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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 20:00

On me pose souvent la question, alors qu'est ce que tu as vu comme animaux au Congo ? Les médias véhiculent encore l'image idyllique de l'Afrique des grands espaces, avec les grands mammifères (éléphants, zèbres, girafes, buffles...), vivants dans une savane de carte postale.

 

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Chasse à l'antilope au Congo français (carte postale vers 1910 - G. Giraud)

 

Force est de constater que nombre d'espèces animales ont disparu des paysages congolais. Au quotidien, la plupart des Congolais ne voient pas plus d'animaux sauvages que les Européens. 

Je dirais même que les plus chanceux des enfants européens, qui ont visité zoos et parcs animaliers, ont vu plus d'animaux d'Afrique que les enfants de Brazzaville ou de Pointe-Noire.

 

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Chasse à l'hippopotame au Congo français (carte postale vers 1910 - G. Giraud)

 

La chasse à grande échelle est la principale raison de la quasi-disparition de certains animaux au Congo. L'introduction par les européens des armes à feu modernes en grand nombre, à compter de la colonisation active du continent africain dans les années 1870-1900, a sonné le glas des grands mammifères de la brousse.

 

 

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Retour de la chasse au lion en AEF (carte postale vers 1940)

 

A titre d'exemple, éteint dans 26 pays, en un siècle, le lion a ainsi disparu de 80% de son territoire d’origine.

Fini le temps où des familles de chimpanzés ou de gorilles traversaient les pistes du Mayombe sous le nez des voyageurs. Spectacle encore fréquent dans les années 1950.


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Gorille tué dans un village de Haute-Sangha (carte postale vers 1910 - CD) 

 

Pendant des décennies, c'est à qui veut son trophée et vivre le grand frisson en affrontant la faune locale. Mais la lutte est devenue bien inégale et laisse peu de chance à la bête traquée, contrairement à la chasse traditionnelle.

Bien entendu, la chasse était pratiquée depuis des millénaires avec arcs, flèches, sagaies et pièges de toute sorte.

 

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Petit léopard tué à la chasse (carte postale vers 1900 - CFCO)

 

Pendant la période coloniale, c'est à qui veut sa photo à côté de la bête vaincue, voire même sur la bête vaincue ! Comme ce colon grimpé sur un éléphant mort au Gabon.

On tue parfois pour se défendre de l'attaque d'une bête sauvage. Mais les Européens chassent rarement les gros animaux pour la viande. Il l'offre aux autochtones, ravis d'en profiter. 

 

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Chasse à l'éléphant au Gabon (carte postale vers 1930 - Missions évangéliques)

 

Ainsi, les clichés de cadavres d'animaux pullulent dans les cartes postales des années 1900-1950. On fait parfois poser les enfants Noirs aux côtés des cadavres de chimpanzés...

 

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Chimpanzé mâle tué au Congo français (carte postale vers 1900 - Visser)

 

On croit la ressource sans fin et on tue sans compter... Il y a d'autres victimes que les mammifères terrestres, par exemple on pêche le machoiron à la dynamite !

 

Même les religieux participent au massacre et prennent la pose assis sur leur imposante victime...


Pourtant, certains avaient pressenti le danger. Georges Brousseau, administrateur colonial et compagnon d'exploration de Brazza, écrivait ainsi en 1925, parlant d'une espèce de bœuf du Gabon : " On les retrouve encore aujourd'hui dans ces parages, moins nombreux cependant, à cause de la venue des chasseurs civilisés, ces grands destructeurs d'espèces, plus dangereux que les pires fauves, qui en ont fait depuis quelques années de véritables hécatombes avec les armes à feu modernes ".


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Hippopotame tué par un Frère de la mission de Loango (carte postale vers 1920)

 

Après les indépendances, les africains poursuivent la décimation, seuls, ou avec des invités avides de pratiquer leur "sport" favori.

Exemple récent, celui du roi d'Espagne, chassant l'éléphant au Botswana. Le comble étant qu'il était président d'honneur de la branche espagnole du WWF (association mondiale de protection de la nature) !! Titre dont il a été déchu, après que l'affaire soit dévoilée, suite à son accident de chasse...


Les mentalités n'évoluent guère (j'ai entendu au Congo "les animaux ne peuvent pas disparaître, puisque c'est Dieu qui les a créés !") et dans le contexte de misère, comment reprocher aujourd'hui aux Congolais de chasser pour manger, contrairement à la plupart de leurs prédécesseurs.

 

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Nature
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 18:30

Notre départ de Mossendjo a lieu vers 18h30 alors que le soleil disparait derrière les arbres. A la sortie de la ville, un jeune motocycliste brandit un pangolin qu'il vient de capturer.

Par curiosité, Manu demande le prix. C'est 3 000 FCFA ou 3 Euros nous dit-il. Cela fait rire notre chauffeur, car les deux montants ne sont pas équivalents ! Mieux vaudrait l'acheter en euros.

