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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 18:30

Un fidèle lecteur m'a envoyé un petit article évoquant le souvenir de son aïeul au Congo, il y a plus d'un siècle. Il s'agit de la mise en place du premier service de pigeons voyageurs à Brazzaville. A l'heure d'Internet et des moyens de communication modernes, cela parait bien désuet. Mais les pigeons voyageurs étaient des messagers efficaces, qui furent notamment employés en Europe au cours des deux Guerres Mondiales.

Gabriel de Mostuéjouls vers 1900 (d'après le Monde Illustré)

Gabriel de Mostuéjouls vers 1900 (d'après le Monde Illustré)

Le commandant Raynaud effectue en 1907 avec Gabriel de Mostuéjouls, dans les environs de Brazzaville, les premiers essais d'envoi postal par pigeons, sous l'égide de la Société de Géographie.

 

​Le contexte local est alors le suivant : " La création des relations télégraphiques et postales est le premier souci de toute administration coloniale s'implantant dans un pays neuf, beaucoup plus étendu que la France, et relativement peu peuplé. La télégraphie ordinaire, très couteuse à établir, traverse de vastes espaces où son entretien et sa protection sont extrèmement difficiles à assurer. Les indigènes malveillants ou ignorants l'interceptent souvent ; parfois aussi les animaux, les éléphants en particulier, s'attaquent à une ligne et la détruisent méthodiquement en déracinant les poteaux sur de longs parcours. Dans ces conditions, le nombre de lignes télégraphiques est forcément très limité en raison des frais anormaux qu'elles occasionnent et du personnel technique que nécessitent leur entretien et leur service ".

Voilà le décor planté ! Il est évoqué ici la totalité du Congo français d'alors, et pas seulement le Congo Brazzaville d'aujourd'hui.

Par conséquent : " A défaut de moyens de transmissions perfectionnés, il a été fait appel à un mode de correspondance, en apparence seulement, primitif et surrané : le pigeon voyageur ".

Le colombier de Brazzaville vers 1907 (© Sté de Géographie)

Le colombier de Brazzaville vers 1907 (© Sté de Géographie)

L'article nous apprend que le pigeon voyageur peut parcourir de longues distances. De 60 à 70 km en une heure, et avec de l'entrainement, pour un bel athlète, de l'ordre de 1 000 km en une journée !

Ceci est plutôt du domaine de l'exploit, qui ne peut pas se renouveler chaque jour. Le trajet journalier "raisonnable", est un parcours de 200 km effectué en 2h30. L'idée qui germe est donc l'implantation de colombiers, espacés chacun de 200 km. Le message à transporter passerait donc d'un pigeon à l'autre, et en dix heures, on peut espérer que les 1 000 km soient franchis !

" Tel est le fonctionnement de cette poste aérienne dont l'emploi ne nécessite aucune connaissance technique compliquée et dont le service sera très largement assuré par un personnel restreint : deux colombophiles par colombier. Un pigeon porte aisèment en papier pelure une longue lettre de six pages écrite sur le format écolier. Si le message est écrit en deux exemplaires portés par deux pigeons lâchés séparément, les chances de pertes sont nulles. " 

Voilà le programme postal du Commandant Raynaud. Il met en place un premier colombier à Brazzaville, grâce aux subsides du Ministère de la Guerre, de celui des Colonies et avec l'aide de la Société de Géographie.

" Les nouvelles récentes qui arrivent du Congo confirment toutes les espérances, et les expériences qui s'y poursuivent sur l'emploi des pigeons-voyageurs donnent des résultats de plus en plus satisfaisants. L'administrateur de Mostuéjouls est parti de Brazzaville en septembre dernier emmenant 10 volatiles, et après cinq jours de marche, du marché de M'Koï Euoka, à environ 100 kilomètres au nord de Brazzaville, on recevait de ses nouvelles, bien que les pigeons n'eussent jamais été entrainés dans cette direction. " [...] " Le commandant Raynaud estime que ce service sera complètement organisé en juillet 1908."

 

Source : revue "A Travers le Monde" - n°1 du 4 janvier 1908.

