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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 21:30

Après l'installation "historique" de la mission catholique à Loango, les spiritains suivirent l'évolution des choses et s'implantèrent progressivement à Pointe-Noire.

Le débarquement à Loango en novembre 1922 de M. Rouberol accompagné de 8 agents de la SCB (Société de Construction des Batignolles), avait confirmé aux religieux la fin de leur petite ville comme ancrage principal de la colonie sur la côte congolaise... Pointe-Noire était choisie comme terminus de la ligne de chemin de fer.

En octobre 1923, l'escale maritime de Loango est supprimée, renforçant la nécessité d'être présent là où les navires s'arrêtent. En août 1924, les autorités administratives quittent définitivement Loango, pour le nouveau chef-lieu du Kouilou, Pointe-Noire, future plaque tournante du commerce. Il faut alors suivre là où se trouvent les fidèles...

 

premiere-eglise-pointe-noire-1923

Première "église" de Pointe-Noire construite en 1922 (source : Père Guy Pannier)

 

Il fallut attendre que le schéma directeur d'urbanisme de la future ville soit fixé, pour que les autorités administratives donnent aux spiritains le feu vert à une occupation d'un bout de terrain concédé à la SCB, vers le "Km 4".

Le premier lieu de culte fut très modeste. Une "chapelle" construite par la SCB en 1922, en fait une simple case rectangulaire en panneaux de papyrus, couverte d'un toit de "paille", et surmontée d'une croix. A côté, une sorte de petit clocher.

Cela n'empêchait pas la population locale de s'amasser devant, et en haut du "clocher", pour se faire photographier !

 

mission-case-pointe-noire-1923

Pointe-Noire, case provisoire de la mission (Ed. Missions catholiques)

 

La mission catholique confirma son implantation par la construction d'une chapelle cette fois-ci en bois et d'une grande case en 1927. C'est en tout cas la date donnée par le Père Esswein, rendant douteuse la datation avancée (1923) par la légende de la photo ci-dessus. Les bâtiments "en dur" figurant en arrière plan (cf Pointe-Noire colonial : quartier CFCO et  Pointe-Noire colonial : quartier CFCO (suite) ) laissent également à penser que le cliché est un peu postérieur à 1923.


Les premières années, le Père Esswein effectuait tous les dimanches le trajet depuis Loango pour dire la messe à Pointe-Noire ! Soit 20 km à pied ou en vélo (l'aller seul...).

 

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Mission catholique de Pointe-Noire vers 1930 (carte postale)

 

Pour éviter la fatigue occasionnée par le trajet, le Père Esswein s'installa à demeure dans la "case en bois" en 1928.

Puis les financements furent trouvés pour ériger une "vraie" chapelle. Les travaux commencés le 2 février 1929, furent achevés en avril 1930. Bel édifice pour l'époque, de 27 mètres de long sur 11 de large.

Ce qui permit d'inaugurer symboliquement le lieu de culte le jour de Pâques. La mission prit quelque temps le nom de "Notre-Dame del Sasso". Le Père Paul Marion renforce l'effectif et la mission s'équipe alors d'une camionnette pour effectuer les trajets à Loango.

 

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Mission catholique, chapelle "provisoire" et clocher vers 1934 (carte postale Ed. Pacalet)

 

Le rez-de-chaussée de la chapelle fut qualifié de "cathédrale", en attendant l'élévation d'un bâtiment digne de ce nom (cf Pointe-Noire colonial : cathédrale Notre-Dame ).

Les chambres des Pères se trouvaient à l'étage. Sans doute nettement plus confortables que la case en bois !

 

mission-epiphanie-1934-pointe-noire

Pointe-Noire, groupe de néophytes, épiphanie 1934 (Ed. Missions Catholiques)

 

Ces faibles moyens des premières années n'empêchèrent pas les religieux d'être très actifs pour convertir la population locale.

On constate ainsi en 1934 que : "Dans la chapelle actuelle, les indigènes réussissent à s'entasser au nombre de 400 ou 500 ; mais, aux jours de fêtes, beaucoup doivent rester dehors. Nous avons actuellement 3 000 chrétiens, et ce nombre augmente rapidement : le jour de l'Epiphanie, il y a eu 224 baptêmes et 300 à Pâques". Le cliché ci-dessus montre la foule des nouveaux convertis.

 

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Vue aérienne du quartier du Plateau vers 1950 (extrait carte postale)

 

Ainsi en 1934 : "La ville a déjà 400 Européens et 5 000 indigènes. Il est même curieux de constater que des Noirs viennent de plusieurs centaines de kilomètres pour chercher ici du travail, abandonnant à la savane de grandes étendues où des terres riches produiraient à peu de frais les fruits naturels du sol" (L. Roques). C'est un peu vite oublier que la région ressort exsangue de la construction du CFCO et que ces Noirs ne sont pas toujours venus de leur plein gré pour travailler à Pointe-Noire...


La chapelle de la mission catholique, devenue l'évêché, restera assez tranquille pendant plusieurs décennies, au bord de l'artère principale de Pointe-Noire, implantée entre le quartier du Plateau et celui du Km 4.

 

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Evêché de Pointe-Noire vers 1950 (carte postale © PariSangha)

 

Elle sera entourée d'un "bouquet" de cocotiers et de palmiers, lui donnant un caractère exotique, qui inspirera les photographes.

 

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Chapelle de l'évêché de Pointe-Noire vers 1980 (carte postale © Iris)

 

Mais l'urbanisation galopante des dernières années le long de l'avenue de Gaulle a privé la mission d'une partie de son enclos arboré, et la chapelle de sa visibilité.

