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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 15:00

Nous reprenons la direction du centre de Loudima. Tout le monde est content de la rencontre avec le vieux colonel, le Père Joseph nous dit, amusé, qu'il a un "curieux esprit", Manu et Christ semblent fiers d'avoir participé à cette entrevue.

Nous croisons sur le sentier un enfant auquel nous disons bonjour mais qui ne répond pas. Le prêtre nous dit qu'il n'a sans doute pas mangé à midi... Il semble en effet un peu éberlué sous le chaud soleil de cet après-midi.

Un peu plus loin, le Père Joseph rappelle à un autre jeune garçon qu'il doit le voir. Ce n'est cependant pas le bon moment pour discuter. Il m'explique que ce dernier a empoché l'argent, mais n'est pas venu faire les travaux de jardinage promis. Pas facile l'éducation !

 

Nous retrouvons la piste bordée de manguiers et passons devant la gendarmerie. Scène pastorale, des moutons paissent sur le terrain situé juste devant, où l'herbe verte parait bien tendre à croquer. Des arbres majestueux et imposants ont été préservés et forment un cadre bucolique autour du siège de la brigade territoriale de Loudima.

 

loudima-gendarmerie-arbre 

Arbre majestueux devant la gendarmerie

 

Juste après, nous tombons sur deux hommes en train de négocier. Un homme avec une mobylette sort d'un sac jaune... un singe ! C'est un petit singe au pelage gris et brun, à la longue queue orangée. Il a de longues pattes arrières et ses petites mains noires, recroquevillées par la mort, ressemblent singulièrement à celles d'un humain.

 

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Un singe sorti du sac et le vendeur    

 

Le chasseur nous raconte qu'il a tué le vieux mâle, chef de la bande, et un autre plus jeune. Le vieux mâle s'est défendu et a essayé de protéger ses congénères. Le chasseur ne fait pas dans la dentelle... Il nous dit clairement "Je me fous des Eaux et Forêts !". D'ailleurs, la transaction a lieu devant la gendarmerie ! Mais il ne veut pas être sur la photo.

Il nous tient également un discours pseudo-religieux, déjà entendu et effarant, sur les animaux "C'est Dieu qui les a créés, ça ne peut pas disparaître !". Malheureusement, il se trompe... Le Père Joseph ne commente pas ces propos.

 

Le chasseur nous raconte qu'il a tué également des chimpanzés, mais que c'était plus difficile, car ils se comportaient presque comme des humains. Le primate peut le supplier à genoux de ne pas le tuer, et lui montrer avec sa main le sang qu'il a essuyé de son front... L'homme malgré tout n'est pas insensible à ce type de scène.

 

loudima-singe-moustac

Manu et le moustac mâle

 

Manu prend le singe afin que je fasse un meilleur cliché. Avec la queue, aussi longue que le corps, il doit faire dans les 130 cm de long. C'est un singe de la famille des cercopitèques (du grec cercos, queue et pithécos, singe).

 

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Tête du moustac mâle

 

Christ me dit qu'il ne mange pas de "viande de brousse", encore moins du singe. Je lui confirme que c'est le meilleur moyen de mettre fin au trafic. S'il n'y a plus d'acheteur, les chasseurs auront beaucoup moins d'intérêt à les tuer. Il resterait une consommation personnelle, beaucoup plus limitée, nettement moins dommageable pour les espèces de primate. 


Le singe Moustac

 

Ce singe est un cercopithèque, dénommé moustac à cause de son pelage, qui semble former une moustache noire au dessus de sa bouche. Le Cercopithecus cephus est assez commun, mais l'un des primates les plus colorés. Il a notamment le museau bleu et les favoris d'un jaune d'or.

Le moustac à face bleue est connu depuis le XVIIIème siècle en Europe (Linné, 1758) et les naturalistes français du Museum d'Histoire Naturelle en ont dressé le portrait depuis longtemps. 

 

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Moustac mâle (Museum d'Histoire naturelle - lithographie 1830 - Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier- Bernard GINESTE [éd.], in Corpus Étampois). 

 

 

Il vit dans les forêts d'Afrique centrale, généralement en bande d'une dizaine d'individus, pouvant atteindre jusqu'à 35 individus, dominée par un mâle expérimenté. Il est diurne et frugivore (mais il mange aussi graines et feuilles), à tendance omnivore (il lui arrive de manger arthropode, oeuf, oisillon ou lézard).

Selon l'UICN, ce n'est pas une espèce menacée de disparition, elle est classée en "préoccupation mineure". La déforestation et la chasse sont tout de même ses deux ennemis.

 

Singe-Cephus-Moustac

Singe cephus Moustac (© Peggy Motsch - Gabon - 2011 - Wikipedia)


Cette espèce s'étend de la rivière Sanaga au Cameroun au sud et à l'est du fleuve Congo, et jusqu'au sud du cours inférieur du Congo, dans le coin nord-ouest de l'Angola. Son aire de répartition s'étend à l'est de la rivière Sangha.

