Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 décembre 2013 6 07 /12 /décembre /2013 22:00

Les Français tentent de perpétuer les rituels de la IIIème République, à 6 000 km de la métropole.   

Ainsi, on célèbre en grande pompe à Loango la Fête Nationale du 14 juillet ! Les drapeaux tricolores et le canon sont de sortie. La population locale, notamment les enfants, est invitée à assister au "spectacle".

Sous les manguiers et les palmiers, la détonation de la poudre à canon ne devait pas manquer d'impressionner les autotochnes.

 

Loango-fete-nationale-canon-congo

  Fête Nationale (14 juillet) à Loango vers 1900 (carte postale - cliché C.M.) 

 

A Brazzaville, on organise à cette occasion des jeux, comme la course en sacs ou le jeu des anneaux. Un défilé du cortège officiel et des troupes, à pied et à cheval, ou bien un concours de tir occupent les Européens, tout comme les spectateurs Congolais. C'est l'occasion pour le Gouverneur de faire usage de sa rutilante automobile, chose bien rare à l'époque (on dénombre seulement 3 automobiles et 1 camion à Brazzaville en 1920).

Un concours agricole se tient comme dans les villes de la province française. Sans peur du ridicule, ces belles dames participent parfois à un concours de... pousse-pousse fleuris !!

 

Loango-14-juillet-Croquemitaine

Amusements à Loango le 14 juillet (carte postale vers 1910 - © Marichelle)


La population locale est conviée à chanter et à danser au son des "tams-tams". Le bal du 14 juillet en quelque sorte ! Bien que les croyances traditionnelles soient réprimées par l'Eglise catholique, les masques et les danses coutumières sont parfois associés à Loango aux cérémonies du 14 juillet.

La carte ci-dessus nous montre des tambours traditionnels, posés sur le sol à gauche (tambours "Ndanda", de forme allongée) et également les amples costumes faits de feuilles et de plumes, dissimulant tout le corps des porteurs de masque. Armés d'une sorte de bâton, ces personnages faisaient forte impression, notamment auprès des plus jeunes. D'où l'expression de "croquemitaine" employée en légende, mais la signification était peut-être plus profonde. Un spécialiste des Arts africains, rapporte que les masques monstrueux de la région de Loango figuraient... la laideur de l'homme Blanc !!

 

loango-administrateur-dumonet-1906

  Administrateur de Loango en 1906, M et Mme Dumonet (Photo Mission Bel - © BNF)

 

L'Administrateur colonial, personnage le plus important du lieu, réservait un bon accueil au visiteur de passage, comme lors de l'escale de la mission Bel à Loango en 1906.

On pose pour la postérité sur le perron, entourés de plusieurs boys, sous les croisillons en bois de la Résidence. Les belles tenues blanches de Monsieur et Madame restaient-elles longtemps immaculées ? 

 

Loango residence-administrateurs-tipoye

 Résidence des Administrateurs à Loango vers 1910 (carte postale - © Marichelle)

 

On n'a pas peur non plus de poser grimpée sur un tipoye, soutenue par deux porteurs, habillée d'une longue robe !! En arrière plan, colons à casque blanc et employés Noirs.

On note à droite la présence de deux hommes qui portent une défense d'éléphant. Toujours le trafic d'ivoire... Un enfant Noir grimpé sur un banc observe la pittoresque scène.

 

Loango-factorerie-sho-1910

Factorerie SHO à Loango (photographie vers 1910)    

 

Les commercants ne manquent pas non plus de laisser leur empreinte. Coiffé du chapeau à larges bords ou du casque colonial, on se fait photographier devant la factorerie, au milieu des employés, à la veste sagement boutonnée, et des clients.

Les traces laissées ne sont pas que photographiques...

 

Loango-mulatresse-congo

Petite mulâtresse et sa maman à Loango vers 1910 (carte postale © Courboin)

 

Comme Loango est principalement habitée par des hommes jeunes, pour la plupart non accompagnés de leurs femmes (la vie au Congo est alors fort rude pour une Européenne), le rapprochement avec la gente féminine locale est inéluctable. L'Etat Civil de Loango relève très peu de mariages entre Européens, un en 1898 et un autre en 1910. Il y a par contre des mariages entre Européens et filles indigènes.

On voit alors naître "mulâtres" et "mulâtresses". Le phénomène est suffisamment important pour que les cartes postales de l'époque s'en fassent l'écho et pour que les institutions religieuses prennent en charge l'éducation de ces enfants. A Loango, Mère Alphonse s'occupe des jeunes filles métisses.

A Brazzaville, les Sœurs ouvrent l'orphelinat "Augouard" et accueillent les petites mulâtresses.


Les recensements ne sont pas bien précis, mais on estime tout au plus la population européenne à 70 personnes. C'est bien peu ! La première naissance d'un enfant non métis date de 1913... trente ans après la fondation de la ville. Par contre, les décès ne sont pas rares et des épidémies déciment par moment les Européens, parfois à peine débarqués au Congo.

