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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 12:00

Après notre pause au péage, nous voilà repartis sur la piste. Je n'avais pas pu aller aux gorges de Sounda le week-end dernier, j'espère réussir cette fois-ci.

Nous traversons des paysages très proches de ceux du Mayombe. Nous passons près d'impressionnantes carrières de pierre, qui ont sérieusement entamé les collines rocheuses. On me dit que l'une est exploitée par les chinois (pour le chantier de la Nationale 1), et l'autre par la société Socofran. La route n'est pas bitumée bien sûr, et les engins et autres camions ont généreusement défoncé la piste. On est pas mal secoué dans le secteur !

 

Louvoulou-carriere-pierres

Carrière de pierre près de Louvoulou

 

Manu s'arrête de lui-même quelques instants à un poste de police, à Louvoulou je crois, mais tout se passe bien. C'est le dernier gros village avant Mandji. 

 

La piste est par endroit sinueuse. J'aperçois dans un virage, sur un talus, une belle fleur violette, mais pas le temps de s'arrêter. Nous ne sommes pas très en avance et la route est encore longue. Nous croisons quelques grumiers qui me dit-on doivent provenir du massif du Chaillu.

 

malele-sounda-piste

Sur la piste de Sounda...

  

Dans un gros village, il y a de l'animation, nous ralentissons l'allure. C'est un député qui fait sa tournée électorale pour les législatives qui auront lieu dans 3 mois, en juillet. Il est accompagné de deux hommes armés d'une mitraillette, ne sachant sans doute pas comment il va être accueilli par la population.

Manu me raconte que l'on peut encore acheter la voix d'un électeur avec un savon et un poisson séché... Mais visiblement personne ne croit plus aux élections au Congo, le taux de participation aux législatives a été estimé à seulement 15%.

 

Peu après, dans un minuscule village, j'aperçois un bel arbre  et je demande à Manu de s'arrêter. Nous avons roulé depuis près de deux heures, et une petite pause ne fera pas de mal. Visiblement la population est au courant de la venue prochaine du député, attend, et est un peu sur les nerfs. Cela amuse Manu que l'on prenne pendant quelques instants notre véhicule pour celui de l'élu congolais...

Mais un homme est assez vindicatif et m'interpelle sur le mauvais état de la piste. Les villageois sont bien isolés ici et se déplacer est un véritable problème. L'homme se demande quand la route sera faite... La toute nouvelle Nationale 1 fait des envieux ! 

Je suis contraint de rappeler à mon interlocuteur, prénommé Eugène, que je ne suis pas le député, mais qu'il suit juste derrière et qu'il pourra ainsi lui poser la question.

 

kouilou-sounda-arbre-pain 

Arbre à pain

 

Je vais à l'arrière des modestes cases, voir de plus près l'arbre à pain. C'est un beau spécimen, de plus grande taille que celui vu à Pointe-Noire (cf L'arbre à pain (cour de l'évêché)). Je prends du recul pour l'avoir en entier.

 

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Feuilles et fruits de l'arbre à pain    

 

Les larges feuilles vertes de l'arbre à pain, au savant découpage, sont toujours aussi belles. On note la présence de quelques fruits ronds, mais qui n'ont pas encore atteint leur maturité, ils sont de petite taille.


Au fond d'une bassine en tôle rouillée, un villageois me montre une tortue. La pauvre est bien amochée, la carapace est fendue et elle saigne un peu. On m'explique qu'elle a été capturée dans la forêt alentour et que l'on va bientôt la manger. C'est la première fois que je vois une tortue terrestre au Congo. Elle est toujours vivante, mais reste dans sa carapace, dérisoire protection devant son prédateur humain...

Il pourrait s'agir d'une Kinixys erosa, sans certitude. La tortue est appelée "lissekou" en Vili.

 

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Tortue terrestre

 

Nous sommes presque arrivés. Après une vingtaine de minutes, nous voilà à proximité de Mandji. Dans le village, nous demandons des informations. Un homme, visiblement aviné, nous indique que nous ne pourrons pas aller en voiture jusqu'aux gorges, à cause de bourbiers. Je remarque qu'il porte une boucle d'oreille, ce qui est rare pour un homme au Congo. Il nous dit que d'autres Blancs nous précèdent, dont une femme.

Il demande de l'argent pour son information... Nous avons du mal à nous en départir. Un grumier arrive en face et Manu est obligé de se fâcher un peu pour que l'individu excité lâche notre véhicule, et que l'on puisse se mettre sur le côté. Je finis par lui donner quelques centaines de Francs CFA pour achever la discussion.

 

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Arrivée à proximité de Sounda...

 

Notre but n'est plus très loin ! Peu après, nous voyons un autostoppeur. Christ reconnait son ancien professeur de sport lorsqu'il était au collège. Le monde est petit ! Nous le prenons avec nous. Il veut se rendre à Pointe-Noire, mais sera contraint de nous suivre pour l'instant.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 09:00

En ce samedi matin, je me réveille après une bonne nuit de sommeil à l'hôtel de la Renaissance. Cette fois, pas de nuisance sonore pour perturber ma quiétude. Je peux prendre une douche tranquille (je regarde quand même s'il n'y a pas de petites bêtes qui se baladent...), sans coupure d'électricité.