 

 

Bien sûr, l'élévage des pigeons existait traditionnellement au Congo (cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-loudima-poste-village-110937605.html) avant l'arrivée du colonisateur français.

 

Les pigeons de Brazzaville et Gabriel de Mostuéjouls

Un peu d'histoire...

 

Gabriel de Mostuéjouls est né le 28 mai 1862 à Toulon. C'est le fils du Comte Dieudonné de Mostuéjouls, famille noble fort ancienne, originaire du village du même nom, dans l'Aveyron.

Il est arrivé en Afrique en 1892 comme mécanicien.

Nommé "chef d’exploration" au Congo français, il participe en 1899-1901, aux côtés d'Emile Gentil à la Mission Congo-Tchad. Ce dernier le qualifie de "vieil ami".

Il devient chef de poste de "Tounia" au sud du Tchad (futur Fort-Archambault) et est commandant du " Léon Blot ", bateau lui permettant alors de naviguer tant bien que mal sur le fleuve Chari. C'est un bateau à vapeur démontable, qui a ainsi pu rejoindre en "pièces détachées" le cœur de l'Afrique. Il porte le nom d'un compagnon de Savorgnan de Brazza, mort au cours d'une expédition.

Les qualités de mécanicien de Mostuéjouls sont un atout pour mettre en service ce moyen de locomotion fluviale, indispensable aux longs trajets effectués par les missions françaises. Il participe ainsi indirectement à la féroce répression militaire contre le sultan tchadien Rabah (cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-loango-colonial-sultan-niebe-exil-123728502.html).

 

Il est fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1901 (à titre civil), pour " 8 ans et 10 mois de services : services distingués rendus aux missions de l'Afrique centrale et spécialement à la mission Gentil. Titres exceptionnels."

Il devient administrateur colonial en 1904. il quitte le Congo en 1912, en prenant sa retraite " à sa demande et à titre d'infirmités contractées au service " à l'âge de 50 ans.

On voit Gabriel de Mostuéjouls lors de la mission Congo-Tchad, tout à droite sur la photo ci-dessous, aux côtés d'Emile Gentil (cf    http://voyage-congo.over-blog.com/article-rapport-brazza-gentil-congo-accusation-124554764.html).

Gabriel de Mostuéjouls (à droite) aux côtés de Gentil, photographié par Bruel vers 1901 (© BNF)

Gabriel de Mostuéjouls (à droite) aux côtés de Gentil, photographié par Bruel vers 1901 (© BNF)

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 20:14

Après la période d'acclimatation en "savane" à Pointe-Noire (cf http://voyage-congo.over-blog.com/2015/07/congo-ocean-camp-chinois-pointe-noire.html), les ouvriers Chinois arrivés en juillet 1929 à Pointe-Noire furent envoyés dans le Mayombe. C'était leur vocation, le but de leur venue était de concourir à la construction de la voie ferrée, sur le tronçon qui posait le plus de difficultés, celui de la traversée du massif forestier.

Ainsi un "camp Chinois" fut établi dans le Mayombe au km 104, à seulement 2 km de la formation sanitaire de M'boulou (aujourd'hui près du village "Les Saras" cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-mayombe-saras-congo-ocean-116482909.html).

Camp Chinois du km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Camp Chinois du km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

La moitié du contingent fut envoyé au km 104. Mais cela ne fut pas de tout repos... Les ouvriers Chinois firent preuve d'une mauvaise volonté manifeste, d'une "force d'inertie insolente", selon les témoignages de l'époque, et multipliaient les incidents avec l'encadrement. On releva des actes de sabotage...

Si bien que la police fut doublée et les sentinelles reçurent des cartouches !

Au bout de quelques mois, 190 Chinois identifiés comme des "meneurs dangereux" furent rapatirés d'urgence. On craignait l'effet de contagion sur les ouvriers Africains et une révolte dans le Mayombe...

 

Les photos publiées dans la presse coloniale d'alors ne traduisent pas cette situation tendue. On met en avant la qualité de la prise en charge sanitaire (par exemple la distribution de quinine par un infirmier Européen).

