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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 13:20

En Afrique tropicale, il existe des dizaines d'espèces de fourmis magnans, du genre Dorylus. Leur couleur varie du noir foncé au jaune-orangé. Elles vivent en colonie pouvant comporter plusieurs millions d'individus. Il n'y a qu'une seule reine, aveugle, aptère et de grande taille, qui pond des oeufs à longueur de temps. Elle est encadrée et nourrie par des ouvrières, qui s'occupent des larves, elles-mêmes protégées par les fourmis soldats. Celles-ci sont les plus impressionnantes de par leur taille et leurs redoutables mandibules.

Ce sont des insectes carnivores. Une fois les mandibules plantées dans le corps de leur ennemi, les fourmis magnans ne lâchent plus !

 

Dorylus-magnan-criquet

Fourmis magnan dévorant un criquet (Cameroun - Wikipédia)

 

La colonie se déplace pour changer de lieu d'implantation (la fourmillière est temporaire) ou pour partir à la chasse. La colonne d'individus en mouvement, avec à sa tête des "éclaireurs", peut faire plusieurs centaines de mètres de long, ce qui leur a valu le surnom de "fourmis légionnaires".

Elles s'attaquent aux autres insectes, aux oisillons encore au nid, aux reptiles et amphibiens et aux petits mammifères. Plus rarement, elles peuvent s'en prendre aux animaux domestiques, lorsque ceux-ci sont enfermés dans des enclos. En effet, le seul salut, c'est simplement de fuir la colonne de fourmis en mouvement !

 

dorylus-nigricans-soldat

Fourmi magnan : soldat (Dorylus nigricans - Côte d'Ivoire - © Patrick Landmann)

 

Les hommes font de même en fuyant les villages traversés par des colonnes de magnans. Pas forcément mécontents d'être débarrassés à cette occasion des animaux nuisibles, cafards, rats et autres scorpions !

Utilisation positive, il paraît que certaines ethnies, comme les populations des forêts (Pygmées) utilisaient les soldats comme instrument de suture. En effet, en laissant mordre les bords d'une plaie par la fourmi soldat, une fois les pinces refermées, on lui coupe le corps, la tête de la fourmi formant alors une sorte d'agrafe chirurgicale.

 

Seules les personnes qui ne peuvent pas fuir sont véritablement en danger. La morsure est parait-il très douloureuse. Les récits des explorateurs au Congo relatent des attaques d'êtres humains, surtout pendant leur sommeil. 

 

Ainsi le Colonel Baratier relate t-il dans ses souvenirs (ceux de la Mission Marchand, débutée en 1896), une attaque nocturne au bord du fleuve Niari, à cause parait-il d'un pot de confiture...

" Pendant la nuit, alors que nous nous reposions tous, une bande de magnans en voyage vint à passer dans les environs. Les magnans, fourmis noires, ont une férocité qui n'a d'égale que leur prétention. Tout ce qu'elles rencontrent de comestible, elles veulent l'emporter, fût-ce un homme.(...) C'était sûrement à une des plus fortes colonnes de ces terribles fourmis que fût signalé le pot de confiture de Moussa. Elle s'y engouffra ; mais pendant ce temps les éclaireurs poursuivaient leur reconnaissance, ils découvrirent Castellani. (...) Un cri me réveilla. Je reconnus la voix de Castellani. Avait-il rêvé d'une révolte des pagayeurs ?

- Des fourmis, me dit-il. Il avait seulement un peu d'angoisse dans la voix, et vraiment il aurait eu le droit de hurler. Je dois le reconnaître ; il fit preuve d'un remarquable stoïcisme. Chaque morsure de magnan laisse sa trace, et produit une véritable sensation de brûlure. Quand des milliers de ces insectes vous surprennent endormi, ce sont des milliers de brûlures qui vous éveillent, et la douleur est terrible.

- Déshabillez-vous, lui criai-je, et sortez vite.

En Afrique, en route, on dort avec une partie de ses vêtements, et le seul moyen de se débarrasser de ces agresseurs est de se porter loin du gros de l'ennemi et de se dévêtir entièrement ; après quoi, un boy ou un ami complaisant vous épluche et arrache tous les magnans qui n'ont pas lâché prise. Aidé de Moussa, je réussis à délivrer Castellani ; mais la nuit pour nous était terminée ; après avoir repoussé les fourmis à l'aide du feu, il fallut démonter la tente pour en chasser les dernières, et le jour se levait lorsque nous pûmes nous déclarer vainqueurs."

