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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 22:35

Un bâtiment de l'époque coloniale qui est parvenu jusqu'à nos jours, c'est celui de la Banque d'Afrique Occidentale, autrement dit la B.A.O.

Il a été construit en bas du "Boulevard du Commerce", ancien nom de l'avenue de Gaulle (dénommée bien sûr ainsi après la Seconde Guerre Mondiale).

 

La succursale de la B.A.O. à Pointe-Noire a été inaugurée  en 1937. Très précisément le 18 janvier 1937 à 11h, comme le relatait le journal L'étoile de l'AEF (30/01/1937 - A. Clouet).

 

M. Terrier, Directeur local de la banque, coupe de champagne à la main, s'exprimait en ces termes : 

" L'ouverture de notre agence de Pointe-Noire vous marque tout l'intérêt que porte notre siège à la prospérité de l'A.E.F. Pointe-Noire, ville neuve, le futur deuxième port français de la côte d'Afrique, après Dakar, porte de l'A.E.F. sur l'Océan, est appelé à devenir le plus grand débouché commercial de cette belle colonie. Notre siège a tenu à bâtir un immeuble en rapport avec ceux déjà existants et ceux qui seront construits par la suite. Nous osons espérer, Monsieur le Gouverneur Général, et vous tous, Messieurs, que vous n'avez pas été déçus !

Vous trouverez ici, comme dans tous nos Etablissements, le meilleur accueil. Toujours prêts à vous rendre service, dans les limites de nos attributions et des textes qui nous régissent, nous nous efforcerons de collaborer de tous nos moyens au développement de cette région."

 

La BAO de Pointe-Noire vers 1940 (carte postale)

La BAO de Pointe-Noire vers 1940 (carte postale)

M. le Gouverneur Général Reste de Roca prenait à son tour la parole  : " en félicitant la B.A.O. du splendide immeuble qu'elle a élevé, immeuble dont l'importance et l'élégance symbolisent les brillantes affaires qui vont se faire dans toute l’A.E.F., et à Pointe Noire en particulier. M. le Gouverneur Général Reste précise, et ne se trompe malheureusement pas, que l'extérieur des choses suffit pour causer le jugement de la majorité des personnes ; et que les coloniaux sont souvent jugés sur l'impression première que leur ville produit sur le visiteur […]. C'est pourquoi, M. Reste tient à ce que Pointe-Noire s'embellisse, devienne une ville coquette, construite avec logique et selon un plan d'ensemble judicieux, ce qui, il faut bien l'avouer, n'a pas toujours été le cas pour le passé."

Il évoquait le contexte économique difficile de la colonie :  " J'attends maintenant les affaires. Rassurez-vous, elles ne tarderont pas à venir. On s'est plaint de la stagnation des transactions, de la pauvreté du Noir, de son très faible pouvoir d'achat. En un mot, on s'est plaint de ne pas récolter. Mais, pour récolter, il faut avoir semé. Avait-on semé ? Non...

Jusqu'à présent, le gros effort de la colonie et de ses chefs successifs a été consacré au chemin de fer. C'est là une œuvre remarquable, et dont nous pouvons être fiers.

J'ai toujours rendu hommage, et je le rends encore, à MM. Merlin, Augagneur, Antonetti, et à tous les artisans du chemin de fer. Mais un chemin de fer est un moyen, non pas un but. Maintenant que ce moyen est réalisé, ii faut produire pour lui donner du fret, produire pour qu'il remplisse effectivement le but qu'on lui a assigné."

 

 

Le journaliste concluait, sans tarir d'éloges : " Ajoutons que M. le Gouverneur Général, dans son discours, a tenu à rendre hommage aux qualités et à l'activité de tous ses collaborateurs, notamment à son dévoué secrétaire et à M. Laugier, chef du Département du Kouilou.

Le Champagne coule de nouveau. La B.A.O. a bien fait les choses. Des sandwiches au caviar, des frites, des olives, des arachides grillées, des biscuits sont offerts sur chaque table, et excitent la soif des invités. Le champagne, le whisky, le gin, le porto, et divers apéritifs circulent au choix des consommateurs. […] La gaité et l'entrain règnent. Tandis que M. Terrier fait les honneurs de la table principale à M. le Gouverneur Général et aux personnalités qui l'accompagnent, M. Aufray (Directeur Adjoint), toujours souriant, fait visiter le premier étage aux invités, groupe après groupe.

L'immeuble est vraiment magnifique et admirablement distribué, les appartements clairs, bien aérés, joliment meublés, font regretter de ne pas être employé de la B. A. O. Sans contredit, l’immeuble B. A. O. est la réalisation la plus heureuse qui se soit encore vue à Pointe-Noire, et même vraisemblablement dans toute l'A. E. F."

 

Du caviar ?! Les autorités coloniales s'interrogent en même temps sur la faiblesse du pouvoir d'achat du Noir... Effectivement, le fossé du niveau de vie avec les "indigènes" est immense ! Eux qui perdaient la vie par milliers lors de la construction du CFCO seulement quelques années auparavant cette inauguration...

 

Boulevard du Commerce vers 1940 à Pointe-Noire (carte postale Fouladou)

Boulevard du Commerce vers 1940 à Pointe-Noire (carte postale Fouladou)

La carte postale ci-dessus montre la BAO encore bien isolée, face aux jardins de l'hôtel Ottino (Lien vers Hôtel Ottino).

Les constructions le long du "Boulevard du Commerce" sont encore très peu nombreuses. Le petit rond point (face à la gare CFCO) est tout neuf et en train d'être aplani et ratissé par des ouvriers.

