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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:35

Après la découverte des sites historiques de Loango, nous longeons la côte par un étroit chemin de sable. Il faut prendre garde dans certains virages où il n'y a aucune visibilité. D'ailleurs, on a failli s'emplafonner un 4x4 venant en sens inverse... Le long de la route, les propriétés des "expats" cotoient les modestes habitations des autotochnes.
Au bout du chemin, nous retrouvons la nationale goudronnée. Nous retournons direction Pointe-Noire mais bifurquons peu après par un chemin transversal en direction de Diosso. Cela évite un grand détour. Nous passons à côté d'un camp chinois (lieu d'action d'une société d'exploration des zones pétrolifères parait-il) puis à proximité du golf de Diosso (lieu de distraction d'expatriés en manque de repères occidentaux).
Arrivés dans le village de Diosso, Manu s'arrête pour demander à un jeune homme notre chemin. Nous envisageons d'aller voir la tombe du Roi. Les indications obtenues, nous filons vers notre objectif. Le jeune homme aimerait bien nous accompagner, mais Manu refuse... Je comprendrai ensuite pourquoi.
Il faut en fait aller jusqu'au bout de la route goudronnée du village, passer devant les gorges de Diosso et poursuivre pendant 3-4 km. L'asphalte cède la place à une route cahoteuse, agrémentée ça et là de quelques lambeaux de goudron (c'est l'ancienne nationale). Sur le parcours, nous passons à côté de gorges aussi belles et impressionnantes que celles de Diosso, les gorges de Tchissanga. La route est menacée par l'érosion. Je regrette de ne pas avoir pris une photo du site !
Je remarque quelques tombes perdues au milieu de nulle part. Manu me relate que la tradition veut que l'on soit enterré au plus près de son lieu de naissance.
Nous croisons un homme armé d'un lance-pierres. Il chasse des oiseaux. Manu me confirme que les villageois tuent les petits animaux pour se nourrir, ce qui explique pourquoi on en voit aussi peu. Nous arrivons enfin auprès d'un petit bois. Descendus de notre véhicule, nous demandons à une vieille femme passant sur le chemin (elle transporte du bois sur sa tête), s'il est possible de prendre des photos. Il vaut toujours mieux respecter les us et coutumes locaux ! Elle n'y voit pas d'inconvénient.


Le lieu, dénommé "Tchi Bange-Bange", est très calme et abrite en fait dans sa sérénité les tombes de plusieurs rois de Loango. Dans un sanctuaire entouré de clôtures en bois, on découvre un large mausolée bleu et blanc. Un accès latéral permet de s'approcher du tombeau, fermé par des grilles.

 
Il s'agit de la tombe du Roi Moe Poaty III (né en 1886), le dernier roi a avoir habité le "palais royal" de Diosso (actuel musée Mâ Loango ; cf Expédition à Diosso : le musée Mâ Loango ). Il a régné de 1931 à sa mort en 1975. Très belle longévité (89 ans) pour l'époque ! C'est un roi élu par un conseil de princes de la famille royale, à l'issue de plusieurs consultations. Le siège fut ainsi vacant pendant 2 ans.


Moe Poaty III


Un essaim d'abeilles s'est installé dans le mausolée et nous bourdonne aux oreilles... L'intérieur est partiellement carrelé, des infiltrations d'eau abîment le plafond. Une couronne de fleurs (en plastique) repose sur le tombeau. On identifie au fond un des symboles du royaume, la main ornée de 7 étoiles. Ces sept étoiles symbolisent à la fois les sept provinces du royaume et le visage du souverain, les yeux veillant sur le territoire, les oreilles à l'écoute de son peuple, les narines sensibles aux problèmes du peuple, la bouche permettant de rendre justice et de porter une voix unique dans tout le royaume.

A gauche du mausolée, se trouvent plusieurs tombes de membres de la famille royale, plus modestes. A droite, se situe le mausolée d'un autre roi,
Moe Tati Ier, neveu du précédent roi et décédé en 2007.



Il n'a été intronisé cependant qu'en l'an 2000. D'une part, parce que la royauté avait été officiellement abolie à la fin des années 70 sous le régime marxiste-léniniste, et d'autre part à cause d'une longue querelle de succession au sein de la famille royale dans les années 90, après la réhabilitation du royaume en 1991. Moe Tati premier, agé de 72 ans lors de son élection, n'aura donc régné que 7 ans.

Moe Tati Ier lors de la cérémonie d'intronisation


Si personne n'y prend garde les tombeaux pourraient rapidement disparaître sous la végétation... Mais le successeur royal, en cours de "formation", doit veiller je suppose à l'entretien respectueux des tombes de ses ancêtres.
Avant de partir, j'observe quelques végétaux inconnus, dont une étrange plante toute en longueur.


