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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 20:00

Comme l'un des mes lecteurs, j'ai été intrigué par cette belle construction du Pointe-Noire de l'époque coloniale, dénommée "France-Congo" et présentée comme un magasin et dépôt de journaux, photos et livres.

Bien difficile de la situer dans le Pointe-Noire d'aujourd'hui par ce seul cliché... On remarque la présence d'une voie ferrée étroite au premier plan.

 

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 Magasin "France-Congo" vers 1935 (carte postale - Edition Fouladou)

 

Mais cette autre carte postale m'a mis sur la bonne voie. Dans la rue de la Douane (Route de Loango), on voit en enfilade trois constructions, la CPKN, le bâtiment de la Douane (cf Djindji : ancien bâtiment C.P.K.N.  ;  Pointe-Noire : bâtiment colonial, le bureau des douanes ) et tout au bout, l'angle de la "France-Congo".

 

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Pointe-Noire, rue de la Douane vers 1930 (carte postale B.R.)

 

Les employés de la CPKN posent en haut des marches. Notez aussi pour l'anecdote, au centre, la présence de deux chiens qui se battent ! Un casque colonial est étrangement posé sur le sol. Tombé d'un véhicule ou de la mallette noire du photographe ?

A l'angle de la rue, après la douane, on identifie bien à droite les arcades de la "France Congo". Une légende manuscrite sur la carte postale nous indique que la CPKN est "une maison anglaise où la gérante est de Poitiers".

 

france-congo-pointe-noire-douane

Pointe-Noire, La Douane, angle de la "France-Congo" (détail carte postale B.R.)


L'édifice se situait donc à l'angle de l'avenue du Port et de la rue de la Douane ! Ce qui est confirmé par cette autre vue de l'avenue du port des années 1930. L'avenue est encore en terre (enfin en sable...), on remarque une voie Decauville sur la droite.

Les voies "étroites" partaient du phare et du Wharf de la côte Mondaine.

 

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Pointe-Noire, avenue du Port vers 1930 (carte postale)

 

En zoomant, on reconnait très bien les arcades rectangulaires du rez-de-chaussée, les arcades en plein cintre de l'étage et l'entrée située dans l'angle et surmontée d'un petit fronton, où est écrit "France-Congo".

 

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Magasin "France-Congo" vers 1930 (extrait carte postale)

 

L'ancêtre de ce beau bâtiment est sans doute la modeste baraque que l'on voit accolée à gauche, et que l'on identifie sur une vue plus ancienne (cf rue de la Douane vers 1925, Djindji : ancien bâtiment C.P.K.N. ). On croit deviner une enseigne "France-Congo" sur la baraque, qui semble être alors une quincaillerie. Je n'ai pas trouvé d'historique de ce commerce, mais Michel Romano le cite comme l'un des tout premiers de la ville de Pointe-Noire.

 

Pour une raison que j'ignore (volonté de se mettre au goût du jour ? incendie ?), le bâtiment a été transformé après-guerre, pour prendre une apparence rectangulaire plus massive. Le toit en pente et le fronton sont remplacés par de hauts murs droits. Les arcades sont par contre intactes.

Le nom "France-Congo" est plus visible au-dessus de l'entrée et un sigle " F C " apparait plus haut. Des palmiers ont poussé aussi !

 

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Bâtiments de la "France-Congo" vers 1955 (carte postale Ed. De Luxe Estel)

 

Le panneau indicateur indique "Baie - Plage" à gauche (direction de la Côte Mondaine) et tout droit "Centre-Ville" (en direction de la gare CFCO). L'avenue du Port, devenue Félix Eboué, est bétonnée et les voies Decauville ont disparu.

 

Je n'ai pas de photo récente de l'angle de la rue. Pas facile étant donné la proximité du siège de l'Etat Major de l'Armée à Pointe-Noire, situé juste en face... Mais un immeuble en équerre occupe toujours cet emplacement.

 

pointe-noire-france-congo    

Situation de la "France-Congo" à Pointe-Noire (© 2010 - Google Earth)

 

Pour ceux qui seraient perdus, la vue satellite ci-dessus vous permet de situer l'emplacement de la construction "France-Congo" par rapport à la Douane (aujourd'hui Bureau Principal du Bois et des Hydrocarbures), la CPKN (aujourd'hui GETMA) et le phare (en bas à droite).

Un petit rond-point blanc a vu le jour au bout de la rue de la Douane (boulevard de Loango).

 

 

PS : voici une photographie de l'angle de la rue de la Douane en 2013, grâce à une fidèle lectrice (merci Julia !). On y trouve un immeuble moderne à la façade vitrée.

