Carnets de voyages au Congo-Brazzaville, principalement à Pointe-Noire, mais aussi dans d'autres régions du Congo, agrémentés de photos, d'informations culturelles et touristiques et d'impressions personnelles.
Après une première partie pas désagréable, cela se gâte. Un appel aux dons est lancé, avec des montants dégressifs : 25 000 FCFA, 10 000 FCFA, 5 000 FCFA... Les donateurs sont invités à déposer une enveloppe sur la scène. Le prédicateur fait croire que le voeux adressé sur l'enveloppe sera exaucé et même que quelqu'un dans la salle passera "de la mort à la vie" autrement dit ressuscitera !! Le slogan est répété à l'envi. Ce type de pratique a tendance à m'horripiler... Certains répondent fièrement aux premiers appels, montrant ainsi leur "motivation spirituelle" et surtout leur capacité financière !
Rosine sort un billet de 5 000 FCFA (somme non négligeable quand on est pauvre) qu'elle glisse dans une enveloppe. Je prête un stylo à Patrice qui n'en a pas emmené. Il griffonne quelques mots sur l'enveloppe. Patrice envoie ensuite Allan déposer l'enveloppe.
Le prédicateur dit qu'il a une grande nouvelle à annoncer... Après moult circonvolutions verbales, il indique que Pointe Blanche (sic) sera le siège d'un congrès de la Fondation et invite les fidèles aux "retraites" qui s'y tiendront, notamment des prières collectives pour combattre "le démon". La ville est renommée de "noire" en "blanche" dans cet état d'esprit là. Dans tous ces discours, il n'y a quasiment aucune référence aux textes religieux, à la bible. On est bien loin de la liturgie de l'Eglise catholique romaine. Certaines personnes prennent des notes sur de petits cahiers.
Un second prédicateur prend la parole, élégamment habillé d'un costume flambant neuf. Commence alors un interminable discours sur sa vie et une histoire abracadabrante. Un second homme accompagne le pasteur (qui parle en français), pour traduire simultanément en munukutuba (dialecte bantou compréhensible par la majorité des gens présents). Le prédicateur vient de RDC et hésite parfois sur les termes corrects à employer pour raconter son histoire... Le pasteur est né dans le Nord-Kivu, très jeune il était doué pour captiver son auditoire, il a fait des études de droits au Kenya, envisageait de partir en Allemagne passer un Doctorat mais finalement a choisi de rester dans un pays anglophone. Bref, sans intérêt, à part peut-être impressionner une foule majoritairement non diplômée ?? Les deux hommes crient dans le micro, le synthé rythme d'une manière théâtrale les effets oratoires du prédicateur. Tout cela pour arriver au bouquet final... l'accident de voiture. Au Kenya, notre pasteur est invité à faire un prêche auprès d'étudiants avec une "gloire" locale. Une leçon de choses est faite autour de signes qui auraient dus l'empêcher d'aller à cette manifestation. La clé de la porte de son logement est perdue, la lame de la scie se brise sur le cadenas... Conclusion, il faut écouter les signes du Saint Esprit et ne pas aller contre la volonté de Dieu.
Le discours est ponctué de nombreuses digressions. Une nouvelle quête est effectuée. On ressort les grands sacs de toile, peut-être pour les retardataires ou les fans. J'en ai plein la tête de la sono et de cette logorrhée de plus d'une heure. Je pense à un moment donné à sortir prendre l'air...
Mais il faut terminer l'histoire, une clé est finalement retrouvée et le pasteur se rend quand même au prêche. Bouchons, ferveur de la foule font que la manifestation se termine à 4 heures du matin. Mais la femme qui l'accompagne doit absolument prendre l'avion ce matin là. La voiture roule donc à 160, 200 km/h pour rejoindre l'aéroport... Il s'assoupit et c'est l'accident où tous les passagers perdent la vie. Il est mort lui aussi, mais ressuscite grâce à Dieu quatre jours après, alors que les asticots commençaient à le dévorer !! Guignolesque... Le pasteur se prend donc pour Lazare ! Il est même encore plus fort... Lazare a été ressuscité 2 jours après sa mort, alors que son corps était en voie de décomposition, par Jésus-Christ en personne. Le prédicateur se ressuscite presque "lui-même".
