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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:00

L'un des plus anciens témoignages photographiques sur le Poste de Loudima est celui de Jean-Marc Bel (1855-1930). Il fit don de ses clichés à la Société de Géographie en 1923.

L'ingénieur civil des Mines et Polytechnicien avait pour mission de mener à bien l'étude d'un tracé pour un chemin de fer (20 ans après Léon Jacob et 13 ans après la mission Lechatelier...) et d'améliorer la connaissance des gisements minéraux du Congo Français (en vue d'exploiter le cuivre, le fer... notamment dans la région de Mindouli).


La Mission Bel part de France début 1906, et fait étape en Côte d'Ivoire, en Guinée-Conakry et au Gabon. L'ingénieur est accompagné de 7 personnes, dont sa femme, au titre de membre du Muséum d'Histoire Naturelle. Son "sous-chef de mission" M. Devès, part en éclaireur et débarque à Loango en mai 1906. Le "chef de mission" Bel remonte de son côté le fleuve Congo en bateau à partir de Banane, puis prend le chemin de fer belge de Matadi à Kinshasa.

 

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Vue sur le fleuve Niari à Loudima (© BNF - Mission Bel - 1906) 

 

A partir de Brazzaville, les membres de la mission Bel parcourent à pied (en tipoye ou en filanzane) la piste des caravanes jusqu'à Loango et Pointe-Noire, accompagné de porteurs (Bakhambas, Bacougni, puis Loangos). Il fait ainsi étape à Loudima. 

 

Loudima-poste-bel-1906

Poste de Loudima (© BNF - Mission Bel - 1906) 

 

Les photographies nous permettent de découvrir qu'il n'existait aucune construction "en dur" en 1906 à Loudima. Difficile d'être certain, mais les bâtiments en bois et couverts de chaume semblent occuper la place centrale du Loudima d'aujourd'hui.

On devine en arrière plan le drapeau français flottant au bout d'un mât et à côté, une rangée d'arbres, qui pourrait être les manguiers centenaires de maintenant.

 

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La case des voyageurs (© BNF - Mission Bel - 1906) 

 

En tant que poste sur la route des caravanes, Loudima possède bien sûr sa "case" pour accueillir les voyageurs de passage. On suppose qu'elle n'abritait que les voyageurs "de marque", étant donné sa taille modeste et la ségrégation en vigueur. Les porteurs congolais dormaient très probablement à la belle étoile.

 

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Bureau des postes et télégraphes de Loudima (© BNF - Mission Bel - 1906)

 

Loudima possédait déjà des infrastructures administratives. Ainsi, devant le bureau des postes et télégraphes, on découvre M. de Kerkassel, administrateur, Mme de Kerkassel, et M. Gazet commis des postes. 

 

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Résidence du commandant de cercle (© BNF - Mission Bel - 1906)

 

Devant la résidence du commandant de cercle, on découvre M. et Mme de Kerkassel qui ont changé de tenue. Le chapeau a remplacé la casquette sur la tête de l'Administrateur et Mme porte une longue robe fleurie.

Tous les bâtiments possèdent une coursive extérieure, abritée derrière une palissade en bois, coursive que l'on retrouvera pour les constructions ultérieures en briques.

 

 

M. Bel rentre en France en janvier 1907 et charge E. Devès de terminer les études du sous-sol congolais, jusqu'en juillet 1907.

Au cours de la mission, des sondages furent aussi effectués en baie de Pointe-Noire afin de déterminer si le site pouvait accueillir un port maritime, terminus indispensable pour la ligne de chemin de fer. L'idée d'un port fluvial à l'embouchure du Kouilou est abandonné, et l'étude conclut au choix de Pointe-Noire, au détriment de Loango.

 

Sources : 

Rapport sur une mission au Congo français (1906-1907) par M. Jean-Marc Bel - 1908

Deux albums de 334 photos de la Mission de J.M. Bel au Congo français (1906-1907) - BNF

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 13:45

Loudima est l'un des premiers "Poste" fondé par les colons français sur la "route des caravanes" entre Loango et Brazzaville, avec Comba, puis ceux de Kimbédi et Bouanza. 

Il s'agissait de reprendre le parcours séculaire du trafic d'ivoire et des convois d'esclaves emmenés vers la côte. La reconnaissance des lieux effectuée par Albert Dolisie et Joseph Cholet en 1884, la signature de traités avec les chefs de la vallée du Niari, donna naissance à Loudima en 1885. Ce choix n'était pas étranger au projet de tracé d'une ligne de chemin de fer, cher à Savorgnan de Brazza.

 

La région était sous le contrôle des Kugnis, et les environs du futur Loudima dirigés par le prince Mouelé-Mboungou. Dénommé "pays Diangala" (du nom d'un ancien village, site d'implantation des princes Kugnis), il englobait Loubomo, Louvakou, Makabana, Moutéla, Loudima et Kikongo.

Le pays était historiquement une zone de transition entre les royaumes côtiers (notamment celui des Vili) et l'intérieur du continent. Mais des liens étroits entre les Kugnis et le royaume de Loango, les ont protégés des rapts à destination des négriers.

 

loudima-niari-congo-1914

A Loudima - Niari - Congo français (carte postale vers 1900 © Audema)

 

Le premier village de Loudima se situe au confluent de la rivière Loudima et du fleuve Niari. Il porte alors le nom de "Loudima-Niadi". Le terme Niadi qui désigne le fleuve est issu de la langue Kikugni, après une altération phonétique Bembé, il est devenu Niari. Le premier chef de Poste est donc Joseph Cholet (1859-1892), arrivé à Loango dès 1883, sergent à la tête d'un groupe de Tirailleurs Algériens. Il est relevé par M. Tabuteau quand il prend le commandement d'une caravane à destination de Brazzaville, dans le cadre de la Mission de l'Ouest Africain.


