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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 15:00

Après le repas, nous discutons de choses et d'autres avec Manu et ses copains, Blaise et Francis.

La religion est un sujet important au Congo. Mes interlocuteurs ont très bien compris que nombre de "pasteurs" auto-proclamés, ne sont en fait que des arnaqueurs, avides d'argent, exploitant la crédulité de leurs compatriotes. Certains profitent sans scrupule de leur respectabilité de façade pour exercer des activités commerciales parallèles (parfois confiées à leur femme) et bénéficient alors d'une sorte d'impunité de fait, due à leur statut "religieux". C'est la première fois que je discute avec des congolais qui ont pris suffisamment de recul vis à vis des pratiques religieuses dans le pays. C'est appréciable.


Francis est le plus bavard. Nous dissertons sur le sens de la vie, la politique, l'Indépendance du Congo, le long chemin que la France a dû parcourir après la Révolution de 1789 pour aboutir à un régime politique stable et démocratique, les anciens combattants africains et le peu de reconnaissance que la France leur a accordée... Francis a été très marqué par le leader politique du pays voisin, feu le Maréchal Mobutu. Les longs discours enflammés et les diatribes contre les pays occidentaux ne manquaient pas.

Nous évoquons aussi les conflits internes au Congo. Avec humour, Manu et Francis se comparent à un israélien et à un palestinien ! Francis est en effet originaire du nord, mais aucun conflit ethnique ne viendra troubler la sérénité dominicale de Songolo. Nous parlons aussi des Pygmées. Francis raconte qu'ils sont souvent maltraités par les autres congolais, employés sans être payés, comme des "esclaves". Il évoque aussi la connaissance et les pouvoirs ancestraux des Pygmées, notamment l'extralucidité d'un chef qui était capable de savoir à distance ce qui se passait chez son fils...


Une musique et quelques chants montent des environs. Sans doute une manifestation religieuse ou autre réunion de scouts... Un jeune rasta descend le chemin accompagné par une jeune femme. Il porte un bonnet. Mes compères n'apprécient visiblement pas le rasta et le fait qu'il sorte avec cette fille, en vivant à ses dépens... Les rastas sont considérés comme sales (à cause de leurs longs cheveux) et drogués (le cannabis fait partie intégrante de la culture rasta) par les amis de Manu.

 

dames-manu-francis

      Partie de dames entre Manu et Francis

 

Francis m'interroge sur ma perception du Congo, me demande si je m'habitue à ce qui nous entoure à Pointe-Noire (habitat, saleté, misère...). Difficile de s'habituer, mais disons qu'on est moins surpris au fil du temps... On s'intéresse plus aux gens et moins à leur environnement. Mon interlocuteur s'interroge enfin sur l'acquisition de la nationalité française (mariage, naissance...).

 

Après ces échanges fort intéressants, Manu et Francis décident de faire une partie de dames. Blaise désherbe un peu autour de la bicoque.

De mon côté, j'ai envie de marcher et descend jusqu'au Mazra Club. Au bord du chemin, un ancien assis devant sa baraque en planches me salue. Je lui réponds bien sûr.

Sous le pont d'accès, j'observe de jeunes périophtalmes (cf Mangrove : l'étrange périophtalme). Spectacle amusant, ils arrivent par petits sauts successifs à la surface de l'eau, à traverser le ruisseau ! C'est décidément un animal singulier.

Quelques jeunes remontent de la plage. Il est un peu tard pour entrer dans le site, que j'ai visité il y a moins d'un an.

 

regime-noix-palme

Régime de noix de palme (près du Mazra Club)

 

Je remarque un beau régime de noix de palme, situé à faible hauteur, donc facile à photographier. Il n'est pas mûr (il prend alors une teinte plus orangée). On en tire bien sûr de l'huile. Je me fais soudain piquer par un moustique... mais il n'en sort pas vivant car je l'écrase sur ma main.

Sur le chemin du retour, l'ancien me réclame une bière ! Le salut n'était donc pas totalement désintéressé... Mais je n'ai rien à lui donner et poursuis ma route. Le jour commence à décliner à Songolo.

 

Chez Manu, la partie de dames est terminée. Trois hommes ont pris place devant la télé située dans l'arrière salle de la boutique de Manu. Je les rejoins. Le bricolage des fils électriques fait un peu peur... C'est la finale de la Coupe de la CEMAC entre le Congo et le Cameroun. Le match est serré. Egalité à la fin du temps réglementaire, séance de tirs au but... Mais c'est la panne et nous sommes privés de la fin du match ! J'apprendrai plus tard que le Congo a mis fin à la suprématie camerounaise en remportant la finale, 9 buts contre 8.

