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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 21:00

Les colons français commencent véritablement à prendre pied à Loango à compter de 1883, date de la signature du traité avec les chefs de la région.

Le lieu n'est pas choisi par hasard, il s'agit de l'ancienne capitale du royaume Loango (cf  Le royaume de Loango), située approximativement entre la côte (Loango) et Diosso (Bwali). C'est le site historique du sinistre commerce des esclaves (cf  Loango : lieu de mémoire de l'esclavage et  Loango : lieu de mémoire de l'esclavage (suite)).

 

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Loango en 1891 - Caravane de porteurs de la mission Dybowski (photo recadrée © CAOM)

 

Les quinze premières années, c'est encore l'époque de la découverte du Congo français et les missions d'exploration se succèdent. Celle de Jean Dybowski nous offre sans doute la plus ancienne vue de Loango, en 1891. C'est le point de départ de sa caravane de porteurs, sa mission étant de rejoindre la région de Bangui, après le massacre de la mission Crampel.

On y devine au second plan, sur une colline dominant la baie de Loango, les premières constructions. Deux grandes batisses (dont la résidence de l'administrateur ?) et d'autres cases plus petites. Dybowski parle alors de "quelques pauvres cases dispersées dans les herbes"...

 

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  Vue de Loango depuis la concession CFHC (carte postale vers 1900 - Ed. CFHC)

 

Peu à peu les administrations et les commerçants s'implantent à Loango. Des concessions de quelques hectares sont accordées et tout ce petit monde prend place, sans véritable ordonnancement.      

L'un des premiers marchands est François Tréchot, qui débarque au Congo français en 1894. Il fonde ensuite, avec ses frères, la Compagnie Française du Haut-Congo (CFHC). D'immenses concessions seront ensuite attribuées à l'intérieur du pays, à plusieurs compagnies, pour une durée de 30 ans, par le gouvernement français. 

 

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  Factorerie Tréchot Frères à Loango en 1897, achat d'ivoire (Carte postale - © Audema)

 

Devant la belle maison de commerce de Loango, à étage et avec un élégant escalier, on apporte les défenses d'éléphant, sans doute achetées à bas prix aux indigènes. Le commerce d'ivoire bat son plein et le massacre des éléphants à grande échelle commence, facilité par les armes à feu modernes (cf  Congo : les animaux et la chasse...).

Le journaliste Leblanc note alors que "La France est la seule nation coloniale qui n'ait pas encore pris des mesures pour protéger contre les massacreurs officiels le gros gibier de ses colonies" (Journal des Voyages - 21 mai 1911). 


 

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  Factorerie à Loango - Congo Français (carte postale vers 1900 - © Audema) 

 

Des factoreries se sont installées avant même que ces territoires fassent parties des colonies françaises. Elles marqueront de leur empreinte le commerce des rivages atlantiques du Congo (au sens large du terme). En 1875, on dénombrait 126 factoreries liées à cinq pays principaux (Hollande, Portugal, Angleterre, France, Espagne) sur environ 600 km de côtes.

Sargos, Ancel, Portella, Sebastioa, NAHV ("maison hollandaise"), CFHC, CPKN, SHO... s'implanteront à Loango et dans la région du Kouilou.

 

 

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  Résidence de l'Administrateur à Loango vers 1900 (carte postale - © CFCO)

 

Loango veut prendre les atours d'une petite ville, avec des infrastructures dignes d'une sous-préfecture ! 

Les constructions en bois peuvent avoir de l'allure, comme la résidence de l'Administrateur où les balustrades et les coursives donnent l'effet d'un navire amiral.

Le "centre administratif" a pris place sur le sommet de la plus haute colline (60 m d'altitude), tout comme la résidence de l'Administrateur implantée à quelques 250 mètres, près du point culminant du site (62 m).

 

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  Hôpital et logement du Docteur à Loango vers 1900 (carte postale - © Audema)

 

Tribunal, gendarmerie, prison, hôtel des Postes et Télégraphes, douanes, hôpital, bureaux de l'administration... tapissent peu à peu le faîte de la colline.

