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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 21:15

L'une des caravanes célèbre qui traversa le Congo en 1896 est celle de la "mission Marchand". La mission alla bien au delà de cette contrée pour atteindre Fachoda en 1898 (dans le sud Soudan), source de conflit territorial avec les britanniques. L'expédition dura en tout presque trois ans (juillet 1896-mai 1899) !

 


porteur-mission-marchand

 Porteur Loango

 

 

La mission appelée aussi "Congo-Nil" marqua l'époque, dans un contexte de nationalisme exacerbé, en dépit de l'échec face aux Anglais pour la conquête de ce site stratégique sur le Nil. La Conférence de Berlin, 15 ans plus tôt, n'avait pas réglé tous les conflits et les pays européens se "partagent" encore l'Afrique.

 

L'un des membres de l'expédition, le Capitaine Albert Baratier, raconta plus tard ses souvenirs. Les illustrations de son ouvrage montrent les porteurs Loango convoyant des caisses. La similitude est forte avec la statuette.


 

porteur-vili-congo

 

 

Les illustrations cachent cependant pudiquement l'anatomie des porteurs (par un tissu ou un flou artistique), ce qui n'est pas le cas de la statuette.

 


Le Capitaine Baratier, après quelques considérations aux relents racistes (faible intelligence, alcoolisme, race dégénérée, très peureuse), dresse un portrait un peu plus flatteur (quoi que...) des porteurs :

 

" Le Loango est remarquable en un seul point, mais sur ce point il éclipse tous les autres noirs, il est un porteur merveilleux, c'est grâce à lui que la colonie du Congo a pu exister et se maintenir jusqu'à ces dernières années. Les Loangos sont nés porteurs, ils sont certainement venus au monde avec une charge sur la tête. A voir ces hommes dont la plupart sont d'apparence malingre, on croirait que ces corps amaigris, au torse efflanqué, aux côtes saillantes, aux muscles atrophiés, aux jambes décharnées, aux pieds dévorés par les chiques, doivent être incapables du moindre effort. Et pourtant, dès qu'ils ont 30 kilos sur la tête, quelques-uns 60, — ceux-ci sont payés double — ils partent légèrement de leur pas glissant, et par étapes, en vingt jours en moyenne, ils vont jusqu'à Brazzaville, à 500 kilomètres de la côte."


 

mission congo marchand

Illustration des porteurs de "La mission Marchand au milieu de la forêt vierge" (© Selva/ Leemage)


Il faut préciser que ce sont les Européens qui ont introduit l'alcool "industriel" (tafia ou alcool de Hambourg) en grande quantité à Loango. C'est un moyen de paiement des porteurs ! Des marchandises diverses (tissus, vêtements, couteaux, glaces, faïences...) et plus rarement de l'argent, complètent le salaire.

 


 

 

porteurs-loango-moutete

 "Le Loango dépose sa moutête"

 

 

Un mode de transport traditionnel utilisé dans les caravanes est le "moutête", sorte de long panier savamment tressé. Il est constitué de feuilles de palmier à huile. La charge est amarrée dans le panier, qui sert aussi à transporter les effets personnels du porteur (par exemple un pot de terre ou de fer pour faire la cuisine).

 

 

 

Sources : "Au Congo , souvenirs de la mission Marchand de Loango à Brazzaville" publié en 1914 par Albert Ernest Augustin Baratier, Modern-bibliothèque, A. Fayard (Paris).

"La route du Tchad. Du Loango au Chari" de Dybowski Jean- 1893 -Firmin-Didot (Paris)

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 21:00

Je n'avais pas pris le temps de photographier quelques acquisitions d'antiquités congolaises. L'une d'elle est une statuette évocatrice d'un passé révolu, celui du temps des caravanes et des porteurs.

Pendant des décennies, avant l'arrivée du train et la fondation de la ville de Pointe-Noire, les explorateurs et les colons de tous poils formèrent des "caravanes" destinées à parcourir des centaines de kilomètres à travers le pays.

 

La statuette évoque la force du porteur. Sur sa tête repose une imposante caisse, dont la surface est ciselée de traits, le motif n'étant pas identique sur les différentes faces. Le torse est barré de traits horizontaux évoquant la musculature abdominale (plus que d'éventuelles scarifications dont les Loangos n'étaient pas coutumiers). Le dos est large et reflète encore une fois la puissance.

 

porteur-loango-statue

Statue de porteur Loango (bois 23 cm)

 

Les porteurs de Loango et de la région de Diosso étaient très réputés. A la fin du 19ème siècle, ce sont eux qui assuraient, en autre, le transport de marchandises entre la petite ville côtière, siège alors d'un administrateur français et d'une mission catholique, et Brazzaville. Plus de 500 km à pied ! J'avais "visité" en 2009 leur point de départ historique, près du rivage (cf Loango : point de départ des caravanes ).

 

Caravane porteurs-Comba

Congo Français "Une caravane en partance au poste de Comba"  (©NYPL)

 

Quelques rares photographies prises vers 1900 montrent ce type de scène. Ainsi à Comba, près de Mindouli (à environ 110 km de Brazzaville), un groupe de porteurs s'apprête à reprendre la route. Equipés de bâtons, la taille ceinte d'un pagne, plusieurs hommes portent une sorte de boudin circulaire sur l'épaule. Est-ce un tapis, un tissu enroulé ? 

 

porteur-caravane-congo

Verso de la statue du porteur Loango

 

Une carte postale évoque le transport d'ivoire puisqu'on y voit 3 hommes porter de longues défenses, à l'ombre des manguiers. 

 

caravane congo-leketi

"Lékéti - Arrêt d'une caravane de commerçants dans la brousse"

 

 

Les autres porteurs ont un panier traditionnel dans le dos, une charge sur l'épaule ou sur la tête. Le colon pose au milieu de sa vingtaine d'employés, près de Lékéti, village situé à la frontière du Gabon, dans le centre du Congo.

 

caravane porteurs-Loumanga

Congo Français - "Une caravane au repos au village de Loumanga dans la forêt du Mayombe" (©NYPL)

 

Une autre photographie montre les porteurs effectuant une pause dans le Mayombe, sur la "route des caravanes". La traversée de la forêt devait être extrêmement éprouvante, à cause du relief, du climat et des multiples dangers. Les hommes se reposent près des cases et des bananiers du village de Loumanga. Peut-être s'agit-il de l'actuel "Doumanga" sur le tracé de la Nationale 1 traversant le Mayombe, qui porta autrefois le nom de Loumanga ?

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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