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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 22:30

La production de coton s'effectuant principalement dans le Nord de l'AEF (en raison du régime des pluies, les territoires du Tchad et de l'Oubangui-Chari se prêtent particulièrement à cette culture), il faut ensuite évacuer la marchandise. C'est le transport fluvial qui permet ce commerce, les bateaux lourdement chargés de balles de coton descendent ainsi l'Oubangui, puis le fleuve Congo jusqu'à Brazzaville. C'est la grande période des bateaux à vapeur ("steam ship").

Avant le transport, le coton doit être égréné. On implante donc des "centres d'usinage" près des zones de production (par exemple à Ippy, Mandoukou, Kitika, Bangassou et Gambo, Mingala, Kembe, Alindao, Zangba et Zouguinza en Oubangui-Chari).

 

L'un des bateaux "cotonniers" porte le nom de William Guynet (écrit parfois par erreur "Guyné"), délégué du Congo français au Conseil supérieur des Colonies vers 1900, actionnaire et dirigeant de compagnies concessionnaires.

 

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Le steam-ship "William Guyné", chargement des balles de coton (1944 - Ellebé © CAOM)

 

Avant le CFCO, la voie ferrée Belge (Kinshasa - Matadi) est le seul débouché pour ces marchandises. A partir de 1934, le CFCO offre une porte de sortie vers Pointe-Noire et son ouverture maritime. Même si le port n'est pas bien aménagé dans un premier temps. Après la Seconde Guerre Mondiale et de nouvelles infrastructures portuaires, c'est le rythme de croisière.

 

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Brazzaville. Déchargement de balles de coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Mais à Brazzaville, rupture de moyen de transport oblige, il faut toujours décharger les balles de coton, soit avec l'aide d'un grue pour les plus gros volumes...

 

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Déchargement de balles de coton au port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Soit à dos d'hommes ! On chemine en file indienne pour déposer le coton sur les quais où d'impressionnantes piles s'entassent. En descendant du bateau, il faut garder l'équilibre sur l'étroite planche pour ne pas chuter dans l'eau avec son lourd paquet de coton pressé.

 

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Déchargement à dos d'hommes du coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM) 

 

Je suppose que des camions transportaient le coton jusqu'à la voie ferrée du CFCO, à moins qu'une voie de service rejoignant le port ne permette de le faire.

J'avais vu une voie ferrée de ce type au port fluvial de Brazzaville en 2011 (cf  Brazzaville : port fluvial... le "beach").

 

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Les balles de coton sur les quais du port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Le développement de la culture cotonnière en AEF s'est effectué grâce à la culture directe du coton par les indigènes. Ces derniers étant propriétaires des récoltes, ils étaient ainsi incités à accroître cette culture. Les graines étaient mises gratuitement à la disposition des indigènes par les sociétés d'exploitation. Les cultivateurs apportaient et vendaient aux sociétés leur récolte, dans les centres de production, équipés d'usines d'égrenage.

Le Gouverneur général Antonetti prêta son concours financier à partir de 1926 à la Compagnie Cotonnière Equatoriale Française, souhaitant favoriser cette culture sur le territoire de l'AEF. Le Gouverneur général Reste poursuivra cette promotion.

La culture du coton donnait également lieu à un commerce local au Congo, si l'on en croit certains clichés. 

 

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Marché du coton en AEF, à Boko vers 1924 (Sté de Géographie © BNF)

 

Cette image est légendée "Grand marché public de coton à Boko, au sud et près de Brazzaville". D'autres sources indiquent qu'il s'agirait d'une ville homonyme au Togo, mais la série de 39 photos de l'AEF datant de 1924 et déposée à la Société de Géographique en 1936 font plutôt pencher l'origine du cliché vers la petite ville située au sud de Brazzaville.


Dès 1933, en plus de la Compagnie Commerciale et Cotonnière de l'Ouhamé-Nana, autrement dit la COMOUNA (cf Pointe-Noire colonial : la "Comouna" ), on compte La Société  Française des cotons Africains (COTONAF), la Compagnie Cotonnière équatoriale Française (COTONFRAN, fondée en 1926 sous la dénomination "Les cotons du Congo" ; elle avait à une époque le monopole de la plantation et de l'exploitation du coton sur... 6 millions d'hectares !!) et la Compagnie Cotonnière du Haut-Oubangui (COTOUBANGUI).


Sources :

Annuaire des entreprises coloniales, 1951. Afrique équatoriale (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Tchad, Cameroun).

Le Journal des finances, 10 février 1928

Revue des questions coloniales et maritimes - 1938 - La culture cotonnière en A.E.F. et ses espérances, Henri Bobichon.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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16 novembre 2014 7 16 /11 /novembre /2014 18:30

Un ancien immeuble de l'époque coloniale a retenu mon attention. J'ai eu un peu de mal à le situer à Pointe-Noire.