 

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Hôtel des Postes et Télégraphes de Loango vers 1910 (carte postale - © Marichelle)


Ces édifices sont construits pour la plupart sur pilotis de 0,5 à 1 m de haut. Cela favorise la salubrité des locaux, notamment en saison des pluies. Les murs sont en planches et les toits en tôle (bonjour la chaleur...) ou en toile goudronnée (pour assurer l'imperméabilité).

L'hôtel des Postes et Télégraphes repose quant à lui sur de solides piliers de briques.

 

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  Case d'Européen à Loango vers 1900 (carte postale - © Audema) 

 

D'autres constructions sont plus modestes, et offrent visiblement un confort rudimentaire, proche de celui des "indigènes", comme le montre cette vue d'une case d'un Européen.

De petits bâtiments sont ainsi construits en panneaux de papyrus, d'autres en "poto-poto", directement sur un sol en terre battue.

 

 

Un peu d'histoire... Audema, un témoin de premier plan : 

 

De nombreux clichés du Loango de l'époque coloniale sont dus à Jean Audema. Il immortalise la petite ville, alors à son apogée, entre 1894 et 1910. 

Les bâtiments administratifs et les maisons de commerce de la cité côtière du Congo français retiennent son attention. Mais l'homme s'intéressera également aux populations locales et rapportera des témoignages ethnographiques de premier plan, sur leur vie quotidienne et leurs coutumes (activités artisanales, parures et vêtements, activités artistiques, habitat...). Pas seulement du Kouilou, mais d'une bonne partie de l'AEF. C'est l'un des premiers photographes à rapporter ce type de témoignages de l'Afrique centrale.

 

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Portrait de Jean Audema - Congo français (buste sur plaque en bronze doré de F. Gilbault)

 

Jean François Audema est né en 1864 à Montpellier. Il arrive au Congo en 1894 comme simple "Agent auxilliaire" de l'administration coloniale. Mais il gravit patiemment les échelons, et devient chef de poste en 1898, chef de station en 1902, et administrateur-adjoint en 1904. Il voyage ainsi fréquemment et photographie aussi Libreville, Bangui, Loudima et Brazzaville, les régions de l'Oogoué, de la Lobaye, du Kouango, de la Léfini... Il devient membre de la Société languedocienne de Géographie en 1898.

Atteint notamment par le paludisme, il effectue en fin de carrière de nombreux séjours hospitaliers en France. Il obtient, à sa demande, sa mise en retraite anticipée à compter d'octobre 1909, pour raisons de santé ("infirmités contractées au service"). Sur recommandation du Ministre des Colonies, il est alors décoré en 1910 du grade de Chevalier de l'Ordre de l'Etoile d'Anjouan. Il meurt à Montpellier en 1921, à l'âge de 57 ans. 

Ses clichés du Congo français seront édités en cartes postales à plusieurs reprises, y compris après son départ de la colonie.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 22:30

J'ai cherché des illustrations d'un site naturel aujourd'hui disparu, la lagune de la baie de Loango. Une bande de sable parallèle à la côte barrait la baie et donnait ainsi naissance à une sorte de lac d'eau salée.

La lagune a été assez fréquentée par les Européens entre 1883 (début de la colonisation active du site) et 1922 (fondation de Pointe-Noire et par conséquent, accentuation de la déchéance de Loango), mais on trouve très peu de clichés de la lagune. Il faut dire qu'à l'époque les appareils photo étaient nettement moins fréquents qu'aujourd'hui.

 

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Vue générale de Loango vers 1900 (carte postale © Marichelle)

 

Un témoignage indirect de l'existence ancienne de cette lagune découle d'une vue prise de l'intérieur des terres, alors que la majorité des clichés sont pris de la mer. Il s'agit alors de montrer les habitations, les "logements dits du Haut Oubangui" (sans doute en référence à la compagnie concessionnaire des "Sultanats du Haut-Oubangui" qui exploitait 140 000 km2 en Oubangui Chari, soit un quart de la superficie de la France métropolitaine).

