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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:45
Ce royaume situé sur la côte atlantique, faisant partie des royaumes Kongo, existerait depuis environ le XIII ème siècle. Il devient indépendant au XVI ème siècle. La liste d'une dynastie de souverains est établie depuis le début du XVII ème siècle, avec à son commencement le roi Malwangu Njimbi.
Parmi les informations les plus anciennes, il y a celles recueillies par les occidentaux, principalement les portugais et les hollandais. Ainsi, le géographe et humaniste hollandais Olfert Dapper publie en 1668 une "Description de l'Afrique" à partir des informations qu'il a pu recueillir à son époque. Son travail de synthèse fait référence, même si certaines informations doivent être considérées avec prudence, car il n'aurait jamais mis lui-même les pieds sur le continent africain !


Cet ouvrage présente notamment une vue impressionnante de la
cité de Loango. La localité est comparée à de grandes villes européennes, elle serait d'une taille équivalente à la ville de Rouen. D'autres témoins de l'époque modèrent le propos mais considèrent quand même que la cité comporte des "milliers de cases". Il s'agit de la capitale administrative du royaume de Loango avec tous les bâtiments royaux et officiels, donc de "Bwali", assimilable aujourd'hui à Diosso (appellation datant d'environ 1850).


La cité de Loango (Dapper 1668)


Le roi quitte rarement son palais mais reçoit en audience ses vassaux, les représentants d'autres royaumes, règle les conflits ou chasse le léopard. Il ne se présente en public que pour les fêtes solennelles.


Audience du roi de Loango (Dapper 1668)


Le royaume s'engage pleinement dans la Traite négrière au XVIIème siècle. Le commerce d'ivoire est également florissant. Les habitants du royaume sont considérés comme des commerçants avisés et de bons diplomates, mais pas comme de valeureux guerriers. L'autorité du roi est affaiblie par la "vente des offices" c'est à dire par des délégations de pouvoir (dans le domaine judiciaire par exemple) dont la charge est héréditaire. La société du royaume est entraînée vers sa déchéance à la fin du XVIIIème siècle. Une bourgeoisie de courtiers, caravaniers, interprètes et avitailleurs (fournisseurs de vivres notamment pour les navires) est née de la Traite négrière. Le sinistre commerce ne profite pas à tout le monde... On estime que 30 à 35% des "bois d'ébène" du continent africain partent de la "côte de l'Angola" et de Loango au XVIIIème siècle.


La cour du roi de Loango (Dapper 1668)


L'esclavage, officiellement aboli en 1848, ne disparaîtra vraiment que vers 1914. En 1883, un traité de Protectorat est signé avec la France. A partir de cette date, le roi n'a plus qu'un pouvoir politique limité mais garde une autorité symbolique et spirituelle forte.
Le site de Loango demeure actif après l'arrivée des français car il s'agit d'un point de départ des "caravanes" pour explorer l'intérieur du pays et transporter les marchandises. Mais en 1897, le port de Matadi (Congo Belge) est relié au chemin de fer et le trafic décline progressivement à Loango. La création de la ville de Pointe-Noire en 1922 signe définitivement la fin d'une époque pour le site historique. 

Les traditions perdurent et un nouveau roi a été investi à Diosso le 29 août 2009 sous le nom de
Moe Makosso IV. Son "apprentissage" peut ensuite prendre jusqu'à 7 ans, avant d'obtenir le titre sacré de Ma Loango ! Il semblerait que la nomination de ce neveu du précédent monarque soit contestée par une partie de la famille.

Symbole royal : la main aux sept étoiles


Sources : 
Musée Dapper (Paris)
Musée Mâ Loango (Diosso) / conservateur : M. Joseph Kimfoko Madoungou