Présentant une longue façade agrémentée d'arcatures rectangulaires, et d'une arcature en plein cintre au dessus de l'entrée principale, il annonce pourtant son nom sur un large panneau, "Comouna".

 

 

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Immeuble de la Comouna en 1950 (Anonyme © CAOM)

 

Un autre cliché montre l'immeuble vu dans l'autre sens. Sous le panneau, on note la présence d'un balcon de forme arrondie en encorbellement.

La construction ne comporte qu'un étage, le côté présente un mur avec des degrés, la façade latérale est aveugle d'un côté, avec des fenêtres de l'autre.

 

pointe-noire-comouna-coton

La Coumouna à Pointe-Noire vers 1950 (carte postale Hoa Qui)

 

On remarque au fond à gauche, une autre construction importante qui évoque un bâtiment colonial plus connu... L'hôtel Ottino, devenu siège des services administratifs du gouvernement de l'AEF en 1949 (cf Pointe-Noire : de l'hôtel Ottino à la Préfecture).

Cette localisation de la "Comouna" avenue André Maginot (qui se prolongeait par l'avenue du Port) est confirmée par une vue aérienne. Pas de doute, l'immeuble commercial était bien implanté sur cette artère qui mène du port à l'aéroport, à mi-chemin entre les services administratifs et l'ancien immeuble de la CFSO (cf Pointe-Noire colonial : immeuble CFSO ). C'est aujourd'hui l'avenue Marien N'Gouabi.     

 

La construction de cet immeuble de la Comouna à Pointe-Noire doit dater des années 1940, d'après les clichés trouvés et le style architectural.

 

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Vue aérienne de Pointe-Noire vers 1950 - détail - avenue Maginot (carte postale Hoa Qui)

 

 Il s'agissait d'une succursale d'une société exploitant le coton, son acronyme étant issu des termes : COMpagnie commerciale et cotonnière de l'OUhamé NAna. Cela fait aussi un clin d'oeil au portugais "comuna" (signifiant "communauté", "ensemble"). Le siège social était basé à Bangui, avec de nombreux comptoirs et factoreries répartis sur le territoire de l'Oubangui-Chari (Bossangoa, Bouca, Batangafo, Crampel, Dekoa, Sibut, Possel, Grimari, Bambari, Ippy, Kitika, Bangassou, Ouango).

L'implantation de cette succursale à Pointe-Noire s'explique bien sûr par la présence du terminus ferroviaire et du débouché maritime pour les marchandises. La Comouna est l'héritière de la compagnie consessionnaire de l'Ouhamé et de la Nana (du nom des rivières traversant son territoire).


Cette compagnie de l'Ouhamé et de la Nana avait obtenu le monopole de la navigation sur le Chari. C'était en fait une filiale d'une société hollandaise de traite (Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootochap) installée à Brazzaville. Son conseil d'administration était dans les années 1930 présidé par un ancien gouverneur de l’Oubangui, Henri Bobichon. Elle avait aussi le monopole de tous les transports (publics, civils et militaires) dans le bassin du Chari. A défaut d'être bénéfique pour l'AEF, cette clause l'était financièrement pour ses exploitants... Elle gérait une flotille de vapeurs et de baleinières.

 

compagnie-ouhame-nana-action

 Action de la Compagnie Française de l'Ouhamé-Nana

 

La culture du coton a été favorisée à partir des années 1930. Le Comité cotonnier de l'Afrique Equatoriale Française a ainsi été fondé en 1933.

Les essais de plantation de coton au Moyen-Congo n'ont cependant pas été très concluants. La nature des sols ne s'y prêtait pas et les rendements étaient maigres.

La tentative de culture industrielle de plantes textiles au Congo par la SOFICO (Société des Fibres Coloniales) à partir de 1947, et les recherches menées par l'IRCT (Institut de Recherche du Coton et des Textiles) implanté à Madingou, ont conduit à un développement éphémère de la culture du coton et du "pounga" (jute du Congo). Elles n'existaient quasiment plus en 1960.

Pour l'anecdote, j'ai vu un plant de coton, trace de cette histoire, au sud de Pointe-Noire en 2010, au lac Kayo (cf Lac Kayo : dernières découvertes).

 

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Récolte du Coton - Moyen-Congo vers 1950 (Gouvernement AEF © Michel Mako)

 

Par contre, la culture du coton s'est avérée plus productive dans d'autres régions de l'Afrique Equatoriale Française, comme le Tchad, l'Oubangui-Chari et le Cameroun.

 

Au début des années 1950, la COMOUNA se transforme par scindement : le département cotonnier devient la Cotouna (ses activités étaient exclusivement l'achat et traitement du coton) et le département commercial devient la Transouna, pratiquant l'import-export et la représentation industrielle (véhicules Chrysler, Dodge, Plymouth, carburants et lubrifiants «Texaco»...).

 

Sources : 

Suret-Canale (Jean), L’Afrique noire (1900-1945), Paris, Éditions sociales, 1962.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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