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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 19:30

Un bâtiment de Pointe-Noire datant de l'époque coloniale passe aujourd'hui complètement inaperçu. C'est l'ancien "Cercle civil" implanté près de la Côte Mondaine, sur une petit butte dominant la platitude des environs. Il annonce pourtant son nom sur un large fronton dominant l'entrée principale.

Le Cercle était le seul bâtiment construit à la fin des années 1930 dans la partie inférieure de la "lagune Tchikobo". On le constate sur le cliché ci-dessous.


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Le Cercle de Pointe-Noire vers 1940 (carte photo AEF - Anonyme)

 

L'habitat de Pointe-Noire est si peu dense à l'époque que l'on peut voir les toits de la gare du CFCO et sa tour avec l'horloge (à droite du cliché) ! Point de vue impossible aujourd'hui. 

Dès cette période, le Cercle dispose de terrains de tennis (dont on devine les grillages en arrière plan, à gauche). 

Il abrite bien sûr un bar, lieu de rendez-vous de la gente masculine. On identifie deux hommes Blancs sur la photo, un attablé à gauche de l'entrée, et un autre assis à l'entrée dans un fauteuil. Un "boy" Noir est assis dans l'escalier, un autre est debout dans l'entrée, et un troisième est debout à droite de l'entrée (en partie masqué par un arbuste).

 

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Le bâtiment du Cercle de Pointe-Noire vers 1940 (Détail carte photo AEF - Anonyme) 

 

Lieu de la vie coloniale, alors que l'on fêtait la victoire contre les Nazis dans la nuit du 7 au 8 mai 1945, le Cercle civil de Pointe-Noire fut le théâtre d'un pugilat. Un militaire, le chef de Bataillon Raze, fut violemment pris à partie. Des habitants de la ville lui reprochaient d'avoir combattu en Syrie, dans les rangs armés du pouvoir de Vichy, contre les Forces Françaises Libres. Le Moyen-Congo s'étant engagé dès octobre 1940 aux côtés des gaullistes et des FFL, on peut comprendre que cela était très mal perçu...

Des mesures furent prises à cette époque par l'Administration pour éviter d'envoyer en AEF des individus susceptibles d'avoir été Vichystes, notamment des fonctionnaires de l'AOF, laquelle resta longtemps fidèle au Maréchal Pétain.

 

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L'entrée du Cercle de Pointe-Noire vers 1945 (photo anonyme)    

 

L'entrée du Cercle civil sera agrémentée d'un élégant portique à colonnes, mais il affichait la couleur : "Propriété privée Défense d'entrer". Il fallait ainsi montrer patte blanche pour entrer dans le Cercle, ou plutôt "carte rose" si j'en crois cette carte de membre actif du "Cercle européen" de Pointe-Noire.

Dans les grandes villes coloniales, le Cercle était un lieu de sociabilité et un club de loisirs, généralement interdit aux adhérents Noirs.

 

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Carte de membre du Cercle européen de Pointe-Noire

 

Le Cercle civil s'ouvrira donc rarement aux africains, les "évolués" pouvant parfois être admis (terme employé à l'époque coloniale pour désigner les "indigènes" ayant reçu une éducation et une instruction à l'européenne).

Les métis, assez nombreux au Moyen-Congo (555 individus recensés en 1946 à Pointe-Noire et Brazzaville), fondèrent leurs propres associations, ainsi ce fut le cas dès 1938 à Pointe-Noire.

Mais majoritairement les Congolais fondèrent d'autres "Cercles", particulièrement après la Seconde Guerre Mondiale, portant le nom d'une personnalité charismatique (Félix Eboué, général Leclerc...) ou bien une dénomination à connotation religieuse. Les statuts étaient légalement déposés auprès des autorités coloniales, qui craignaient que ces associations ne se transforment en groupes de pression favorables à l'Indépendance.

Lors des périodes de tension politique précédant l'Indépendance, à la fin des années 1950, il était inconcevable d'accueillir un Congolais dans les locaux du Cercle civil.

 

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Vue aérienne du Cercle et du golf de Pointe-Noire vers 1950 (carte postale Edition Paillet)

 

Dans les années 1950, le Cercle sera agrémenté d'un parcours de golf miniature, au milieu d'un jardin arboré. On le voit à gauche de l'entrée sur cette vue aérienne. On constate aussi que le revêtement (en béton) du boulevard de Loango était bien craquelé !

 

Pour ceux qui auraient du mal à le situer, l'ancien Cercle civil se situe face à l'océan, près de la Côte Mondaine, le long du boulevard de Loango. Pas très loin du vieux phare et du port.

 

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Localisation du Cercle civil de Pointe-Noire (© Google Maps 2014)   

 

Son environnement a grandement changé ces 5 dernières années. D'un côté, la lagune marécageuse a laissé la place au quartier Tchikobo (cf Pointe-Noire : bâti sur les marécages ), désormais constellé de villas.

 

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Cercle civil de Pointe-Noire vers 1950 (carte postale Hoa Qui)

 

De l'autre côté, c'est l'extension du Port Autonome de Pointe-Noire qui a remodelé le rivage atlantique (cf Pointe-Noire : travaux d'extension du port  ;  Pointe-Noire : Côte Mondaine, le quartier change... ). C'est désormais une vue panoramique sur les zones de stockage de containers...