Trois sous-espèces sont reconnues. La sous-espèce C. c. cephus se situe sur une grande partie de son aire de répartition, l'exception étant la région côtière du Gabon et du Congo délimitée par l'Ogooué et le fleuve Kouilou-Niari, qui est la région habitée par la sous-espèce C. c. cephodes. Un troisième sous-espèce C. c. ngottoensis est présente en République centrafricaine, où il est connu de l'est de la région de Kadei-Mambéré à l'Oubangui, se situant aussi loin au nord que Bangui, et dans le nord du Congo.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:45

Juste à côté de la maison de Thérèse, le Père Joseph nous présente comme promis à un vieux sage du village... Après un portail, nous pénétrons dans la cour d'une maison, un peu plus cossue que ses voisines, mais sans être luxueuse bien sûr.

C'est là que réside un ancien colonel. Le Père Joseph fait les présentations et nous sommes invités à nous asseoir sur des bancs, sous un petit mbongui. L'homme est visiblement satisfait de recevoir de la visite. La paillote circulaire recouverte de chaume, au sol cimenté, est ouverte de tout côté sur l'extérieur. C'est un endroit agréable pour discuter.

Le colonel Nzikou, puisque tel est son nom, nous invite à boire une bière. J'hésite un peu, mais Manu me fait comprendre que l'on ne peut pas refuser, cela ne se fait pas... Il demande à sa femme de faire le nécessaire pour acheter des boissons.

 

Le colonel prend place dans un transat un peu usé et engage la conversation. Il porte un T-shirt à l'effigie du Président du Congo. Manu me dira ensuite que ce dernier aime bien les vieux militaires. L'homme s'adresse principalement à moi, et mes comparses sont quasiment muets.

Nous parlons de la France et du Congo, et je sens qu'il cherche à me situer. Le colonel m'explique que nous avons construit le Congo ensemble (sous entendu les Français et les Congolais). Ayant dissipé le soupçon d'une éventuelle nostalgie coloniale de ma part, la discussion est franche et ouverte.

 

loudima-mbongui-colonel

Le colonel Nzikou et sa femme Jeanne    

 

L'homme est souriant, plein d'humour. Parfois même, il est malicieux. Par exemple, il me fait remarquer qu'il a connu la France avant moi ! Ce que je ne peux que constater... Le colonel Nzikou nous raconte en effet qu'il est arrivé en France en 1956. Il s'était engagé dans l'Infanterie Coloniale. Il a connu différentes villes du sud-est de la France, Nimes, Fréjus, Toulon, Marseille...

Il a également été baptisé en France, sous les prénoms de Léon et Noël. Je ferai remarquer ensuite à Christ que singulièrement ses prénoms sont le palindrome l'un de l'autre.


Le colonel me questionne un peu sur ma famille et ma région d'origine. Je découvre ainsi qu'il est né en 1935 (ou vers 1935), comme mon père, et il devine que j'ai le même âge que sa fille.

Comme c'est de sa génération, je lui demande s'il a participé à la Guerre d'Algérie. Il nous répond qu'il était destiné à combattre en Indochine ! Mais peu après son engagement, la bataille de Diên Biên Phu est perdue par la France en mai 1954, et les accords de Genève signés en juillet 1954 mettent fin à ce conflit (environ 3 000 africains ont perdu la vie durant la Guerre d'Indochine).

Le colonel restera en France métropolitaine, il nous indique fièrement qu'il était dans "l'administration" de l'Infanterie Coloniale. A ce sujet, il nous raconte une anecdote. Dans les années 1980, il a rencontré Jacques Chirac, alors Maire de Paris, lors d'une commémoration (j'ignore laquelle) à l'hôtel de ville. Ce dernier aurait noté avec humour que notre interlocuteur était à l'abri en France pendant que lui se faisait tirer dessus en Algérie !

Le colonel Nzikou présente une belle vivacité d'esprit pour son âge.

 

loudima-mbongui-colonel-femme

Le colonel, sa femme, et le visiteur de passage    

 

Nous ne pouvons pas échapper à la photo souvenir et je me prête volontiers à l'exercice. Le colonel convie son épouse Jeanne sur le cliché. Elle n'a pas participé aux conversations, faisant des allers-retours dans la maison. Le couple est charmant, mais le transat un peu étroit pour accueillir les deux époux !

 

Après environ 45 mn de discussions autour d'un verre, nous songeons à quitter notre hôte. Le colonel conclue par un vibrant "Vive la République du Congo !" et j'enchaîne de suite par un "Vive la République Française", que je tempère aussitôt par une autre sentence "Et surtout... à l'amitié franco-congolaise !". C'est en fait Jeanne qui a le dernier mot : "Voilà de bonnes paroles !".

 

Le colonel nous raccompagne jusqu'au portail. Nous le saluons et il m'invite à revenir le voir à l'occasion en passant à Loudima... même si c'est au cimetière !

  

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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