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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 08:30

Transition difficile après le petit-déjeuner chez Mme Blanche, nous allons voir de près l'usine Saris Congo devant laquelle nous étions passés avec notre "guide" Brice, en provenance des lacs Konzi.

J'avais été intrigué par une stèle... Nous garons notre véhicule face à l'enceinte de l'usine, dans une agréable zone ombragée.

Nous découvrons que c'est une sorte de "monument aux morts". La plaque située au sommet indique : " Saris Congo - En mémoire des travailleurs décédés pendant les troubles socio-politiques de 1998 ". Les mots sont pesés... On emploie le terme neutre "décédés" et on évite de parler de guerre civile.

La liste des personnes assassinées, avec leurs dates de naissance, comporte 11 noms pour le 19 décembre 1998 et un nom pour le 4 février 1999.


nkayi-saris-stèle-morts-1998

Stèle en hommage aux victimes

 

Ce lieu, au premier abord charmant, a donc été l'objet de conflits armés violents en 1998-1999. Les forces du gouvernement autoproclamé en 1997, assistées de miliciens angolais, ont affronté les "rebelles Cocoyes" repliés dans la région.

Les 10 et 11 décembre 1998, les Cocoyes ont pris possession des principaux bâtiments publics et autres sièges du pouvoir à Nkayi. Plusieurs personnes considérées comme proches du gouvernement sont assassinées. Ils attaquent ensuite le 19 décembre 1998 l'usine sucrière Saris, principal employeur de la région. La stèle recense donc 11 victimes parmi les employés ce jour-là, dont le directeur financier de nationalité française, Thierry Tessedre (la plaque indique "Teisseidre"). Enlevé par les "rebelles", son corps sera retrouvé quelques jours plus tard, le 4 janvier 1999 dans les locaux de l'usine... Il avait 27 ans. Les autres victimes avaient entre 23 et 52 ans.

 

nkayi-saris-mur-enceinte

Mur d'enceinte de l'usine Saris Congo

 

Les forces armées gouvernementales passent alors à l'offensive, avec des armes lourdes, dont des hélicoptères de combat. Des milliers d'habitants de Nkayi fuient les conflits... Des civils, principalement des hommes valides pris pour des rebelles Cocoyes, sont abattus arbitrairement. Le bilan de ces attaques est d'environ 200 morts.

Les exactions se poursuivent dans les semaines qui suivent la reprise de Nkayi par les forces gouvernementales. Destructions, pillages, exécutions sommaires, viols... terrorisent la population, dont une partie qui s'était réfugiée dans les villages et les forêts alentour tente de rejoindre Nkayi. Les miliciens angolais et les Ninjas laisseront de très mauvais souvenirs... Début 1999, la presse française annonce 1 millier de victimes. Fin 1998- début 1999, le conflit s'étend ensuite à la Lékoumou (Sibiti) et au Niari (Dolisie).

 

Nous poursuivons notre découverte en empruntant au hasard un chemin bordé de hautes herbes qui nous conduit à un groupe de 6 tombes. Peintes en vert et blanc, elles sont couvertes d'une grande croix en bois.

Il n'y a que 6 tombes pour les 12 victimes. Des espacements irréguliers sont à noter, comme si une tombe avait été supprimée. Manu suggère à juste titre que des familles ont dû souhaiter récupérer les corps, après une inhumation sans doute très précipitée en ces lieux.

 

nkayi-saris-tombes-1998

Tombes des ouvriers de Saris assassinés

 

Nous reprenons le sentier. Un très bel oiseau bleu qui déploye ses ailes apporte une note de gaieté à ce sinistre contexte. Nous demandons à une femme qui sort de sa maison, si elle sait quelles sont les personnes enterrées ici. Elle nous répond qu'elle n'en sait rien, qu'elle n'est pas là depuis longtemps... Cela irrite légitimement Christ. Manque de curiosité flagrant alors qu'elle a un petit cimetière sous ses fenêtres.

En fait, la proximité d'un modeste édifice religieux nous a fait douté. Est-ce bien les tombes des employés de Saris ? Pourrait-il s'agir de tombes de religieux enterrés près du lieu de culte ?

De l'autre côté du bâtiment, Manu demande à un jardinier en train de bêcher la terre. Il n'en sait rien non plus...

Mais en partant, une religieuse sort de l'édifice et nous lui posons la question. Elle nous confirme qu'il s'agit bien des tombes des employés de Saris Congo.

Intriguée, elle nous pose à son tour des questions. Curieux touristes ! La soeur appartient à la Congrégation des religieuses « Amies du Cardinal Emile Biayenda », du nom de l'archevèque de Brazzaville assassiné (lui-aussi...) en 1977. La petite chapelle vient tout juste d'être inaugurée. 