Magazine "Mbongui" / n°7 juin 2000 / article de M. Frédéric Pambou

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:35

Après la découverte des sites historiques de Loango, nous longeons la côte par un étroit chemin de sable. Il faut prendre garde dans certains virages où il n'y a aucune visibilité. D'ailleurs, on a failli s'emplafonner un 4x4 venant en sens inverse... Le long de la route, les propriétés des "expats" cotoient les modestes habitations des autotochnes.
Au bout du chemin, nous retrouvons la nationale goudronnée. Nous retournons direction Pointe-Noire mais bifurquons peu après par un chemin transversal en direction de Diosso. Cela évite un grand détour. Nous passons à côté d'un camp chinois (lieu d'action d'une société d'exploration des zones pétrolifères parait-il) puis à proximité du golf de Diosso (lieu de distraction d'expatriés en manque de repères occidentaux).
Arrivés dans le village de Diosso, Manu s'arrête pour demander à un jeune homme notre chemin. Nous envisageons d'aller voir la tombe du Roi. Les indications obtenues, nous filons vers notre objectif. Le jeune homme aimerait bien nous accompagner, mais Manu refuse... Je comprendrai ensuite pourquoi.
Il faut en fait aller jusqu'au bout de la route goudronnée du village, passer devant les gorges de Diosso et poursuivre pendant 3-4 km. L'asphalte cède la place à une route cahoteuse, agrémentée ça et là de quelques lambeaux de goudron (c'est l'ancienne nationale). Sur le parcours, nous passons à côté de gorges aussi belles et impressionnantes que celles de Diosso, les gorges de Tchissanga. La route est menacée par l'érosion. Je regrette de ne pas avoir pris une photo du site !
Je remarque quelques tombes perdues au milieu de nulle part. Manu me relate que la tradition veut que l'on soit enterré au plus près de son lieu de naissance.
Nous croisons un homme armé d'un lance-pierres. Il chasse des oiseaux. Manu me confirme que les villageois tuent les petits animaux pour se nourrir, ce qui explique pourquoi on en voit aussi peu. Nous arrivons enfin auprès d'un petit bois. Descendus de notre véhicule, nous demandons à une vieille femme passant sur le chemin (elle transporte du bois sur sa tête), s'il est possible de prendre des photos. Il vaut toujours mieux respecter les us et coutumes locaux ! Elle n'y voit pas d'inconvénient.


Le lieu, dénommé "Tchi Bange-Bange", est très calme et abrite en fait dans sa sérénité les tombes de plusieurs rois de Loango. Dans un sanctuaire entouré de clôtures en bois, on découvre un large mausolée bleu et blanc. Un accès latéral permet de s'approcher du tombeau, fermé par des grilles.

 
Il s'agit de la tombe du Roi Moe Poaty III (né en 1886), le dernier roi a avoir habité le "palais royal" de Diosso (actuel musée Mâ Loango ; cf Expédition à Diosso : le musée Mâ Loango ). Il a régné de 1931 à sa mort en 1975. Très belle longévité (89 ans) pour l'époque ! C'est un roi élu par un conseil de princes de la famille royale, à l'issue de plusieurs consultations. Le siège fut ainsi vacant pendant 2 ans.


Moe Poaty III


Un essaim d'abeilles s'est installé dans le mausolée et nous bourdonne aux oreilles... L'intérieur est partiellement carrelé, des infiltrations d'eau abîment le plafond. Une couronne de fleurs (en plastique) repose sur le tombeau. On identifie au fond un des symboles du royaume, la main ornée de 7 étoiles. Ces sept étoiles symbolisent à la fois les sept provinces du royaume et le visage du souverain, les yeux veillant sur le territoire, les oreilles à l'écoute de son peuple, les narines sensibles aux problèmes du peuple, la bouche permettant de rendre justice et de porter une voix unique dans tout le royaume.

A gauche du mausolée, se trouvent plusieurs tombes de membres de la famille royale, plus modestes. A droite, se situe le mausolée d'un autre roi,
Moe Tati Ier, neveu du précédent roi et décédé en 2007.



Il n'a été intronisé cependant qu'en l'an 2000. D'une part, parce que la royauté avait été officiellement abolie à la fin des années 70 sous le régime marxiste-léniniste, et d'autre part à cause d'une longue querelle de succession au sein de la famille royale dans les années 90, après la réhabilitation du royaume en 1991. Moe Tati premier, agé de 72 ans lors de son élection, n'aura donc régné que 7 ans.

Moe Tati Ier lors de la cérémonie d'intronisation


Si personne n'y prend garde les tombeaux pourraient rapidement disparaître sous la végétation... Mais le successeur royal, en cours de "formation", doit veiller je suppose à l'entretien respectueux des tombes de ses ancêtres.
Avant de partir, j'observe quelques végétaux inconnus, dont une étrange plante toute en longueur.


Sources : 
Musée Mâ Loango (Diosso)
Site du Royaume de Loango (www.royaumeloango.org)

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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