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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 16:45

Pendant que l'amortisseur est réparé, je m'approche d'une grande maison d'allure coloniale, située juste en dessous de la station service.

Elle est jouxtée d'un superbe flamboyant dont l'ancienneté ne fait pas de doute et dont la plantation pourrait être contemporaine de la construction de la maison.

 

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Maison coloniale de Mossendjo et le flamboyant (© FabMoustic)

 

Le sentiment de l'appartenance à l'époque coloniale est renforcé par la présence de deux sapins, arbres exogènes au Congo, et inconnu ici avant l'arrivée des français.

J'interroge deux jeunes hommes qui s'affairent sur le côté droit de la maison, mais ils sont incapables de me donner la moindre information quant à l'histoire du lieu. A gauche, sont stationnés quelques véhicules de la ville de Mossendjo.

 

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Façade du pavillon colonial et sapins ( © FabMoustic)

 

Le pavillon me rappelle ceux du poste de Loudima (cf Loudima : découverte du centre "historique" ), mais parait un peu plus récent. Etait-ce l'habitation d'un administrateur, le siège du poste de Mossendjo, la simple maison d'un colon ? Mystère.

Un administrateur français résidait en tout cas dès 1911 à Mossendjo. Sans doute au début dans une construction couleur locale, avant d'avoir un édifice "en dur".

 

Pendant ce temps, Aurélien découvre sur l'avenue la Poste de Mossendjo, SOPECO (Société des Postes et de l'Epargne du Congo). Le bâtiment en béton peint en bleu et jaune est un peu défraîchi.

 

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La Poste de Mossendjo (© Truuuc)

 

Quand il revient, il me demande si je connais des insultes en "congolais", car il a cru être insulté. Je n'en connais pas, et cela m'étonne. Les personnes croisées ont sans doute été simplement surprises de voir un Blanc avec un appareil photo. Aucune manifestation d'animosité à notre encontre à noter à Mossendjo.

 

Sur la pelouse devant la maison coloniale, nous photographions un arbre singulier qui ressemble à un petit palmier.

 

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Faux-Palmier (© Truuuc)

 

Plusieurs spécimens déploient leurs feuilles d'un vert vif et brillant. Certains arbres ont été élagués et dévoilent en leur centre un étrange cône de couleur orange.

 

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Cycas mâle (© FabMoustic)

 

Il s'agit en fait d'un cycas (Cycas circinalis), plante ligneuse gymnosperme, ni palmier, ni fougère arborescente, originaire d'Asie et notamment d'Inde du sud. Il est parfois appelé faux-sagoutier.

C'est l'arbre mâle qui porte en son centre ce curieux attribut orange de forme ovoïde.

 

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Cône orange du cycas mâle (© FabMoustic)

 

Le cône est l'organe reproducteur qui va libérer des sporophylles, excroissances ligneuses qui évoquent celles de la pomme de pin. Il parait qu'à maturité, l'inflorescence mâle est nauséabonde. Ce n'était pas le cas, je n'ai rien senti...

Les arbres femelles ont aussi un organe reproducteur central, mais d'apparence différente, avec plusieurs petits cônes disposés en cercle. 

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 16:30

On attribue d'ordinaire à Louis Antoine Mizon la "découverte" de Mossendjo en 1883, un village préexistant à cet endroit. Il était Lieutenant de vaisseau, son grade rappelant l'époque où la colonie en devenir était sous la tutelle du Ministère de la Marine.

 

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Louis Mizon et ses compagnons de voyage au Congo français (© BNF - don en 1886)

 

Louis Mizon pose vers 1880 avec ses compagnons de voyage, dans ce qui était alors appelé l'ouest africain. Il a seulement 27 ans quand il s'engage aux côtés de Savorgnan de Brazza pour explorer cette contrée encore bien méconnue. 

On le voit accompagné de 11 porteurs (sans doute Congolais ou Gabonais) et de 4 laptots, reconnaissables à leur habit de marin (probablement des Sénégalais). Au cas où on ne le reconnaîtrait pas, Mizon a mis une petite croix sur son torse... Marrant, c'est pourtant le seul Blanc du groupe photographié ! Il n'est pas plus grand que ses porteurs.

 

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Louis Antoine Mizon, 1853-1899 (Image Félix Potin)

 

On cherche à cette époque une voie pour pénétrer le Congo à partir du Gabon, colonie plus ancienne (la colonisation commence à compter de 1839). Brazza explore la voie fluviale en remontant le cours de l'Ogooué, Mizon tente un mixte de voie terrestre et de voie fluviale. 

Au service de Brazza de 1880 à 1883, il se brouille toutefois avec lui, l'accusant de tirer la couverture à lui, notamment au sujet de la fondation de Franceville, située à moins de 200 km à vol d'oiseau au nord-est de Mossendjo.

Fin 1883, Mizon effectue le trajet de Franceville jusqu'à la côte Atlantique (le point d'aboutissement est la factorerie hollandaise de Concouati), en passant par la région de Mossendjo.

De 1890 à 1892, Mizon revient en mission en Afrique centrale. Il explore l'Adamaoua (nord Cameroun) étant chargé d’ouvrir une route entre le Niger et le Congo, par la Sangha (nord Congo). Nommé ensuite administrateur à Madagascar et Mayotte, il se suicide mystérieusement en 1899 dans le bateau qui traverse l'Océan Indien et le mène à son nouveau poste de Djibouti.