Aujourd'hui le bâtiment est bien triste, et on peut passer à côté sans le voir (cf Bâtiment colonial : l'évêché de Pointe-Noire).

 

Sources :

Les Missions Catholiques - Revue n° 3.202 - 16 mai 1934 - "Pointe-Noire" - L. Roques.

L'Église du Loango 1919-1947 : Une étape difficile de l'évangélisation au Congo-Brazzaville - Guy Pannier. Editions Karthala -2009.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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1 février 2014 6 01 /02 /février /2014 19:00

Un établissement hôtelier a marqué la mémoire des anciens ponténégrins, c'est l'hôtel du Plateau.

Il tire bien entendu son nom du quartier de Pointe-Noire où il est situé, en haut de l'avenue de Gaulle, à droite en montant, environ 800 m avant le "village africain" (de fait, pas très loin de l'évêché). 

 

Pour être exact, il se nommait au tout début "AU plateau" comme on peut le voir sur le cliché ci-dessous. L'entrée est encadrée par les mentions "Bar" et "Hotel", et à gauche on lit "Restaurant".

 

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"Au Plateau", hôtel restaurant de Pointe-Noire vers 1945 (carte photo - Anonyme)

 

Je n'ai pas trouvé de date précise de construction de l'hôtel. Je suppose vers 1940 (cf http://voyage-congo.over-blog.com/2015/03/pointe-noire-hotel-du-plateau-chantier.html). La construction, assez massive, ne fait pas dans les fioritures. Seules quelques courbes viennent rompre la monotonie des ouvertures rectangulaires du rez-de-chaussée. Les moyens étaient limités à l'époque !

La façade affiche aussi "Etablissements Louis Anselmi". La famille Anselmi possédait déjà une "concession" à Pointe-Noire en 1934. Louis Anselmi dirigeait une entreprise générale de Travaux Publics (Anselmi et Cie, devenue ensuite la SAGETRAN).

Cet hôtel accueillait très souvent les primoarrivants au Congo. Ils y passaient quelques jours ou semaines, le temps de trouver et d'aménager un logement.

La famille Anselmi louait également des "cases" avec jardin, ce qui permettait de profiter de quelques fruits tropicaux, directement sous la main.

 

pointe-noire-plateau-hotel-congo

Colons devant l'hôtel "Au Plateau" vers 1945 (détail carte photo - Anonyme)

 

Au seuil de l'entrée, surmontée d'une marquise en tissu, on identifie une femme blanche (la "patronne" ?). Sur la terrasse, deux hommes sont attablés, chacun de leur côté. A gauche, discrètement, un employé noir pointe le nez à la fenêtre... Un autre individu, tout de blanc vêtu, pose accoudé à la portière de sa belle auto. Quel luxe pour l'époque !

Ce n'est pas en tout cas une photo impromptue. Est-ce la famille Anselmi posant devant sa propriété ?

On remarque aussi que les premiers arbres plantés devant l'hôtel étaient des badamiers, reconnaissables à leur ramure et leur feuillage caractéristiques (cf Pointe-Noire : le badamier ).

 

 

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Hôtel du Plateau vers 1955 (carte postale)

 

L'hôtel cette fois DU Plateau, dans les années 1950-60, occupait ce même emplacement. Il faisait toujours office de bar, café et restaurant, selon les inscriptions lisibles à l'entrée.

On note que le bâtiment initial a été largement remanié. Il a gagné une nouvelle aile, à droite de l'entrée. Les ouvertures ont été refaites au rez-de-chaussée (fini les "arrondis" !) et de petits balcons ont vu le jour à l'étage. Le toit en tôles en encorbellement a été remplacé (ou en tout cas masqué) par un muret qui réhausse la façade.

 

La densité de circulation était bien moindre qu'aujourd'hui sur l'avenue de Gaulle. Le piéton (en short, les mains dans les poches) pouvait poser sans craindre l'accident...

 Il parait que dans les années 1950, un grand Noir prénommé "Maoussa" (?) marchait devant l’hôtel avec un énorme crabe tenu en laisse avec une ficelle, en cherchant à le vendre !

 

 

 

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Le Migitel vers 2005 (source : pontonlabelle2.skyrock.com)

 

Aujourd'hui, le Migitel est le successeur de l'hôtel du Plateau. Extérieurement, il n'a presque pas changé par rapport à la seconde version, excepté la couleur de la façade et l'apparition de la climatisation.

J'avais photographié en 2012 la façade de cet hôtel, implanté à l'angle de l'avenue de Gaulle et de l'avenue Barthélémy Boganda (qui mène entre autre à une boite de nuit et à un établissement "concurrent", le Guest House).

 

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Hôtel Migitel, avenue de Gaulle (2012 © FabMoustic)

 

La façade du Migitel a été repeinte en vert pistache assez récemment. La dénomination vient des prénoms des propriétaires du moment, MI comme Micheline, GI comme Gilbert (décédé depuis) et TEL comme... hôTEL !

La densité de construction a bien augmenté aux alentours, depuis le premier cliché des années 1940, sans parler de la circulation automobile.

 

Mais la ville a gardé le souvenir de la famille Anselmi, patronyme d'origine italienne, en donnant le nom "Stade Franco Anselmi" en 1953 à l'équipement tout proche de l'hôtel du Plateau, stade construit en 1939 pour l'ASP (Association Sportive Ponténégrine).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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