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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 17:30

Nous quittons le quartier de la gare pour retourner à Mossendjo-Poste, le quartier "historique".

 

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Quartier de la gare de Mossendjo (© FabMoustic)

 

Voyant les lampadaires et les fils électriques, je demande à Godefroy si Mossendjo est reliée à un réseau national de fourniture d'électricité (le barrage de Moukoukoulou n'est pas si loin que cela !). Ce n'est pas le cas. L'alimentation électrique provient de deux groupes électrogènes, que l'on met en fonctionnement en alternance.

 

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Installations près de la gare (© FabMoustic)

 

L'approvisionnement en carburant est donc crucial pour la ville. En faisant demi-tour, nous repassons justement devant le dépôt de carburant, entourés de grands bambous. Il est écrit sur le mur "Défense de fumer". Sage consigne.


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Dépôt de carburant (© Truuuc)

 

Les camions citernes empruntant la piste depuis Dolisie et le train de la CFCO sont les seules ressources. Irrégulières visiblement, puisque la station service était à sec !

 

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Piste en direction de Mossendjo-Poste (© Truuuc)

 

Une fois quitté le quartier de la gare, nous retraversons une zone inhabitée.

La commune de Mossendjo ne donne pas l'impression d'une ville, à cause d'une forte dispersion de l'habitat, en des quartiers très étalés : Mossendjo-Poste, Mossendjo-gare, axe Yaya (piste en direction de la Louessé, à l'est), Mossendjo-plaine-Marala (piste en direction du Gabon, au nord), quartier Banda (celui du marché).

 

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Habitations "chinoises" le long de la piste (© Truuuc)

 

Nous effectuons un bref arrêt devant une belle maison en bois qui borde la piste. Il s'agirait de la résidence de Chinois qui cherchent de l'or dans la région de Mossendjo. Exploitation commencée il y a près d'un siècle, l'augmentation du cours mondial du métal jaune a peut-être rendu de nouveau la prospection rentable.

Deux lampions rouges encadrent l'entrée, nous apercevons trois hommes de type asiatique sous un auvent.

Manu nous a indiqué que Mossendjo avait été surnommée à une époque "Moscou" ! Au début des années 1960, la ville avait semble-t-il appliqué avec zèle les consignes du nouveau régime d'inspiration marxiste. Les écoles privées furent nationalisées et les enseignants religieux "chassés" pendant quelque temps.

 

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Pavillons de l'hôpital de Mossendjo (© Truuuc)

 

Un peu plus loin, nous apercevons les pavillons de l'hôpital de Mossendjo. Construit assez récemment, il a du mal à fonctionner et a failli fermer en 2010 faute de médecins. Pas facile de viabiliser ce type d'infrastructure dans une petite ville isolée du Congo...

 

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Hôtel Restaurant Louesse Palace (© FabMoustic)

 

Godefroy nous conduit dans le centre où on a quelques boutiques et deux petits hôtels. Nous prenons place sur la terrasse de l'un d'eux, le "Louessé Palace". Nous buvons un verre et grignotons quelques gâteaux et cacahuètes. Notre guide me dit qu'il a prévenu le commissaire de notre venue.

Il nous raconte qu'il s'est lui même cassé la figure en "djakarta" (mobylette). Il s'est protégé le visage avec le bras, mais s'est quand même "abîmé". Il est éraflé en plusieurs endroits.

Godefroy téléphone à sa femme et lui dit qu'il est en compagnie de Manu. Sa femme est sans doute surprise de sa présence à Mossendjo, il lui donne comme explication : "Il est avec son Blanc !".

L'avenir de Godefroy en tant que chauffeur routier est incertain. Son patron veut passer son salaire de 150 à 75 000 FCFA ! Une réduction de moitié difficilement acceptable...

Godefroy me présente au commissaire qui entre dans le bar. Sa venue est-elle fortuite ou bien voulait-il voir de plus près les deux touristes ?


Le jour commence à sérieusement s'estomper. Il faut entreprendre le (long) trajet retour à Dolisie... Nous saluons Godefroy et le remercions de son bon accueil (surtout pour le dépannage de carburant !). Espérons que notre 4x4 tienne le choc.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 17:00

Nous prenons la direction de la gare de Mossendjo, qui est excentrée, à environ 3 km de Mossendjo-poste.

Godefroy dit à Manu de faire attention, car ici de nombreux deux-roues commettent des imprudences. La veille, au volant de son camion avec l'un de ses collègues, il a eu des ennuis... Un scooter transportant 4 personnes a perdu le contrôle, alors qu'il arrivait sur cette piste étroite. Suite à cet accident sans gravité, il a été pris à partie par la population du quartier de la gare. Selon son expression, il a été "pris en otage" et a dû faire appel au capitaine (de gendarmerie ?) pour être "libéré". Ce genre de situation est toujours délicate et certains se font lyncher par une foule en colère... Pas si cool que cela la vie à Mossendjo !

