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25 janvier 2015 7 25 /01 /janvier /2015 18:30

Ce titre accrocheur est celui d'un article de la revue "A travers le Monde", publié en mai 1902. Ce journal hebdomadaire exploite le sensationnel par des histoires exotiques, des récits d'aventures extraordinaires vécues par des voyageurs, notamment dans les colonies, fonctionnaires, religieux, militaires, commerçants ou journalistes, français ou étrangers. Il publie aussi des histoires romancées ayant le même cadre.

L'article est introduit de la façon suivante, présentant la lèpre comme une sorte de "punition divine" pour des indigènes aux mœurs condamnables... Pourtant, le récit du missionnaire est plein d'empathie.

Les habitants du Congo ont fait, ces jours derniers, cruellement parler d'eux, mais par un effet de justice implacable, ces féroces mangeurs d'hommes sont eux-mêmes dévorés par un mal atroce, la lèpre.

Le Révérend Père J. Derouet, supérieur de la mission de Setté-Cama, nous donne dans ce récit un tableau saississant de ce fléau, qui fut la terreur des âges anciens et qui trouve au Congo son terrain de prédilection.

Suit le récit du R.P. Derouet qui partageait alors son temps entre les missions spiritaines du Gabon et du Congo. Âmes trop sensibles, s'abstenir : 

Autant qu'un profane peut risquer un diagnostic, je crois pouvoir affirmer que la variété des affections squameuses plus spécialement désignée ici, est la dartre furfuracée ou lèpre blanche, la plus pure de toutes. C'est la maladie la plus répandue au Congo.

 

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Lépreux - Missions des Pères du Saint Esprit (carte postale vers 1910)

 

Les Pahouins (Fangs) de Setté-Cama racontent que, lors de leur première invasion dans la région, ils abandonnèrent au-delà du Rhembo-Nkomi une famille dont les hommes, les femmes, et les enfants étaient presque tous atteints du fléau. Je pourrais, en recueillant mes souvenirs, multiplier les exemples ; pour le malheur du pays ils sont nombreux. J'aime mieux m'attacher plus particulièrement à deux sujets que j'ai pu examiner de plus près, les ayant presque journellement sous les yeux.

 

Ce sont deux lépreuses. Il est à remarquer en effet que les femmes fournissent à la lèpre la plus grande partie des ses victimes.

Commençons par la bonne Maroundou. Quand je dis la bonne Maroundou, cela ne veut pas dire qu'elle n'ait pas le verbe haut et ferme ; elle a même ses heures de tempête. Quand vous lui demandez par exemple à voir ses membres défigurés, elle proteste avec vivacité ; mais chez Maroundou, le coeur vaut mieux encore que la langue et, de la meilleure grace du monde, elle vous répond "Eh bien ! les voici une fois de plus, mes mains et mes pieds, regarde-les puisqu'ils t'intéressent." Et l'on regarde.

Aux mains, nulle trace des doigts. C'est à peine si une légère proéminence écailleuse permet de reconnaître la place du pouce. Les pieds ont été plus maltraités encore. Celui de gauche, rongé, se relève brusquement en une forme qui rappelle de près le sabot du cheval. Celui de droite est complètement détruit. La jambe se termine en fuseau.

 

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Lépreux du Cameroun - Mission des Pères du Saint Esprit (carte postale)

 

Maroundou est toujours assise sur sa natte irréprochablement propre et donne des conseils à la jeunesse. Et puis, Maroundou, a un fétiche tout-puissant, c'est son inaltérable gaîté. D'ailleurs, Maroundou est un personnage. C'est même une demi-majesté : son frère Makaia règne sur un petit village voisin et ami de la mission ; or Makaia a de nombreuses absences, dues à ce qu'il ne fait point partie des sociétés de tempérance. De là, des interrègnes obligés que mon héroïne remplit avec dignité... et un peu de fracas.


(à suivre...)

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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24 novembre 2014 1 24 /11 /novembre /2014 22:30

La production de coton s'effectuant principalement dans le Nord de l'AEF (en raison du régime des pluies, les territoires du Tchad et de l'Oubangui-Chari se prêtent particulièrement à cette culture), il faut ensuite évacuer la marchandise. C'est le transport fluvial qui permet ce commerce, les bateaux lourdement chargés de balles de coton descendent ainsi l'Oubangui, puis le fleuve Congo jusqu'à Brazzaville. C'est la grande période des bateaux à vapeur ("steam ship").

