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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 15:00

Le samedi après-midi, je pars avec Patrice en direction de Diosso, au Nord de Pointe-Noire. Nous passons brièvement chez lui. Visiblement, il s'agit de montrer à son épouse qu'il va bien se promener avec un "Blanc". En fait, je pense que sa femme ne le croyait pas !
Nous mettons pas mal de temps à sortir de la ville en traversant ses faubourgs animés. Passé le péage de Lemba où je débourse 500 FCFA, nous empruntons la Nationale V. Contrairement aux rues de Pointe-Noire, la route est en bon état, à l'exception de quelques zones en travaux.
Nous traversons une forêt d'eucalyptus. Je m'arrête prendre une photo, devant ce paysage inhabituel pour moi... Loin de l'agitation citadine, un sentiment de sérénité se dégage du lieu.



Forêt d'eucalyptus

 

Les grands arbres (ils atteignent facilement 30 mètres) fins et droits se dressent sur des centaines de mètres. L'écorce lisse a un aspect satiné. Il s'agit en fait d'une plantation et non d'une forêt naturelle ! Cet arbre à croissance rapide, au bois dense et régulier, est exploité pour fabriquer de la pâte à papier.

Arrivés à l'entrée de Diosso, nous demandons notre chemin à un paysan. Celui-ci monte promptement dans la voiture et nous guide jusqu'au musée, perdu au bout d'un chemin de sable, dans une clairière. Je donne un pourboire à notre guide improvisé qui repart aussi sec.
Nous sommes chaleureusement accueillis par le conservateur et son adjoint. Je plaisante sur le fait que c'est moi qui ai parcouru 6 000 km, qui fait découvrir à Patrice le musée situé à 25 km de chez lui !
Le musée est une bâtisse des années 50 construite pour héberger le Roi. Elle peut sembler bien modeste à un occidental, mais dans le contexte congolais de cette époque, il était très rare de posséder une habitation "en dur".
Le Roi Moé Poaty III y séjourna de 1952 jusqu'à sa mort en 1975. Après une période d'abandon, l'ancien Palais Royal fut transformé en musée "Mâ Loango" en 1982 (le terme mâ signifiant "roi").


Le Mâ Loango, Moe Poati III

 

Le Roi de Loango porte fièrement sur ce portrait (visible au musée de Diosso) son calot de l'armée française. Il fut décoré de la Légion d'Honneur.


Il s'agit en fait d'un site très ancien et sacré, car les rois de cette dynastie se sont succédés sur cette terre depuis le début du 17ème siècle. Le Royaume de Loango (qui était à cheval sur le Gabon, le Congo et le Cabinda, actuelle enclave angolaise) porte le nom du port de l'époque donnant sur l'Atlantique. La ville de Diosso située sur le plateau était la capitale.
Pointe-Noire n'était alors connue que comme un simple lieu de débarquement, sous le nom de "Ponta Negra". Ce nom a été donné par les marins portugais, à cause notamment d'un rocher noir et pointu situé à cet endroit (j'en apprendrai plus sur ce sujet ultérieurement, cf Les origines : de Ponta Negra à Pointe-Noire... histoire de cartes et articles suivants).





Entrée du musée
 


Nous découvrons à l'intérieur du musée une exposition sur la Traite des Noirs et l'esclavage. Il s'agit des panneaux de l'exposition réalisée en 1995 par la ville de Nantes. Je souligne auprès de mes interlocuteurs que c'est l'une des rares villes françaises à avoir assumé son passé et son rôle dans le "Commerce Triangulaire". Il est vrai que ceci est très peu glorieux, mais plusieurs ports français se sont enrichis grâce à ce juteux  trafic.
Le conservateur aborde sans tabous ni ressentiment les différents aspects de la Traite des Noirs. Il évoque clairement le rôle joué par les "courtiers". Il s'agissait d'Africains qui capturaient des individus d'autres tribus à l'intérieur des terres puis les "vendaient" aux Européens. Un courtier congolais, armé d'un fusil et portant un bel habit, figure en bonne place parmi les illustrations. En fait, les courtiers échangeaient ces hommes, ces femmes et ces enfants contre de la verroterie, des colifichets, de la vaisselle... Quelques exemplaires de cette sinistre monnaie d'échange sont exposés.





Marchandise de Traite



Le transport, le marché, la vie des esclaves aux Amériques et aux Antilles sont évoqués. Le conservateur rappelle que le "Code Noir" établi par Colbert à l'époque de Louis XIV, considérait les esclaves Noirs comme des meubles... Enfin, le long combat contre la Traite et l'esclavage au cours des 18ème et 19ème siècles est abordé. Patrice est ému en découvrant cette période sombre de l'Histoire. Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a quelques décennies seulement, cette visite et ce dialogue avec ces trois congolais n'auraient jamais eu lieu.
Un colloque de l'UNESCO a estimé que plus de 2 millions d'esclaves ont transité par le port de Loango, en provenance du Congo et des pays voisins. Une valorisation de ce lieu de mémoire reste à entreprendre, comme ce fut le cas pour l'île de Gorée au Sénégal.

A l'arrière du bâtiment principal du musée, se trouvent plusieurs petits logements qui abritaient autrefois les domestiques et les 6 épouses du Roi. Ils sont en mauvais état et à moitié envahis par la végétation.