Juste à côté, on trouvait Stéphanieville, issue de l'influence belge d'alors (Stéphanie est le prénom de la fille de Léopold II) avant l'attribution "définitive" des territoires entre la France et la Belgique. Le capitaine Grant Elliot (anglais, compagnon d'exploration de Stanley) avait "découvert" la vallée en 1883 et fut contraint de la céder à la France, qui racheta le territoire à l'administration belge de l'Etat Indépendant du Congo, pour 30 000 francs.

 

loudima-carte-stéphanieville-1895

Loudima-Niadi - Carte de la Colonie française du Gabon-Congo (1895 - © BNF)

 

L'actuel Loudima Poste occupe depuis 1905 l'emplacement approximatif de Stéphanieville, un peu en retrait du fleuve. Il est en effet situé sur un éperon dominant le fleuve Niari, dont le cours encaissé décrit de singuliers méandres. Les boucles se rejoignent presque par endroits !    

 

loudima-vue-aerienne-vennetier

Vue aérienne de Loudima (à gauche) - méandres du fleuve Niari (© Pierre Vennetier 1966)

 

Dans les quinze premières années de la colonisation, la présence française est plutôt symbolique. Le Congo souffre d'une pénurie d'hommes. Frappés par la maladie et confrontés aux difficultés d’administrer (manque de moyens, mauvaise gestion, manque de subventions de la métropole...), les chefs de stations, les chefs de postes et autres agents auxiliaires ne restent pas très longtemps en fonction. Ils sont suppléés par la présence de Tirailleurs des autres colonies (Gabon, Algérie, Sénégal...). La colonie "Gabon-Congo" devient le "Congo Français" en 1891, sans que la restructuration n'améliore véritablement la situation.


En 1896, le Colonel Baratier, fer de lance de la Mission Marchand, résumait ainsi la situation de manière abrupte : "L'occupation du Congo se réduit à celle du sentier qui relie Loango à Brazzaville. Deux postes, Loudima et Comba, jalonnent ce sentier long de 500 kilomètres. Un troisième, Kimbédi, a été fondé il y a deux mois. En dehors de ces postes, tenus par un blanc et quelques miliciens, le reste du Congo est non seulement inoccupé, mais complètement inconnu".

  

loudima-poste-congo-français

Au Poste de Loudima, vu du côté Est (carte postale - cliché de 1895 © J. Audema)

 

Peu à peu, le poste de Loudima devient donc un passage obligé, première étape après la traversée du Mayombe sur la route de Brazzaville. La ville de Loubomo (Dolisie) n'existant pas encore...


Quant à elle, la mission catholique de Loudima voit le jour en 1895, dans le sillage de celle du poste de Bouanza, missions fondées sous la houlette de Mgr Carrie, pionnier et fondateur de la mission de Loango. L'implantation n'est pas aisée car dans un premier temps, les concessions de la mission (deux bandes de 800 m le long du Niari et d'une profondeur de 2 km vers le sud) sont divisées, avec au milieu le village de Mabiala. Les problèmes de cohabitation avec les villageois sont nombreux. Il faut attendre 1899 pour qu'une solution amiable permettent de réunir les deux entités.

 

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Soeurs missionnaires de la congrégation du Saint Esprit au Congo (carte postale vers 1930)


Les soeurs de Saint Joseph de Cluny venues de Loango tentent de s'implanter à Loudima, mais meurent de maladie les unes après les autres, si bien qu'en 1900 l'évêque décide de l'évacuation progressive des quelques soeurs "survivantes". La "maladie du sommeil" était l'un des fléaux de la région.

Il faudra attendre une amélioration des conditions de vie pour que les religieuses reviennent progressivement dans le diocèse de Madingou : réduites à 3 en 1920, elles sont 23 en 1955 et 37 en 1960.

 

loudima village-congo-1900

Dans un village à Loudima (carte postale vers 1900 © Audema)

 

Entre 1885 et 1930, c'est donc l'âge d'or de Loudima, le trajet à pied étant la seule solution pour rejoindre Brazzaville (à moins d'emprunter à partir de 1898, le chemin de fer belge de Matadi à Léopoldville-Kinshasa, puis de traverser le fleuve). Loudima était ainsi le premier district du Congo qui couvrait la grande région Kouilou-Niari, englobant Loango (lieu de départ des caravanes) et Pointe-Noire (alors simple village et lieu où l'on pouvait débarquer).

 

loudima niari-bovins

Bovins sur les bords du Niari à Loudima (carte postale vers 1900 © Audema)

 

La fondation de Pointe-Noire en 1922, puis celle de Dolisie en 1934, le fort développement économique et démographique de ces deux villes, l'avènement du chemin de fer, mettent fin aux caravanes de porteurs et au rôle important de Loudima.

 

 

Sources : 

http://www.brazza.culture.fr

Au Congo - Souvenirs de la Mission Marchand - Colonel Baratier - 1910 - Modern-Bibliothèque

La Bouenza : 1892-1992 - Les sources de l'Eglise au Congo - Mayeul de Dreuille - 1994 - Edition Beauchesne

http://congo-dechaine.info/content/grandeur-et-décadence-de-loudima-dans-l’histoire-pré-et-post-coloniale-du-congo

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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