Avant le transport, le coton doit être égréné. On implante donc des "centres d'usinage" près des zones de production (par exemple à Ippy, Mandoukou, Kitika, Bangassou et Gambo, Mingala, Kembe, Alindao, Zangba et Zouguinza en Oubangui-Chari).

 

L'un des bateaux "cotonniers" porte le nom de William Guynet (écrit parfois par erreur "Guyné"), délégué du Congo français au Conseil supérieur des Colonies vers 1900, actionnaire et dirigeant de compagnies concessionnaires.

 

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Le steam-ship "William Guyné", chargement des balles de coton (1944 - Ellebé © CAOM)

 

Avant le CFCO, la voie ferrée Belge (Kinshasa - Matadi) est le seul débouché pour ces marchandises. A partir de 1934, le CFCO offre une porte de sortie vers Pointe-Noire et son ouverture maritime. Même si le port n'est pas bien aménagé dans un premier temps. Après la Seconde Guerre Mondiale et de nouvelles infrastructures portuaires, c'est le rythme de croisière.

 

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Brazzaville. Déchargement de balles de coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Mais à Brazzaville, rupture de moyen de transport oblige, il faut toujours décharger les balles de coton, soit avec l'aide d'un grue pour les plus gros volumes...

 

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Déchargement de balles de coton au port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Soit à dos d'hommes ! On chemine en file indienne pour déposer le coton sur les quais où d'impressionnantes piles s'entassent. En descendant du bateau, il faut garder l'équilibre sur l'étroite planche pour ne pas chuter dans l'eau avec son lourd paquet de coton pressé.

 

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Déchargement à dos d'hommes du coton au port fluvial (1949 - Robert Carmet © CAOM) 

 

Je suppose que des camions transportaient le coton jusqu'à la voie ferrée du CFCO, à moins qu'une voie de service rejoignant le port ne permette de le faire.

J'avais vu une voie ferrée de ce type au port fluvial de Brazzaville en 2011 (cf  Brazzaville : port fluvial... le "beach").

 

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Les balles de coton sur les quais du port fluvial de Brazzaville (1949 - Robert Carmet © CAOM)

 

Le développement de la culture cotonnière en AEF s'est effectué grâce à la culture directe du coton par les indigènes. Ces derniers étant propriétaires des récoltes, ils étaient ainsi incités à accroître cette culture. Les graines étaient mises gratuitement à la disposition des indigènes par les sociétés d'exploitation. Les cultivateurs apportaient et vendaient aux sociétés leur récolte, dans les centres de production, équipés d'usines d'égrenage.

Le Gouverneur général Antonetti prêta son concours financier à partir de 1926 à la Compagnie Cotonnière Equatoriale Française, souhaitant favoriser cette culture sur le territoire de l'AEF. Le Gouverneur général Reste poursuivra cette promotion.

La culture du coton donnait également lieu à un commerce local au Congo, si l'on en croit certains clichés. 

 

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Marché du coton en AEF, à Boko vers 1924 (Sté de Géographie © BNF)

 

Cette image est légendée "Grand marché public de coton à Boko, au sud et près de Brazzaville". D'autres sources indiquent qu'il s'agirait d'une ville homonyme au Togo, mais la série de 39 photos de l'AEF datant de 1924 et déposée à la Société de Géographique en 1936 font plutôt pencher l'origine du cliché vers la petite ville située au sud de Brazzaville.


Dès 1933, en plus de la Compagnie Commerciale et Cotonnière de l'Ouhamé-Nana, autrement dit la COMOUNA (cf Pointe-Noire colonial : la "Comouna" ), on compte La Société  Française des cotons Africains (COTONAF), la Compagnie Cotonnière équatoriale Française (COTONFRAN, fondée en 1926 sous la dénomination "Les cotons du Congo" ; elle avait à une époque le monopole de la plantation et de l'exploitation du coton sur... 6 millions d'hectares !!) et la Compagnie Cotonnière du Haut-Oubangui (COTOUBANGUI).


Sources :

Annuaire des entreprises coloniales, 1951. Afrique équatoriale (Gabon, Moyen-Congo, Oubangui-Chari, Tchad, Cameroun).

Le Journal des finances, 10 février 1928

Revue des questions coloniales et maritimes - 1938 - La culture cotonnière en A.E.F. et ses espérances, Henri Bobichon.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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