 

pointe-noire-france-congo-2013

Immeuble à l'emplacement de "France-Congo" en 2013 (© Julia)

 

Bizarrement, l'entrée avec une large ouverture centrale et deux ouverture latérales étroites rappelle celle du bâtiment de la "France-Congo". L'élévation est similaire, des ouvertures sont apparues au 2ème niveau.

L'infrastructure du vieil édifice a-t-elle été réutilisée ? Ce n'est peut-être qu'une coïncidence... mais la ressemblance est troublante.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 16:30

Il s'agit d'un livre autobiographique d'Alain Mabanckou, né à Pointe-Noire, évoquant le retour dans sa ville natale, après 23 ans d'absence. Parti pour faire des études en France, en 1989, il n'avait pas remis les pieds au Congo. Entre temps, sa vie a été marquée par le décès de sa mère Pauline en 1995 et de son père Roger en 2005. Sans qu'il ne les revoit, ni ne soit présent aux funérailles.

 

C'est donc le récit très personnel du délicat et émouvant retour d'un homme sur les traces de son enfance. Le livre évoque au fil des rencontres différents souvenirs et anecdotes du passé qui s'entrechoquent avec le présent.

En 2012, le Pointe-Noire de son enfance a bien sûr changé. La modeste case en planches de sa mère a été tronquée, suite à l'empiètement d'un voisin sur la parcelle. Le cinéma Rex, où il voyait des films d'action ou des comédies françaises, est devenu la salle de prière d'une église dite "de Réveil".

L'hôtel Victory Palace où travaillait son père est par contre toujours là (cf  Pointe-Noire : balade et... "Victory Palace").

 

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Portrait d'Alain Mabanckou dans l'ex cinéma Rex (© Caroline Blache)    

 

L'homme est d'ici, mais plus tout à fait, après une aussi longue absence et une vie aujourd'hui bien différente de celle de ses jeunes années. L'écrivain, titulaire du Prix Renaudot en 2006, est professeur de littérature francophone à l'Université de Californie- Los Angeles.

Sans misérabilisme, à travers un récit non formaté, on découvre le Pointe-Noire d'hier et d'aujourd'hui. Les portraits des membres de sa famille sont finement tracés sous la plume efficace du conteur. Ces retrouvailles sont bien souvent poignantes. Certaines prennent aussi un tour surréaliste, comme celles avec son oncle Matété évoquant son double animal ou l'angoissante chambre n°1 de l'hôpital Sicé, ou bien encore l'épisode de la vague scélérate sur les rochers du port.

 

L'autre versant moins agréable de ce retour aux sources, mais inévitable, ce sont les personnes qui tentent de profiter de lui, comme sa demi-soeur, accompagnée de son demi-frère éméché, ou un étrange conteur de guerre civile au restaurant "Chez Gaspard", dans le quartier du Grand Marché. Le congolais "riche" revenant au pays peut attirer les convoitises (tout comme le mundele tout frais débarqué au Congo...).

 

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Quartier des Trois-Cents à Pointe-Noire (© Caroline Blache)

 

Alain Mabanckou évoque par ailleurs le lycée Victor Augagneur où il commença ses études. Et là, ce sera le seul petit reproche que je ferai à l'écrivain. Evoquant le tragique et meurtrier épisode de la construction du CFCO, il en attribue la responsabilité au Gouverneur Général de l'Afrique Equatoriale Française, dont le nom fut attribué à son lycée en 1954. L'écrivain cite le chiffre de 20 000 morts.

Mais Victor Augagneur, gouverneur de l'AEF de 1920 à 1924, a seulement initié le chantier du CFCO à partir de 1921. Les trois premières années du chantier de la ligne ferroviaire, effectué d'abord du côté de Brazzaville, puis du côté de Pointe-Noire à compter de 1923, ont été peu meurtrières. Il s'agissait des premières dizaines de kilomètres en terrain plat.

C'est en fait sous la gouvernance de son successeur, Raphaël Antonetti, que la tragédie prendra forme avec l'hécatombe reconnue aujourd'hui par tout le monde. Dommage qu'il n'est pas creusé un peu plus la question pour éviter cette erreur historique, et attribuer ainsi ses reproches au "bon" gouverneur.

 

Je vous recommande la lecture de cet ouvrage riche, donnant un éclairage sensible sur le Congo contemporain et le parcours d'un homme. Nombre de congolais s'y reconnaîtront sans doute. J'y ai moi aussi retrouvé les différents visages de Pointe-Noire et de sa population, qui en font l'attrait et dans une moindre mesure parfois l'aversion. Le livre est illustré de quelques photos issues des archives familiales de l'auteur et de celles de Caroline Blache (photographe documentariste).

Alain Mabanckou a (re)pris goût au Congo puisqu'il y est revenu en 2013.


Lumières de Pointe-Noire - Alain Mabanckou - Editions du Seuil - Janvier 2013


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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