Je peux avoir un petit-déjeuner avec du vrai café ! Le serveur est visiblement satisfait de faire fonctionner la machine qui fait du bruit pour moudre les grains de café. Notre homme veut fermer la porte de la salle et mettre la clim. Pas la peine, il fait doux et c'est très agréable d'être au naturel. La femme de ménage arrive et machinalement met la clim en marche !! Non, les Blancs ne vivent pas dans un frigo, laissez moi respirer...

Je règle mon dû à l'accueil. La veille, j'ai retiré de l'argent à un distributeur de billets très moderne, au nouveau marché de Dolisie. Il est plus sophistiqué qu'à Pointe-Noire, car il vous parle ! Seul bémol, la porte était maintenue fermée par un bidon... J'ai dû l'enlever pour rentrer dans la cabine.

 

Vers 8h45, je retrouve Manu et Christ et nous voilà repartis pour de nouvelles aventures... Mais nous n'allons pas bien loin, car au niveau du rond-point sur la Nationale 1, nous subissons un contrôle policier pour les papiers du véhicule. C'est au moins le 4ème je crois de notre périple... 

 

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Nationale 1 à Dolisie... attente

 

Cette fois le policier est particulièrement pénible et ne veut rien lâcher sur la carte grise dont l'attestation est périmée. Manu palabre avec le policier...

Pour passer le temps, je me balade alentour avec Christ. Nous sommes au pied d'une colline dénudée, mais qui a gardé en son sommet un très bel arbre. A 50 m devant nous, on trouve un camion en rade. De pauvres bougres sont allongés là en attendant qu'on les dépanne. Je leur dis bonjour et l'un d'eux qui est moins timide (ou plus affamé) engage la conversation. Il m'explique qu'ils sont ici depuis hier matin, sans rien manger. Je prends pitié de lui et l'invite à venir manger une banane. Il se prénomme Didier. Bizarrement, il me demande dans la conversation si je ne pourrais pas lui trouver... un tracteur ! Il pense que je pourrais facilement lui en amener un d'Europe, car ici "il n'a rien". Quelle étrange idée, je lui explique que c'est très cher d'acquérir un tracteur et qu'en faire venir un par bateau ne doit pas être donné non plus. Croyait-il que le Blanc allait faire un miracle ou m'a-t-il pris pour un richissime homme d'affaires !?

 

Pendant ce temps, Manu a été obligé de faire appel au propriétaire du véhicule pour débloquer la situation. Nous avons perdu une bonne demi-heure. J'ai l'impression qu'une histoire de Colonel a été évoquée. Mais on n'a pas donné un seul billet...

 

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Péage de Moukondo à la sortie de Dolisie

 

Nous filons en direction du Mayombe et repassons le péage de Moukondo, près du célèbre baobab. Devant nous, roule à vie allure un pick-up. Un homme habillé d'un beau costume est à l'arrière. J'ai bien peur qu'il ramasse un peu de poussière et ne reste pas longtemps nickel... Je lui fais un signe et il me réponds.


J'ai appris que le chantier de la Nationale 1 ne s'est pas terminé sans heurts entre l'entreprise chinoise et les ouvriers congolais. Un accord avait été signé pour un meilleur traitement des ouvriers en février 2011. Accord non respecté par l'employeur. Les ouvriers dénonçant des "traitements inhumains et dégradants" ce sont mis en grève en avril 2011, notamment à la base de Moukondo. De l'ordre de 1500 grévistes tout de même ! Une centaine de manifestants s'est rendue à la préfecture de Dolisie, occasionnant des affrontements avec les forces de l'ordre, qui auraient tiré en l'air à balles réelles. Deux blessés légers ont été dénombrés. 

En représailles le lendemain, des dizaines de véhicules de la base de Moukondo ont été saccagés et les bureaux pillés. Deux responsables chinois ont été tabassés... Un salaire misérable pour des tâches pénibles (environ 80 000 FCFA, moins de 150 Euros par mois) et les médiocres conditions de travail expliquent cela.

Le Ministre de l'Intérieur est venu en personne à Dolisie pour rétablir l'ordre, rassurer les Chinois et apaiser les tensions (source : http://www.zenga-mambu.com). La vitrine publicitaire de la réussite du grand chantier de la Nationale 1 est un peu écornée...

 

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Brouillard dans le Mayombe    

 

Dans les plus hauts sommets du Mayombe, nous sommes noyés dans un épais brouillard. On ne voit pas loin ! Sur cette route sinueuse, je serre les fesses en espérant qu'il n'y ait pas un gros camion en face... Il n'y a que deux voies, et vu la conduite aléatoire des chauffeurs...


Le brouillard disparaît soudain en redescendant un peu. Nous avons vu sur la voie opposée un camion qui a brûlé, en affrontant l'ascension du Mayombe, vers le Mont Bemba. Sans doute un coup de chaud du moteur (?) et le camion a pris feu ! Ceci semble assez fréquent, étant donné la vétusté des véhicules, et le problème de la dégradation rapide de la chaussée se pose. En effet, le bitume fond sous l'effet de la chaleur de l'incendie. Conséquence, on fait déjà des rustines sur la Nationale toute neuve.

 

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Forêt près du péage de Malélé

 

Nous traversons le Mayombe en deux petites heures, sans difficulté, à part quelques frayeurs vis à vis des camions croisés. Mais cela n'affole pas Manu. Nous bifurquons à droite au rond-point de Malélé. Nous effectuons une pause pipi et casse-croûte après le péage tout neuf.

C'est là que le goudron disparaît et que nous retrouvons une route en chantier. Direction, les gorges de Sounda !

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Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
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