 

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Gare COMILOG de Mossendjo (© FabMoustic)

 

C'est vrai que la piste est sinueuse et étroite, guère adaptée pour la cohabitation entre un camion et les autres véhicules. Nous contournons la voie ferrée par le haut, tournons à gauche pour traverser les voies. Manu remarque près du passage à niveau, une femme habillée en pagne qui possède... un téléphone portable. Il est surpris par cette modernité qui est arrivée jusqu'au fin fond du Niari !

 

Nous stoppons notre véhicule face à la gare. Le soleil commence à décliner. Les lettres rouges "Mossendjo" sont bien délavées et le bâtiment allongé, peint en marron et jaune, n'a rien de particulier. Il a dû être construit vers 1960 avec le chemin de fer COMILOG.

 

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Voies ferrées en direction de Mossendjo-poste (© FabMoustic)

 

Par contre, le nombre de voies est impressionnant. Il y en a six ! Une rase pelouse agrémentée de quelques détritus recouvre les voies.

Notre arrivée ne passe pas inaperçue et deux hommes de la gare traversent les voies pour venir nous voir.

 

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Voies ferrées en direction de Mbinda (© Truuuc)

 

L'accueil est amical et nous échangeons quelques mots. L'un d'eux est fier de nous dire qu'il est le chef de gare. Pas d'interdiction de photographier évoquée, contrairement à d'autres lieux.

Près de nous, quelques grosses ferrailles pourrissent. L'endroit est calme et l'activité ne semble pas débordante.

 

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Chemin de fer COMILOG et CFCO (© Joncheray - Université de Provence - 2009)

 

Le chemin de fer COMILOG a été exploité pendant près de 30 ans pour transporter le manganèse extrait de la région de Franceville, au Gabon, à Moanda. La voie ferrée rejoint celle du CFCO et Pointe-Noire, port ouvert sur l'Océan Atlantique.

L'exploitation de cet important gisement de manganèse par la Compagnie minière de l'Ogooué (COMILOG), une société française, a débuté en 1953. La situation géographique de la mine, au milieu du pays, rendait problématique le transport du minerai. La COMILOG a donc fait construire spécifiquement dans ce but, entre 1959 et 1962, une voie de chemin de fer. A l'époque, aucun problème, les deux territoires issus de l'AEF collaboraient.

 

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Extraction de manganèse à Moanda, Gabon (carte postale, vers 1980 ?)

 

L'exploitation de cette ligne a subitement cessé en 1991. Un terrible accident provoque la mort d'une centaine de personnes, lors de la collision d'un train de voyageurs avec un train COMILOG, le 5 septembre 1991 à Mvoungouti.

Le contexte a également changé. Désormais depuis 1986, le chemin de fer Transgabonais (669 km) permet depuis Franceville de rejoindre la côte à Owendo (près de Libreville). Plus besoin de passer par le Congo !

 

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Cases COMILOG détruites (© FabMoustic)

 

L'accident n'est peut-être qu'un prétexte pour opérer un revirement stratégique... Au delà du fait d'être indépendant du Congo, la nouvelle voie gabonaise avec un écartement "normal" (1,435 m contre 1,067 m pour la voie congolaise, standard adopté historiquement dans la perspective de se connecter avec le Congo belge et les colonies anglaises en Afrique) permet un transport de charge plus important. En tout cas, près de 900 cheminots congolais sont licenciés en octobre 1992, sans toucher la moindre indemnité.

La COMILOG, devenue filiale du groupe français Eramet en 1996, négocie finalement un accord en 2003 avec les gouvernements du Congo et du Gabon. En règlement du contentieux, un chèque de 1,8 million d'euros est versé au Trésor Public congolais. Mais les cheminots ne touchent toujours rien...

La sombre affaire, portée devant les Prud'hommes français à partir de 2007, n'a toujours pas trouvé d'issue en 2012, le tribunal s'étant déclaré incompétent pour juger le conflit.


Les "cases" COMILOG détruites qui longent la voie ferrée à Mossendjo reflètent cet abandon de la ligne.

 

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Case de passage CFCO à Mossendjo (© FabMoustic)

 

Depuis, la ligne COMILOG est gérée par le CFCO, qui a bien du mal à entretenir son réseau vieillissant, et dont l'activité a été soumise aux aléas de l'histoire récente du Congo.

A Mossendjo, au-dessus de la gare, il y a la "case de passage" CFCO. Charmant clin d'oeil à la tradition ancestrale de réserver dans les villages une case aux voyageurs de passage.

 

Sources :

http://www.rfi.fr/

http://www.lexpress.fr

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Publié par Fabrice Moustic - dans Niari
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