Cour intérieure et bâtiments annexes



Le musée présente ensuite plusieurs collections d'objets, à travers différents thèmes :
- les outils de travail traditionnels (outils agricoles, forgeron...)
- les parures et vêtements traditionnels (pagne, coiffure, attributs du pouvoir...)
- le mobilier domestique et les ustensiles (vannerie, natte, mortiers et pilons...)
- les armes et pièges traditionnels (sagaie, couteau, arbalète...)
- les monnaies d'échange traditionnelles. Elles sont surprenantes ! Il s'agit de coquillages, d'anneaux métalliques (souvent très lourds), de monnaie en forme d'ancre imposante et de monnaies en... raphia, de forme rectangulaire ou carrée.
- les moyens de transport et de communication (pirogue, tambour à fente, tambour à membrane...)
- les instruments de musique traditionnels (harpe, tambours, tchikunda...)

La partie qui a le plus retenu mon attention est la collection d'objets de culte traditionnels. La sculpture est en effet le moyen d'expression majeur de la culture ancienne du Congo.
Des statuettes en pierre, masques, figurines en bois, fétiches, guérisseur... forment un bel ensemble (photos à voir dans un prochain article). Certaines sculptures pourraient singulièrement être mises en parallèle avec les sculptures des églises romanes (modillons, chapiteaux), bien que plusieurs siècles les séparent.

Enfin, des documents écrits et des photos de l'époque coloniale complètent l'exposition. A ce sujet, le bâtiment de la Poste coloniale me vaudra par la suite quelques ennuis... Les cartes anciennes et documents d'époque proviennent des occidentaux, car au Congo, comme pour les autres civilisations d'Afrique Noire, la transmission culturelle était orale et non pas basée sur l'Ecrit.

Au cours de notre visite, trois enfants du village nous ont rejoint, attirés par cette "animation". Ils poseront fièrement devant le canon ayant servi pour l'intronisation en 1931 du Roi Moé Poaty III.




Canon d'intronisation du Roi / Enfants de Diosso

 


Lors de notre départ, le plus téméraire des enfants tendra la main pour avoir une petite récompense. Bien entendu, j'en donnerai une aux deux autres positionnés en retrait. Ont-ils la chance d'aller à l'école ?  Ce n'est pas certain. Le taux de scolarisation a fortement chuté lors de la guerre civile (moins de 50 % des enfants étaient scolarisés). Il est aujourd'hui de l'ordre de 78 %.

C'est l'heure de fermeture du musée. Je paye les deux entrées et j'achète le guide du musée. Je laisse quelques mots sur le livre d'or pour encourager nos interlocuteurs à poursuivre leur travail de conservation du patrimoine congolais. C'est d'autant plus nécessaire que les musées de la région du Pool ont été pillés pendant la guerre civile.
Nos deux guides étant venus en taxi, c'est donc moi qui les ramène à Pointe-Noire ! Je ne vais quand même pas les abandonner en pleine nature, et puis c'est toujours un transport d'économisé pour eux.
Il faut de nouveau traverser les faubourgs agités de Pointe-Noire. L'artère principale est plongée dans le noir. Point de réverbères ce soir ! Seules les enseignes des magasins et notamment celles des banques éclairent de leur lumière vive la nuit tombante. Il faut être prudent pour ne pas écraser de piétons, souvent difficiles à voir...


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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:00

Samedi 11 octobre

C'est une belle journée ensoleillée ! Dès le matin, je fais une promenade sur la plage. Je tombe rapidement sur une tortue marine, échouée sur la plage. Elle est malheureusement morte et commence à se décomposer...

Tortue olivâtre échouée
(environ 75 cm de long)

 
D'après la taille, la forme et la couleur, il s'agit d'une tortue olivatre (même si elle est brune !). Les côtes du Congo et du Gabon sont un lieu de reproduction important pour plusieurs espèces de tortues marines. Les tortues viennent pondre dans le sable, souvent la nuit, et repartent vers l'océan.

De quoi a t-elle été victime ? Visiblement pas d'une attaque sur la plage, car elle n'a pas eu la tête fracassée. J'apprendrai ensuite de plusieurs sources qu'une société chinoise pratique au large la pêche à la dynamite. Beau respect de l'environnement ! Ce type de pêche tue sans distinction les individus de tout âge et de toutes espèces.




J'aurai préféré assister au charmant spectacle de l'éclosion de petites tortues courant vers la mer ! Il s'agit ici d'une tortue luth fraîchement née (merci Abbas pour la photo).


Je poursuis ma promenade... Les restaurants fréquentés par les étrangers se succèdent le long de la plage, étalant leurs terrasses et leurs paillotes ; pour les plagistes plus modestes, de simples tables sous des parasols font l'affaire.



Plage_parasols.jpg

 

Je marche jusqu'aux vestiges du Wharf. Quelques jeunes se baignent ou font des cabrioles à proximité.

Wharf de la Côte Sauvage


J'échange quelques mots avec eux.  Certains me font part de leur désir de partir en Europe... "C'est trop la galère ici" est l'expression fréquemment employée. Je leur explique que ce n'est pas si simple, que le voyage est long et risqué, que la vie de clandestin n'est pas facile. L'un deux me raconte que l'un de ses amis est parti en se cachant dans un bateau transportant des grumes. Pas facile de survivre pendant plusieurs semaines, caché au milieu des troncs d'arbre pour échapper aux rondes... Combien de candidats au départ n'arrivent pas à destination ?
Ils m'expliquent que pour avoir du travail au Congo, il faut avoir des relations (l'un est maçon, l'autre mécanicien). De nombreux chantiers de construction émaillent la ville de Pointe-Noire, mais visiblement cela ne suffit pas pour faire face à la demande d'emploi. Mes interlocuteurs m'indiquent qu'ils viennent à pied des villages environnants.

A l'issue de ma promenade, j'aurai mon premier coup de soleil. On se fait toujours avoir par la brise marine qui diminue la sensation de chaleur !

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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