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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 15:30

A l'extrémité de l'avenue Edith Bongo, nous tournons à droite, quittant la voie bitumée, pour emprunter une étroite piste défoncée. Fort heureusement, nous ne sommes pas à la saison des pluies, durant laquelle nombre de véhicules doivent s'embourber ici. Nous pénétrons dans un quartier très pauvre, dont l'habitat est fait en majorité de bric et de broc. C'est une partie de Mpila appelée "port de Yoro". Le nom du lieu proviendrait d'un ancien propriétaire sénégalais, dénommé "Yéro Thiam".

Le sol est jonché de détritus, principalement des débris de plastique. Triste spectacle que ces enfants jouant au milieu des immondices, devant leur misérable baraque faite de planches et de tôles rouillées. Certains marchent à peine et piétinent déjà dans les ordures.

 

Brazza-port-yoro

Port de pêche de Yoro

 

C'est le quartier le plus pauvre que j'ai pu voir à Brazzaville. Au bout de la rue (enfin si on peut l'appeler ainsi...), Brice fait demi-tour et nous dépose devant une porte qui donne sur le fleuve. Notre chauffeur reste au volant de son véhicule.

Je ne me sens pas à l'aise et je n'ai pas trop le coeur à faire des photos du village de Yoro, ayant l'impression d'être un intrus au milieu de toute cette misère. Nous passons la palissade et un beau paysage s'ouvre devant moi. En contrebas, les pirogues sont rangées au bord du fleuve. Manu m'explique qu'il y a aussi des "baleinières", embarcation de plus grande taille dont une partie est couverte par une bâche. Cela permet de naviguer sans doute plus longuement sur le Congo, avec un petit abri pour passer la nuit.

 

Brazza-yoro-pirogue-saleté

Pirogue abandonnée au milieu des détritus...


A peine suis-je entré, qu'un jeune homme, dont le pantalon sale tient par une ficelle nouée autour de la taille, me demande un billet... Il ne parle pas bien français et je ne comprends pas la moitié de ce qu'il me raconte. Manu devine mon embarras et il me demande d'attendre pendant qu'il va négocier avec des policiers, assis en retrait le long de la palissade. Abrités sous des tôles, je ne les avais pas vus. Il faut une fois encore obtenir le "droit" de faire des photos...

 

brazza-village-yoro-baobab

Baobab du village de Yoro

 

Après le feu vert du policier (contre un petit billet bien sûr), je prends une vue générale du port. En face de nous, c'est toujours l'île Mbamou et ses langues de sable bordées de grandes herbes. Il y a très peu d'arbres. Au loin, de grands panaches de fumée s'élèvent. Ceci explique sans doute cela... Une grande pirogue est posée sur cale, sur un banc de sable. Peut-être est-elle en chantier ? Un autre bateau est dénommé "Le sycomore en marche". Effectivement, si le bois provient de cette essence, voilà un tronc d'arbre qui "marche" sur les eaux.


Ce qui est remarquable au port de Yoro, ce sont les grands baobabs qui dominent les environs. On en voit plusieurs dans le village qui ont été préservés. Vu leur taille impressionnante, ils sont là depuis des siècles et ont vu passer de nombreuses pirogues !

 

Brazza-port-yoro-pirogue

Piroguière sur le fleuve Congo

 

Le soleil commence à décliner. Manu repère une pirogue dirigée par une femme. Cela le chagrine un peu, c'est une pratique des "gens du Nord" ! On ne devrait pas laisser ainsi souquer une "maman". Cela ne se fait pas.


Manu m'encourage à aller plus loin, mais je n'ai pas le coeur à mitrailler de photos le port et le village. Je suis tristement marqué par le contraste entre la beauté du paysage fluvial et la pauvreté ambiante...

 

brazza-port-yoro-berges

Marchandises déposées près des tas d'ordures

 

A notre droite, des marchandises sont entassées sur le sol, près des tas d'ordures. Il ne faut pas chercher bien loin la raison pour laquelle on est ensuite malade, en consommant les aliments de ces sacs. Avec la pollution de l'eau bien sûr, avec laquelle on fait cuire ses mêmes aliments.


Mon interlocuteur ne m'a pas lâché. Je prends pitié de lui et avant de partir lui donne un petit billet. Il me montre un autre jeune assis, en me disant que c'est un "cousin mundele". Il a effectivement le teint clair et est sans doute le fruit d'un métissage. Le jeune homme sourit et je le salue avant de retraverser la palissade. Nous reprenons la piste chaotique du village de Yoro. Il me semble me souvenir que sur le trajet, Fred s'est arrêté acheter je ne sais plus quoi dans une bicoque.

 

Au bout de cette rue misérable, on construit un monument en marbre à la gloire d'Edith Bongo. Je ne peux m'empêcher de dire à mes amis congolais que l'argent serait beaucoup mieux employé à améliorer le sort des habitants de Yoro. Ne serait-ce que le simple fait de bitumer la voie d'accès... Cette femme a déjà une avenue à son nom. A part avoir été la fille d'un président et la femme d'un autre, qu'a t-elle donc fait de si extraordinaire pour mériter un tel monument ?

Misère...

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 15:15

Après ce moment contemplatif, retour à la réalité. Un train de marchandises passe dernière nous et rejoint les quais situés en amont.

Une voie bifurque en fait de la gare de voyageurs et rejoint le port fluvial. Les containers bleus défilent, sans doute viennent-ils de Pointe-Noire. Le CFCO est un moyen de transport primordial pour acheminer les marchandises vers la capitale.

 

Brazzaville-port-beach-train

Train arrivant au port

 

En ce jour férié, le port de Brazzaville est assez calme, mais ce type d'infrastructure (comme dans de nombreux pays) est souvent le siège de trafics et de violences. Quand nous partons, nous croisons près des hangars quelques jeunes éméchés. Ils cassent des bouteilles de bière sur le sol.

Brice nous raconte que c'est un fief de voleurs. Un jour, il a surpris un jeune homme tentant de le voler en passant la main par la fenêtre ouverte de sa portière. Pris sur le fait, en lui tenant le bras, le voleur a eu une attitude surréaliste en répondant à Brice "Ce n'est pas ma main, ce n'est pas ma main !". Notre taximan nous confie que le voleur en puissance a été ensuite bastonné par la police...

 

Après le Beach, nous continuons vers le nord de la ville pour rejoindre le port de pêcheurs de Yoro. Nous traversons le quartier de Mpila. Nous passons devant plusieurs casernes, les forces armées se font plus visibles. C'est le quartier où réside véritablement le Président de la République.

Nous passons devant une brasserie, similaire à celle de Pointe-Noire, en empruntant l'avenue Edith Bongo (rebaptisée récemment, il s'agit de l'ancienne avenue du Port). L'entreprise Brasco, partenaire de Heineken, inonde le pays de bières et de sodas bon marché.

 

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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