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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:25

Après la main mise des Hollandais, des Portugais et des Anglais sur le commerce de la région, les Français prennent l'avantage au 18ème siècle. Deux traités en 1786 et 1791 leur donnent la possibilité d'effectuer une "traite libre" sur la "côte d'Angola".
Quelques documents montrent la réalité de la Traite Négrière pratiquée dans les différents royaumes du Congo. Certains sont issus du récit de Louis Ohier Degrandpré dans "Voyage à la côte occidentale d’Afrique, fait dans les années 1786 et 1787, contenant la description des moeurs, usages, lois, gouvernement et commerce des Etats du Congo, fréquentés par les européens, et un précis de la traite des noirs, ainsi qu'elle avait lieu avant la Révolution française, ... ". L'ouvrage est publié par le capitaine négrier en 1801.

L'une des gravures montre le courtier Tati (surnommé "Desponts") porté par ses employés dans un hamac. Il vient de sa "petite-terre" c'est à dire de sa propriété située à proximité de Malembe.
 



Une autre gravure montre la capture d'un nègre par un indigène armé d'un fusil. Le captif récalcitrant est maintenu par un "bois Mayombe" autour du cou. Il s'agit d'une fourche de bois bloquée par une cheville. En arrière plan, les autres noirs "plus dociles" sont tenus par la main (cas d'une femme) ou par une simple corde. Il s'agit bien sûr d'une représentation édulcorée de la réalité... L'aire de capture s'étendait jusqu'à 300 km à l'intérieur des terres.



On retrouve le "courtier Tati" dans un document très rare tenant la sinistre comptabilité des esclaves, "nègres, négresses, négrillons et négrilles", vendus aux Français. Il s'agit du registre de traite de La Manette, navire négrier bordelais, datant de 1790. Les "captifs" viennent des régions périphériques mais pas des royaumes locaux. Spécificité de cette traite, on retrouve dans la liste des courtiers de nombreux dignitaires du royaume.
En 1773, l'Abbé Proyat, missionnaire, relatait les faits suivants : “ Le commerce des hommes qui s’exerce sur les côtes n’intéresse comme l’avons déjà dit, qu’un petit nombre de personnes qu’on peut considérer comme les riches et les puissants. Quant au peuple ne connaissant de nécessité que celle de se nourir et de se vêtir, et de la manière la plus grossière et la plus simple, il borne son commerce à bien peu de chose: poisson enfumé, manioc et autres racines, sel, noix de palme canne à sucre, bananes et autres fruits “.

Les esclaves font l'objet d'un troc dont on tient une liste précise. Ils sont échangés notamment contre des tissus, et même des peaux de chat venues d'Europe, dont se parent ensuite les courtiers. Pour abriter les négociations et échanges, les européens mettent en place des comptoirs, parfois provisoires. Les esclaves sont emprisonnés sous la maison du capitaine négrier (surélevée de 2 mètres au dessus du sol), appelée "quibangua", avant d'être embarqués sur les navires.


 

Sources :
http://www.histoire-image.org/
http://historiensducongo.unblog.fr/


Quelques repères historiques français sur l'esclavage

1642 : autorisation de la traite négrière et de l'esclavage dans les possessions françaises par Louis XIII
1685 : Sous Louis XIV, Colbert établit le "Code Noir" fixant le statut des esclaves. Ils sont dépourvus de toute personnalité juridique et civile, et sont la propriété de leurs maîtres, au même titre que le mobilier.
1777 : Louis XVI interdit l'entrée en France "des Nègres, mulâtres et gens de couleur".
1788 : la "Société des amis des Noirs" est créée à Paris et oeuvre pour l'abolition de l'esclavage.
1789 : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
1793 : suite aux insurrections, le Commissaire de la République proclame l'abolition de l'esclavage à Saint Domingue (actuelle île d'Haïti).
1794 : la Convention abolit l'esclavage dans les colonies françaises, sous l'impulsion de Danton et Dufay. 
1802 : Bonaparte rétablit l'esclavage et la traite négrière (sous des motifs économiques)
1815 : Napoléon 1er abolit la traite négrière (mais pas l'esclavage)
1848 : l'abolition de l'esclavage est votée et inscrite dans la Constitution Française. L'Angleterre a aboli l'esclavage en 1833, mais d'autres pays maintiendront ce régime pendant encore quelques décennies, comme les Etats Unis (1865), le Portugal (1878) et le Brésil (1888).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:20

