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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 17:45

Le vieux baobab de Moukondo a vu passer pas mal de monde depuis plusieurs siècles qu'il étend ses branchages vers le ciel... Une légende africaine veut qu'un démon l'ait déraciné pour le replanter la tête en bas ! Mythe fondé sur le fait que les branches des baobabs ressemblent souvent à des racines.


L'un de ses illustres visiteurs est le Gouverneur Général de l'Afrique Equatoriale Française, Raphaël Antonetti. La "route pour automobile" était tout juste tracée, comme on peut le voir sur le cliché ci-dessous. Le vénérable arbre n'avait pas encore perdu sa partie droite.

 

mayumbe-baobab-antonetti-1932

Le Gouverneur Antonetti devant le "baobab géant"

 

Nous sommes le 7 octobre 1932. Le gouverneur, casque colonial vissé sur la tête, a arrêté sa belle auto au pied du baobab. Il est accompagné du médecin général Fulconis, du directeur général des travaux publics, M. Nicolau (l'allée où est implanté le Consulat de France à Pointe-Noire porte aujourd'hui ce nom), et du comte et de la comtesse du Monceau de Bergendal (appartenant à une famille d'hommes politiques belges, un de leurs ancêtres étant un général au service de Napoléon Ier).

On aperçoit au loin quelques villageois cheminant sur la piste toute neuve. Ce devait être assez intriguant à l'époque pour les congolais de voir une automobile.

 

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Le baobab dit "de Brazza" quatre-vintgs ans plus tard (mai 2012 © FabMoustic)

 

Cette halte ne porta pas chance au gouverneur Antonetti. En tournée d'inspection sur les chantiers du Chemin de Fer Congo-Océan, ce dernier chuta violemment, tombant d'un échafaudage !

 

chute-bamba-antonetti-1932

Le viaduc du Bamba et ses échafaudages

 

L'acccident eut lieu sur le viaduc du Bamba, à quelques encablures du célèbre tunnel du même nom, le plus long du CFCO. Dans son malheur, le Gouverneur Antonetti tomba sur l'échafaudage situé à mi-hauteur du pont, ce qui fut un moindre mal. Selon le récit effectué par la presse quelques semaines plus tard "Il se trouvait au sommet d'un de ces échafaudages quand une planche bascula, le précipitant dans le vide d'une hauteur d'une quinzaine de mètres".

Une chute sur la totalité de la hauteur de l'ouvrage d'art lui aurait sans doute été fatale.

 

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Départ du gouverneur Antonetti pour Brazzaville le 12 octobre 1932

 

On imagine l'embarras et la panique de ses accompagnateurs et du responsable du chantier... Cet exercice d'escalade n'était peut-être plus de l'âge du presque sexagénaire (âge avancé pour l'époque !).

Le Gouverneur Antonetti, toujours conscient, fut transporté dare-dare vers Pointe-Noire. Une radiographie révèlera "une fracture de la région sacro-iliaque, aggravée de contusions internes".

Cinq jours plus tard, il est conduit sur le terrain d'aviation de Pointe-Noire sur une civière. Il prend alors un avion pour être "rapatrié" vers Brazzaville, siège du gouvernement de l'AEF. La presse "officielle" de l'époque souligne avec l'emphase alors d'usage : "L'ouverture prochaine du chemin de fer Congo-Océan marquera une date dans notre histoire africaine et signalera à la reconnaissance du pays l'homme qui en fut l'artisan passionné et faillit payer de sa vie son dévouement à une noble cause".

Source : magazine l'Illustration n° 4682 du 26 novembre 1932.

 

La presse satyrique donna une autre version, nettement moins élogieuse : "Un jour que le Gouverneur Général avec courage -car il est brave- visitait sur la ligne de "son" chemin de fer un viaduc en construction, il voulut d'un rond de jambe montrer à une belle madame qui l'accompagnait restée en bas, que l'âge n'avait en rien altéré sa souplesse... Las ! Il avait trop présumé de ses forces, manqua son coup... et "chut" d'une hauteur de quinze mètres. Tout autre qu'Antonetti y eut laissé ses os. Lui, arrêté quelques mètres plus bas par un crochet qui fort opportunément le retint par... son fond de culotte -pantin gigotant dans l'espace- pendant un quart d'heure, s'en tira, parait-il, avec le coccyx brisé. Bref, il dut rester alité pendant plus d'un mois".

Source : Les Broussards Français - Bi-mensuel -N° 22 - 10 mars 1933.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 16:30

Les Saras sont originaires du bassin de la rivière Chari, cours d'eau qui avait donné son nom à la colonie d'Oubangui-Chari (actuelle République Centrafricaine), bien sûr avec l'Oubangui qui passe plus au sud, à Bangui, la capitale.

 

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Carte du bassin versant du Chari (© Kmusser - Wikipedia)

 

Le bassin du Chari et les populations qui y vivent sont à cheval sur le Tchad et la Centrafrique. La ville centrale étant à l'époque coloniale Fort Archambault (actuelle Sahr).

