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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 17:00

Nous prenons la direction de la gare de Mossendjo, qui est excentrée, à environ 3 km de Mossendjo-poste.

Godefroy dit à Manu de faire attention, car ici de nombreux deux-roues commettent des imprudences. La veille, au volant de son camion avec l'un de ses collègues, il a eu des ennuis... Un scooter transportant 4 personnes a perdu le contrôle, alors qu'il arrivait sur cette piste étroite. Suite à cet accident sans gravité, il a été pris à partie par la population du quartier de la gare. Selon son expression, il a été "pris en otage" et a dû faire appel au capitaine (de gendarmerie ?) pour être "libéré". Ce genre de situation est toujours délicate et certains se font lyncher par une foule en colère... Pas si cool que cela la vie à Mossendjo !

 

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Gare COMILOG de Mossendjo (© FabMoustic)

 

C'est vrai que la piste est sinueuse et étroite, guère adaptée pour la cohabitation entre un camion et les autres véhicules. Nous contournons la voie ferrée par le haut, tournons à gauche pour traverser les voies. Manu remarque près du passage à niveau, une femme habillée en pagne qui possède... un téléphone portable. Il est surpris par cette modernité qui est arrivée jusqu'au fin fond du Niari !

 

Nous stoppons notre véhicule face à la gare. Le soleil commence à décliner. Les lettres rouges "Mossendjo" sont bien délavées et le bâtiment allongé, peint en marron et jaune, n'a rien de particulier. Il a dû être construit vers 1960 avec le chemin de fer COMILOG.

 

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Voies ferrées en direction de Mossendjo-poste (© FabMoustic)

 

Par contre, le nombre de voies est impressionnant. Il y en a six ! Une rase pelouse agrémentée de quelques détritus recouvre les voies.

Notre arrivée ne passe pas inaperçue et deux hommes de la gare traversent les voies pour venir nous voir.

 

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Voies ferrées en direction de Mbinda (© Truuuc)

 

L'accueil est amical et nous échangeons quelques mots. L'un d'eux est fier de nous dire qu'il est le chef de gare. Pas d'interdiction de photographier évoquée, contrairement à d'autres lieux.

Près de nous, quelques grosses ferrailles pourrissent. L'endroit est calme et l'activité ne semble pas débordante.

 

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Chemin de fer COMILOG et CFCO (© Joncheray - Université de Provence - 2009)

 

Le chemin de fer COMILOG a été exploité pendant près de 30 ans pour transporter le manganèse extrait de la région de Franceville, au Gabon, à Moanda. La voie ferrée rejoint celle du CFCO et Pointe-Noire, port ouvert sur l'Océan Atlantique.

L'exploitation de cet important gisement de manganèse par la Compagnie minière de l'Ogooué (COMILOG), une société française, a débuté en 1953. La situation géographique de la mine, au milieu du pays, rendait problématique le transport du minerai. La COMILOG a donc fait construire spécifiquement dans ce but, entre 1959 et 1962, une voie de chemin de fer. A l'époque, aucun problème, les deux territoires issus de l'AEF collaboraient.

 

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Extraction de manganèse à Moanda, Gabon (carte postale, vers 1980 ?)

 

L'exploitation de cette ligne a subitement cessé en 1991. Un terrible accident provoque la mort d'une centaine de personnes, lors de la collision d'un train de voyageurs avec un train COMILOG, le 5 septembre 1991 à Mvoungouti.

Le contexte a également changé. Désormais depuis 1986, le chemin de fer Transgabonais (669 km) permet depuis Franceville de rejoindre la côte à Owendo (près de Libreville). Plus besoin de passer par le Congo !

 

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Cases COMILOG détruites (© FabMoustic)

 

L'accident n'est peut-être qu'un prétexte pour opérer un revirement stratégique... Au delà du fait d'être indépendant du Congo, la nouvelle voie gabonaise avec un écartement "normal" (1,435 m contre 1,067 m pour la voie congolaise, standard adopté historiquement dans la perspective de se connecter avec le Congo belge et les colonies anglaises en Afrique) permet un transport de charge plus important. En tout cas, près de 900 cheminots congolais sont licenciés en octobre 1992, sans toucher la moindre indemnité.

La COMILOG, devenue filiale du groupe français Eramet en 1996, négocie finalement un accord en 2003 avec les gouvernements du Congo et du Gabon. En règlement du contentieux, un chèque de 1,8 million d'euros est versé au Trésor Public congolais. Mais les cheminots ne touchent toujours rien...

La sombre affaire, portée devant les Prud'hommes français à partir de 2007, n'a toujours pas trouvé d'issue en 2012, le tribunal s'étant déclaré incompétent pour juger le conflit.


Les "cases" COMILOG détruites qui longent la voie ferrée à Mossendjo reflètent cet abandon de la ligne.

 

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Case de passage CFCO à Mossendjo (© FabMoustic)

 

Depuis, la ligne COMILOG est gérée par le CFCO, qui a bien du mal à entretenir son réseau vieillissant, et dont l'activité a été soumise aux aléas de l'histoire récente du Congo.

A Mossendjo, au-dessus de la gare, il y a la "case de passage" CFCO. Charmant clin d'oeil à la tradition ancestrale de réserver dans les villages une case aux voyageurs de passage.

 

Sources :

http://www.rfi.fr/

http://www.lexpress.fr

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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 16:50

Nous retournons à la station service, où quelques moutons viennent paître l'herbe tendre. Super, l'amortisseur est réparé ! Je remercie les mécaniciens.

 

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Moutons derrière la station service (© Truuuc)

 

Mais il nous faut trouver du carburant. Avec l'aide de Godefroy qui vient de nous rejoindre, nous filons vers un premier contact. Après quelques bifurcations, nous nous arrêtons devant un petit bistrot où quelques hommes sont accoudés au comptoir d'une cabane en planches.

Hélas, le contact déclare que la "réserve" est à sec... Demi-tour, Godefroy nous conduit vers un second contact, dans un autre quartier. Bien entendu, plus de bitume, mais des sentiers de terre battue.

 

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Habitation de Mossendjo (© FabMoustic)

 

C'est un quartier populaire constitué de petites maisons en brique, certaines enveloppées dans un cocon de végétation, agrémenté de quelques fleurs qui ressemblent à des cannas rouges. Les palissades de tôles, moins esthétiques, font aussi partie du paysage. Contraste toujours marquant, la parabole marquée du logo d'une chaîne payante française pousse sur certaines habitations. 

 

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Enfants de Mossendjo (© FabMoustic)

 

Godefroy négocie quelques instants avec son contact. 

Je distribue quelques bonbons et stylos à trois petits garçons du voisinage. Au delà de la timidité, la communication n'est pas évidente, j'ai l'impression qu'ils ne parlent pas français. En tout cas, je ne comprends rien aux quelques mots qu'ils échangent entre eux.

 

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Godefroy et le 4x4 (© FabMoustic)

 

Le prix négocié est de mémoire raisonnable, je ne me souviens plus trop, nous avons dû acheter environ 25 litres d'essence.

Je ne sais pas si ce commerce parallèle est bien légal, mais cela nous dépanne ! Enfin, cela peut aussi s'avérer dangereux de stocker du carburant chez soi. Il fait chaud sous l'équateur et les vapeurs d'essence ne demandent pas grand chose pour s'enflammer.

Nous sommes en tout cas libérés d'un poids, nos problèmes logistiques sont réglés ! Godefroy veut nous faire découvrir un autre quartier.

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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