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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 17:00

Je croise ensuite le photographe de plage "Babakila" (Jean-Louis de son prénom), déjà rencontré en janvier. L'infortuné Gildas part vers d'autres occupations ou élucubrations.
Babakila est preneur d'un vieil argentique (même à réparer) ou d'objectifs. Il prend la pose avec le vendeur de biscuits, Francenel (orthographe sous réserve).


Le photographe et le vendeur de biscuits


Il est bavard le photographe. Nous discutons politique, histoire, religion... Il se félicite de la réélection de Sassou pour la stabilité et le développement du pays. Pendant que nous parlons, un groupe de garçons passe et j'entends le mot "
babtou". Je me retourne pour regarder qui parle de moi et signifier que j'ai bien entendu. Un jeune me fait un clin d'oeil et je réponds de même. J'explique au photographe qui n'a pas compris, que "babtou" est le verlan de "toubab", mot employé en Afrique de l'Ouest pour désigner le "Blanc", l'Européen.
Babakila évoque la (re)construction de la route N1 de Pointe-Noire à Brazzaville par les chinois. Il me raconte que dans le massif du Mayombe, dans les marécages une force mystérieuse, une
sirène, charme les gens et les fait se noyer dans une source d'eau. Ainsi les chinois auraient fait une cérémonie afin de s'attirer les bonnes grâces de la "sirène" lors de la construction d'un pont enjambant la source et les marécages.


Minute culturelle
La sirène de l'antiquité grecque était une femme à corps d'oiseau. L'une des plus anciennes représentations figure sur un vase antique (Musée du Louvre) contemporain d'Homère. C'est ce type de sirène qui tenta de charmer Ulysse et ses compagnons.
Ce n'est que bien plus tard (au 16 ème siècle) que la sirène médiévale avec un corps de poisson prit définitivement le dessus sur son alter ego aviaire.


Sirène antique


Les histoires de sirène sont courantes au Congo. Le terme "mami wata" désigne la sirène qui est, comme en occident aujourd'hui, une femme au corps de poisson. Pour certains, le mot est issu de l'anglais "mamy water" (mère des eaux), pour d'autres il est issu de la culture Vaudou. Il évoquerait alors un interdit sexuel consécutif à la rencontre d'une sirène et serait la contraction d'une phrase signifiant "ferme tes jambes" (en langues Ewe et Fon pratiquées au Bénin, Togo et Ghana). Les légendes africaines relatives aux sirènes existaient pour les peuples côtiers semble t-il avant l'arrivée des européens. Mais il est fort probable que les africains furent influencés dans leurs représentations par les sculptures venues d'Europe (notamment par les figures de proue des navires).


Représentation d'une sirène africaine "mami wata"

(Source http://www.masque-africain.com/sculptures.html)



Le terme de "sirène" peut prendre au Congo un sens plus large en désignant un animal qui se "métamorphose", un animal fabuleux. C'était le cas des croyances anciennes concernant les tortues marines, capables de passer de la vie aquatique à la vie terrestre.


Mais l'animal le plus proche du mythe des sirènes que l'on trouve au Congo est bien sûr le lamantin (Trichechus manatus ou sur les côtes africaines l'espèce Trichechus senegalensis, présente du Sénégal à l'Angola).

 

lamantin-dugong-sirène

Les siréniens : le lamantin (manatee) et son cousin le dugong (© Encyclopedia Britannica)


Le gros mammifère herbivore (d'où son surnom de "vache de mer") fréquente les eaux littorales peu profondes, comme les embouchures de fleuve et autres marais côtiers, parfois les lacs. On le trouve ainsi dans la lagune de Conkouati.

Son extrémité caudale rappelle la queue des sirènes, même si c'est son cousin le dugong qui en est le plus proche, la nageoire étant divisée en deux.

C'est enfin son cri, comparable à une lamentation, qui alimente la légende du "chant des sirènes"...


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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 16:30

En milieu d'après-midi, je prends la direction de la plage de la Côte Sauvage. Le temps est gris et la mer agitée. Je remarque qu'il ne reste presque plus rien de la partie maritime du Wharf. Seul un tronçon du couloir reste debout ! Les piliers d'acier disparaissent à leur tour peu à peu dans l'océan. 

 

Les vestiges du Wharf


Je croise Gildas qui engage rapidement la conversation. Il me dit venir de Centrafrique et s'être fait voler son téléphone et son argent dans le train. Il est donc fort démuni et a dormi sur la plage. Il garde son écharpe autour du cou, ce qui peut surprendre car les températures sont loin d'être hivernales (en tout cas pour un européen). Nous déambulons et discutons de choses et d'autres. Mon interlocuteur est un peu allumé. Il veut être Président de la République et posséder un hélicoptère. Je lui dis qu'il arrive trop tard au Congo, car les élections viennent juste d'avoir lieu ! Il va falloir patienter 7 ans... Il me répond qu'il est prêt à fabriquer un hélicoptère de ses propres mains.

Gildas


Puis nous nous arrêtons près de deux plagistes françaises. Gildas pose son écharpe en guise de serviette, sans doute attirée par une étude sénologique de l'une des jeunes femmes... Il essaie de les draguer mais s'y prend très maladroitement...  D'autant plus qu'elles viennent juste de débarquer et ne sont pas accoutumées à l'ambiance locale ! L'une d'entre-elles est par exemple choquée par le fait que Gildas jette un papier sur la plage. La remontrance ne semble guère le toucher. Je souris devant ce choc des cultures. Si les jeunes femmes s'attendent au comportement "standard" d'un homme européen, c'est raté. Il faut atterrir : vous êtes en Afrique ! Gildas n'aime pas le sable, "ça pique". Ma voisine est agacée "Bah oui, le sable ça pique !". Je lui suggère qu'elle devrait faire preuve de plus d'ouverture d'esprit... Gildas vient de l'intérieur du continent et côtoie visiblement le littoral pour la première fois.
Constatant qu'il n'a guère de succès auprès de la gente féminine présente à ses côtés, Gildas commence à prier sur son écharpe, devenant ainsi tapis de prière. Quand on lui demande s'il est musulman, il répond qu'il est musulman et catholique. Voilà une bonne façon de mettre tous les cieux de son côté... Il allume ensuite une cigarette "artisanale" (peut-être un joint) et commence une étrange parodie de karaté face à l'océan. Cela fait rire nos deux plagistes.
Je salue mes compatriotes en leur souhaitant une "bonne acclimatation". Gildas me suit. Il me raconte je ne sais plus quelle histoire à dormir debout où il aurait vu des "diamants rouges" briller dans la nuit. Il dit en avoir plein la tête du bruit des vagues. Je lui conseille de s'éloigner du rivage pour dormir... Vu les errances mentales de mon compagnon d'occasion, je ne le contrarie pas. Quelle est son histoire personnelle ? A t-il subi un quelconque traumatisme ou est-il simplement farfelu ? Mystère...
Il me dit avoir mangé hier grâce à la gentillesse d'un prêtre qui l'a invité à partager son repas. Gildas salue d'ailleurs avec respect, en retirant sa casquette, une soeur présente sur la plage. Je lui donne 2000 FCFA pour s'acheter à manger. Il achète peu après 3 brochettes de crevettes roses à un vendeur ambulant.


Gildas et le vendeur de crevettes
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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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