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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:09
La route est longue à rouler à 20-30 km/h pendant une quinzaine de kilomètres. Il faut trouver le bon passage parmi les ornières afin de ne pas rester coincé ! A plusieurs reprises la voiture patine, le dessous du véhicule frotte... Je suis stressé par ces conditions de circulation, avec ce véhicule inadapté. A mi-chemin, nous remarquons une base logistique chinoise (les panneaux couverts d'idéogrammes sont sans ambiguité).

Certains trouvent que je ne roule pas assez vite et me doublent, parfois en prenant des risques inconsidérés, vis à vis des véhicules venant dans l'autre sens. C'est le cas d'une voiture rouge conduite par un congolais, avec un autocollant "CH" à l'arrière. Quelques centaines de mètres plus loin, je la retrouve embourbée ! Quelque part cela me fait plaisir... Je m'arrête avant la zone délicate, Patrice jette un oeil à l'état de la piste et nous décidons de bifurquer à droite. Bon choix, nous passons sans trop de mal ! Nous arrivons enfin au village, après avoir pris un chemin "valonné", à sens unique pendant quelques dizaines de mètres.

Le petit village est défiguré par la piste élargie. Patrice ne reconnait pas le site tel qu'il l'avait gardé en mémoire. Il n'a pas mis les pieds ici depuis 25 ans ! Déception...


Nous mettons pied à terre. Il est temps car je commençais à fatiguer, moi qui ne suis guère habitué à ce genre de baroud... Patrice reste zen.
Quelques enfants, ignorant le danger, jouent au foot sur le bord de la route. La camionnette du boulanger passe et klaxonne. Cela a un petit air de ruralité française !


Nous engageons la conversation avec un "ancien" assis devant sa maison. Quelques instants après, deux, puis trois villageois se joignent à nous. Les animations sont rares...
Un groupe de jeunes enfants arrive des habitations d'à côté. Ils me sourient et ont l'air d'entamer une sorte de jeu de cache-cache. L'ancien m'explique qu'ils me prennent pour un Chinois ! Il me raconte que parfois des ouvriers chinois s'arrêtent pour jouer avec les enfants. Sans doute sont-ils nostalgiques de leur famille située à plusieurs milliers de kilomètres et abandonnée pendant plusieurs mois.
Je demande l'autorisation de photographier les
enfants. En dépit de la misère, ils sont souriants. Ils semblent bien nourris.



Quand nous évoquons le chantier en cours, le vieux sage nous dit que l'avis des villageois n'a pas été demandé pour l'élargissement de la route. Il déplore que cela ne permette pas aux habitants du coin de travailler. Le chantier a été confié à des Chinois ou à des sous -traitants. Rien pour la population locale... Il s'interroge sur les cotisations retenues sur les salaires. Quelqu'un en tira-t-il un quelconque bénéfice ? Les caisses de retraite sont-elles correctement gérées ?
Il raconte que son père avait participé vers 1930  à la construction de la ligne de chemin de fer Pointe-Noire Brazzaville (CFCO).  Le travail forçé était de mise.  L'histoire se répète t-elle avec un autre colonisateur ? Certains font écho de révoltes d'ouvriers Congolais contre des contremaîtres Chinois.
L'ancien dénonce également les pratiques de pêche catastrophiques des Chinois. Le poisson se raréfie. Enfin, il s'interroge sur la destination de l'argent du pétrole. La ville de Pointe-Noire est bien sale... Où va donc cet argent ?

Patrice évoque avec les autres hommes, la vie du village qui était nettement plus animée autrefois. Des petits bars permettaient aux habitants et aux personnes venues de la ville de se distraire un peu. Plus rien aujourd'hui ! Je photographie une inscription murale, "
A la petite buvette de la campagne", vestige d'alors.



Pendant que nous discutons, un homme escalade un palmier, pieds nus et une corde autour de la taille. Avec sa machette, il coupe quelques branches et récupère un fruit caché dessous : la noix de palme. Je suis épaté par sa dextérité.



La noix de palme permet d'obtenir de l'huile de palme à partir de la pulpe. Le fruit contient un noyau très dur ("coque"). A partir de l'amande du noyau, on peut aussi fabriquer de l'huile, appelée "huile de palmiste".
Enfin, en faisant fermenter la sève de l'arbre, on élabore une boisson alcoolisée appelée "vin de palme". Celui qui récolte et prépare le vin de palme est le "malafoutier", terme presque inconnu en France. Cela vient du mot "malafu" signifiant boisson (alcoolisée) en langue bantou.

Les premiers colons observaient déjà la même scène il y a plus d'un siècle, comme le montre cette carte postale ancienne (source : BNF ; avant 1907).

