Carnets de voyages au Congo-Brazzaville, principalement à Pointe-Noire, mais aussi dans d'autres régions du Congo, agrémentés de photos, d'informations culturelles et touristiques et d'impressions personnelles.
A la clinique, ce mercredi après-midi est marqué par une "formation" ou plutôt une information du personnel qui se déroule dans la salle d'accueil. Jacky tente de captiver son auditoire en rappelant les règles d'utilisation du logiciel de consultation. Certaines personnes piquent du nez au cours de la présentation... La priorité est donnée à la bonne gestion des identités des patients.
Au Congo, ce n'est pas une mince affaire ! L'état civil s'avère complexe à maîtriser. Par exemple, les noms de famille peuvent débuter par des M' ou des N' qui ne se prononcent (presque) pas. L'apostrophe n'est pas toujours au rendez-vous. Entre Goma, N'Goma et Ngoma pas évident de s'y retrouver ! Sans compter certains noms de famille très fréquents. Le risque de créer des doublons de patients dans le système informatique est donc élevé.
La filiation peut être également complexe car la polygamie est autorisée. En plus de l'épouse ou des épouses, des "concubines" peuvent s'ajouter à la liste. Elles sont prises en charge par la clinique au cours de leur grossesse.
A l'origine la transmission du nom de famille était matriarcale. L'état congolais a opté officiellement pour une transmission patriarcale. Cependant pour sauvegarder certains matronymes, les congolais optent pour des noms de famille accolés. Source d'erreur, avec ou sans tiret entre les deux noms. Complexité additionnelle, il est possible que les enfants d'une même famille ne portent pas tous le même nom "composé" (c'est interdit en France). Cas extrême rencontré, celui de deux jumelles qui ne portent pas le même nom de famille ! L'une a hérité d'un nom composé avec celui du grand-père, l'autre avec celui de la grand-mère.
Certains "anciens" n'ont pas de date de naissance précise ("né vers 1942"), héritage d'une époque où l'état civil était balbutiant et où on déclarait parfois une naissance longtemps après. Autre cas délicat, c'est quand la date de naissance diverge selon les sources...
Plus étrange encore, quelques patients n'ont pas de prénom ! A l'inverse, la plupart des congolais ont trois prénoms. Source d'embrouille supplémentaire, le prénom d'usage ne correspond pas toujours au premier prénom de l'état civil. Quant aux prénoms eux-mêmes, on en voit de toutes les couleurs : vieux prénoms, noms bibliques, prénom inventé ou nom commun ou celui d'une ville, prénoms composés improbables. Cas limite, le prénom à la consonance très politique comme Karl-Max (attention, sans R en deuxième partie)...
Fort heureusement les agents d'accueil congolais maîtrisent relativement bien leur sujet. Je suis épaté à plusieurs reprises par Elisabeth qui se souvient bien des noms et des filiations et retrouve ainsi le bon dossier. Côté infirmiers, et aussi côté médecins, ce n'est pas toujours le cas. La tentation de créer un nouveau dossier et un nouveau patient est forte...
Solution en cours, la mise en place d'un identifiant unique pour le patient et ses ayants droits qui devrait permettre de mieux gérer tout cela.
Sans transition, en rentrant le soir à l'hôtel, je croise le vendeur Jacques. Il me fait part de son désir de changer de "métier" car il en a marre de courir le client. Il envisage de redevenir agriculteur et de cultiver tranquillement un lopin de terre en brousse !
Je retrouve également Olivier qui veut à tout prix me montrer ses antiquités. Je le préviens dès l'entame de la conversation que je n'achèterai rien... En plus de quelques masques ou statues assez banals, il sort de son sac un beau reliquaire en cuivre jaune martelé, composé de deux pièces en losange. Il me dit que cela proviendrait d'une ancienne tombe d'un chef. Puis son acolyte déroule d'une couverture, une pièce d'ivoire sculptée ! La petite défense présente au sommet une statue de chef et en dessous une femme. Ce type d'antiquité en ivoire est typique des Vilis d'autrefois. Je leur dis alors que je ne compte pas devenir trafiquant d'oeuvres d'art et que ce sont de véritables pièces de musée. Ils rient quand je leur propose de les donner au musée de Diosso...
En dépit de l'insistance des vendeurs, je n'achète rien et abrège les discussions car ce soir, il est prévu de dîner "Chez Denise" avec des collègues du CMS.
A l'accueil, je salue Patrice qui m'indique qu'il sera libre samedi toute la journée. Bonne nouvelle, il pourra ainsi venir se balader avec Manu et moi.