur ramure et leur feuillage caractéristiques (cf Pointe-Noire : le badamier ).

 

 

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Hôtel du Plateau vers 1955 (carte postale)

 

L'hôtel cette fois DU Plateau, dans les années 1950-60, occupait ce même emplacement. Il faisait toujours office de bar, café et restaurant, selon les inscriptions lisibles à l'entrée.

On note que le bâtiment initial a été largement remanié. Il a gagné une nouvelle aile, à droite de l'entrée. Les ouvertures ont été refaites au rez-de-chaussée (fini les "arrondis" !) et de petits balcons ont vu le jour à l'étage. Le toit en tôles en encorbellement a été remplacé (ou en tout cas masqué) par un muret qui réhausse la façade.

 

La densité de circulation était bien moindre qu'aujourd'hui sur l'avenue de Gaulle. Le piéton (en short, les mains dans les poches) pouvait poser sans craindre l'accident...

 Il parait que dans les années 1950, un grand Noir prénommé "Maoussa" (?) marchait devant l’hôtel avec un énorme crabe tenu en laisse avec une ficelle, en cherchant à le vendre !

 

 

 

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Le Migitel vers 2005 (source : pontonlabelle2.skyrock.com)

 

Aujourd'hui, le Migitel est le successeur de l'hôtel du Plateau. Extérieurement, il n'a presque pas changé par rapport à la seconde version, excepté la couleur de la façade et l'apparition de la climatisation.

J'avais photographié en 2012 la façade de cet hôtel, implanté à l'angle de l'avenue de Gaulle et de l'avenue Barthélémy Boganda (qui mène entre autre à une boite de nuit et à un établissement "concurrent", le Guest House).

 

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Hôtel Migitel, avenue de Gaulle (2012 © FabMoustic)

 

La façade du Migitel a été repeinte en vert pistache assez récemment. La dénomination vient des prénoms des propriétaires du moment, MI comme Micheline, GI comme Gilbert (décédé depuis) et TEL comme... hôTEL !

La densité de construction a bien augmenté aux alentours, depuis le premier cliché des années 1940, sans parler de la circulation automobile.

 

Mais la ville a gardé le souvenir de la famille Anselmi, patronyme d'origine italienne, en donnant le nom "Stade Franco Anselmi" en 1953 à l'équipement tout proche de l'hôtel du Plateau, stade construit en 1939 pour l'ASP (Association Sportive Ponténégrine).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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