Sources : 
Musée Mâ Loango (Diosso)
Site du Royaume de Loango (www.royaumeloango.org)

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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1 août 2009 6 01 /08 /août /2009 16:25

Après la main mise des Hollandais, des Portugais et des Anglais sur le commerce de la région, les Français prennent l'avantage au 18ème siècle. Deux traités en 1786 et 1791 leur donnent la possibilité d'effectuer une "traite libre" sur la "côte d'Angola".
Quelques documents montrent la réalité de la Traite Négrière pratiquée dans les différents royaumes du Congo. Certains sont issus du récit de Louis Ohier Degrandpré dans "Voyage à la côte occidentale d’Afrique, fait dans les années 1786 et 1787, contenant la description des moeurs, usages, lois, gouvernement et commerce des Etats du Congo, fréquentés par les européens, et un précis de la traite des noirs, ainsi qu'elle avait lieu avant la Révolution française, ... ". L'ouvrage est publié par le capitaine négrier en 1801.

L'une des gravures montre le courtier Tati (surnommé "Desponts") porté par ses employés dans un hamac. Il vient de sa "petite-terre" c'est à dire de sa propriété située à proximité de Malembe.
 



Une autre gravure montre la capture d'un nègre par un indigène armé d'un fusil. Le captif récalcitrant est maintenu par un "bois Mayombe" autour du cou. Il s'agit d'une fourche de bois bloquée par une cheville. En arrière plan, les autres noirs "plus dociles" sont tenus par la main (cas d'une femme) ou par une simple corde. Il s'agit bien sûr d'une représentation édulcorée de la réalité... L'aire de capture s'étendait jusqu'à 300 km à l'intérieur des terres.



On retrouve le "courtier Tati" dans un document très rare tenant la sinistre comptabilité des esclaves, "nègres, négresses, négrillons et négrilles", vendus aux Français. Il s'agit du registre de traite de La Manette, navire négrier bordelais, datant de 1790. Les "captifs" viennent des régions périphériques mais pas des royaumes locaux. Spécificité de cette traite, on retrouve dans la liste des courtiers de nombreux dignitaires du royaume.
En 1773, l'Abbé Proyat, missionnaire, relatait les faits suivants : “ Le commerce des hommes qui s’exerce sur les côtes n’intéresse comme l’avons déjà dit, qu’un petit nombre de personnes qu’on peut considérer comme les riches et les puissants. Quant au peuple ne connaissant de nécessité que celle de se nourir et de se vêtir, et de la manière la plus grossière et la plus simple, il borne son commerce à bien peu de chose: poisson enfumé, manioc et autres racines, sel, noix de palme canne à sucre, bananes et autres fruits “.

Les esclaves font l'objet d'un troc dont on tient une liste précise. Ils sont échangés notamment contre des tissus, et même des peaux de chat venues d'Europe, dont se parent ensuite les courtiers. Pour abriter les négociations et échanges, les européens mettent en place des comptoirs, parfois provisoires. Les esclaves sont emprisonnés sous la maison du capitaine négrier (surélevée de 2 mètres au dessus du sol), appelée "quibangua", avant d'être embarqués sur les navires.


 

Sources :
http://www.histoire-image.org/
http://historiensducongo.unblog.fr/


Quelques repères historiques français sur l'esclavage

1642 : autorisation de la traite négrière et de l'esclavage dans les possessions françaises par Louis XIII
1685 : Sous Louis XIV, Colbert établit le "Code Noir" fixant le statut des esclaves. Ils sont dépourvus de toute personnalité juridique et civile, et sont la propriété de leurs maîtres, au même titre que le mobilier.
1777 : Louis XVI interdit l'entrée en France "des Nègres, mulâtres et gens de couleur".
1788 : la "Société des amis des Noirs" est créée à Paris et oeuvre pour l'abolition de l'esclavage.
1789 : Déclaration des droits de l'homme et du citoyen
1793 : suite aux insurrections, le Commissaire de la République proclame l'abolition de l'esclavage à Saint Domingue (actuelle île d'Haïti).
1794 : la Convention abolit l'esclavage dans les colonies françaises, sous l'impulsion de Danton et Dufay. 
1802 : Bonaparte rétablit l'esclavage et la traite négrière (sous des motifs économiques)
1815 : Napoléon 1er abolit la traite négrière (mais pas l'esclavage)
1848 : l'abolition de l'esclavage est votée et inscrite dans la Constitution Française. L'Angleterre a aboli l'esclavage en 1833, mais d'autres pays maintiendront ce régime pendant encore quelques décennies, comme les Etats Unis (1865), le Portugal (1878) et le Brésil (1888).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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