Dans ce final délirant, il y a des chants sur scène, des gens se lèvent et certains viennent danser devant la scène. Une femme entre en transe et tombe violemment à plat ventre sur le sol en béton, surveillé quand même par un homme à ses côtés. Transe réelle ou mise en scène ?
L'office s'achève par une prière. La sono s'arrête enfin. Rosine et Patrice s'agenouillent à même le sol, comme une bonne partie de l'assistance. Je prend Allan sur mes genoux, mais celui-ci veut ensuite imiter ses parents. Je reste sagement assis et j'ai hâte que cela se termine... Patrice se relève en essuyant quelques larmes.
Les autres enfants nous rejoignent, après environ 3 heures d'office. Chance pose affectueusement sa joue sur le revers de ma main. Je lui répond par un sourire. Nous sortons lentement du hangar, il fait nuit. Je prend Sofian par la main, il ne faudrait pas perdre un enfant dans la foule. Les gens me regardent parfois un peu de côté, du style, "Qu'est-ce qu'il fait là le Blanc ?".
De retour à la voiture, il faut attendre car un autre véhicule garé en double file nous bloque. A ce moment là, arrive Martial. Il semble connaître Patrice. Il me demande ce que j'ai pensé de la cérémonie. Pour ne pas être désobligeant, le mot "surprenant" me vient à l'esprit. Il me dit que c'est normal les premières fois. Martial est un cadre commercial de Total, au large sourire. Peut-être pense t-il avoir croisé une nouvelle recrue du "Combat spirituel" ? Il me donne en tout cas sa carte de visite et son numéro de portable personnel.
La voiture, un peu ensablée, patine au démarrage. Au cours du trajet retour, Patrice me demande mon avis sur l'office. Je fais "soft" pour ne pas le vexer mais je lui dit quand même que j'ai beaucoup de mal à croire à cette histoire de pasteur ressuscité... Il me répond "Nous, on y croit".
Malheureusement, le "Combat Spirituel" semble prospérer sur la crédulité et la misère des gens. Elle s'est visiblement inspirée de l'Eglise Kimbanguiste, originaire aussi de RDC. Son fondateur se désignait en 1921 comme un prophète. Son petit-fils, qui a pris la relève en 2001, prétend carrément être la réincarnation de Jésus-Christ !
Le couple Olangi prétend quant à lui avoir reçu de Dieu "une révélation, un ordre et une mission". Cette mission est définie par les trois directives tirées de l’ordre que le Seigneur aurait donné directement à "Maman OLANGI WOSHO Elisabeth" : "Gagner les âmes pour Jésus-Christ, les délivrer intégralement de l’emprise de Satan, les former au Combat spirituel, et en faire une Sainte Assemblée de vrais Adorateurs du Dieu Vivant".
La fondation Olangi-Wosho emprunte aussi les techniques des évangélistes américains. Petit détail que j'ai omis, la cérémonie était filmée. La fondation possède une chaîne de télé et une radio (Canal CVV). Bref, la machine de "propagande" est bien rodée.
Au vu de la séance d'abrutissement à laquelle j'ai assisté, le mouvement présente un caractère sectaire. Le prédicateur n'est pas loin du gourou. Ce qui est par contre plus troublant, c'est que des personnes plus "instruites" adhèrent également à ce type d'église. Quoiqu'en France, les sectes de tout poil ont largement recruté dans le milieu enseignant !
La fondation a normalement un but non lucratif... où va donc tout l'argent récolté au cours de cet office ? Les activités philanthropiques promises sont-elles au rendez-vous ? Le couple fondateur et les prédicateurs doivent pouvoir se payer de beaux costumes et de belles voitures.
L'espérance et la volonté de croire en un Dieu et dans un monde meilleur, actuel ou futur, est respectable. Cela apporte une aide spirituelle et morale à certains. Mais là, c'est un peu gros !
La fondation Olangi-Wosho est implantée dans plusieurs pays d'Europe, dont la France (à Paris, Toulouse, Nancy et ... Grenoble !).