Ainsi l'impression générale donnée par Loango restera malgré tout celle d'un gros village à l'habitat dispersé, à la faible densité de population, et à l'avenir incertain.

 

Loango-mission-chemin-fer-Noirs

Loango - Auxiliaires Noirs pour la mission du chemin de fer (carte postale © Dauvissat)

 

Les missions d'étude pour le chemin de fer se succèdent au fil des décennies et désignent le site de Pointe-Noire comme le lieu idéal pour le terminus de la ligne, celui-ci devant également accueillir le "grand port" de l'AEF. C'est la fin annoncée de Loango...

Les plus avertis font déjà vers 1910 l'acquisition de terrains à Pointe-Noire... et ne manqueront pas de négocier au prix fort le moment venu la revente de leurs parcelles. 

La Première Guerre Mondiale retardera le passage d'un site à l'autre, donnant un sursis d'une dizaine d'années à Loango. Mais l'activité à Loango commença à décliner dès l'ouverture en 1898 du chemin de fer au Congo belge.

 

Loango-eglise-clocher-mission

  Mission de Loango - Eglise et campanile (carte postale vers 1920)

 

Seule la mission catholique, située à proximité du "centre administratif", survivra à la fin de la ville coloniale de Loango. Implantée un peu avant l'essor de la petite ville (1882), elle transférera cependant au fil des décennies certaines activités à Pointe-Noire, comme le siège de l'évêché (1949) et l'imprimerie (1965).

L'église historique en bois, datant de 1885, a hélas été détruite (cf Loango : la mission catholique (suite)).

 

 

Sources :

Pointe-Noire et la façade maritime du Congo-Brazzaville - P. Vennetier - Orstom - 1968

Photographes d'Afrique (http://photographesenoutremerafrique.blogspot.fr/)

L'Eglise de Pointe-Noire: Evolution des communautés chrétiennes de 1947 à 1975 - Guy Pannier

Delange J. (1967) Arts et peuples de L'Afrique noire : Introduction à l'analyse des créations plastiques, Gallimard, Paris.

Repost 0
Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
commenter cet article
24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 21:00

Les colons français commencent véritablement à prendre pied à Loango à compter de 1883, date de la signature du traité avec les chefs de la région.

Le lieu n'est pas choisi par hasard, il s'agit de l'ancienne capitale du royaume Loango (cf  Le royaume de Loango), située approximativement entre la côte (Loango) et Diosso (Bwali). C'est le site historique du sinistre commerce des esclaves (cf  Loango : lieu de mémoire de l'esclavage et  Loango : lieu de mémoire de l'esclavage (suite)).

 

loango-1891-congo-dybowski

Loango en 1891 - Caravane de porteurs de la mission Dybowski (photo recadrée © CAOM)

 

Les quinze premières années, c'est encore l'époque de la découverte du Congo français et les missions d'exploration se succèdent. Celle de Jean Dybowski nous offre sans doute la plus ancienne vue de Loango, en 1891. C'est le point de départ de sa caravane de porteurs, sa mission étant de rejoindre la région de Bangui, après le massacre de la mission Crampel.

On y devine au second plan, sur une colline dominant la baie de Loango, les premières constructions. Deux grandes batisses (dont la résidence de l'administrateur ?) et d'autres cases plus petites. Dybowski parle alors de "quelques pauvres cases dispersées dans les herbes"...

 

Loango-vue-cfhc-concession

  Vue de Loango depuis la concession CFHC (carte postale vers 1900 - Ed. CFHC)

 

Peu à peu les administrations et les commerçants s'implantent à Loango. Des concessions de quelques hectares sont accordées et tout ce petit monde prend place, sans véritable ordonnancement.      

L'un des premiers marchands est François Tréchot, qui débarque au Congo français en 1894. Il fonde ensuite, avec ses frères, la Compagnie Française du Haut-Congo (CFHC). D'immenses concessions seront ensuite attribuées à l'intérieur du pays, à plusieurs compagnies, pour une durée de 30 ans, par le gouvernement français. 

 

Loango-factorerie-trechot-ivoire

  Factorerie Tréchot Frères à Loango en 1897, achat d'ivoire (Carte postale - © Audema)

 

Devant la belle maison de commerce de Loango, à étage et avec un élégant escalier, on apporte les défenses d'éléphant, sans doute achetées à bas prix aux indigènes. Le commerce d'ivoire bat son plein et le massacre des éléphants à grande échelle commence, facilité par les armes à feu modernes (cf  Congo : les animaux et la chasse...).

Le journaliste Leblanc note alors que "La France est la seule nation coloniale qui n'ait pas encore pris des mesures pour protéger contre les massacreurs officiels le gros gibier de ses colonies" (Journal des Voyages - 21 mai 1911). 