 

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Anciens bâtiments de l'usine Saris I

 

Nous filons à pied jusqu'à l'entrée de l'usine sucrière Saris. Elle ne sert plus comme centre de production mais visiblement joue un rôle logistique. Elle est appelée "Saris I". A l'entrée, sur le panneau d'affichage, nous voyons deux avis de décès d'employés de l'usine... Triste écho aux évènements de 1998. Nous faisons le lien avec les deux veillées mortuaires vues hier soir en rentrant à l'hôtel (des lampions étaient accrochés à l'entrée des maisons). D'après Manu, il s'agirait de règlements de compte. Pour quelle raison, mystère ?

 

En repartant, je fais discrètement des clichés des anciens bâtiments de l'usine. Nous sommes juste en face de la gendarmerie... Soyons prudents pour éviter les embrouilles. Derrière le groupe scolaire Biayenda, on aperçoit, masqués par un rideau de végétation, de grands hangars recouverts de tôles rouillées. Ou sans tôles d'ailleurs.

 

nkayi-saris-hangar-detruit

Bâtiment détruit de l'usine Saris I

 

L'un d'eux, qui comporte trois grandes cheminées, est fortement abimé. Est-ce le résultat des bombardements de 1998 ?

Bon, j'espère que nous allons voir des choses plus joyeuses à Nkayi. Le tragique passé est encore bien présent !

 

Sources principales : rapport de la FIDH de juin 1999 - "Congo-Brazzaville - L'arbitraire de l'Etat, la terreur des milices". Journal Libération du 6 janvier 1999.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 08:00

J'ai bien dormi ! Toujours avec Titi sur ma couverture... Je me suis habitué aux petits défauts de ma chambre. L'ampoule grillée que j'avais posé hier matin sur le bureau a été enlevée, mais l'ampoule pas remplacée. Assez symptomatique...

Cette fois, la voiture n'a pas été lavée pendant la nuit. Manu prétend qu'il vaut mieux faire "touriste" en ayant une voiture sale !

Avant de partir, je règle la facture (à l'en-tête "Résidence Nzama", tient ce n'est pas l'hôtel Mabiala ??), et le responsable nous demande de remplir des fiches de police, avec n° de passeport et tout le tintouin. Mes deux comparses congolais n'y échappent pas. Le responsable me parle de notre expédition d'hier, et il est surpris que je me souvienne de la zone délicate à passer de la rivière Loango. Il s'adresse alors à ses employés " Ah, le Blanc... ! Vous ne connaissez même pas vous, ce dont il parle !". Bon, ce n'était pas vraiment difficile de s'en souvenir étant donné que je connais bien le Loango d'à côté de Pointe-Noire.

Nous prenons cette fois le petit-déjeuner à "La Goulotte" où nous avons diner hier soir. C'est juste à côté, cela plait à Manu... nous verrons bien !

 

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Mme Blanche devant "La Goulotte"

 

Nous saluons nos hôtes et filons à "La Goulotte". Mme Blanche, la tenancière, est en train de balayer. Elle nous demande d'attendre un peu. Je prends un cliché de la souriante femme... Elle déclare : "Ah, ces Blancs, ils prennent vraiment tout en photo !". 

Le temps que Mme Blanche finisse sa préparation des lieux, j'observe un peu la rue. Je ne vois pas un seul mundele. Chacun vaque à ses occupations, commerçants, mécanicien... Des élégantes s'abritent du soleil avec une ombrelle. Charmant tableau ! La journée s'annonce plus ensoleillée qu'hier, le ciel est déjà tout bleu.

 

nkayi-goulotte-restaurant

Intérieur du restaurant "La Goulotte"

 

Nous retrouvons l'intérieur flashy du restaurant... Le rose éclatant vous réveille. Hier soir dans la pénombre, il faisait moins mal aux yeux ! Pour trancher, une toile à dominante bleue a été tendue sur un mur, avec un décor d'île paradisiaque.

Bon, pour le petit-déjeuner, c'est couleur locale... Pas terrible pour moi, ni beurre, ni confiture, ni croissant, ni vrai café !! 

Mais Christ à la gentillesse d'aller m'acheter un croissant dans une boulangerie à proximité. Il le ramène dans une feuille de papier pliée en deux et agrafée... Drôle de sac !

 

nkayi-goulotte-pdj-manu

Manu croque sa "gazelle"...

 

Quant à lui, Manu est ravi. Il déguste son ragoût de gazelle ! Mon "chauffeur" arbore désormais une petite barbichette... A Pointe-Noire, Patrice s'est un peu moqué de lui, en lui disant qu'il m'avait copié !!

Christ a opté pour une omelette "enrichie". Moi, j'ai mon nescafé, mon lait en poudre et plein de pain. Mais rien à mettre dessus... Arroseur arrosé, Manu me photographie en train de chasser les mouches !

 

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Le chasseur de mouches... (©Manu)

 

La note du petit-déjeuner est moins élevée qu'à l'hôtel Mabiala. Et d'ailleurs, je m'aperçois que "La Goulotte" fait aussi hôtel. Mais j'ai bien peur qu'il soit aussi très couleur locale !


Aujourd'hui, journée plus tranquille. Nous avons décidé tout d'abord de passer la matinée à Nkayi. Nous avons traversé la petite ville, mais pas vraiment encore découverte.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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