 

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Loango en 1894, vue des logements dits du "Haut Oubangui" (carte postale © Audema)

 

On voit les logements à l'architecture en bois typique de l'époque, mais en arrière plan, sous le drapeau tricolore flottant au vent, c'est bien la bande de sable ceinturant la lagune que l'on peut voir. Elle apparait assez étroite et bordée d'une maigre végétation.

 

 

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Loango en 1894, vue sur la lagune (extrait carte postale © Audema)

 

Une rare photographie nous montre de près cette bande de sable telle qu'elle était vers 1910. Elle parait alors bien dénudée ! Un colon y débarque avec un jeune congolais, à bord d'une minuscule pirogue.

 

 

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Bande de sable de la lagune, Loango vers 1910 (carte postale © Audema)

 

Deux débarcadères permettaient juste en face d'accoster et de débarquer marchandises et passagers. L'un était à l'usage exclusif de l'administration, l'autre était réservé au commerce des entreprises privées.

En fait, la lagune étant peu profonde et inégale, il fallait emprunter chaloupes, pirogues et autres baleinières pour rejoindre la côte à partir des bâteaux stationnés à environ 2 milles du rivage. Plus de 3 km à naviguer dans ces embarcations à faible tirant d'eau, parfois difficilement en fonction de la météo, autant d'occasions de perdre des marchandises et de prendre un bain... pas toujours désiré !

Dès les années 1890, des lignes maritimes régulières furent cependant mises en place, notamment depuis Marseille et Bordeaux. Mais Matadi devient par la suite le port de débarquement principal des passagers, après l'ouverture du chemin de fer du Congo belge en 1898.


Une carte de la côte nous donne une meilleure idée de cette lagune qui protégeait la baie de Loango. On identifie un cordon de sable, plus large au nord, de petites îles au sud. D'après cette carte, la lagune faisait plus de 5 km de long.

 

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Carte de la région de Loango en 1890 (extrait © Vennetier)

 

La zone hachurée en losange symbolise les lieux occupés par la mission catholique et les bâtiments administratifs des colons, les maisons d'habitation de la "ville", implantés sur les collines face à l'océan.

On remarque que la principale implantation est face à la "passe" (trouée dans la bande de sable), qui permettait de rejoindre les hautes eaux et les navires qui mouillaient au large.

Le site de débarquement de Loango, bien que protégé de la houle, fut rapidement considéré comme d'un intérêt très médiocre et destiné à disparaître. Différentes missions se succédèrent au Congo pour choisir un meilleur point de chute, départ souhaité d'une voie de pénétration rapide vers le cœur du pays et de l'AEF...

 

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Vue sur la lagune et la mer, Loango vers 1930 (carte postale © Pacalet)

 

Vers 1930, la carte ci-dessus montre la côte au premier plan et la lagune de Loango au second plan. La végétation semble s'être développée sur les bandes de sable. Au centre, la "passe" est visible.

En 1960, il restait encore une bande de sable importante, bien qu'amoindrie. Depuis la fin des années 1980, cette lagune a complètement disparu. Victime de l'érosion, et semble t-il des actions conjuguées de l'Homme et de la Nature. Le rivage et la baie elle-même sont menacés, comme j'avais pu le constater au niveau de l'ancien cimetière de Loango (cf Port de Loango : le cimetière "marin"  ).


 

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Vue générale de Loango vers 1910 (carte postale © Marichelle)

 

A la fin des années 1930, il n'y avait plus aucun bâtiment debout. La petite ville coloniale de Loango avait été victime de sa rivale Pointe-Noire. La végétation, les termites et les récupérateurs de matériaux s'étant chargés de réduire à néant les constructions éparses, majoritairement constituées de bois.

 

 

Sources : 

Pointe-Noire et la façade maritime du Congo-Brazzaville - Pierre Vennetier - Orstom - 1968

Au vieux Congo - Notes de route ; 1884-1891, Alfred Fourneau.

Et pour en savoir plus,

http://congo-dechaine.info/content/sauver-loango

http://www.congopage.com/Sauvegarde-du-patrimoine-La-baie

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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