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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:45

Juste à côté de la maison de Thérèse, le Père Joseph nous présente comme promis à un vieux sage du village... Après un portail, nous pénétrons dans la cour d'une maison, un peu plus cossue que ses voisines, mais sans être luxueuse bien sûr.

C'est là que réside un ancien colonel. Le Père Joseph fait les présentations et nous sommes invités à nous asseoir sur des bancs, sous un petit mbongui. L'homme est visiblement satisfait de recevoir de la visite. La paillote circulaire recouverte de chaume, au sol cimenté, est ouverte de tout côté sur l'extérieur. C'est un endroit agréable pour discuter.

Le colonel Nzikou, puisque tel est son nom, nous invite à boire une bière. J'hésite un peu, mais Manu me fait comprendre que l'on ne peut pas refuser, cela ne se fait pas... Il demande à sa femme de faire le nécessaire pour acheter des boissons.

 

Le colonel prend place dans un transat un peu usé et engage la conversation. Il porte un T-shirt à l'effigie du Président du Congo. Manu me dira ensuite que ce dernier aime bien les vieux militaires. L'homme s'adresse principalement à moi, et mes comparses sont quasiment muets.

Nous parlons de la France et du Congo, et je sens qu'il cherche à me situer. Le colonel m'explique que nous avons construit le Congo ensemble (sous entendu les Français et les Congolais). Ayant dissipé le soupçon d'une éventuelle nostalgie coloniale de ma part, la discussion est franche et ouverte.

 

loudima-mbongui-colonel

Le colonel Nzikou et sa femme Jeanne    

 

L'homme est souriant, plein d'humour. Parfois même, il est malicieux. Par exemple, il me fait remarquer qu'il a connu la France avant moi ! Ce que je ne peux que constater... Le colonel Nzikou nous raconte en effet qu'il est arrivé en France en 1956. Il s'était engagé dans l'Infanterie Coloniale. Il a connu différentes villes du sud-est de la France, Nimes, Fréjus, Toulon, Marseille...

Il a également été baptisé en France, sous les prénoms de Léon et Noël. Je ferai remarquer ensuite à Christ que singulièrement ses prénoms sont le palindrome l'un de l'autre.


Le colonel me questionne un peu sur ma famille et ma région d'origine. Je découvre ainsi qu'il est né en 1935 (ou vers 1935), comme mon père, et il devine que j'ai le même âge que sa fille.

Comme c'est de sa génération, je lui demande s'il a participé à la Guerre d'Algérie. Il nous répond qu'il était destiné à combattre en Indochine ! Mais peu après son engagement, la bataille de Diên Biên Phu est perdue par la France en mai 1954, et les accords de Genève signés en juillet 1954 mettent fin à ce conflit (environ 3 000 africains ont perdu la vie durant la Guerre d'Indochine).

Le colonel restera en France métropolitaine, il nous indique fièrement qu'il était dans "l'administration" de l'Infanterie Coloniale. A ce sujet, il nous raconte une anecdote. Dans les années 1980, il a rencontré Jacques Chirac, alors Maire de Paris, lors d'une commémoration (j'ignore laquelle) à l'hôtel de ville. Ce dernier aurait noté avec humour que notre interlocuteur était à l'abri en France pendant que lui se faisait tirer dessus en Algérie !

Le colonel Nzikou présente une belle vivacité d'esprit pour son âge.

 

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Le colonel, sa femme, et le visiteur de passage    

 

Nous ne pouvons pas échapper à la photo souvenir et je me prête volontiers à l'exercice. Le colonel convie son épouse Jeanne sur le cliché. Elle n'a pas participé aux conversations, faisant des allers-retours dans la maison. Le couple est charmant, mais le transat un peu étroit pour accueillir les deux époux !

 

Après environ 45 mn de discussions autour d'un verre, nous songeons à quitter notre hôte. Le colonel conclue par un vibrant "Vive la République du Congo !" et j'enchaîne de suite par un "Vive la République Française", que je tempère aussitôt par une autre sentence "Et surtout... à l'amitié franco-congolaise !". C'est en fait Jeanne qui a le dernier mot : "Voilà de bonnes paroles !".

 

Le colonel nous raccompagne jusqu'au portail. Nous le saluons et il m'invite à revenir le voir à l'occasion en passant à Loudima... même si c'est au cimetière !

  

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 14:20

Après l'alambic rudimentaire, en repartant, je remarque un grand pigeonnier perché sur des poteaux en bois. Il est constitué de bois et de tôles. Cependant, il semble abandonné.

 

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Pigeonnier à Loudima

 

L'élevage de pigeons est une vieille tradition au Congo, si j'en crois les documents anciens montrant cette activité. Il était notamment pratiqué dans le Mayombe.

J'ai vu la vente de pigeons verts à Pointe-Noire, espèce sauvage vivant dans les forêts, fréquentant les alentours des villages. Mais c'est une autre espèce de pigeon qui était domestiquée.

 

 

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Pigeonniers dans la région limitrophe du Mayombe vers 1930 (© René Moreau)

 

 

 

Les pigeonniers anciens étaient fort jolis, faits de pisé ("poto-poto"), comme le décrivait un Père Blanc en 1913 au Congo belge : " Sur des perches fourchues fixées en terre, on place horizontalement des sticks qu'on recouvre de boue ; c'est un plancher de pisé. De place en place, dans ce pisé, sont évidés des nids ; on dirait des fonds d'assiettes. Par endroits, on remarque une ouverture dans le plancher de pisé : c'est pour laisser tomber la saleté. Sur ce plancher s'élève une cabane basse à toit conique; c'est une cahute en pisé et en chaume. La façade se présente comme nos pigeonniers d'ici, avec des ouvertures dans le pisé ".

 

Les toits des pigeonniers n'étaient pas coniques dans le Mayombe. La maison des pigeons ressemble à celle des villageois qui les élèvent !

 

 

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Pigeonnier d'un village du Mayombe vers 1950 (© Françoise)

 

Le père Joseph veut nous faire une surprise. Il tient à nous faire rencontrer quelqu'un du village, mais reste mystérieux quant à son identité...

Nous poursuivons notre visite au milieu des maisons en briques sagement alignées. Nous découvrons alors une charmante scène familiale.

 

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Grand-mère et sa petite-fille

 

Dans une cour de terre battue, une vieille femme assise sur un tabouret tient dans ses bras un bébé. Nous saluons les femmes assises autour, et la cour étant ouverte, nous engageons facilement le dialogue.

J'apprends qu'il s'agit d'une grand-mère avec sa petite-fille. L'aïeule se prénomme Thérèse et l'enfant... Thérésia ! Manu m'explique que le prénom de la grand-mère est passé de mode ("ça fait trop vieux") par conséquent, on a modernisé le prénom de la petite-fille.

Je demande si je peux prendre une photo. Les villageoises acceptent volontiers. La grand-mère dans son beau pagne esquisse un timide sourire et sa petite-fille continue de dormir paisiblement dans ses bras.

Ma foi, je suis satisfait du résultat. C'est l'un des plus beaux portraits que j'ai réalisé au Congo. Simple et naturel, sans mise en scène. Je montre le cliché à tout le monde, à la mère de l'enfant et bien sûr à Thérèse qui parait émue.

 

 

 

Source :

Les Baluba (Congo Belge), R. P. Colle, Missionnaire des Pères Blancs d'Afrique - 1913

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Publié par Fabrice Moustic - dans Bouenza
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