 

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Bahr Sara (Ouham) affluent du Chari (carte postale vers 1920 - © Bruel)    

 

C'est une zone fortement irriguée qui alimente de ses eaux le lac Tchad, avec l'autre cours d'eau majeur, le Logone. La navigation est toutefois difficile à la saison sèche où le débit des rivières chute fortement.

 

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Tchad- Homme Sara Kaba (carte postale vers 1930)

 

C'est dans cette région que l'on recruta à compter de 1925 des milliers de travailleurs pour les chantiers du chemin de fer Congo-Océan, entre Brazzaville et Pointe-Noire. Au fil des ans, il s'agissait de travail forcé, puis de volontaires. 

Les zones principales de recrutement furent le Moyen-Chari (15 000 travailleurs), le Moyen-Logone (8 800 travailleurs), et Ouham (4 100 personnes). Les recrues devaient parcourir plus de 1500 km pour rejoindre leur destination, ce qui était un sacré voyage à l'époque.

  

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Origine des travailleurs envoyés sur les chantiers du Congo-Océan (Extrait © Sautter - 1967)

 

Il fallait rejoindre Bangui par voie terrestre, descendre l'Oubangui puis le fleuve Congo jusqu'à Brazzaville, et enfin atteindre les chantiers jusqu'au coeur du Mayombe. Plusieurs semaines, voire plusieurs mois de voyage étaient nécessaires. Les convois effectuaient de 20 à 30 étapes avant d'arriver à destination.

Le nombre d'inaptes augmentait au fil des étapes. Fatigue, sous-alimentation, maladies, conditions de transport déplorables (surtout les quatre premières années) furent à l'origine de nombreux décès lors du voyage.

Le transport des recrues débuta sans qu'aucun aménagement ne soit fait : "pêle-mêle avec le fret, [les hommes furent] entassés sans abris, exposés à la pluie, au soleil, aux nombreuses escarbilles que donne le chauffage au bois [...] n'ayant de place ni pour se reposer, ni pour faire leurs besoins, ni pour préparer la cuisine" (Source : Mission Lasnet - 1928 - Inspection sanitaire des chantiers du CFCO).

Bref, des conditions de transport proches de celles du bétail !


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AEF - Hommes Saras (carte postale vers 1950 - Ed. Pauleau)

 

Les Saras étaient d'une stature plus imposante que celle des ouvriers d'origine congolaise. Plus grands et plus puissants, ces agriculteurs devaient séduire par leur potentiel, les recruteurs du CFCO !

Ce que cyniquement certains appelaient le "moteur à bananes", expression rapportée par Albert Londres. Tout simplement pour symboliser l'absence de mécanisation et de moteur sur les chantiers. L'homme remplaçait la machine... quitte à mourir en grand nombre.


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Tchad - femme Sara (carte postale vers 1950)

 

La dénomination générique "Saras" a été donnée par les français à ces populations de l'extrême sud de la république du Tchad, le Logone occidental, le Logone oriental et le Moyen-Chari, et du nord de la Centrafrique.

 

saras-aef-scarifications

Visages scarifiés de jeunes Saras (carte postale vers 1930)

 

Cette appellation regroupe une variété de populations aux moeurs souvent différentes, bien que partageant semble t-il les mêmes origines ancestrales. Un peuple venu de la vallée du Nil aurait migré vers le Tchad au XVIème siècle. La langue parlée par les Saras fait partie des langues "nilo-sahariennes", contrairement à celles des peuples Bantous implantés plus au sud.

Certains Saras pratiquaient la scarification faciale et d'autres pas. On trouve de nombreuses photos d'hommes scarifiés, mais si j'en crois ce cliché rapporté par Marc Allégret (compagnon de voyage d'André Gide lors de son célèbre "voyage au Congo"), des femmes aussi avaient le visage scarifié.

 

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Tchad - Fort Archambault (Sahr), Vieil homme et jeune femme - 1925-26 (Marc Allégret © RMN)

 

Mais ce qui a impressionné le plus les voyageurs occidentaux, ce sont les femmes à plateaux. En effet, les Saras "Kya-Be" portaient dans la lèvre inférieure, parfois dans les deux lèvres, un plateau d'argile, dont on augmentait la taille au fur et à mesure. Le trou s'élargissait...

 

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Femme à plateaux - Kya-Be, Moyen-Chari (carte postale vers 1930)

 

Les vieilles femmes portaient donc les plus grands plateaux ! Ce qui peut paraître assez handicapant au quotidien, et peu ragoûtant quand le plateau est enlevé, et que la lèvre distendue pend.

Certains pensent que c'était un moyen de se défigurer, pour échapper au razzia des Arabes venus du nord, à la recherche d'esclaves. D'autres considèrent simplement qu'il s'agit de critères esthétiques. L'appréciation de la beauté varie d'une culture à l'autre, et ne se discute pas !


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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