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2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 15:30

Un rare cliché du cap naturel de Pointe-Noire datant d'avant sa transformation a retenu mon attention. Il s'agit d'une photographie prise ainsi avant les profonds remaniements qui allaient modifier irrémédiablement les contours de la côte Atlantique de la toute jeune cité congolaise.

    

On y voit un groupe de colons photographiés sur des rochers. Les ombres de l'appareil photographique, qui était alors une boite de taille assez importante, et du photographe planent au premier plan.

Colons sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

Colons sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

En y regardant de plus près, on identfie à gauche trois hommes portant le casque colonial, immanquablement de rigueur à l'époque.

Deux présentent une belle barbe, digne des explorateurs du XIXe siècle, et le troisième, assis un peu plus haut, semble plus jeune et arborre simplement une fine moustache. Et une cigarette à la main.

  

En arrière plan, la baie de Pointe-Noire étale sa plage (Songolo, la côte Mondaine) et son pourtour alors ourlé d'une dense végétation.

 

Colons sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

Colons sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

A droite, un quatrième homme est grimpé sur un autre rocher, avec à ses pieds des débris de végétation jetés là par l'océan.

ll est tout de blanc vêtu, le front est masqué par un casque qui tombe jusqu'aux yeux, et il porte une moustache plus fournie.

  

En arrière plan, on ne voit pas le wharf provisoire de la côte Mondaine censé être là en 1926. Il était assez court et sans doute que sous cet angle de vue, était-il masqué par les rochers.

En effet, la datation du cliché est faite par l'annotation inscrite au verso : " M'Boulou le 14/9/1926   André".

M'Boulou étant l'un des centres importants pour la main d'oeuvre du chantier de construction du chemin de fer Congo-Océan, on peut présumer que ces hommes, ou au moins l'un d'entre eux le signataire prénommé André, travaillaient à la réalisation de la voie ferrée.

M'Boulou deviendra ensuite le village "Les Saras".

Colon sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

Colon sur les rochers noirs disparus de Pointe-Noire (1926)

André note également : "Roches fétiches où se faisaient les sacrifices humains pour favoriser les pêcheurs de requins".

C'est le première fois que j'entends parler d'une telle pratique. Légende ou réalité ?

  

Enfin une annotation ajoutée en bas à gauche, qui semble être postérieure et d'une autre main (peut-être celle du destinataire de la carte postale ?), indique "Anciennes roches de Pointe Noire". Le rédacteur est donc bien conscient que ces roches ont été détruites !

  

Rappelons que ce sont ces rochers noirs qui ont donné son nom au cap naturel, avec le concours de la végétation sombre de palmiers Borassus qui recouvraient alors la "pointe", le fameux "Ponta Negra", ancien point de repère des marins portugais, qui ont été les premiers à parcourir les côtes occidentales de l'Afrique.

 

http://voyage-congo.over-blog.com/article-les-origines-djindji-pointe-noire-87694337.html

http://voyage-congo.over-blog.com/article-origines-ponta-negra-pointe-noire-cap-87736521.html

http://voyage-congo.over-blog.com/article-origines-ponta-negra-pointe-noire-rocher-87736820.html

La roche fétiche de Pointe-Noire (extrait carte postale © Marichelle vers 1910)

La roche fétiche de Pointe-Noire (extrait carte postale © Marichelle vers 1910)

Ce cliché n'est pas sans rappeler celui du père Marichelle, pris une vingtaine d'années auparavant, montrant un groupe de sept colons (et leurs deux chiens) grimpés sur la "roche fétiche", et juste à côté, deux hommes Noirs assis sur un rocher plus petit, de forme plus arrondie.

    

La "roche fétiche" en forme de table inclinée, se situait sur le côté, sur la face Nord du cap naturel si j'ose dire, par rapport au groupe de rochers noirs situés à son extrémité.

  

Un plan de la ville de Pointe-Noire (vers 1933) confirme cette localisation (Atlas des Colonies Françaises - Société d'Editions Géographiques, Maritimes et Coloniales - Feuille 3 - Carte n° XXI - G. Grandidier).

Pour guider les bateaux abordant la côte, avant la construction du port, il y avait un feu maritime fixe vers les rochers et bien sûr le phare implanté un peu plus haut.

Localisation des rochers noirs et de la "roche fétiche" (extrait d'un plan de Pointe-Noire vers 1933 - Atlas des Colonies Françaises)

Localisation des rochers noirs et de la "roche fétiche" (extrait d'un plan de Pointe-Noire vers 1933 - Atlas des Colonies Françaises)

Un cliché plus ancien datant de 1924 montre le cap de Pointe-Noire avec au premier plan des habitations traditionnelles congolaises, celles d'un village de pêcheurs, avec encore quelques palmiers Borassus.