 

Loango factorerie-congo-français

  Factorerie à Loango - Congo Français (carte postale vers 1900 - © Audema) 

 

Des factoreries se sont installées avant même que ces territoires fassent parties des colonies françaises. Elles marqueront de leur empreinte le commerce des rivages atlantiques du Congo (au sens large du terme). En 1875, on dénombrait 126 factoreries liées à cinq pays principaux (Hollande, Portugal, Angleterre, France, Espagne) sur environ 600 km de côtes.

Sargos, Ancel, Portella, Sebastioa, NAHV ("maison hollandaise"), CFHC, CPKN, SHO... s'implanteront à Loango et dans la région du Kouilou.

 

 

Loango residence-administrateur

  Résidence de l'Administrateur à Loango vers 1900 (carte postale - © CFCO)

 

Loango veut prendre les atours d'une petite ville, avec des infrastructures dignes d'une sous-préfecture ! 

Les constructions en bois peuvent avoir de l'allure, comme la résidence de l'Administrateur où les balustrades et les coursives donnent l'effet d'un navire amiral.

Le "centre administratif" a pris place sur le sommet de la plus haute colline (60 m d'altitude), tout comme la résidence de l'Administrateur implantée à quelques 250 mètres, près du point culminant du site (62 m).

 

Loango-hopital-docteur-congo

  Hôpital et logement du Docteur à Loango vers 1900 (carte postale - © Audema)

 

Tribunal, gendarmerie, prison, hôtel des Postes et Télégraphes, douanes, hôpital, bureaux de l'administration... tapissent peu à peu le faîte de la colline.

 

Loango-Hotel-Postes-Télégraphes

Hôtel des Postes et Télégraphes de Loango vers 1910 (carte postale - © Marichelle)


Ces édifices sont construits pour la plupart sur pilotis de 0,5 à 1 m de haut. Cela favorise la salubrité des locaux, notamment en saison des pluies. Les murs sont en planches et les toits en tôle (bonjour la chaleur...) ou en toile goudronnée (pour assurer l'imperméabilité).

L'hôtel des Postes et Télégraphes repose quant à lui sur de solides piliers de briques.

 

Loango-case-européen-colons

  Case d'Européen à Loango vers 1900 (carte postale - © Audema) 

 

D'autres constructions sont plus modestes, et offrent visiblement un confort rudimentaire, proche de celui des "indigènes", comme le montre cette vue d'une case d'un Européen.

De petits bâtiments sont ainsi construits en panneaux de papyrus, d'autres en "poto-poto", directement sur un sol en terre battue.

 

 

Un peu d'histoire... Audema, un témoin de premier plan : 

 

De nombreux clichés du Loango de l'époque coloniale sont dus à Jean Audema. Il immortalise la petite ville, alors à son apogée, entre 1894 et 1910. 

Les bâtiments administratifs et les maisons de commerce de la cité côtière du Congo français retiennent son attention. Mais l'homme s'intéressera également aux populations locales et rapportera des témoignages ethnographiques de premier plan, sur leur vie quotidienne et leurs coutumes (activités artisanales, parures et vêtements, activités artistiques, habitat...). Pas seulement du Kouilou, mais d'une bonne partie de l'AEF. C'est l'un des premiers photographes à rapporter ce type de témoignages de l'Afrique centrale.

 

jean-audema-portrait-congo

Portrait de Jean Audema - Congo français (buste sur plaque en bronze doré de F. Gilbault)

 

Jean François Audema est né en 1864 à Montpellier. Il arrive au Congo en 1894 comme simple "Agent auxilliaire" de l'administration coloniale. Mais il gravit patiemment les échelons, et devient chef de poste en 1898, chef de station en 1902, et administrateur-adjoint en 1904. Il voyage ainsi fréquemment et photographie aussi Libreville, Bangui, Loudima et Brazzaville, les régions de l'Oogoué, de la Lobaye, du Kouango, de la Léfini... Il devient membre de la Société languedocienne de Géographie en 1898.

Atteint notamment par le paludisme, il effectue en fin de carrière de nombreux séjours hospitaliers en France. Il obtient, à sa demande, sa mise en retraite anticipée à compter d'octobre 1909, pour raisons de santé ("infirmités contractées au service"). Sur recommandation du Ministre des Colonies, il est alors décoré en 1910 du grade de Chevalier de l'Ordre de l'Etoile d'Anjouan. Il meurt à Montpellier en 1921, à l'âge de 57 ans. 

Ses clichés du Congo français seront édités en cartes postales à plusieurs reprises, y compris après son départ de la colonie.

Repost 0
Publié par Fabrice Moustic - dans Kouilou
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Fabrice au Congo
  • Le blog de Fabrice au Congo
  • : Carnets de voyages au Congo-Brazzaville, principalement à Pointe-Noire, mais aussi dans d'autres régions du Congo, agrémentés de photos, d'informations culturelles et touristiques et d'impressions personnelles.
  • Contact

Recherche

Catégories