Carnets de voyages au Congo-Brazzaville, principalement à Pointe-Noire, mais aussi dans d'autres régions du Congo, agrémentés de photos, d'informations culturelles et touristiques et d'impressions personnelles.
Dans la nuit du lundi 21 juin au mardi 22 juin 2010, un terrible accident de train a eu lieu au Congo. Les médias français en ont très peu parlé. Ainsi va la loi des médias... car toutes les victimes sont congolaises et anonymes, on peut dire cyniquement, que ce n'est pas très vendeur. J'avais ainsi raté la discrète information et c'est un collègue de travail, Martin, qui m'a alerté sur le sujet.
Le train parti de Pointe-Noire se dirigeait vers Brazzaville. Au niveau de Yanga (situé entre Tchitondi et Bilinga) à 60 km de Pointe-Noire, le train a déraillé, plusieurs wagons se sont couchés. Au moins un wagon serait tombé dans un ravin. Une partie des rails a été arrachée. La motrice quant à elle, est restée sur la voie ferrée.
Bien entendu, les passagers ont été écrasés et sont restés prisonniers de la ferraille des wagons. Un bilan officiel de 76 morts a été établi, on a dénombré plusieurs centaines de blessés (entre 400 et 700). Un véritable carnage. Plus vraisemblablement, une centaine de décès est à considérer (certains avancent le chiffre de 137 morts). Les corps des victimes de l'accident et les blessés ont été rapatriés à Pointe-Noire, notamment à l'hôpital de Loandjili.
Trois jours de deuil national ont été décrétés et le Président en personne est venu à deux reprises à Pointe-Noire (visite aux blessés le 23 juin, cérémonie d'obsèques nationales le 28 juin).
Train CFCO déraillé à Yanga (© AFP)
Concernant l'origine de l'accident, les autorités congolaises ont rapidement mis en cause le conducteur du train. Il n'aurait pas respecté la limitation de vitesse à cet endroit, voire il aurait également conduit en état d'ébriété...
C'est sans doute une explication un peu rapide qui évite d'évoquer les problèmes de fond, comme la vétusté des installations et la surcharge du train.
Il faut dire que les conditions de voyage via le CFCO sont le plus souvent déplorables. C'est la frange de la population la plus démunie qui est contrainte d'utiliser ce moyen de transport. Le train met un, deux, voire trois jours pour rejoindre la capitale Brazzaville, dans des conditions insalubres. C'est beaucoup pour un trajet de 510 km (on met 2 ou 3 heures en France pour parcourir la même distance en TGV...).
Voyageurs en gare de Pointe-Noire
En dépit d'efforts de modernisation des infrastructures, les installations sont souvent vétustes et la maintenance défaillante. J'ai déjà évoqué la sécurité déficiente des passages à niveau dans la ville même de Pointe-Noire. Dans le Mayombe, n'en parlons pas (cf Mayombe : ligne du Chemin de Fer Congo Océan ).
Le trajet s'effectue également avec un surnombre important de voyageurs.
Wagon de voyageurs pris d'assaut
C'est à qui monte sur le marche-pied, la fenêtre ouverte ou même sur le toit d'un wagon. On surnomme ainsi les passagers sans billet les "cabris".
Wagon de voyageurs pris d'assaut (gare de pointe-Noire)
Autre facteur de surcharge, les marchandises de toute sorte embarquées, qui s'entassent au milieu des passagers et en totale contradiction avec les mesures élémentaires de sécurité.
Passagers et marchandises entassées
Une autre source de surcharge est la gratuité octroyée pour les voyageurs en uniforme. Ils ne sont sans doute pas comptabilisés dans le nombre officiel de voyageurs "avec billet"...
Train CFCO bondé traversant le Mayombe
La formation et la rigueur du personnel dans le respect des procédures de sécurité et la régulation du trafic pourraient être enfin évoquées.
Car ce n'est pas le premier accident important sur cette ligne. Déjà en septembre 1991, une collision entre un train de marchandises et un train de voyageurs à Mvoungouti (un peu avant Dolisie) avait fait une centaine de morts.
En mars 2004, on dénombre une trentaine de morts dans la région du Pool vers Mindouli, suite au déraillement d'un wagon. On évoque alors au delà de la vétusté du chemin de fer, un possible sabotage de la voie, la région étant encore confrontée à des "éléments incontrôlés", et autres bandes armées issues de la récente guerre civile.
Sources : Afrik.com du 23 juin 2010 ; Le Monde.fr du 22 juin 2010 ; Site Congo-dechaine.info catastrophe-ferroviaire-sur-le-cfco-lheure-du-bilan (juin 2010) ; Site CongoPage, article du 23 mars 2004.