 

Il fait nuit, je songe à rentrer. Manu appelle un collègue mais il est très loin de nous. Finalement, c'est Francis et Blaise qui me conduisent gentiment à l'hôtel. Je remercie Manu, qui refuse que je paye le repas, pour l'agréable moment passé ensemble.

Devant la route défoncée, nous discutons sur le trajet des infrastructures défaillantes du pays. Il y a du boulot dans tous les domaines... Arrivés près de la gare, la foule du dimanche remonte de la Côte Sauvage. Francis et Blaise n'y trouvent rien d'intéressant, voire pensent que c'est un lieu peu fréquentable. Je modère leur jugement et leur fait remarquer qu'ils ont peut-être tout simplement... vieilli (ils ont la quarantaine) mais que la plage attire toujours les plus jeunes. Pour l'avoir parcourue souvent, la plage est tout à fait fréquentable !

 

moustique-main-gonflee

Conséquence de la piqûre du moustique de Songolo

 

La soirée se passe ensuite tranquillement à l'hôtel. Seul bémol, j'ai la main qui gonfle à cause de la piqûre de ce satané moustique du Mazra CLub ! Il ne m'a pas raté.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 13:00

Après l'observation du pont de Songolo, nous appelons Manu afin qu'il nous redonne le chemin de sa maison. Je sais qu'il faut prendre à gauche après le pont mais ensuite...

Nous passons devant un vieux et imposant flamboyant, un bistrot de quartier puis descendons à gauche par le chemin de terre. Voilà la boutique en vue ! C'est une modeste baraque en planches recouverte d'un toit en tôles. Quelques tasseaux en bois donnent l'illusion d'une construction en dur. Quelques planches ont été jetées par dessus le fossé pour en faciliter l'accès.

 

boutique-manu

Boutique chez Manu

 

Dans la boutique, on vend du pain, des boissons, quelques conserves, paquets de biscuits, et autres bricoles pour dépanner les gens du quartier. On peut s'installer derrière la baraque ou sous des parasols pour manger.

Manu m'accueille avec le sourire, il a déjà commencé à cuisiner derrière la boutique. Il me prépare une carpe rouge au barbecue. La carpe vient parait-il du lac Cayo ! Peut-être notre ami Jules l'a t-il pêchée (cf Lac Kayo : au revoir à Jules et à sa famille ) ?

 

enseigne-manu

Enseigne de la boutique

 

Je rejoins deux copains de Manu attablés autour d'une bière, sous les parasols plantés dans un carré de terre défriché au milieu des herbes folles.

Manu me propose de déboucher une bouteille de vin. C'est fête aujourd'hui ! Je préfère le vin à la bière mais suis très méfiant quant à la qualité... Mon hôte me montre un cabernet du Pays d'Oc. Cela vaut mieux que le mauvais vin espagnol servi au Congo. Il est cependant étrangement mis en bouteille loin de sa région de production... dans le 44 (Loire-Atlantique) ! 

Par contre, Manu ne dispose que du petit tire-bouchon de son décapsuleur. Pas très pratique... Il refile le débouchage de la bouteille à son copain Francis. Si seulement j'avais su, je lui aurais ramené un "vrai" tire-bouchon de France.

Il fait beau et c'est agréable de déjeuner dehors, dans le calme. Seul inconvénient, les mouches. On est obligé de couvrir son verre devant leurs assauts incessants. Le vin quant à lui n'est pas mauvais.

Je suis gâté, Manu sort la nappe blanche et me sert une belle carpe accompagnée de bananes frites et d'haricots verts.

 

carpe-rouge-manu

Carpe rouge

 

Mais les mouches redoublent de vivacité pour s'attaquer à mon plat. Mon hôte tente de les chasser en allumant des bougies. Mais les bougies tombent (pas de bougeoir...) ou s'éteignent avec le petit vent venu du bord de mer.

Manu essaie une autre solution, plus radicale. Répandre du pétrole sur la nappe. Ne vous inquiétez pas, nous n'avons pas essayé les deux solutions en même temps ! 

Plus de mouches, mais en contrepartie, c'est moi qui suis un peu shooté aux vapeurs de pétrole... Je peux finir de déguster ma carpe farcie, en évitant toutefois le piment gentiment proposé.

Au cours du repas, je constate que les passants et les voitures me regardent souvent à deux fois. Tiens, il y a un Blanc ici ?! J'ai même cru qu'un taximan allait se dévisser la tête en se retournant. Ce n'est pas un lieu habituel de restauration pour un mundele.


 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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