Nous cheminons vers un grand hangar où se trouvent déjà des centaines de personnes. Tout le monde ne peut pas être abrité et une foule importante se presse sur l'esplanade située dans le prolongement. Le hangar est neuf, recouvert de tôles et avec un sol cimenté.
Patrice veut que nous nous situions près de la scène. Des hôtesses, habillées de manière similaire avec un chemisier blanc, nous placent sur des chaises en plastique. L'organisation est au point. Il y a aussi un service de "sécurité" (indispensable pour les enfants "perdus" dans la foule et aussi pour protéger les fonds récoltés).
Rosine nous rejoint ensuite. Allan veut rester avec nous. Les autres enfants vont dans la zone qui leur est réservée, avec la "Jeunesse Chrétienne Combattante".
Une large scène est face à nous. Le fond est constitué de rideaux aux couleurs chatoyantes. En plus des pupitres en bois et des micros, un synthé et une sono complètent l'installation. J'observe à gauche derrière la scène, le logo de cette étrange "église". Il s'agit du "Ministère Chrétien du Combat Spirituel". Un chevalier est debout sur une bible, protégé par le "casque du Salut", armé du "Bouclier de la Foi" et de "L'épée de l'Esprit". Ces métaphores sont issues de la Bible, de l'épître de saint Paul aux Ephésiens. La devise de cette fondation est "Pour la Paix avec Dieu et entre les Hommes".

J'apprendrai ensuite que cette fondation a été instituée en 1993 par l'évangéliste Joseph Olangi et sa femme, originaires de la République Démocratique du Congo, voisine du Congo-Brazzaville. Il était selon eux nécessaire "d'avoir une structure juridique et administrative unique pour une meilleure coordination de leurs activités philanthropiques".
Je cite : "Dans le but de créer un cadre juridique et administratif unique pour le fonctionnement harmonieux de nos activités, nous avons constitué une institution chrétienne internationale, non confessionnelle, non gouvernementale, apolitique et sans but lucratif, d'utilité publique dénommée Fondation OLANGI-WOSHO".
Un premier prédicateur prend la parole pour donner des nouvelles des activités de la fondation. Il présente notamment des témoignages de membres de l'église. Un groupe de 6 personnes qui revient de New York est acclamé par la foule. Ces membres adressent via le micro à l'assemblée les "Alleluias" en provenance des Etats Unis... D'autres témoignages se succèdent, ponctués sans cesse d'Amens et d'Alleluias, repris par les fidèles. Il y a notamment le témoignage d'une femme, qui déclare travailler pour Total, et qui explique que grâce à la prière, ses enfants ont eu leurs diplômes et ont ensuite trouvé du travail.
Un premier appel à la quête est lancé. Les gens défilent en rangs serrés pour déposer l'argent dans de grands sacs disposés devant la scène par les hôtesses. Les personnes présentes, de tout âge, sont bien habillées, les femmes ont mis leurs boubous ou une belle robe et beaucoup d'hommes leurs costumes. Mon tour arrivé, pour ne pas me faire remarquer, je fais de même en suivant Patrice, mais en donnant seulement 100 FCFA. La quête finie, les sacs sont discrètement emmenés dans un petit bâtiment à l'arrière de la scène.
La cérémonie se poursuit par des chants et des danses aux consonances africaines, à la gloire de Dieu ou pour la Paix (d'après les traductions données par Patrice). Je suis le rythme tant bien que mal, parfois en frappant dans les mains. Jusque là, tout va bien...