Distribution de quinine préventive aux travailleurs Chinois (Presse Coloniale Illustrée 1931)

Distribution de quinine préventive aux travailleurs Chinois (Presse Coloniale Illustrée 1931)

Un an plus tard, c'est un nouveau groupe de 400 Chinois qui fut renvoyé pour "mauvaise volonté incurable" !

C'est donc seulement un petit noyau d'ouvriers Chinois (une centaine) qui entama une troisième année sur le chantier de construction du Congo-Océan.

 

Les promoteurs de l'utilisation de travailleurs Asiatiques avaient vanté leur rendement supposé supérieur à celui des Noirs. Mais ce ne fut pas le cas, et l'encadrement du chantier du CFCO constata que le rendement d'un Chinois entrainé équivalait tout au plus à celui d'un ouvrier Banda ou Sara.

 

Ainsi dès la fin 1930, la presse concluait " Cette main d'œuvre [importée de Chine] qui bénéficie de mesure de protections spéciales et reçoit une alimentation abondante et variée, s'est dans l'ensemble fort bien acclimatée au pays. Mais son prix de revient est beaucoup trop élevée pour que cette source de recrutement puisse être continuée, du moins aux mêmes conditions ".

Camp Chinois du km 104, habitat et ouvriers (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Camp Chinois du km 104, habitat et ouvriers (Courrier Colonial - Décembre 1930)

A leur arrivée au Congo, les travailleurs Africains avaient d'abord pris les Chinois pour des Blancs, mais très rapidement, leur comportement et leur réticence au travail leur avaient fait identifier une catégorie différente d'individus.

Un journaliste témoigne : " Groupés sur certains chantiers, sans contact avec les Noirs qui ne les aiment guère et qu'ils méprisent, les Chinois travaillent allègrement. Ils sont en général d'une taille médiocre. Leurs membres grêles, un visage poupin, lisse, des cheveux d'un noir luisant leur composent une silhouette un peu enfantine. Ils sont cependant très résistants, et leurs chefs d'équipe se louent de leur courage au travail. 

Il n'en a pas toujours été ainsi. L'expérience chinoise décidée par M. Maginot [alors Ministre des Colonies], pour alléger dans une certaine mesure les charges des populations de l'AEF, commence seulement à donner des résultats satisfaisants ". 

 

Au delà de la propagande coloniale, on comprend à travers les lignes (par la dernière phrase) que l'expérience n'est pas vraiment une réussite...

 

Rappelons que la plupart des ouvriers Chinois avaient été recrutés de force et que les tâches qu'on leur demandait  d'effectuer étaient souvent sans rapport avec leur métier d'origine... On comprend sans peine leur peu d'ardeur au travail, pour des individus transposés à des milliers de kilomètres de leur pays.

 

Groupe de travailleurs Chinois au km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Groupe de travailleurs Chinois au km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Malgré cela, la presse coloniale présente des images presque buccoliques de ces travailleurs Chinois dans le Mayombe.

Photographiés devant des paillotes, chapeaux à la main, l'un d'eux, accroupi, tient un chien. Ils sont pieds nus ou en sandales. Quelques uns esquissent un sourire.

Avait-on choisi les plus dociles pour être sur le cliché ?

Certains présentent des bandages aux jambes. Des traces de blessures liées au travail sur le chantier du chemin de fer ?

 

Après 1932, seuls 3 ouvriers restèrent au Congo comme "travailleurs libres", soit 0,5 % du contingent.

A la fin du contrat, seuls 3 ouvriers Chinois restèrent comme "travailleurs libres".
Groupe de travailleurs Chinois au km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Groupe de travailleurs Chinois au km 104 (Courrier Colonial - Décembre 1930)

Sources :

Notes sur la construction du chemin de fer Congo-Océan (1921-1934) - Gilles Sautter - Cahiers d'études africaines, Année 1967, Volume 7, Numéro 26 - p. 219 - 299

 

Supplément illustré du Courrier Colonial "De Pointe-Noire à Brazzaville" - 30 décembre 1930

 

La Presse Coloniale Illustrée - n°7 - Juillet 1931

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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