 

A droite du cliché, on reconnait l'ancienne Trésorerie de Pointe-Noire (Lien vers Trésorerie coloniale).

La BAO vers 1940 à Pointe-Noire (extrait carte postale Fouladou)

La BAO vers 1940 à Pointe-Noire (extrait carte postale Fouladou)

On remarque quelques piétons qui marchent sans crainte en plein milieu de l'avenue, vu le peu de véhicules à moteur à cette période. C'est beaucoup plus risqué aujourd'hui !

La chaussée est faite de plaques de béton, dont on voit les jonctions, pas encore de bitume.

 

En arrière plan de la BAO, on devine la maison du Gouverneur de l'A.E.F. implantée plus haut le long de l'avenue, autrement dit la Villa Antonetti ( Lien vers Villa Antonetti ).

Vision complètement impossible aujourd'hui !

 

Vue aérienne de Pointe-Noire vers 1940 : hôtel Ottino et la BAO

Vue aérienne de Pointe-Noire vers 1940 : hôtel Ottino et la BAO

La vue aérienne ci-dessus vous restitue l'emplacement de la succursale de la Banque d'Afrique Occidentale par rapport à l'hôtel Ottino (Préfecture aujourd'hui).

 

Depuis le bâtiment s'est vu accompagné de nombreux voisins au fil des décennies...

Avenue de Gaulle à Pointe-Noire vers 1955 (carte postale Paris Sangha)

Avenue de Gaulle à Pointe-Noire vers 1955 (carte postale Paris Sangha)

Juste en face, la nouvelle Poste, à ses côtés, un bâtiment de la SCKN ( Lien SCKN ) et ensuite la Chambre de Commerce de Pointe-Noire ( Lien chambre de Commerce ).

 

Et plus récemment, l'immeuble du siège du Chemin de Fer Congo Océan ( Lien CFCO ).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 20:19

Un lieu qui a marqué la jeunesse ponténégrine dans les années 1950, c'est le cinéma Vox.

Il se situait à côté de l'hôtel-restaurant "Le Métropole" à l'extrémité de l'avenue de Bordeaux, appelée plus couramment, "route du du Port".

Un peu plus loin, se dressaient les grandes portes du port, en fer forgé, encadrées de deux piliers de pierre blanche. L'accès (contrôlé par une guérite) donnait ensuite sur les quais d'embarquement où tous les bureaux se trouvaient, avec les hangars qui abritaient les balles de coton, les sacs de café... prêts à quitter le sol congolais, ou à l'inverse le vin arrivant de France.

Hôtel Métropole et Cinéma Vox vers 1960 (carte postale Studio les Arcades)

Hôtel Métropole et Cinéma Vox vers 1960 (carte postale Studio les Arcades)

Le cinéma Vox était confortable avec des sièges rembourrés, recouverts de velours rouge, comme son homologue de l'avenue de Gaulle, "La Potinière", de taille plus modeste.
 

Tous les soirs le film projeté changeait, et le cinéma était plein à chaque séance. Il faut dire que c'était l'une des rares distractions...

Il était alors possible de fumer dans la salle pendant les séances... Aucune nostalgie de ce côté là pour moi !

Façade du Cinéma Vox (carte postale Studio les Arcades)

Façade du Cinéma Vox (carte postale Studio les Arcades)

La photo ci-dessus montre la façade du cinéma, à gauche son enseigne, un peu masquée par les arbres, de petits badamiers, comme il en avait été planté le long de plusieurs avenues de Pointe-Noire.

A droite, sous les trois ouvertures rondes rappelant les hublots des bateaux, se trouvent les affiches. D'après les témoignages reçus, pour la programmation, il pouvait s'agir de films de divertissement, comme les séries B américaines, les films d'action et autres péplums, comme "Hercule" ou "Maciste", mais aussi des films "classiques" français de l'époque.

La mode était encore aux entractes. Le cinéma possédait un bar, et chacun pouvait passer le temps de la pause, en prenant un café ou en buvant un verre.

Le bar du cinéma pouvait aussi devenir un lieu de rencontre entre les marins, logés à l'hôtel Métropole, et les filles aux moeurs légères...

Cinéma Vox dans le quartier du Port de Pointe-Noire

Cinéma Vox dans le quartier du Port de Pointe-Noire

La vue aérienne ci-dessus permet de localiser le cinéma, dans l'immeuble visible au premier plan, à proximité de l'ancien wharf et de la rue de la Douane (le magasin "France-Congo" faisait l'angle de la rue http://voyage-congo.over-blog.com/article-pointe-noire-colonial-batiment-france-congo-119004085.html ). On voit au second plan le bâtiment en U de l'Etat Major de Pointe-Noire.

Le cinéma Vox a disparu, tout comme la Potinière, et le cinéma Rex, transformé en salle de prière d'une église évangélique. La concurrence des cassettes et DVD, et plus récemment des vidéos sur internet, a été mortelle aux cinémas ponténégrins...

Mais un nouveau cinéma a courageusement ouvert ses portes en 2015 à Pointe-Noire. Le "Complexe Royal", situé dans le quartier Mpita (route de l'aéroport), tente aussi de promouvoir le cinéma congolais.

Le bâtiment du cinéma Vox abrite désormais des bureaux. Je ne sais pas s'il a été rasé et entièrement reconstruit, ou simplement réaménagé.

L'avenue de Bordeaux a été renommée Avenue Félix Eboué, du nom du Gouverneur de l'Afrique Equatoriale Française à la période de la "France Libre", pendant la Seconde Guerre Mondiale.

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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