 

Le bâtiment accueille aujourd'hui un restaurant dénommé bien sûr "Le Cercle", mais ouvert à tous... sans carte de membre !     

 

 

Pour l'anecdote, Brazzaville possédait un Cercle "civil et militaire" dès 1906 dans le quartier du Plateau. Le bâtiment en brique, typique de l'époque, avait été construit entre 1904 et 1906.

 

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Cercle de Brazzaville, quartier du Plateau vers 1910 (carte postale)

 

Sources :

Démocraties ambiguës en Afrique centrale : Congo-Brazzaville, Gabon, 1940-1965 par Florence Bernault - Editions Karthala.

http://historiensducongo.unblog.fr/ 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 22:30

La production de coton s'effectuant principalement dans le Nord de l'AEF (en raison du régime des pluies, les territoires du Tchad et de l'Oubangui-Chari se prêtent particulièrement à cette culture), il faut ensuite évacuer la marchandise. C'est le transport fluvial qui permet ce commerce, les bateaux lourdement chargés de balles de coton descendent ainsi l'Oubangui, puis le fleuve Congo jusqu'à Brazzaville. C'est la grande période des bateaux à vapeur ("steam ship").

Avant le transport, le coton doit être égréné. On implante donc des "centres d'usinage" près des zones de production (par exemple à Ippy, Mandoukou, Kitika, Bangassou et Gambo, Mingala, Kembe, Alindao, Zangba et Zouguinza en Oubangui-Chari).

 

L'un des bateaux "cotonniers" porte le nom de William Guynet (écrit parfois par erreur "Guyné"), délégué du Congo français au Conseil supérieur des Colonies vers 1900, actionnaire et dirigeant de compagnies concessionnaires.

 

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Le steam-ship "William Guyné", chargement des balles de coton (1944 - Ellebé © CAOM)

 

Avant le CFCO, la voie ferrée Belge (Kinshasa - Matadi) est le seul débouché pour ces marchandises. A partir de 1934, le CFCO offre une porte de sortie vers Pointe-Noire et son ouverture maritime. Même si le port n'est pas bien aménagé dans un premier temps. Après la Seconde Guerre Mondiale et de nouvelles infrastructures portuaires, c'est le rythme de croisière.

 

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Brazzaville. Déchargement de balles de coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Mais à Brazzaville, rupture de moyen de transport oblige, il faut toujours décharger les balles de coton, soit avec l'aide d'un grue pour les plus gros volumes...

 

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Déchargement de balles de coton au port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Soit à dos d'hommes ! On chemine en file indienne pour déposer le coton sur les quais où d'impressionnantes piles s'entassent. En descendant du bateau, il faut garder l'équilibre sur l'étroite planche pour ne pas chuter dans l'eau avec son lourd paquet de coton pressé.

 

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Déchargement à dos d'hommes du coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM) 

 

Je suppose que des camions transportaient le coton jusqu'à la voie ferrée du CFCO, à moins qu'une voie de service rejoignant le port ne permette de le faire.

J'avais vu une voie ferrée de ce type au port fluvial de Brazzaville en 2011 (cf  Brazzaville : port fluvial... le "beach").

 

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Les balles de coton sur les quais du port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Le développement de la culture cotonnière en AEF s'est effectué grâce à la culture directe du coton par les indigènes. Ces derniers étant propriétaires des récoltes, ils étaient ainsi incités à accroître cette culture. Les graines étaient mises gratuitement à la disposition des indigènes par les sociétés d'exploitation. Les cultivateurs apportaient et vendaient aux sociétés leur récolte, dans les centres de production, équipés d'usines d'égrenage.

Le Gouverneur général Antonetti prêta son concours financier à partir de 1926 à la Compagnie Cotonnière Equatoriale Française, souhaitant favoriser cette culture sur le territoire de l'AEF. Le Gouverneur général Reste poursuivra cette promotion.

La culture du coton donnait également lieu à un commerce local au Congo, si l'on en croit certains clichés. 

 

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Marché du coton en AEF, à Boko vers 1924 (Sté de Géographie © BNF)

 

Cette image est légendée "Grand marché public de coton à Boko, au sud et près de Brazzaville". D'autres sources indiquent qu'il s'agirait d'une ville homonyme au Togo, mais la série de 39 photos de l'AEF datant de 1924 et déposée à la Société de Géographique en 1936 font plutôt pencher l'origine du cliché vers la petite ville située au sud de Brazzaville.


Dès 1933, en plus de la Compagnie Commerciale et Cotonnière de l'Ouhamé-Nana, autrement dit la COMOUNA (cf Pointe-Noire colonial : la "Comouna" ), on compte La Société  Française des cotons Africains (COTONAF), la Compagnie Cotonnière équatoriale Française (COTONFRAN, fondée en 1926 sous la dénomination "Les cotons du Congo" ; elle avait à une époque le monopole de la plantation et de l'exploitation du coton sur... 6 millions d'hectares !!) et la Compagnie Cotonnière du Haut-Oubangui (COTOUBANGUI).


Sources :

Annuaire des entreprises coloniales, 1951. Afrique équatoriale (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Tchad, Cameroun).

Le Journal des finances, 10 février 1928

Revue des questions coloniales et maritimes - 1938 - La culture cotonnière en A.E.F. et ses espérances, Henri Bobichon.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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