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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 18:25

Le retour de Mengo est impératif avant la nuit ! Vu l'état de la piste, je préfère rouler de jour. Ma hantise est de rester bloqué au milieu de nulle part...  Nous saluons donc les sympathiques villageois et faisons chemin inverse. C'est quand même moins stressant qu'à l'aller, car je repère mieux les passages à éviter. Le dessous de la voiture frotte malgré tout à plusieurs reprises. Un taxi me double. Je le redouble peu après car il s'est arrêté prendre un passager.
Patrice trouve que je bois beaucoup d'eau ! Il me dit ne boire qu'un seul litre par jour. Moi, ce serait plutôt deux.

Patrice me fait part de son désir d'acheter un fruit pour le repas du soir. Nous faisons donc étape à l'orée de l'agglomération ponténégrine. A la limite du chantier de construction de la route se tient en effet un marché "informel". On a l'impression d'une véritable frontière. Je gare mon véhicule entre les camions. L'un des camions est rempli de petits ballots verts. Patrice m'explique que c'est du charbon de bois qui est emballé dans des paquets de feuilles. Les exploitants de la forêt viennent le vendre en ville. C'est un combustible couramment utilisé pour cuisiner en l'absence de gaz et d'électricité.
Certains me regardent  du coin de l'oeil, sans agressivité, peu habitués sans doute à voir un Blanc dans ces lieux. Scène typique de l'Afrique, une femme en boubou porte son enfant dans le dos.
Patrice négocie l'achat d'un ananas auprès d'une vendeuse. Le prix initial de 2500 FCFA est ramené  à 2000. Les ananas sont de bonne taille. Mais il faut aussi choisir un fruit assez mûr !

Nouvelle traversée des faubourgs animés et pauvres des environs de Loandjili et de Pointe-Noire. La nuit commence à tomber. Il faut donc redoubler de vigilance au milieu du trafic pour ne renverser personne. Un bar, le bien nommé "Wake up", crache sa musique et ses lumières. Nous prenons un chemin différent par rapport à l'aller. Patrice me fait passer par le "quartier indigène". Nous passons à proximité d'une petite mosquée (celle des Béninois) et ensuite par le "Grand Marché". Même en cette fin de journée, il y a encore du monde. Je suis contraint de rouler lentement et de faire attention à ne pas accrocher des étals. Il y a notamment un marché aux fripes. Pas le temps de s'arrêter, Patrice doit retrouver un ami chez lui.
Nous retrouvons enfin le rond-point Lumumba et l'avenue De Gaulle. Nous tournons à gauche vers la route de l'aéroport. Je dépose Patrice près de chez lui vers 19h30.
J'arrive bien fatigué vers 20 h à l'hôtel. Quelle expédition ! Stress et fatigue se sont accumulés ces derniers jours.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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10 mars 2009 2 10 /03 /mars /2009 23:09
La route est longue à rouler à 20-30 km/h pendant une quinzaine de kilomètres. Il faut trouver le bon passage parmi les ornières afin de ne pas rester coincé ! A plusieurs reprises la voiture patine, le dessous du véhicule frotte... Je suis stressé par ces conditions de circulation, avec ce véhicule inadapté. A mi-chemin, nous remarquons une base logistique chinoise (les panneaux couverts d'idéogrammes sont sans ambiguité).

Certains trouvent que je ne roule pas assez vite et me doublent, parfois en prenant des risques inconsidérés, vis à vis des véhicules venant dans l'autre sens. C'est le cas d'une voiture rouge conduite par un congolais, avec un autocollant "CH" à l'arrière. Quelques centaines de mètres plus loin, je la retrouve embourbée ! Quelque part cela me fait plaisir... Je m'arrête avant la zone délicate, Patrice jette un oeil à l'état de la piste et nous décidons de bifurquer à droite. Bon choix, nous passons sans trop de mal ! Nous arrivons enfin au village, après avoir pris un chemin "valonné", à sens unique pendant quelques dizaines de mètres.

Le petit village est défiguré par la piste élargie. Patrice ne reconnait pas le site tel qu'il l'avait gardé en mémoire. Il n'a pas mis les pieds ici depuis 25 ans ! Déception...


Nous mettons pied à terre. Il est temps car je commençais à fatiguer, moi qui ne suis guère habitué à ce genre de baroud... Patrice reste zen.
Quelques enfants, ignorant le danger, jouent au foot sur le bord de la route. La camionnette du boulanger passe et klaxonne. Cela a un petit air de ruralité française !


Nous engageons la conversation avec un "ancien" assis devant sa maison. Quelques instants après, deux, puis trois villageois se joignent à nous. Les animations sont rares...
Un groupe de jeunes enfants arrive des habitations d'à côté. Ils me sourient et ont l'air d'entamer une sorte de jeu de cache-cache. L'ancien m'explique qu'ils me prennent pour un Chinois ! Il me raconte que parfois des ouvriers chinois s'arrêtent pour jouer avec les enfants. Sans doute sont-ils nostalgiques de leur famille située à plusieurs milliers de kilomètres et abandonnée pendant plusieurs mois.
Je demande l'autorisation de photographier les
enfants. En dépit de la misère, ils sont souriants. Ils semblent bien nourris.



Quand nous évoquons le chantier en cours, le vieux sage nous dit que l'avis des villageois n'a pas été demandé pour l'élargissement de la route. Il déplore que cela ne permette pas aux habitants du coin de travailler. Le chantier a été confié à des Chinois ou à des sous -traitants. Rien pour la population locale... Il s'interroge sur les cotisations retenues sur les salaires. Quelqu'un en tira-t-il un quelconque bénéfice ? Les caisses de retraite sont-elles correctement gérées ?
Il raconte que son père avait participé vers 1930  à la construction de la ligne de chemin de fer Pointe-Noire Brazzaville (CFCO).  Le travail forçé était de mise.  L'histoire se répète t-elle avec un autre colonisateur ? Certains font écho de révoltes d'ouvriers Congolais contre des contremaîtres Chinois.
L'ancien dénonce également les pratiques de pêche catastrophiques des Chinois. Le poisson se raréfie. Enfin, il s'interroge sur la destination de l'argent du pétrole. La ville de Pointe-Noire est bien sale... Où va donc cet argent ?

Patrice évoque avec les autres hommes, la vie du village qui était nettement plus animée autrefois. Des petits bars permettaient aux habitants et aux personnes venues de la ville de se distraire un peu. Plus rien aujourd'hui ! Je photographie une inscription murale, "
A la petite buvette de la campagne", vestige d'alors.



Pendant que nous discutons, un homme escalade un palmier, pieds nus et une corde autour de la taille. Avec sa machette, il coupe quelques branches et récupère un fruit caché dessous : la noix de palme. Je suis épaté par sa dextérité.



La noix de palme permet d'obtenir de l'huile de palme à partir de la pulpe. Le fruit contient un noyau très dur ("coque"). A partir de l'amande du noyau, on peut aussi fabriquer de l'huile, appelée "huile de palmiste".
Enfin, en faisant fermenter la sève de l'arbre, on élabore une boisson alcoolisée appelée "vin de palme". Celui qui récolte et prépare le vin de palme est le "malafoutier", terme presque inconnu en France. Cela vient du mot "malafu" signifiant boisson (alcoolisée) en langue bantou.

Les premiers colons observaient déjà la même scène il y a plus d'un siècle, comme le montre cette carte postale ancienne (source : BNF ; avant 1907).

 
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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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