  

Sur le flanc du cap, on voit la "roche fétiche" (celle photographiée par le père Marichelle), et en arrière plan, le wharf provisoire de la côte Mondaine, nouvellement construit.

Cap de Pointe-Noire (1924), roche fétiche et wharf provisoire (Le CFCO - AEF - Les affiches - 1934)

Cap de Pointe-Noire (1924), roche fétiche et wharf provisoire (Le CFCO - AEF - Les affiches - 1934)

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 21:05

C'est un fait plutôt méconnu que des traces fort anciennes de la présence humaine à Pointe-Noire ont été trouvées. Des outils préhistoriques en silex taillés ont en effet été découverts dans les années 1920-1930 lors des importants travaux de terrassement nécessaires à la mise en place de la voie ferrée du Congo-Océan.

 

Un petit fascicule publié en 1939 évoque ce très lointain passé. C'est l'adjoint principal des Services Publics à Brazzaville, Gabriel Droux, aidé par Harper Kelley, alors chargé du Département d'Ethnologie Préhistorique au Musée de l'Homme à Paris, qui en sont les auteurs. Ils récapitulent les découvertes effectuées soient fortuitement lors des travaux à Pointe-Noire, soient la plupart du temps volontairement par des recherches opérées dans la région de Boko-Songho, village implanté près de la source de la rivière Loudima (au sud de Madingou).

 

A Pointe-Noire, les outils préhistoriques ont été trouvés entre le km 0 et le km 2 de la voie ferrée, dans le quartier de Djindji. La première découverte du "gisement" est à attribuer à Jean Lombard entre 1927et 1929, avec l'aide de l'Ingénieur des Travaux Publics, M. Christen.

La petite falaise de sable près du phare (cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-terre-ebene-mystere-phare-pointe-noire-47781335.html), les environs du bâtiment de la CPKN (cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-pointe-noire-batiment-colonial-c-p-k-n-108408946.html), l'emplacement d'alors des bureaux de la Société de Construction des Batignolles, ont révélé ces outils dans la couche de sable blanc (entre 1 et 3 mètres de profondeur) et dans la couche de sable argileux rougeâtre (entre 3 et 6 m de profondeur) au km 2 (à peu près en face du bâtiment de la CFSO, cf http://voyage-congo.over-blog.com/article-pointe-noire-epoque-coloniale-41464659.html).

 

Outils préhistoriques trouvés à Pointe-Noire (Planche XVI) - Musée de l'Homme

Outils préhistoriques trouvés à Pointe-Noire (Planche XVI) - Musée de l'Homme

De nombreux éclats et des instruments taillés (bifaces, coups de poing, feuille de laurier, haches, lames, percuteur et nuclei, pointes, tranchets), enfouis depuis fort longtemps, ont été mis à jour.

La plupart des pièces de Pointe-Noire sont en grès siliceux à patine blanche. Certaines pièces sont fabriquées avec des matériaux (grès quartziteux, grès polymorphes) que l'on ne trouve pas sur place, ce qui implique qu'ils n'ont pas été fabriqués à Pointe-Noire même.
 

L'autre découvreur est M. Renoult, entrepreneur des travaux, qui effectuait les terrassements dans ce quartier du Port, et qui a pris soin de sauvegarder ces vestiges du passé.

La plupart des pièces de Pointe-Noire sont en grès siliceux à patine blanche. Certaines pièces sont fabriquées avec des matériaux (grès quartziteux, grès polymorphes) que l'on ne trouve pas sur place, ce qui implique qu'ils n'ont pas été fabriqués à Pointe-Noire même.

 

Des études plus récentes évoquent une datation des outils taillés trouvés à Pointe-Noire à environ 20 000 ans. Pour ceux qui croyaient que Pointe-Noire était "née" en 1922, cela fiche un sacré coup de vieux aux premiers habitants !

 

 

 

Outils préhistoriques trouvés à Pointe-Noire (Planche XVII) - Musée de L'Homme

Outils préhistoriques trouvés à Pointe-Noire (Planche XVII) - Musée de L'Homme

Des études plus récentes évoquent une datation des outils taillés trouvés à Pointe-Noire à environ 20 000 ans. Pour ceux qui croyaient que Pointe-Noire était seulement "née" en 1922, cela fiche un sacré coup de vieux aux premiers habitants !

 

 

Sources :

- Recherches préhistoriques dans la région de Boko-Songho et à Pointe-Noire (Moyen-Congo). Gabriel Droux, Harper Kelley - Journal de la Société des Africanistes, 1939, Volume 9,  pp. 71-84.

- Lombard Jean. Matériaux préhistoriques du Congo français. Journal de la Société des Africanistes, 1931, tome 1, fascicule 1. pp. 49-60.

- Les industries préhistoriques en R.P. du Congo et leur contexte paléogéographique – R. Lanfranchi - Paysages Quaternaires de l'Afrique Centrale Atlantique. Editions ORSTOM - 1990

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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