 

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Coucher de soleil à Mossendjo (© Truuuc)

 

Après deux petites heures de route, nous effectuons une courte pause, la bière faisant son effet...

La brousse, si étrangement calme le jour, résonne du crissement des insectes. Quel vacarme !

 

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Pause dans la brousse (© Truuuc)

 

Nous ne pouvons plus profiter des beaux paysages du Niari, une pénombre dense recouvre de mystère la piste qui défile et la végétation qui danse devant nos phares.

 

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Paysage du Niari entre Mossendjo et Kibangou (carte postale Hoa-Qui - © Bardon)

 

Il serait malvenu de tomber en rade. Je rappelle à Manu de faire attention au traître ralentisseur de Makabana qui nous avait déglingué notre amortisseur...

C'est ici que nous devons faire une halte pour récupérer la commande effectuée à l'aller.

 

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Lampadaires de Makabana (© Truuc)

 

Sans trop savoir comment, nous retrouvons les habitations où nous attendent les villageois. Dans une sombre case en briques, on récupère un gros sac de foufou. L'un des porteurs cherche à gagner un peu d'argent, en me réclamant un billet pour le "transport" du sac jusqu'à la voiture. Je lui donne 500 FCFA, tout en lui disant que je ne suis pas le Crédit du Congo ! Manu a distribué quelques casquettes.

 

Nous prenons aussi en stop un homme prénommé Nandin. Je salue le jeune porteur en lui préconisant de devenir commerçant.

C'est de nouveau parti pour des dizaines kilomètres de piste... Bizarrement, le trajet parait plus facile, les difficultés sont moins visibles, mais pourtant toujours là.

 

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Genette tachetée d'Afrique centrale (© D. De Luca ; archive.fieldmuseum.org)

 

Soudain, je vois dans nos phares, traversant la piste, une sorte de chat sauvage tacheté. Un bref instant aveuglé, il stoppe sa marche puis, bondissant, il disparait rapidement dans la brousse.

Je suggère tout d'abord qu'il s'agit d'un animal proche d'une civette. Manu pense que non, sans être en mesure de m'en donner le nom. Après quelques recherches, il s'agit probablement d'une genette tachetée (Genetta maculata), encore fréquente en Afrique centrale. Le petit carnivore, aux moeurs nocturnes, fréquente une large variété d'habitats, les forêts tropicales, les zones marécageuses, des mosaïques savane-forêt, les broussailles et la savane herbeuse. Cela correspond au paysage traversé. Mais il évite la savane très sèche et les régions vraiment arides.

 

Arrivés à Mila-Mila, nous demandons à notre auto-stoppeur où nous devons nous arrêter. Mais Nandin s'est endormi !

Une fois réveillé, il descend près d'un bar. La musique de l'établissement nous réveille, voilà aussi quelque temps que nous n'avions pas vu de lumières électriques.


Il est environ 22h15. Notre présence est vite repérée... Au moment de repartir, nous subissons un contrôle du service des Eaux et Forêts, accompagné de la gendarmerie. Un agent nous reproche de ne pas nous être arrêtés à l'aller... Aucun signe ne nous avait été fait !

Manu discute avec les agents et nous demande de patienter dans la voiture. Après quelques coups de lampe torche, la vérification du coffre, comme nous ne sommes pas des braconniers, nous repartons sans souci.

 

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Antilope du Congo (carte postale vers 1910 © Visser)

 

Après Mila-Mila, la piste est plus facile. Après quelques kilomètres, Manu, fatigué, passe le volant à Aurélien. 

Cette fois, sur le trajet, je vois une petite antilope surgir d'un buisson. Dépourvue de cornes, elle présente un pelage fauve rayé de blanc. La nuit est propice aux rencontres animalières ! 

 

sitatunga-femelle-petit 

Femelle Sitatunga et son petit (© RayMorris1 / flickr - 2011)

 

Il s'agit probablement d'une femelle antilope Sitatunga (Tragelaphus spekii). Seul le mâle au pelage brun possède des cornes.

C'est une espèce qui fréquente la végétation dense des marécages, les clairières marécageuses dans les forêts, les bosquets riverains des cours d'eau, et les mangroves. Ainsi, on l'appelle aussi "Guib d'eau". Dans les milieux de savane, le Sitatunga se trouve généralement dans de vastes peuplements de papyrus ou de roseau.

La femelle atteint 80-90 cm au garrot pour environ 55 kg, contre 100-120 cm pour le mâle et environ 90 kg. Le Sitatunga est nettement plus petit que son cousin le Bongo (Tragelaphus eurycerus).

 

A l'entrée de Dolisie, Manu reprend le volant. Il s'était assoupi quelques instants pour un repos bienvenu. Nous arrivons vers 00h30 à l'hôtel...

Il veut alors aller manger une boîte de conserve ! Les restos de Dolisie sont bien sûr tous fermés à cette heure tardive. Nous déclinons l'invitation. Au lit ! Demain une autre rude journée s'annonce...

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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