Carnets de voyages au Congo-Brazzaville, principalement à Pointe-Noire, mais aussi dans d'autres régions du Congo, agrémentés de photos, d'informations culturelles et touristiques et d'impressions personnelles.
A quelques 200 mètres de la mission catholique, une longue et belle allée de manguiers centenaires conduit au rivage. Elle menait autrefois au site du port de Loango. Disparu depuis belle lurette, il a cédé la place à un cimetière à la fin du 19ème siècle.

La vaste nécropole plonge le visiteur dans une ambiance étrange et morbide. En effet, l'importante érosion de la côte à cet endroit, grignote peu à peu le cimetière, entraînant arbres et tombes dans l'océan !
Par exemple, la tombe d'Athanase s'apprête à sombrer dans les flots, la terre ocre étant rongée sur plusieurs mètres de haut, juste en dessous. Impressionnant !

Le calme des lieux contraste avec le côté tragique du phénomène, à la fois lugubre et romantique. Troncs et branches, morceaux de tombeaux, plots d'entourage, et parfois même bouts de linceul jonchent le rivage, au milieu des éboulements de terre.


Ceci a évidemment créé l'émoi au sein de la population congolaise et des polémiques quant à l'origine du phénomène et aux éventuelles solutions. Au lieu de reposer pour l'éternité, les défunts sont contraints de déménager…
Sans doute, cela aurait-il fait sourire Brassens, qui souhaitait dans l'une de ses chansons que son cimetière soit "plus marin" que celui de Paul Valéry, un autre sétois. Peut-être quelques vers de son célèbre poème pourrait-il consoler les congolais éplorés :
" O puissance salée ! Courons à l'onde en rejaillir vivant [...] Dans un tumulte au silence pareil, Le vent se lève ! . . . Il faut tenter de vivre ! L'air immense ouvre et referme mon livre, La vague en poudre ose jaillir des rocs ! Envolez-vous, pages tout éblouies ! Rompez, vagues ! Rompez d'eaux réjouies...".
Le cimetière de Loango est vraiment devenu "trop marin" !