 
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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 21:06

Après notre arrêt près de la voie ferrée, nous redémarrons. Mais 50 mètres plus loin, nous sommes arrêtés par un contrôle de la Police Nationale. Je serre les fesses car mon visa est expiré depuis 2 jours... Fort heureusement, le policier me demande uniquement mon permis de conduire. Je lui présente mon permis international et passe le contrôle sans souci. Ouf !

Je repars en direction du nord-ouest de la ville. Nous passons le rond-point, devant l'hôpital de Loandjili, et poursuivons en direction de Brazzaville. Les faubourgs défilent, animés, souvent sales et désordonnés. La route est par endroit fortement dégradée. Nous passons devant un marché au poisson, couvert, avec des bacs en ciment. Patrice me fait remarquer un homme poussant une carriole. Il me dit  : "Il aurait fait un bel esclave !". L'homme présente en effet une musculature naturelle impressionnante et paraît, non pas marcher, mais danser en poussant sa charge.

Arrivés en bas d'une côte, nous sommes ralentis puis stoppés. Patrice cherche en vain à savoir le motif du blocage auprès des passants. Des taxis déposent leurs passagers qui continuent à pied. C'est une joyeuse pagaille qui prend forme... Des véhicules font demi-tour, provoquant des embouteillages dans l'autre sens de circulation. Voitures, piétons, motos, bus s'entremêlent et tentent de se frayer un chemin. Parmi eux, un convoi funéraire (en haut de la côte se situe un grand cimetière, sur le Mont Kamba). Il faut rester prudent afin de ne renverser personne. La situation peut rapidement dégénérer en cas d'accident.
Un bus bouscule légèrement ma voiture en faisant demi-tour. Lors d'un redémarrage, un taxi accélère trop brusquement et me rentre dedans à l'arrière. Bruit de verre brisé. Je descends de la voiture. Pas de dégâts pour moi, le pare-choc a rempli sa fonction, mais le taxi a cassé un phare. Le chauffeur s'engueule lui-même. 
Après un long moment, un policier passe en moto. Nous découvrons plus tard, après une lente progression, qu'un camion arrêté en haut de la côte est à l'origine du bouchon. Panne ? Abandon ? En tout cas, nous avons perdu une heure dans le bouchon. Décidément, ce n'est pas le bon jour, le retard s'accumule...

Nous passons devant l'entrée du cimetière où des petits tas de cailloux servant à la confection des tombes sont empilés. Nous prenons la route de Mengo, mais ô surprise, à la sortie de l'agglomération le bitume a disparu et est remplacé par une piste ! Un panneau nous informe que la route doit être reconstruite en 30 mois par... une entreprise chinoise. Une de plus.
Plus loin, c'est une large piste de terre ocre qui s'offre à nous au lieu de la route goudronnée (route "nationale" mais plus proche d'une départementale française). La forêt d'eucalyptus a été en partie tronçonnée.


 

Au début du parcours, la piste est carrossable mais elle se dégrade rapidement. Il faut noter que bien que les travaux ne soient pas achevés, on croise des grumiers. Ceux-ci défoncent quelque peu la chaussée...


 

Le chauffeur de ce grumier revenant de la forêt fait signe pour ne pas être photographié. Pourquoi ? Il n'assume pas sa participation à la destruction de la forêt congolaise ? Son transport est illégal ? Après l'Amazonie, l'Afrique Centrale possède le deuxième massif mondial de forêts tropicales. Pour combien de temps encore ??
En fait, des concessions ont été accordées aux Chinois par le gouvernement Congolais afin d'exploiter la forêt. Celle-ci couvre environ 65% du pays. Cette nouvelle route semble n'avoir pas d'autre but que de faciliter cette exploitation. Le motif officiel est de reconstruire la route menant à Brazzaville.
Note d'espoir, la RDC voisine vient de réviser en janvier 2009 certaines concessions accordées aux Chinois (pour 25 ans !) car ceux-ci n'ont pas tenu leurs promesses (emplois locaux, construction d'écoles, respect de l'environnement...). La fraude sur la certification du bois est fréquente (coupe dans les réserves nationales) et des arbres hors normes (trop jeunes) sont souvent coupés.
On reproduit les mêmes erreurs qu'à l'époque coloniale où des compagnies (alors européennes) exploitaient des concessions au mépris des populations locales...

Nous voyons un autre camion bondé de passagers, assis à l'arrière, par dessus les marchandises. Ils sont en route pour Brazza ou pour les villes situées sur le long trajet. Un voyage en taxi serait bien sûr beaucoup trop cher... Les pauvres vont subir des conditions de voyage très peu confortables et de plus dangereuses. A nouveau, les passagers font signe pour ne pas être photographiés. Cette fois-ci, pas de cliché.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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