Notre compagnon de route s'appelle M. Albinos ! Sa peau noire ébène ne laisse en rien présager d'un tel patronyme. Je demande confirmation au cas où il s'agirait de son prénom ou d'un surnom (au Congo tout est possible en la matière). Mais non, il s'agit bien de son nom de famille. Dans un premier temps, tout comme Manu, il me dit que cela n'a rien à voir avec ceux "qui ont la peau jaune". Je creuse un peu la question, et je lui demande si l'un de ses ancêtres était albinos. Il me répond alors que son grand-père était albinos !
La transmission de cette anomalie de pigmentation de la peau étant génétique (mais récessive) son nom de famille a du être donné par les occidentaux, il y a fort longtemps. Le terme "albinos" (albus=blanc en latin) est d'origine espagnole (1570) et a été employé ensuite par les portugais, les hollandais et les français.
M. Albinos nous montre sur le plateau surplombant le rivage, au milieu des herbes folles, les restes d'un "monument" commémorant l'histoire tragique de ces lieux : le départ des esclaves vers l'autre côté de l'océan.



Il nous raconte que le pilier (en briques creuses et apparemment sans fondations suffisantes) s'est effondré 4 ou 5 jours après l'inauguration par le Président de la République en 2002 ! Ce devait être le point de départ d'un grand projet touristique pour la région du Kouilou. Depuis, personne n'a pensé à faire quelque chose... Une demande d'inscription du site auprès de l'UNESCO a été faite en 2008. Il y a encore beaucoup de travail pour sa mise en valeur !
Une inscription minable sur une plaque en béton posée sur les briques est encore lisible : "Départ des caravanes" ; "Première ville Loango 1889-1923 - Lieu d'embarquement d'esclaves - 2 millions env"
M. Albinos prend la pose sur les tas de briques, songeant sans doute, tout comme moi, aux souffrances vécues en ces lieux par ceux qui allaient être déracinés de leur terre natale. Il nous dit avoir composé une chanson en mémoire des esclaves, sans doute une complainte. Il semble fier d'être un peu le gardien de ce site. Il me demande conseil pour sa mise en valeur. Avec Manu, on lui recommande de désherber autour des restes du monument, éventuellement de mettre un petit enclos de bambous, et pourquoi pas un banc pour se poser quelques instants ? S'il trouve de l'aide, la partie où se trouve la modeste plaque pourrait être redressée.
Pour encourager notre ami amateur d'Histoire, je lui donne de quoi s'acheter une bière. Il me dit que je suis "gentil".

Un peu d'histoire...

Loango était donc l'un des principaux ports d'Afrique Centrale qui embarquait des esclaves vers l'Amérique du Sud et les Antilles. Les esclaves provenaient de toute la région, correspondant  aujourd’hui au sud du Gabon, au Tchad, à l’Angola, à la République Démocratique du Congo et au territoire actuel de la République du Congo.
Le royaume de Loango dont l'origine est fort ancienne (13ème siècle environ) a commencé à commercer avec les occidentaux dès le 16ème siècle, les premiers contacts ayant eu lieu au siècle précédent avec les marins portugais. Le terme "Loango" fait référence à un lieu de pouvoir. La capitale s'appelait "Buali" et s'étendait de Diosso (siège administratif et du palais du Roi) à Loango (port de commerce).
De nombreuses marchandises étaient échangées avec les Portugais et les Hollandais, notamment des tissus, de la vaisselle, des armes et des boissons alcoolisées. Contre ces produits, les congolais fournissaient de l'ivoire, des métaux et des esclaves. Cela se faisait avec l'accord du Roi, qui refusait bien sûr la capture des personnes de son entourage. 
Ce sont des "courtiers" congolais, armés par les européens, qui participaient à ce sinistre trafic. Une gravure de 1786 (extraite de l'ouvrage de Louis de Grandpré) représente l'un d'eux dénommé "Pangou", courtier de Loango .



Le nom de "Loango" est parvenu jusqu'aux Amériques. Par exemple, vers 1820 au Surinam on fait toujours référence à une "famille d'esclaves de la tribu de Loango" (gravure extraite d'un ouvrage de Jules Ferrario).



Ainsi bien des noms de personnes, des rites et d'autres traits culturels bantou, sont encore décelables dans de nombreux pays vers lesquels ces esclaves sont partis (aux Antilles par exemple). On estime à environ 2 millions le nombre d'esclaves (hommes, femmes et enfants) partis du port de Loango et à environ 5 millions pour l'ensemble de la région, qu'on appelait alors la "côte de l'Angola" (la traite des ports de "Matembe" et de "Cabende", plus au sud, s'ajoutant à celui de Loango).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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