 

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Situation de Mossendjo, nord du Niari (© Vennetier - 1966)    

 

Jusqu'au début du 20ème siècle, la région de Mossendjo est isolée, à environ 12 jours de marche de Loango (une "route" a été "ouverte" jusqu'à Franceville, Haut-Ogooué, et nécessite alors 35 jours de marche).

Le Nord-Niari est sous l'influence de diverses populations venues du Gabon, comme les Nzabi, les Bakotas, les Tsangui et les Bapounous. Les populations Bakougnis et Batékés (Tsayi) ont reculé progressivement vers les rives du fleuve Niari. Ce n'est bien sûr qu'un très bref résumé du peuplement complexe de cette région frontalière.

La région est jugée inhospitalière par les européens à cause de son dur climat de forêts humides.

 

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Chasseurs Obamba, région de Mossendjo vers 1930 (© E. Anderson - Arts d'Afrique Noire)

 

La région est ainsi difficilement colonisée... On nomme en 1903 le Père Raphaël Laurent à la mission de Boudianga (située au sud de Mossendjo). Elle est alors considérée comme la plus pénible du vicariat. Ravitaillement difficile, population réfractaire à la "civilisation", site peu attrayant, rien ne motive les colons. Le Père Laurent meurt de fièvres en 1904, à l'âge de 36 ans. La mission de Boudianga ferme peu après en 1906.

 

Le site de Sibakala, à une quinzaine de kilomètres à l'est de Mossendjo, près de la Louessé, figure sur les cartes anciennes. Il est lié à l'implantation de la compagnie concessionnaire Ongomo, qui exploitait le caoutchouc dans la vallée (le nom "Ongomo" est celui d'un peuple du massif du Chaillu).

Des révoltes des populations locales eurent lieu à partir de 1909 contre l'instauration de l'impôt, le cours du caoutchouc chuta en 1913, la répression militaire (appelée hypocritement "pacification") dura jusqu'en 1920. Les villes plus au nord (Mbinda, Franceville) furent également touchées par ces troubles et les exécutions sommaires qui suivirent. Nombre de villageois fuirent dans les forêts et moururent en grand nombre. La démographie de la région en fut fortement affectée.


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Portage du bois, corvée des femmes - Région de Mossendjo vers 1930 (© CAOM)

 

Il faudra attendre les années 1930 pour qu'une nouvelle mission soit fondée, cette fois à Mossendjo même. Mgr Friteau lors d'une tournée en 1931 juge une implantation nécessaire, notamment pour faire face à la "concurrence" des protestants suédois. Une vaste région, de Sibiti à Divénié, n'est pas encore, ou très peu, évangélisée...

Un site favorable est choisi en 1936, à 3 km du poste administratif, sur le plateau de Lifouta. Mais la guerre et l'émergence des Salutistes freinent considérablement la volonté d'expansion des catholiques dans cette zone. Les Pères Molager et Bogner, avec le Frère Eloi Jaouen, furent les pionniers de cette mission.

 

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Chapelle du poste de Mossendjo (vers 1960 © Guy Pannier)

 

Au poste de Mossendjo, on fonde également une chapelle en 1955. Elle sera plus tard dotée d'un clocher (construit devant le pignon où se situent les portes d'entrée) et agrandie par l'adjonction de deux bas-côtés à la nef principale. C'est en fait l'église que j'ai découverte à mon arrivée à Mossendjo (cf Arrivée : découverte de Mossendjo !).

 

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Vente de peaux d'antilopes au marché de Mossendjo (vers 1940 © CAOM)

 

Mossendjo, qui a été préfecture de la Nyanga-Louessé, s'est développée entre 1950 et 1990 autour des activités liées à l'exploitation forestière (notamment le limbo et l'okoumé ; entreprises Socobois, Foralac) et agricole (arachide, manioc, banane, café, cacao...), et à la voie ferrée COMILOG (transport du manganèse, et aussi de l'uranium de la COMUF). Cette région giboyeuse fait également de la chasse une activité importante depuis longtemps. L'économie locale a été plombée suite à la guerre civile à la fin des années 1990, et à la fin de l'exploitation de la ligne par la COMILOG.

La population a fortement augmenté jusqu'en 1992 (16 000 habitants). On trouve toutefois des chiffres très différents quant au nombre d'habitants aujourd'hui. Il serait d'environ 13 000 personnes (INS Congo - pour 2011), d'autres avancent le chiffre de 22 000 ou même 39 000 habitants (CongoPage - estimation pour 2005). Ce dernier chiffre prend sans doute en compte l'ensemble du district de Moutamba, et pas la seule commune de Mossendjo. Ce serait donc de toute façon la 2ème ville du Niari (après Dolisie).

La ville a été dotée d'un aéroport secondaire et d'infrastructures scolaires et sanitaires.

 

 

Sources principales :

http://www.brazza.culture.fr

http://spiritains.forums.free.fr et L'Eglise du Loango 1919-1947 - Guy Pannier - Edition Karthala

http://www.cnsee.org/

http://congopage.com/Mossendjo-une-croissance

http://horizon.documentation.ird.fr

Dictionnaire général du Congo-Brazzaville - Philippe Moukoko - Ed. L'Harmattan.

Louis Mizon - "Note pour accompagner les cartes du fleuve Ogôoué", Bulletin de la Société de géographie de Paris, 7e série t. 7, 1886, p. 553-562

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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