 

Les fourmis magnans étant carnivores, pas sûr que le pot de confiture abandonné par Moussa, le fidèle cuisinier du Colonel Baratier, soit pour quelque chose dans l'attaque ! Mais Charles Castellani, peintre et dessinateur pour la revue L'Illustration, a échappé cette nuit-là à la voracité des fourmis.

 

Source :

Au Congo - Souvenirs de la Mission Marchand - Colonel Baratier - 1910 - Modern Bibliothèque

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Publié par Fabrice Moustic - dans Nature
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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 14:15

A Moukoukoulou, j'effectue une autre observation botanique, on trouve en effet le long de la piste d'étranges gousses dont la consistance est proche du bois, mais qui sont très légères.

Ce qui surprend, c'est leur taille. Elles font de 40 à 50 cm de long ! Je demande à Christ d'en tenir une dans ses mains, afin d'avoir une échelle pour la photo. Un drôle de haricot géant !

 

bouenza-fabacées-mubala-gousse

Gousse géante (environ 50 cm) de l'acacia

 

Notre adjudant doit bien se demander quel est cet hurluberlu qui photographie des gousses tombées à terre et sans intérêt...

Les gousses comprennent de 5 à 7 alvéoles, ces dernières abritant des graines. Bizarrement, je n'en trouve pas sur le sol. Manu me dit que ces graines ne sont pas comestibles et qu'il ne connaît pas le nom de l'arbre. Mais ces graines sont bien passées quelque part, un animal les trouverait-il à son goût ? Ou bien les villageois de la région en ont un usage que nous ignorons à ce moment-là.

Je finis quand même par trouver une graine, de couleur brune, évidemment de belle taille (5 à 7 cm de long). Elle est relativement plate et de forme elliptique.

 

bouenza-fabacées-mubala-graine

Graine (fève) contenue dans la gousse    

 

Levant la tête, j'essaie de trouver l'arbre à l'origine de la chute de ces fruits géants... J'identifie le "responsable" dont les feuilles ressemblent à celles d'un acacia, ou d'un mimosa. Il fait une vingtaine de mètres de haut.

 

bouenza-fabacées-Pentaclethra-macrophylla

Acacia du Congo

 

Par curiosité, j'essaye de trouver des gousses encore présentes sur l'arbre. Effectivement, en zoomant avec mon appareil photo, j'observe de longues gousses brunes qui pendent dans le feuillage. Impressionnant !

 

bouenza-fabacées-pentaclethra-gousse 

Fruits (gousses) et fleurs de l'acacia du Congo

 

Avec difficulté, je prends une photo (elle est floue vu la grande distance et la luminosité médiocre...). En arrière plan, on voit aussi des fleurs, en forme d'épis et de couleur orangée.

Tous ces éléments me conduisent à penser qu'il s'agit d'un acacia du Congo, arbre de la grande famille des Fabacées (légumineuses, plantes à gousse qui produisent des fèves), ou plus précisément un Mimosaceae. Il porte le doux nom scientifique de Pentaclethra macrophylla

 

congo-acacia-Pentaclethra-macrophylla

Identification de l'acacia du Congo (Dessins de Achmad Satiri Nurhaman © Prota.org)

 

Il porte bien sûr de nombreux autres noms vernaculaires selon les langues locales et les régions, par exemple panzi (en kikongo) et essiri (Congo Brazzaville), mubala et owala (Congo Kinsasha).

Il est répandu dans les zones forestières d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique Centrale. Pour une fois, ce n'est pas un végétal venu d'un autre continent ! 

 

bouenza-acacia-congo

Cime en dôme de l'acacia du Congo


La graine est consommée bouillie ou rôtie en Afrique de l'Ouest. On peut tirer des graines une huile comestible. D'où le nom anglais de l'arbre, "African oil bean". Le caractère "comestible" varie donc en fonction des coutumes alimentaires des pays et des régions. D'autres fabriquent du savon avec l'huile extraite.

Le bois de l'arbre et les cosses vides sont utilisés comme combustible pour la cuisine. Traditionnellement, le bois sert à fabriquer des pilons et des mortiers. Enfin, on attribue différentes vertus thérapeutiques aux feuilles, à l'écorce ou aux graines de cet "acacia du Congo".

Dernière utilisation plus festive, il paraît que les gousses pleines de graines étaient utilisées comme "maracas naturels", pour accompagner des musiciens.

 

 

Sources :

http://www.metafro.be/xylarium/species/SN9225

http://database.prota.org

INVENTAIRE ET DESCRIPTION DES FABACEAE ARBRES (MOMOSOIDAE ET FABOIDAE) DE KINSHASA ET SES ENVIRONS Par David KOMBI KAVIRIRI et le Professeur BELESI KATULA H.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Nature
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